Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Une refondation à venir

· Inprecor n° 379, avril 1994 · p. 19-22 · 4 123 mots

Italie Syndicalisme URSS et Russie

Début février 1991, le Parti communiste de loin le plus fort des pays capitalistes industrialisés décide à son congrès de renoncer à son identité historique de même qu'a son nom et à ses symboles. Une minorité refuse de suivre la majorité dans le nouveau parti, le Parti démocratique de la gauche (PDS), et donne naissance à un mouvement d'où surgira formellement dix mois plus tard le Parti de la réfondation communiste (PRC) Livio MAITAN

L a rupture acquiert une

dimension beaucoup plus ample que les partisans d'Occhetto ne l'avaient craint et ses adversaires ne T'avaient espéré. Qui plus est, à la différence de ce qui s'était passé avant, à une échelle beaucoup plus modeste, dans le Parti communiste espagnol (PCE) ou dans le Parti communiste français (PCF), il s'agit incontestablemente d'une rutpure à gauche.

Au delà du choix de ses promoteurs, le nouveau parti naît comme une formation pluraliste du fait même que ses adhérents ont des provenances différentes et ont vécu des expériences politiques différentes. Certes, la très grande majorité des membres vient du PCI. Mais cette constatation d'ordre très général n'est pas très significative. En effet, dans la dernière période du vieux parti deux courants oppositionnels s'étaient dessinés, baptisés respectivement "cossuttien" (du nom de son représentant le plus connu, Armando Cossutta) et "ingraïen" (du nom du vieux dirigeant Pietro Ingrao, qui, par ailleurs, au moment de la rupture est resté dans le PDS pour ne le quitter que deux ans plus tard sans adhérer pour autant au PRC). Le premier courant s'était formé déjà depuis la fin des années 1970 et pendant plus d'une décennie avait critiqué la dérive d'abord social-démocrate et ensuite libéral-socialiste voire liberal-démocrate du groupe dirigeant, n'épargnant pas Enri-

ITALIE co Berlinguer lui-même. Le deuxième était né à une époque plus récente, surtout lorsque Occhetto avait voulu tirer toutes les conséquences d'une évolution du parti déjà très longue : sa critique était donc moins radicale et, le plus souvent, ne remettait pas en cause les conceptions et les orientations de l'ère Berlinguer (1).

Une organisation pluraliste

Il faut ajouter qu'un secteur de ce courant était composé de militants, qui, après avoir fait partie de la gauche socialiste, avait contribué à la naissance du Parti socialiste italien d'unité prolétarienne (PSIUP), issu d'une scission du Parti socialiste (PSI) en 1964 et conflué en majorité dans le PCI après les élections de 1972. D'autres, pas très nombreux, mais jouant un rôle politiquement significatif, avaient contribué en 1969 à la naissance du courant Il Manifesto et ensuite du Parti démocratique d'unité prolétarienne (PDUP), l'une des formations de l'extrème gauche des années 1970, et n'étaient entrés ou re-rentrés dans le PCI qu'après la fin du PDUP. En outre, rejoignent le nouveau parti un certain nombre de militants, dont des cadres, qui avaient quitté individuellement le PCI tout au long de la décennie. Finalement, adhèrent à Réfondation, après un congrès de juin 1991, la plupart des membres de Democrazia proletaria, la seule formation d'extrème gauche d'envergure qui subsistait encore.

Si on tient compte de ce processus de formation différencié, on comprend mieux le choix du nom du nouveau parti, qui n'a pas été une simple question terminologique. En fait, au premier congrès (décembre 1991), un accord assez large a été réalisé sur l'adoption du nom de Parti de la réfondation communiste justement dans le but de souligner par là l'exigence d'une réflexion critique sur l'expérience passée, nationale et internationale, du mouvement communiste et la nécessité d'un nouveau départ.

Il existait au début et il existe encore dans le PRC des nostalgiques du stalinisme. Mais, en premier lieu, il s'agit de franges somme toute marginales. En deuxième lieu, ces franges elles-mêmes ne défendent pas systématiquement des conceptions ou des méthodes staliniennes : le plus souvent elles s'accrochent à ce qui apparait à leurs yeux comme un mythe positif par rapport à la dérive droitière post-stalinienne. Quant à Armando Cossutta, président du parti, et aux militants qui lui sont les plus proches, la caractérisation de staliniens n'a pas beaucoup de fondements. En effet, dès le début des années

1) L'un des représentants les plus connus de cette sensibilité, Sergio Garavini, secrétaire du parti de sa fondation juqu'à l'été 1993, a reconnu, en guise d'autocritique, avoir avalisé le tournant des organisations syndicales à la fin des années 1970 sans en percevoir la véritable portée et avoir partagé les orientations d'Occhetto jusqu'au congrès du PCI d'avril 1989.

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1960 Cossutta avait été dans la fédération de Milan parmi les plus engagés dans la «destalinisation» de son parti. Si, vingt ans plus tard, il avait critiqué la rupture finale avec Moscou prônée par Berlinguer, ce ne fut pas au nom d'une défense tardive du stalinisme, mais parce qu'il estimait que des conquêtes du «socialisme» subsistaient encore en Union soviétique et qu'il était donc erroné de rompre tout rapport avec sa direction (par la suite, il a fait son autocritique à ce sujet).

Plus généralement, il est important de rappeler qu'au moment de la scission le PCI avait cessé d'être un parti stalinien depuis plusieurs décennies : non parce qu'il eût développé une analyse critique exhaustive du phénomène stalinien et de son propre passé ou qu'il eût complètement abandonné des modes de fonctionnement assimilés depuis les années 1930, mais parce que sa politique était fondamentalement déterminée par son intégration dans les mécanismes institutionnels de la société bourgeoise italienne ainsi que les intérêts de son groupe dirigeant et non par les orientations et les intérêtes de la couche sociale dominante de l'URSS dont le stalinisme fut l'expression.

Une dernière remarque : si, comme nous l'avons indiqué, au niveau des adhérents formels, ceux qui proviennent du PCI costituent la très grande majorité, les proportions changent au niveau des militants actifs et encore plus des cadres : la présence des ceux qui ont une autre origine est plus importante (2). Rappelons, par ailleurs, qu'à la suite du dernier congrès national, où trois différentes motions ont été soumises au vote, les minorités sont représentées proportionnellement aussi bien au Comité politique national qu'à la Direction (seul le sécrétariat n'est composé que de membres de la majorité).

En ce qui concerne sa composition sociale, le PRC a incontestablement une base populaire avec un pourcentage relativement élevé de travailleurs salariés. Qui plus est, il a fait preuve à plusieurs reprises de sa capacité de mobilisation de masse : il suffit de mentionner deux grandes manifestations nationales, dont il a été le colonne vertébrale, en septembre 1992 et en septembre 1993 à Rome, auxquelles ont participé, avec des revendications sociales et politiques radicales, plus de 100 000 personnes (selon les estimations les plus sobres).

Aux élections législatives du 5 avril 1992, le parti a obtenu 5,6% des voix pour la Chambre des députés et 6,5% pour le Sénat. Lors des élections municipales partielles qui ont eu lieu ensuite, il a le plus souvent amélioré son score, surtout en pourcentage, et il a devancé assez nettement le PDS à Milan (11,4%) et à Turin

Ce tableau d'ensemble assez positif ne doit pas sous-estimer trois points faibles importants. Premièrement : si le PRC jouit du soutien de secteurs ouvriers et peut compter sur des noyaux ou cercles dans des grandes et moyennes entreprises, dont Alfa Romeo à Milan, FIAT à Turin et des usines combatives dans le Sud, sa présence organisée sur les lieux de travail reste assez limitée. Deuxièmement : l'enracinement social des organisations de base dans les quartiers est absolument insuffisant et même là où il existe il n'y a pas d'activité constante. Troisièmement : si les grandes manifestations et notamment celle du 25 septembre de l'année dernière ont été marquées par une participation de jeunes assez satisfaisante et active, le pourcentage des jeunes dans le parti est très bas et il n'y a pas eu jusqu'ici d'intervention coordonnée au niveau national sur les grands problèmes qui intéressent les jeunes générations (3).

Un premier bilan

Le bilan d'une organisation qui n'existe que depuis trois ans ne peut être que provisoire. Toutefois, puisque ces trois anées ont été caractérisés par une crise généralisée de la société italienne et une succession d'évenements souvent dramatiques à l'échelle aussi bien nationale qu'internationale, cette organisation a été déjà soumise à des épreuves significatives.

Le PRC est apparu comme la seule opposition de gauche, surtout après la décision du PDS d'avaliser des accords, désastrueux pour les travailleurs, entre le gouvenement, le patronat et les centrales syndicales et d'appuyer pour l'essentiel le gouvernement Ciampi, engage activement dans une entreprise d' «assainissement», de restructuration et de restauration conservatrice et antiouvrière. Il a été la principale force qui s'est opposée, malheureusement sans succès, à une réforme antidémocratique de la loi électorale dont les conséquences se sont avérées très lourdes. Comme nous l'avons déjà mentionné, à la différence de tous les autres partis, il a participé très activement à la grande vague de luttes de l'automne 1992 contre des mesures du gouvernement frappant durement le niveau de vie de très larges couches de la population. Il n'a pas été, d'ailleurs, touché par l'ouragan des scandales qui fait ravage depuis deux ans : aucun de ses dirigeants nationaux ou locaux n'a été inculpé par des magistrats qui pourtant ne semblent épargner personne (4). Pour en venir aux problèmes internationaux, le PRC s'est prononcé contre le

Traité de Maastricht, il s'est engagé au lendemain même de sa naissance dans les mobilisations contre la guerre du Golfe, il a condamné sans ambiguïté l'aventure néocoloniale en Somalie, il s'est prononcé contre toute intervention militaire, sous quelque camouflage que ce soit, dans l'ex-Yougoslavie et a exigé la fin des blocus contre Cuba, l'Irak et la Libye. La solidarité avec Cuba a été un thème central de sa propagande et de son action anti-impérialiste. Il a condamné le coup avorté d'août 1991 en Russie de même que la répression sanglante déclenchée par Eltsine au mois d'octobre dernier. En ce qui concerne les rapports avec des partis ouvriers et des mouvements anti-impérialistes d'autres pays, il a pris la seule décision opportune dans le contexte donné : il n'a pas choisi des interlocuteurs privilégiés, mais a établi des rapports avec toute une gamme de partis communistes, de mouvements et regroupements socialistes et d'organisations ouvrières et anti-impérialistes de pays sousdéveloppés de même qu'avec quelques formations d'extrème gauche (5).

Tout cela explique à notre sens pourquoi le PRC a pu s'affirmer comme une force politique d'envergure dans un contexte pourtant peu favorable à la construction d'une organisation qui veut se donner une approche «lutte de classes» et se réclame des idées communistes.

Difficultés majeures

Essayons maintenant d'indiquer quelles sont les difficultés auxquelles il a dû faire face, en particulier au cours de la dernière année.

Tout d'abord, se pose le problème de l'orientation dans les luttes de masses et notamment de l'attitude à prendre face à la crise désormais chronique du mouvement syndical. Le PRC en tant que tel ne saurait remplacer les syndicats dans leur rôle spécifique et autonome, malgré l'action destructrice des bureaucraties confédérales. Mais rien ne l'empêche de s'engager activement sur le terrain, aussi bien en prenant

2) Selon la tradition du PCI, la plupart des membres du parti n'ont aucune activité et se limitent à payer la carte du parti. Dans les structures de base, on peut calculer en gros que ceux qui participent un tant soit peu à la vie de l'organisation ne dépassent pas 30%.

3) Des idées assez différentes et en même temps assez vagues existent sur les formes organisationnelles à adopter. L'expérience négative de la fédération des jeunesses du PCI, dont le choix d'«autonomie» avait donné naissance à des forces centrifuges multiples, conduit une partie des militants à rejetter l'idée même d'une organisation spécifique des jeunes.

4) Il y a eu des cas isolés de membres du PRC impliqués marginalement dans certaines affaires peu claires, qui de toute façon concernent la période avant la formation du parti. Personne n'a été, à notre connaissance, formellement incriminé.

5) Par exemple, lors de l'initiative européenne qui a eu lieu en juin 1993 à Paris (cf.Inprecor, n° 371 de juillet 1993).

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l'initiative de mobilisations que les dirigeants syndicaux n'organisent pas qu'en valorisant la présence dans les syndicats aux différents niveaux et dans d'autres organisations de masse d'un nombre croissant de ses militants. C'est justement à ce propos que des orientations divergantes sont apparues y compris dans le débat pour le dernier congrès.

En principe, la décision a été prise et à plusieurs occasions confirmée de ne pas imposer des choix contraignants ou, en d'autres termes, d'enregistrer le fait que les membres du parti appartiennent à des confédérations différentes (avec une majorité dans la CGIL) aussi bien qu'à des organisations non-confédérales, à des comités de base, à des regroupements qui prônent un renouveau radical ou une véritable réfondation du mouvement syndical dans son ensemble. Toutefois le plus grand effort a été fait, d'un côté, pour soutenir l'activité de l'opposition de gauche dans la CGIL, Essere sindacato, de l'autre, pour valoriser ce qu'on appelle le mouvement des conseils composés de militants de différentes affiliations syndicales. Ce mouvement n'a pourtant qu'une représentativité assez limitée et décroissante. De plus, tout en critiquant sévèrement les directions confédérales, il manque de clarté au sujet de la recontruction syndicale.

Une orientation floue

Cette orientation floue avait eu des conséquences négatives lors des luttes les plus puissantes des dernières années en automne 1992. Face à la capitulation des dirigeants de la CGIL (et à plus forte raison des autres centrales) et à la signature d'un accord qui supprimait ou grignotait sérieusement une serié de conquêtes ouvrières dont l'échelle mobiles des salaires, Essere sindacato et en premier lieu son leader, Fausto Bertinotti, actuellemment secrétaire du PRC, avaient annoncé leur volonté d'assumer désormais d'une façon autonome leurs responsabilités, au delà du cadre formel de la conféderation — que le secrétaire général Bruno Trentin avait enfreint le premier en ne respectant pas le mandat reçu —, et invité les partisans du courant à démissioner de leurs fonctions dans les différents secrétariats. C'était une décision d'autant plus justifiée que le danger d'isolement était limité du fait qu' on était dans le vif d'une énorme mobilisation au cours de laquelle le conflit qui opposait les dirigeants aux masses se manifestait d'une façon spectaculaire dans la rue. On aurait donc pu faire un premier pas dans la perspective d'une refondation syndicale. Les choses se sont passées autrement : les projets sont restés sur le papier et les syndicalistes du PRC assumants les plus grandes responsabilités ne se sont pas non plus engagés dans le développement d'un nouveau courant.

Les problèmes qui n'avaient pas été sérieusement abordés à ce moment-là, sont réapparus une année plus tard lors de la phase préparatoire du congrès, même si cette fois encore sans la clarté nécessaire. Formellement, un debat conflictuel a eu lieu à propos fut

Gra d'un amendement au projet de

Masse thèses soumis au Comité politique dans national (6). Au delà des for- la cor mules utilisées aussi bien dans PC/ eu le projet que dans les motions pendan finales, une divergence est diatemer apparue au sein même du de masse groupe dirigeant majoritaire il opéra u entre ceux qui, tout en ne même tem prônant pas des ruptures - parache organisationnelles, avan- 1980 - et conceptions p çaient la perspective sociaux-dém d'une véritable recons- février 1991, L

Achille Occhetto

syndical en partant idées communis d'en bas (des lieux de lutte de classes e travail, des orga- nom et les symb nismes d'auto-orga- désormais Parti ( gauche (PDS). La m ou à stimuler) et dérive donna naissa ceux pour qui la pour la réfondation co formellement un parti lo priorité était la congrès, en décen l'intérieur de dernière option, bien que sous forme assez nuancée, a été finalement celle des partisans de la motion majoritaire. Les atermoiements du PRC

Mais il n'y a pas l'ombre d'un doute que le débat sera réouvert, dès que de nouvelles luttes éclateront. Toujours est-il que l'absence d'une orientation achevée et les atermoiements face à l'échéance cruciale d'automne 1992 indiquent que le PRC n'a pas été capable d'aborder, comme il aurait été nécessaire et possible de le faire, l'un des problèmes décisifs pour le développement d'une opposition «lutte de classes» dans la phase actuelle.

En deuxième lieu, les problèmes soulevés par la crise politique se sont traduits au cours des trois derniers mois par des différents alignements en vue des élections législatives de fin mars. Rappelons que ces élections auront lieu selon une nouvelle loi, adoptée après le référendum du mois d'avril de l'année passé, selon laquelle

Du PCI au PDS

Le PCI fut fondé en janvier 1921, à l'initiative d'une minorité en rupture avec le Parti socialiste. Ses premiers congrès furent caractérisés par l'influence idéologique et politique de son principal dirigeant de l'époque, Amadeo Bordiga, dont l'ultragauchisme fut l'objet de critiques de la part de Lénine et de l'Internangrès de Lyon, en 1926, que Bordiga battu et que les conceptions d'Antonio msci eurent le dessus pour une z brève période. Obligé à opérer la clandestinité et dans l'exil depuis solidation du régime fasciste, le un rôle majeur dans la résistance la guerre en émergeant immé t après comme un grand parti

. En 1956, à son VIlle congrès, tournant ouvrant la voie en s à une rupture avec Moscou vée au début des années à une évolution vers des

25 % à la roches de celles des partis proportionnelocrates. Au congrès de le. Le but proine majorité dirigée par décida de renoncer aux gement est de es et à toute approche simplifier les alin changeant même le gnements en les ples du parti devenu ré-duisant, si poslémocratique de la sible, à deux. Fort inorité rejettant cette probablement ce but ce au Mouvement ne sera pas atteint, mmuniste, devenu rs de son premier quand même stimulé la ibre

1991.

formation des blocs ou

*

LM assez hétérogènes.

Cela s'etait produit déjà à l'occasion d' élections administratives partielles, même si la loi appliquée en l'occurrence n'était pas exactement la même et s'est reproduit encore plus dans la préparation des élections législatives.

Le PRC a donc dû faire un choix difficile : soit se présenter indépendamment, avec sa propre identité, en prenant le risque d'avoir un nombre plus faible d'élus (7) et de favoriser objectivement le succès, du moins du point de vue des

6) Le Comité politique national est l'équivalent d'un comité central alors que la Direction est un organisme plus restreint qui se réunit beaucoup plus fréquemment.

7) Aux élections d'avril 1992, le PRC a obtenu 35 députés et 20 sénateurs. Sans un accord électoral, même avec le même nombre de voix, il en obtiendrait senbiblement moins sur la base de la nouvelle loi.

8) Le terme «progressiste» est utilisé surtout parce qu'adhèrent à la coalition non seulement ce qui reste du

Parti socialiste, la Rete, les Verts, mais aussi des petits groupes chrétiens radicaux et des personalités regroupés dans ce qu'on appelle l'Alliance démocratique, parmi lesquels des anciens membres de la DC et du Parti républicain

(parti au gouvernement pendant de nombreuses décennies).

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sièges obtenus, d'une coalition de droite conservatrice, populiste-réactionnaire et néofasciste, soit adhérer à une coalition «progressiste» en estompant son profil (8).

Le débat sur cette question a été au centre du congrès qui a eu lieu du 20 au 23 janvier 1994. Les délégués étaient déchirés entre la préoccupation de maintenir et même augmenter la fraction parlementaire du PRC et de barrer la route à la droite, d'un côté, et la constatation des difficultés de la réalisation d'une alliance de gauche, de l'autre. Finalement, une majorité de 70 % a approuvé les démarches que la direction sortante avait déjà faites pour explorer les possibilités d'un bloc électoral, y compris de la formation éventuelle d'un gouvernement des «progressistes».En revanche, une minorité — 20 % des délégués — a défendu le point de vue qu'il n'existait pas de base programmatique et politique pour un tel accord et qu'on ne pouvait donc envisager qu'un accord électoral tout à fait pragmatique visant à limiter les dégâts que pourraient provoquer les nouveaux mécanismes électoraux. Les 10 % restant ont soutenu une autre motion en reprochant à la majorité d'avoir abandonné une partie de ses analyses critiques du PDS et ainsi que des prpositions syndicales - pourtant incluses dans le projet de thèses voté par le Comité politique en octobre 1993.

Unité conflictuelle

Le vote du congrès a avalisé le choix de la direction sortante, mais n' a pas permis de contourner les problèmes liés au choix d'une orientation électorale. La coalition électorale des «progressistes» s'est donc réalisée sur la base d'une plateforme en partie inconsistante et en partie contradictoire avec les conceptions du PRC. Ajoutons qu'après l'adoption de la plateforme commune, le PDS a diffusé son propre programme où la modération était encore plus prononcée. La publication du programme du PRC quelques jours plus tard permettait à tout le monde de constater l'ampleur des divergences. Résultat : la campagne électorale a été caractérisée dès les premiers jours par une polémique ouverte et parfois assez dure entre des dirigeants du PRC et ceux du PDS. Pour donner une idée des divergences, Occhetto dirigeant du PDS a déclaré, par exemple, que son parti ne prônait pas un gouvernement de la gauche, mais un gouvernement de «reconstruction nationale» et se répendait déjà en appels du pied à l'adresse du centre (représenté par l'avatar de la DC, le

Parti populaire italien (PPI) et le regroupement de Mario Segni, ennemi numéro un de la proportionnelle et d'orientationn nettement conservatrice). Le PRC ne peut évidemment pas envisager de participer à un tel gouvernement, d'autant plus que, selon Occhetto, ce gouvernement devrait poursuivre la politique d'«assainissement» financier entreprise par le gouvernement actuel et inclure éventuellement parmi ses membres, y compris comme premier ministre, Ciampi lui-même. Deuxième exemple : Bertinotti a proposé de taxer les bons du Trésor au delà d'un certain seuil; Occhetto a rejeté avec mépris cette proposition.

Autre exemple : le PRC a réitéré son oppostion à l'OTAN quelques jours avant qu' Occhetto ne se rende au quartier général de l'OTAN à Bruxelles pour délivrer une profession de foi «atlantique» et expliquer aux «alliés» que la politique étrangère d'un gouvernement «progressiste» n'impliquerait aucun changement substantiel dans la politique extérieure. Finalement, l'ouverture officielle de la campagne électorale a coîncidé avec la signature par les syndicats confédéraux d'un accord avec FIAT — accord aux implications désastreuses pour un secteur important de la classe ouvrière du pays. Le PDS, en syntonie avec les bureaucraties syndicales, a applaudi, alors que le PRC a distribué dans les entreprises concernées un tract invitant les ouvriers à rejeter l'accord en question (9).

Il va de soi que toutes ces difficultés s'aggraveraient et se multiplieraient dans le cas où les «progressistes» obtiendraient une majorité au parlement. Le PRC devrait alors faire des choix encore plus difficiles qu'à la veille des élections. S'ensuivrait inévitablement de nouvelles différenciations internes, sur des clivages encore plus tranchés.

Un vide à combler Ajoutons, en guise de conclusion, que le parti n'est pas suffisamment armé pour faire face aux difficultés que nous avons analysées, dans la mesure où le bilan de ses trois années d'existence comporte un élément négatif important qu'en principe personne ne nie : l'entreprise de refondation programmatique, politique et même organisationnelle n'a guère été réalisée. En fait, elle n' a même pas été entamée. On ne peut pas ignorer les obstacles ojectifs, ni nier que la tendance à repousser les échéances de réflexion critique (par exemple, sur l'expérience des sociétés de transition bureaucratisées) a été facilitée par l'accélération des événements politiques et les exigences réelles de mobilisation du parti. Cela n'empêche qu'il y a un vide théorique que le PRC doit absolument commencer à combler — renvoyer cette tâche capitale aux calendes grecques lui serait fatal. Il ne s'agit pas tellement de satisfaire à des exigences d'historiens ou de théoriciens, pourtant légitimes. Il s'agit plutôts de comprendre que dans une phase de crise sociale et politique aussi profonde et généralisée,il est en dernière analyse impossible de faire les choix nécessaires même à court terme sans disposer d'une orientation stratégique et sans donner une réponse — ou commencer à donner une réponse — à des questions essentielles que la crise des années 80 et de début des années 90 pose au mouvement ouvrier à l'échelle tant nationale qu'internationale. *

Rome, 6 mars 1994

9) Un problème pour le PRC réside dans le fait que dans certains circoscriptions à scrutin uninominal ses membres et ses électeurs seront obligés à voter non seulement pour des membres du PDS, des Verts ou des partisans de la Rete, mais parfois même pour des ministres du gouvernement en place, des représentants de la Confindustria (organisation du patronat industriel) entre autres personnages politiques bourgeois qui ont constamment combattu le mouvement ouvrier.

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