PCF pour apparaître comme réellement indépendante de celui-ci. De son côté, la nouvelle Fédération syndicale unitaire (FSU), née de l'éclatement de la Fédération de l'éducation nationale (FEN) et majoritaire dans l'éducation, est dirigée par un courant syndical qui, proche du PCF et de la CGT, a su prendre de longue date ses distances avec ces derniers : situation spécifique qui lui a permis de résister à l'entreprise de destruction engagée par la direction de la FEN et de construire avec d'autres courants la FSU : une leçon qui mérite réflexion !
Nous ne sommes décidément plus dans la période antérieure, qui voyait le mouvement ouvrier partagé par le face-à-face entre le PS et le PCF, traduisant en son sein la polarisation de la guerre froide et de ses séquelles. Le PCF connaît aujourd'hui une crise majeure, au sein de laquelle est posée la question de savoir, d'une part, s'il résistera durablement, compte tenu de son réformisme fondamental, à l'attraction exercée sur lui par un PS reconstruit, et, d'autre part, s'il s'inscrira ou non dans les redéfinitions entamées par une gauche critique qui se cherche.
Situation qui exacerbe les questions du pluralisme et de la démocratie - démocratie interne et démocratie dans les rapports avec les organisations de masse — et en font des exigences vitales avec lesquelles on ne saurait tricher. Il ne suffit pas, comme l'a montré le 28ème congrès, de ne plus exclure ses opposants et de se débarrasser de la notion de centralisme démocratique (sans jamais l'avoir distingué du centralisme bureaucratique teinté de monolithisme qui est le seul qu'ait pratiqué le PCF) pour en avoir fini avec elles. Symbolique de ce point de vue est le fait que cette réforme des statuts a coïncidé avec le retrait d'une partie significative des militants refondateurs qui estiment à présent que le PCF n'a plus d'avenir.
Toutes les expériences dont on dispose montrent que les partis qui se revendiquent du communisme — et surtout ceux qui ont confondu celui-ci avec le stalinisme — sont invitées à changer radicalement si ils veulent survivre. Le PCF n'échappe évidemement pas à la règle. La particularité de l'appareil dirigeant du PCF a été jusqu'à présent de manifester qu'il était au moins partiellement conscient de cette exigence, tout en se montrant rétif — par manque de volonté effective ou par incapacité — à engager réellement ce changement. D'où un immobilisme de fait, contradictoire avec les discours affichés, que le 28ème congrès est venu une nouvelle fois confirmer.*
Paris, 16 mars 1994
Dans l'article qui suit nous essayons de donner le profil actuel du Parti communiste de Grèce (KKE). Nous insistons sur son histoire car on ne peut pas comprendre sa situation actuelle sans savoir son histoire clandestine jusqu'à 1917, son attachement à Moscou, et sa tradition de lutte. Tassos GOUDELIS
Be Parti communiste de Grèce (KKE) a été créé en 1917 sous le nom de Parti socialiste ouvrier de Grèce (SEKE), et peu après il a rejoint la Ille Internationale et devenu le KKE.
Avant la création du SEKE il n'y avait pas de parti ouvrier en Grèce, celui ci a rejoint en bloc l'Internationale communiste et jusqu'à 1974 il n'y a pas eu d'autre parti ouvrier de masse dans la société grecque.
En 1939, son influence politique était très limitée. Mais pendant la Deuxième guerre mondiale et l'occupation allemande de la Grèce (1941-1944) le KKE a crée le mouvement de la résistance. Ce mouvement a regroupé autour de lui l'ensemble de ce qu'il y avait de plus actif, de plus dynamique et de plus conscient dans la classe ouvrière et paysanne grecque. A la fin de la guerre ce mouvement avait le pouvoir entre ses mains. Le fait que le KKE était à la tête de ce mouvement lui a donné un grand prestige et une implantation profonde dans la société grecque. Malgré les erreurs qu'il commit, ensuite, surtout l'abondan du pouvoir à un gouvernement bourgeois en 1945, ce prestige a survécu. Même, après la chasse aux communistes lancé par ce gouvernement, qui a conduit à la guerre civile de 1947-1949, la défaite de la gauche et sa mise hors-la-loi, le KKE a pu conserver son influence dans la classe ouvrière et paysanne.
Cette situation d'illégalité a obligé la direction du KKE à vivre en dehors du pays (en Roumanie et en URSS). Pendant 25 ans, elle a dirigé ses organisations de l'intérieur avec beaucoup de difficultés. Sa dépendance vis-à-vis de Moscou s'est renforcée. Le KKE a connu une crise importante en 1956 quand sa vielle direction stalinienne a été remplacée par une autre fidèle à Moscou. En 1968, le KKE a connu une scission, une aile l'a quitté pour créer le Parti communiste de Grèce intérieur (PCG-intérieur). Ce dernier était pour la condamnation de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques, l'orientation du KKE vers l'eurocommunisme et sa collaboration avec les partis bourgeois contre la dictature militaire qui s'était installée en Grèce en 1967.
Le KKE a continué à être un parti très attaché à Moscou et à utiliser un langage plus radical que les autres partis communistes grecques.
Le frère concurrent
Le KKE a été légalisé en 1974, mais il s'est retrouvé face à la concurrence
d'autres partis qui essayaient de s'implanter dans la classe ouvrière : le PCG-intérieur et le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK). Le premier, ayant opté pour une politique de collaboration de classe a fini par dégénérer très rapidement, obtenant un score électoral de 1 % et une influence syndicale médiocre mais le PASOK a grandit très rapidement devenant le premier parti socialiste de masse dans l'histoire grecque.
Le KKE a conservé son influence dans les secteurs ouvriers traditionnels (bâtiment, secteur de l'électricité, textiles) mais le PASOK l'a dépassé aux secteurs modernes (métallurgie, chimie, secteur public). Aux élections de 1981, le PASOK a gagné et a pris le gouvernement.
Il a été poussé par l'usure de la droite parlementaire, au pouvoir depuis 1974 et le climat politique en Europe (victoire électorale des partis socialistes en France et en Espagne).
Au début, PASOK, critiquant très timidement les aspects négatifs de sa politique, ensuite il a adopté une attitude sectaire, n'hésitant pas à coopérer à plusieurs reprises avec le parti de la droite (Nouvelle démocratie) contre le PASOK. Il espérait ainsi pouvoir gagner la base du PASOK.
Une nouvelle crise
En 1989 poussé par les évolutions en URSS, le KKE a essayé de dépasser sa sphère d'influence traditionelle avec la création de la Coalition de la gauche en 1989, avec les reliques du PCG-intérieur et quelques anciens cadres du PASOK, en abandonnant presque toutes ses références de classe pour se faire accepter comme «force sérieuse et responsable» du système politique.
Cette évolution a provoqué une nouvelle crise dans ses rangs et une partie de ses intellectuels et la plupart de ses étudiants l'ont quitté, avec une critique de gauche, et ont créé le Nouveau courant de Gauche (NAR).
Mais malgré la mauvaise image du PASOK, après huit ans de gouvernement, la Coalition de la gauche n'a pas pu dépasser 12 % aux élections de 1989, quant au KKE seul il a obtenu 10%.
Pire encore, il a coopéré avec la droite contre le PASOK en l'aidant ainsi à prendre le pouvoir pour lancer une grande
Un peu plus d'un an après la création de la Coalition de la gauche, le KKE l'a quittée, à cause de divergences sur l'appréciation des évolutions en URSS. Le KKE se prononçait contre les réformes de Gorbatchev et peu après il a pris position pour le putsch, alors que le reste de la coalition les soutenaient inconditionnellement. La plus grande partie des intellectuels des députés et des cadres politiques du KKE est restée avec la coalition.
Le KKE essaye depuis de reprendre sa place dans la société grecque, mais rien n'est plus comme avant. Les évolutions en URSS ont détruit l'image de l'idéal auquel il s'était dogmatiquement attaché. Il est considéré comme responsable de l'arrivée de la droite au pouvoir à cause de sa coopération avec elle contre le PASOK. Il a perdu ses meilleurs cadres parlementaires en faveur de la Coalition et sa section étudiante en faveur du NAR. Il est resté pratiquement inactif pendant l'attaque anti-ouvrière de la droite. Son axe principal de propagande est de s'adresser aux anciens partisans en se référant à ses anciennes luttes pendant la résistance, à la guerre civile et à la répression qu'il a subie mais tout cela n'est pas suffisant pour qu'il regagne son influence. Son score électoral atteint 5 %, dans tous les syndicats il a perdu une grande partie de ses partisans , la majorité de ses intellectuels l'ont quitté, dans la jeunesse il est presque inexistant. Plusieurs de ses organisations locales ont des problèmes d'existence. Son concurrent principal n'est pas la Coalition de la gauche, qui est dans une situation encore plus mauvaise, mais le PASOK qui, profitant de la politique de la droite et du déclin du KKE, a regagné son
Depuis l'arrivée du PASOK au pouvoir en octobre 1993, le KKE essaye de regagner une audience, misant surtout sur les problèmes du PASOK dans l'exercice du pouvoir. Il fait une de l'agitation contre la politique d'austérité actuelle, mais ses forces réduites l'empêchent de mener une véritable campagne à ce sujet. Il se prononce contre l'embargo du gouvernement grec envers la République de Macédoine, exigeant un dialogue entre les deux pays sans préconditions, mais cette position n'est pas appréciée à cause de l'esprit nationaliste dominant dans toute la société grecque, dont le KKE porte une part de responsabilité.
A u niveau international, il essaye de coopérer avec d'autres partis communistes qui se référent encore au «bon vieux temps de l'URSS», mais il est très sectaire envers toutes les autres forces de gauche, bien que parfois, quand il se trouve en difficulté, ou pour des raisons tactiques, il propose à certains groupes une alliance ponctuelle sans donner ni suite ni perspectivse à cette coopération.
Incapable de prononcer une parole politique qui corresponde à la problématique actuelle, idéologiquement en pleine crise, chargé des erreurs politiques qui l'ont discrédité et avec une influence qui se réduit rapidement le KKE semble absolument incapable d'influencer le processus politique et avance versune marginalisation certaine.*•
Athènes, mars 1994