La politique de Teng Hsiao-ping a une dimension économique et sociale à laquelle les travailleurs chinois devront un jour répondre frontalement. Elle a également une dimension internationale - toujours plus réactionnaire:
on ne peut à la fois s'allier aux pires ennemis des masses de la région, les de «l'hégémonisme» d'une (Le Monde du 26 octobre).
Pierre ROUSSET Le 23 octobre 1978, Teng
Hsiao Ping ratifiait le traité de paix sino-japonais signé deux mois auparavant, après de laborieuses négociations engagées en 1975. Le caractère proprement triomphal de la tournée opérée à cette occasion par le Vice-premier ministre chinois au Japon a souligné l'importance de cet événement international majeur dont on peut difficilement sousestimer la portée. Il ne s'agit pas en effet d'une simple normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays; normalisation largement réalisée depuis 1972, c'est-à-dire depuis le voyage de Kakuei Tanaka, alors Premier ministre japonais, à Pékin à la suite du rétablissement spectaculaire des rapports sino-américains et de la visite dans la capitale chinoise de Richard Nixon.
La présence dans le traité d'une clause «anti-hégémonique», l'ampleur des accords économiques actuellement négociés par les deux gouvernements, les conséquences régionales du rapprochement entre le géant chinois et la principale puissance impérialiste asiatique, en témoignent.
Le gouvernement japonais cherche certes a en minimiser publiquement la portée politique. Il fait valoir qu'il a obtenu l'incorporation dans le paragraphe consacré à la condamnation
Chine-Japon
Le traité de paix
sino-japonais
impérialismes américain et japonais, et aider au développement des luttes révolutionnaires. phrase stipulant que « le présent traité n'affectera en rien les positions adoptées par chacune des parties contractantes dans ses relations avec les pays tiers». Le Premier ministre Fukuda se réclame d'une « diplomatie tous azimuts» qui prétend rechercher l'amitié de tous les pays sur une stricte base bilatérale. Il craint en effet les réactions de l'URSS, qui a condamné le nouveau traité sino-japonais. Pourtant, il ne saurait cacher ce que Teng Hsiao-ping s'est empressé de rappeler lors de son séjour à Tokyo l'accord nippo-chinois participe d'une double stratégie internationale, celle de la direction chinoise et celle de Washington qui ont notamment pour but d'isoler et d'affaiblir l'URSS, « ennemi principal». CONTRE LE «SOCIALIMPERIALISME»
Teng Hsiao-ping n'a pas fait mystère de ses préoccupations. A l'occasion d'une conférence de presse, il déclarait le 25 octobre que c'était « la première comme la clause anti-hégémonique figurait « dans un traité international». Il notait que «l'établissement définitif du principe anti-hégémonique» revêtait une «très grande signification» et que cette clause était «l'essence», «le point central» du traité entre les deux pays
Un accord signé sur le dos des peuples d'Asie
La signature de ce traité de paix et d'amitié apparaît donc dans la droite ligne de la diplomatie mondiale chinoise qui, du Zaïre au Chili (dont le ministre des Affaires étrangères visitait Pékin en septembre), de l'Iran à la Palestine (le gouvernement chinois recevant certes une délégation de l'OLP tout récemment encore, mais refusant néanmoins de condamner clairement les accords de Camp David), de l'Europe de l'Est à l'Europe de l'Ouest, vise un objectif obsessionnel: isoler le «social-impérialisme». Mais le rapprochement sino-japonais représente plus que la simple poursuite d'une politique qui a déjà bien des crimes contre les peuples à son actif.
C'est en effet une chose que de soutenir de Pékin les pires dictatures d'Afrique ou d'Amérique latine, de réclamer le maintien de l'OTAN, voire même de cautionner l'ASEAN, et c'en est une autre que d'en appeler au renforcement du Pacte de sécurité nippo-américain et du potentiel militaire japonais. On assiste aujourd'hui à l'aboutissement ultime de la logique bureaucratique qui a fait de PURSS «l'ennemi principal» et qui pousse la direction chinoise à s'allier de plus en plus étroitement, face à la « menace» nordique, avec l'impérialisme en la personne de son chef de file international, les USA et de la puissance capitaliste asiati-
que dominante, le Japon. Déjà en septembre, Teng Hsiao-Ping ne déclarait-il pas se féliciter de la «volonté d'indépendance du Japon en matière de défense» (Le Monde du 26 octobre) ?
Le comportement du Vice-premier ministre chinois des Affaires étrangères n'a laissé planer aucune ambiguité quant au soutien accordé aujourd'hui par Pékin au parti gouvernemental japonais, le Parti libéral démocrate, principale formation de la bourgeoisie nippone, voire à son aile la plus fermement réactionnaire. Au mépris des usages, il a même voulu rendre visite à l'ancien Premier ministre déchu, Tanaka, qui attend de passer en procès pour les pots de vins qu'il a reçus de la firme aéronautique américaine Lockheed. Tanaka ne représente-t-il pas encore une fraction décisive du PLD avec laquelle il importe de traiter ? De même, quand l'empereur Hiro Hito, qui symbolise à la fois personnellement et institutionnellement le Japon impérial et militariste, l'occupation de la Chine et d'une grande partie de l'Asie orientale, a légérement évoqué les «événements malheureux» qui ont troublé «l'histoire sino-japonaise», Teng Hsiao-ping aurait répondu d'un indifférent «oublions, oublions le passé» (Le Monde du 25 octobre). LE COUP DE PIED DE L'ANE POUR LA GAUCHE JAPONAISE
Il va sans dire que la politique de la direction chinoise porte un coup sévère au mouvement ouvrier et à la gauche japonaise, déjà affaiblie par ses divisions et extrême opportunisme. C'est d'autant plus vrai que les liens historiques entre cette gauche japonaise et la Chine ont été très étroits. Avant de rompre avec le PCC en 1966, les dirigeants du PC japonais ont longuement trouvé refuge à Pékin. En 1972 encore, le président de des paysans de Sanrizuka en lutte contre la construction de l'aéroport de Narita était triomphalement reçu en Chine. De plus, la gauche japonaise comme le syndicat Sohyo ont longtemps fait de la dénonciation du pacte de sécurité nippo-américain (qui intègre le Japon au système militaire US) et du réarmement du pays, une constante de leur politique, au moins en ce qui concerne les déclarations officielles.
La visite accordée par Teng Hsiao-ping à Tanaka a soulevé l'indignation. Il faut dire que ce dernier a cyniquement expliqué à son sujet que «Teng a un sens heureux de l'humour. Il ne pose questions sur l'affaire Lockheed. Cela serait bien agréable si les Japonais faisaient eux aussi preuve du même sens de l'humour» (Far Eastern Economic Review du 3 novembre). Il y eut des remous jusque dans les milieux du PLD. Un député socialiste déclarait quant à luisans ambage : «Non seulement c'est une insulte à la nation japonaise, mais encore on peut se demander si les Chinois nous rendraient la pareille et nous autoriseraient à rencontrer un inculpé» (Le Monde du 25 octobre).
Plus généralement, c'est l'alignement de Pékin sur l'alliance nippo-américaine qui met dans l'embarras la gauche japonaise. Le président du PS, Asukata, s'était fait dire à Pékin, alors qu'il réaffirmait la position traditionnelle de son parti à l'égard des USA, que sa «politique avait quinze ans de retard» (la fraction dominante du PS a des sympathies pro-soviétiques). Et Ueda, parlementaire et rédacteur en chef du journal du PCJ (Akahata) devait déclarer à l'occasion du voyage de Teng Hsiao-ping qu'«en approuvant le traité de sécurité avec Washington et le réarmement japonais, la Chine adopte une attitude contraire à celle d'un pays socialiste» (Le Monde du 20 octobre). LA BENEDICTION DE WASHINGTON ET LE PORTE-MONNAIE DES ZAIBATSU
En signant le traité de paix et d'amitié avec la Chine, Tokyo ne fait évidemment preuve d'aucune indépendance politique visTeng Hsiao-ping, Fukuda et leurs épouses portant un toast au traité de paix sino-japonais à-vis de Washington. C'est à la suite du déblocage des relations sino-américaines, en 1971, que le Japon s'est ouvert à nouveau à son voisin continental. Le renforcement du rôle régional du Japon répond aux voeux du gouvernement américain qui désire, après son échec en Indochine, que les charges de «défense du monde libre» soient mieux partagées. Le renforcement du potentiel militaire nippon, au mépris de la Constitution résolument pacifiste, est indispensable aux yeux des stratèges du Pentagone qui s'inquiètent de la puissance navale soviétique dans le Pacifique. Et le Japon impéria-
liste a une fonction irremplaçable à jouer dans la stabilisation des régimes dictatoriaux et néocoloniaux d'Asie du sud-est.
A Washington comme à
Pékin, on considère illusoire de vouloir faire la «balance égale» face aux deux autres «grands»:
il faut choisir «l'ennemi principal» du moment. Dans les deux cas, il s'agit de l'URSS, ce qui explique comment les objectifs
L'année 1978 aura été une année riche en grandes «premières» en ce qui concerne la politique internationale chinoise. C'est en effet cette année là que le conflit politique sino- vietnamien a éclaté au grand jour, que la diplomatie chinoise a fini de prendre sa dimension proprement internationale avec le voyage de Hua Kuo-feng dans les démocraties populaires de l'est européen et que le Traité de paix et d'amitié sino-japonais a été signé.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que la diplomatie chinoise est opportuniste : elle n'a jamais été à proprement parler internationaliste. Aux lendemains de la guerre de Corée, Pékin s'aligne sur Moscou lors des négociations de Genève sur le Vietnam, et fait l'éloge des régimes «progressistes» du Tiers-monde réunis à la conférence de Bandoeng en 1955. Mais, le PCC s'est longtemps affirmé anti-impérialiste. Ce fut tout particulièrement le cas après l'arrêt brutal de l'aide fournie par l'URSS à la Chine et l'ouverture du conflit sino-soviétique. Pékin continua, certes, de soutenir le Pakistan pour des autionna la politique criminelle du PKI el
Indonésie qui aboutit aux massacres de 1965. Il refusa de même, malgré les pressions des PC vietnamien, japonais, coréen et de la direction cubaine, d'accepter uni avec l'URSS pour la défense de l'Indochine.
Mais il se lia aussi étroitement avec de nombreux mouvements de libération et la direction chinoise joua un rôle important des politiques internationales chinoise et américaine se rencontrent actuellement si souvent et si étroitement.
Les dirigeants et les capitalistes japonais y trouvent évidemment leur part. Ils souhaitent aussi que la puissance militaire du Japon corresponde plus a sa puissance economique.
Le PLD est traversé d'une intense lutte de fraction pour choisir le prochain président du parti, donc le prochain Premier ministre. L'amitié chinoise est devenue l'un des éléments clefs de cette guerre interne, ce qui explique partiellement pourquoi Fukuda a pu faire taire les objections d'une bonne partie de sa propre fraction traditionnellement pro-taïwannaise. Quant POLITIQUE EXTERIEURE CHINOISE : CHANGEMENT DT CONTINUITE soutien accordé montante», une politique de front tiques.
liance souhaitée entre dans la dénonaux capitalistes japonais, ils attendent beaucoup de la croissance des échanges nippo-chinois.
commercial sur huit ans a été pays, portant sur un montant de vingt milliards de dollars. Des contrats pour une valeur de cinq milliards de dollars ont d'ores et déjà été signés. Surtout, les accords de février seraient prolongés d'une période de cinq ans et la valeur des échanges prévus se verrait quadruplée. Le Japon vient de signer un contrat pour la mise sur pied d'un complexe sidérurgique dans le Hopei qui s'annonce comme l'un des plus grands du monde avec une capacité annuelle de dix millions de tonnes d'acier. Il participe à la construction d'un autre comciation des capitulations de la diplomatie soviétique et de la politique dite de «détente».
C'est, en fait, au lendemain de la révolution culturelle, alors que l'appareil du Parti et de l'Etat est à nouveau consolidé, que le tournant de la politique interationale de Pékin s'affirme : du vivant de Mao et sous sa haute autorité, faut-il le rappeler ? Dès 1971, on en apprécier la nature avec l'invitation faite à Nixon à se rendre à Pékin alors que les bombes pleuvent sur l'Indochine et avec le gouvernement
Bandaau ranaike au moment où il réprime dans le sang le
JVP ceylanais et ses milliers de sympathisants.
C'est en 1974 que Teng Hsiao-ping expose à la tribune de l'ONU une nouvelle innovation : la
«théorie» des «trois mondes». Il ne s'agit plus seulement de dénoncer les «Grands», mais cessé d'affirmer que le «camp socialiste» a d'être. Il apparaîtra rapidement que la dénonciation des deux «superpuissances», encore mises officiellement sur le même pied en 1974, n'est pas égale : l'URSS, «puissance impérialiste est bel et bien «l'ennemi principal». L'idéologie suit les nécessités de la diplomatie et épouse les intérêts bureaucrasoutiendra donc l'intervention militaire de l'impérialisme français en Afrique, exemple, selon la direction chinoise, de l'al-
«deuxième» et le
«troisième monde» face à l'URSS..
plexe dans la région de Shangaï et à la modernisation d'une aciérie près de Pékin.
Bien sûr, il reste encore à régler le délicat problème du financement des importations chinoises. Pékin a bien laissé entendre qu'elle serait prête non seulement à se tourner vers
le crédit international, mais même à accepter des prêts gouvernementaux étrangers, ce qui représenterait un tournant politique spectaculaire. Mais rien ne semble encore bien établi. La Chine se propose aussi de payer en exportant en retour du pétrole brut. Cela intéresse théoriquement au premier chef les Japonais qui cherchent à diversifier leurs marchés énergétiques. Mais le pétrole chinois est d'une qualité médiocre que les industriels nippons sont mal préparés à raffiner sans procéder à d'importants investissements.
Cependant, la relance économique au Japon se fait attendre, malgré les promesses gouvernementales d'un taux de croissance annuel de 7 % pour 1978. Le représente un potentiel considérable et concerne des secteurs clefs de l'économie comme la sidérurgie. Le jeu, de l'avis général, vaudrait le coup d'être tenté, comme le note Susumu Awanokara dans la Far Eastern Economic Review du 3 novembre : «La Chine est engagée dans une révolution industrielle massive qui absorbera des volumes d'exportations considérables en provenance du Japon aussi bien que d'autres marchands d'usines et d'équipements, et les chances de succès semblent assez grandes pour que les étrangers acceptent de miser dessus». LES «QUATRE MODERNISATIONS» DE TENG HSIAO-PING
Pour la direction chinoise, louverture en direction du Japon ne répond pas seulement aux exigences du combat contre le «social-impérialisme». Elle prolonge, indispensable, la politique de rationalisation bureaucratique de l'économie du pays, défendue par Teng Hsiao-ping sous le nom des « quatre modernisations». Il n'est pas de mois qui s'écoule sans que l'offensive menée par le Vice-premier ministre contre l'héritage maoïste et les hommes qui s'opposent à ses options ne connaisse de nouveaux développements.
En ce qui concerne le personnel politique, le Général Wu Teh a été relevé de ses fonctions à la tête de la municipalité de Pékin et plusieurs dirigeants de province ont été limogés, notamment dans le Liaoning dont le nouveau Premier secrétaire est monté en ligne de front sur le plan idéologique : il lui est revenu de rappeler que «la pratique est le seul critère de la vérité» alors que « certains camarades s'obstinent dans l'opinion erronée que la pensée de Mao Tsé-toung constitue un critère de la vérité» (Le Monde du 3 octobre). Quant au fameux Petit livre rouge du Président Mao, il est maintenant dénoncé comme un recueil abêtissant de «maximes» détachées de leur contexte logique, et promis semble-t-il au pilon !
Spécialiste des «petites phrases» significatives, Teng Hsiaoping a laissé entendre que la réunification avec Taïwan ne se ferait «que par la voie pacifique et dans un futur lointain» (Le Monde du 27 octobre). Sur le plan économique, le tournant majeur engagé par le régime prend de plus en plus systématiquement forme. Le nouveau président sciences, Hu Chiao-mu, un réhabilité de la révolution culturelle évidemment, en a exposé grandes lignes dans un article du «Quotidien du peuple» du 16 octobre. On y retrouve tous les thèmes dénoncés hier comme la preuve du retour «idéologique» au capitalisme en URSS. Ils'agit d'augmenter la productivité en faisant jouer les «lois» économiques de la «valeur», en intéressant matériellement directement les travailleurs «et la maîtrise» aux résultats productifs, en sanctionnant ceux dont l'entreprise ou la commune produit peu, en multipliant les contrats légaux d'échanges entre les diverses unités économiques y compris au sein d'une même commune, en donnant au système de crédit bancaire un rôle plus important, en spécialisant les entreprises et en apprenant de la bourgeoisie les règles de gestion efficaces...
D'où, en ce qui concere ce dernier point, l'envoi prévu de 10000 étudiants au Japon, censés loger chez l'habitant plutôt que dans des cités universitaires séparées, afin de mieux s'imprégner des règles d'or de la gestion capitaliste. Teng Hsiao-ping doit composer avec l'esprit démocratique vivace des masses chinoises, et annonce que, dorénavant, les cadres d'entreprises seront élus par les ouvriers de leur unité jusqu'au niveau du chef d'atelier. Mais son masque libéral tombe quand il déclare devant les deux mille délégués du Congrès des syndicats, le 11 octobre, que les «travailleurs doivent développer leurs glorieuses traditions de dur travail, d'abnégation et de discipline, acceptant sans rechigner les transferts (d'emploi) et aimant leurs entreprises comme leurs foyers». «Les syndicats doivent éduquer leurs membres dans le respect d'une direction administrative hautement centralisée (...) et de l'entière autorité du système de commandement de la production» (Le Monde du 14 octobre).
Teng Hsiao-ping est dans une vaste opération de rentabilisation bureaucratique de la production. Mais sa politique se heurtera à de nombreuses résistances, de la part des travailleurs qui risquent de ne pas entendre le rôle des directeurs d'entreprises de la même oreille que Teng, mais aussi au sein de la bureaucratie. Sa politique implique en effet un bouleversement considérable des modes de domination de la bureaucratie dans le pays, avec un rôle nouveau dévolu aux cadres de économique et la généralisation des relations contractuelles entre les unités économiques. Il va vite, très vite en besogne. Or, les précédents en URSS et dans les pays de l'Est européen ont montré combien il était difficile de réformer ces vastes appareils d' Etat bureaucratisés. Versant inévitable de sa politique d'ensemble, l'ouverture en direction du Japon et la croissance des échanges économiques avec le marché capitaliste mondial ne peut qu'avoir de profondes conséquences à long terme et peut précipiter de nouveaux conflits politiques au sein du régime. L'opposition larvée qui se manifeste entre Hua Kuo-feng et Teng Hsiao-ping peut-être
avant tout les craintes soulevées dans certains secteurs de la bureaucratie par l'«aventure» que représente le cours forcé de Teng à la «modernisation». LE GLACIS COREEN
Sur le plan régional aussi, le nouvel accord sino-japonais ne saurait qu'avoir d'importantes répercussions. L'équilibre économique actuel serait bouleversé pour peu que les prévisions en cours se réalisent, l'Indonésie craignant notamment la concurrence du pétrole chinois et l'Australie pouvant espérer bénéficier du «boom sidérurgique» sino-japonais.
plus fondamentalement, c'est l'équilibre stratégique de l'Asie orientale qui risque de se trouver altéré. Le conflit sino-soviétique devient toujours plus une donnée capitale de la situation régionale, comme ce ne fut jamais le cas dans le passé. La signature d'un Traité d'amitié et de coopération vietnamosoviétique, novembre, répond de toute évidence au Traité de paix et d'amitié sino-japonais. Les répercussions de ce dernier dans la péninsule cosont encore difficiles à déterminer. Logiquement en effet, la Chine «patronnant» la Corée du Nord et le Japon la Corée du Sud, des pressions devraient s'exercer en direction d'une reconnaissance multilatél'existence des deux Or, cette perspective a toujours été dénoncée par le régime de Kim Il Sung. Le PC Coréen est actuellement politiquement beaucoup plus proche de Pékin que de Moscou, comme l'a montré son alignement sur le Cambodge dans le conflit vietnamo-khmer. Il aurait par ailleurs à sa tête, depuis peu, des «technocrates» à la mode Teng Hsiao-ping, chargés de redresser la barre financière du régime après la banqueroute internationale qui l'a frappé. Mais la Corée du Nord est liée par des traités de défense mutuelle à la fois avec la Chine et avec l'URSS. Plus, sur le plan militaire, elle dépend largement de la couverture soviétique. Que se passera-t-il quand le Traité d'amitié sino-soviétique sera formellement et définitivement dénoncé ?
Teng Hsiao-ping a eu, au Japon, l'un de ces mots cyniques à l'égard de ses alliés dont il semble coutumier. Au sujet de la Corée, il notait que «les pays divisés sont ultimement unifiés...
problèmes ne peuvent être résolus en dix ans, ils le seront en cent ans. S'ils ne le sont pas en un siècle, ils le seront siècles» (Far Eastern Economic Review du 3 novembre). Voilà qui est encourageant pour Kim Il Sung ! Selon Philippe Pons, le correspondant du Monde à Tokyo, les Coréens du Nord reconnaissaient en privé qu'on pouvait se demander «où se trouvait leur pays dans la tête de M. Teng lorsqu'il décida de s'engager plus avant avec le Japon» (Le Monde du 26 octo-
Le Japon est un élément clef d'un triangle militaro-industriel Washington-Séoul-Tokyo. L'inde la défense qu'en matière économique et politique, est telle que la question coréenne est presque ressentie comme une question «intérieure» au Japon. La péninsule coréenne fait partie de la zone de «sécurité immédiate» de l'archipel nippon. Elle constitue aussi l'une des pierres angulaires du dispositif militaire régional de l'impérialisme dans le Pacifique Nord, très sensible aux équilibres chandes rapports de forces maritimes. Il est donc impossible de «s'engager» bien avant avec le Japon sans en tirer toutes les conséquences en ce qui concerne le gel de la situation dans la péninsule coréenne. l miers à faire les frais de cette politique renforcée (mais non nouvelle) de coexistence pacifique seront les masses de Corée du Sud, engagées, seules, dans droits démocratiques élémentaires contre le régime dictatorial de Park Chung Hee.
LES PEUPLES D'ASIE DU SUD-EST DANS LE COLLIMATEUR
L'Asie du Sud-est est aujourd'hui l'enjeu de grandes manoeuvres diplomatiques. Pham Van Dong, Premier ministre vietnamien, leng Sary, ministre des Affaires étrangères cambodgien, Firiouline, ministre adjoint des Affaires étrangères soviétique, enfin Teng Hsiao-ping lui même, se seront succédés à deux mois d'intervalle dans les pays de l'ASEAN, l'Association des nations du Sud-est asiatique, qui regroupe les gouvernements thailandais, malaisien, singapourien, indonésien et philippin. Ici encore, le traité sino-japonais annonce de nouvelles difficultés pour les peuples de la région.
Teng Hsiao-ping, dans une interview accordée, avant son départ pour Tokyo, à des journalistes thailandais, a certes dé claré qu'à la différence de Pham Van Dong lors de sa visite à Bangkok, il se refuserait à déclarer l'arrêt du soutien accordé par Pékin aux partis communistes engagés dans des luttes de guerillas. Tout en mettant en doute la sincérité des déclarations du Premier ministre vietnamien, il s'offrait en effet le luxe de donner une «leçon d'inmiens : «Pham Van Dong a soulevé ce problème pour enfoncer un coin entre nos deux pays. On voudrait savoir si Teng va dire la même chose en Thai lande. Je peux déjà vous affirmer que, si la Chine parlait comme Pham Van Dong, Chine serait fort détestable»( Le Monde du 25 octobre).
Cette vertueuse déclaration d'intention ne saurait cependant faire illusion. Au printemps dernier, d'ailleurs, Teng s'était expliqué à ce sujet avec le Premier ministre thailandais en visite à Pékin : le soutien chinois aux guerillas ne pouvait être totalement interrompu car «sinon les soviétiques prendraient la placen. Mais, avait-il ajouté, «de toutes façons, ne vous inquiétez pas, si vos gouvernements prennent des mesures de répression contre ces partis, l'ambassade de Chine ne protestera pas» (Le Matin du 4 novembre).
Quand la direction du PCC en appelle au maintien de la présence américaine dans la région et au renforcement du rôle du Japon vis-à-vis de l'ASEAN, la vieille distinction entre la politique du gouvernement - ouverte aux compromis diplomatiques indispensables -et celle du parti - garante de la poursuite d'une politique internationaliste active - ne tient plus. On ne peut d'un côté s'allier aux pires ennemis des masses de la région, les impérialismes japonais et américain et aider en même temps au développement des luttes révolutionnaires !
Déjà, lors de la visite de Teng Hsiao-ping à Rangoon, en janvier de cette année, le correspondant du Monde à Pékin, Alain Jacob, notait combien la presse chinoise s'était faite discrète sur l'action du Parti communiste birman. Il rapportait que les dirigeants de ce parti, résidant dans la capitale chinoise, «n'ont pas caché, à ceux qui ont pu récemment les approcher, les préoccupations que leur causaient le voyage de M. Teng Hsiao-ping» (Le Monde du 28 janvier 1978). Aujourd'hui, c'est la résistance thailandaise qui est devenue Tenjeu d'un ensemble de conflits qui la dépasse. Comme tous les partis de cette région, le PCT est d'obédience idéologique maoïste. Mais l'accueil exceptionnel fait en Thailande à Teng Hsiaoping - fait précédent, ¡'homme d'Etat chinois a été convié à assister à la cérémonie solennelle d'ordination boudhique du prince héritier - montre qui l'emporte des rapports de parti à parti ou de gouvernement à gouvernement! Le premier bénéficiaire de ces tournées diplomatiques successives en Thailande est en effet le général Kriangsak et son régime militaire. Face à la Chine qui ne voit plus en eux que des moyens de pression, dont il ne faut pas perdre le contrôle idéologique au profit du bloc prosoviétique, et au Vietnam saisi à la gorge et dont la direction est prête à tout pour échapper à l'étau, il n'y a d'autre voie pour les mouvements révolutionnaires de cette région que le désen-
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17, du 24.11.77 18, du 8.12.77 23, du 3.3.78 24, du 17.3.78 28, du 12.5.78 gagement politique à l'égard du conflit sino-soviétique et de ses implications locales.
De façon générale, c'est bel et bien la diplomatie chinoise qui apparaît la plus offensive en Asie du Sud-est. Malgré les inquiétudes qui peuvent se faire jour au sein de l'ASEAN devant la dynamique du traité sino-japonais et la force d'attraction que représente la République auprès des commuchinoises immigrées, c'est avant tout contre le bloc soviéto-vietnamien que les régimes néo-coloniaux de la région se tournent. Les intérêts nippoamoins pense apparemment américains prévalent. jouer sur du velours : alors même qu'il visite Bangkok, deux hautes personnalités de Pékin, Wang Tung-hsing, vice-président du PCC et Yu Chiu-li, Vice-premier ministre, arrivaient Phnom Pen afin de rappeler le soutien apporté par la Chine au régime khmer dans son conflit avec le Vietnam. L'APPRENTI SORCIER
Grâce à sa politique d'ouverture à l'égard du Japon, ia direction chinoise espère certainement pouvoir accélérer la modernisation forces armées. Elle a éprouvé des difficultés lors de ses voyages de prospection en Europe, du fait notamment des pressions soviétiques sur les marchands d'armes comme la France. Tokyo semble disposer à l'y aider et a demandé au Cocom, l'organisme chargé de contrôler les ventes de produits militaires et stratégiques aux pays socialistes, d'assouplir ses règlements.
Mais, au jeu du réarmement réciproque, d'être perdante. Le Japon ne possède pas l'arme atomique, mais il est intégré au systeme militaire américain. Les fameu-
«Forces nipponnes comptent 288000 hommes et seraient la septième armée du monde pour l'équipement. Elle sont en voie de modemisation. Aider à réarmer le Japon, contribuer par contre au désarmement politique du mouvement ouvrier japonais face à ce danger, c'est doter de dents meurtrières la mâchoire d'un géant impérialiste. C'est jouer à l'apprenti sorcier, c'est sacrifier sur l'autel intérêts immédiats de la des peuples de toute la région, et notamment ceux du peuple chinois. Dans un contexte certes différent, ce n'est pas sans rappeler la terrible politique de Staline à l'égard de l'Allemagne à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Là aussi il s'agissait de lutter contre « l'ennemi principal » au prix d'un aveuglement total sur la nature réelle de la PURSS. C'est l'Etat ouvrier chinois qui sera en dernière analyse menacé par le renforcement de l'alliance impérialiste en orientale favorisée par l'orientation actuelle de la direction chinoise. Orientation d'autant plus criminelle qu'elle tend à rétablir l'équilibre de la domination impérialiste régionale qui avait été profondément ébranlée par la défaite de l'intervenaméricaine en Indochine et qui était menacée par l'usure du régime du PLD au Japon.