Les "puissances" occidentales sont de plus en plus piégées par les contradictions de leur politique dans le conflit bosniaque : interdire par "ultimatum" ce qu'elles ont entériné dans leur "plan de paix" — la construction d'Etats par le "nettoyage ethnique" de territoires mélangés ; être contraintes d'appliquer les menaces de frappes aériennes, sans réellement vouloir s'engager dans une logique de guerre. A l'heure où nous écrivons, quatre avions serbes de Bosnie viennent d'être abattus par les forces aériennes de 'OTAN.
Mais au delà des péripéties militaires, c'est la logique même des plans de paix entérinant la politique de Grande Serbie et de Grande Croatie qui est une impasse. Elle se heurtera sans cesse à la résistance farouche de ceux qui restent menacés de génocides.Aucune alliance bilatérale ne sauvera la Bosnie-Herzégovine : ni le plan serbe/croate laissant aux Musulmans des enclaves non viables, ni le projet de "communauté croato-musulmane" que les Etats-Unis viennent de "suggérer". Leur objectif est sans doute d'une part de se dissocier quelque peu des plans européens qu'ils avaient jusque-là critiqués mais sans en remettre en cause la logique. Elle est peut-être aussi de chercher un contre-poids au rapprochement russo-serbe trop triomphateur pour ne pas être perçu comme dangereux (surtout quand on ne sait pas trop si "les Russes" sont ou seront demain "des bons ou des méchants" pour reprendre les interrogations de la presse américaine).
On peut être sûr (et les commentaires de Radovan Karadzic le confirment après la proclamation de cette "communauté croato-musulmane*) qu'une telle logique encouragerait la formation d'une Grande Serbie au lieu de la combattre. Guerre balkanique ou Union balkanique ? Les tensions entre la Grèce et la Macédoine, le caractère explosif de la question albanaise, le rebondissement possible de la guerre serbo-croate relèvent tous d'une même crise d'ensemble qui déchire la Bosnie. Au niveau des pouvoirs en place, il y a volonté de s'approprier des territoires au nom de l'ethnicité pour rendre viables des Etats issus de la décomposition de l'ex-Yougoslavie. Au niveau des populations, il y a des peurs nourries certes par le souvenir manipulé des pages noires du passé et par le terrorisme des milices, mais surtout liées aux incertitudes du présent, de l'absence de projet solidaire garantissant l'égalité socio-économique et nationale, garantissant donc le droit et la possibilité de vivre ensemble. *