Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ZIMBABWE

Zimbabwe : la dernière période de Smith ?

· Inprecor n° 38, 16 novembre 1978 · p. 12-18 · 5 478 mots

Afrique australe Grande-Bretagne

car, en dépit de la nature mensongère du «passage du pouvoir» à la majorité noire, ces blancs sont démoralisés: la bourgeoisie britannique, elle-même,

Pat JORDAN

Les attaques du régime de

Smith contre les bases du ZAPU en octobre ont marqué une nouvelle escalade dans la lutte entre les forces de l'impé. rialisme et du racisme, et celles de la libération nationale. Ces agressions ont débuté par une attaque aérienne, le 21 octobre, contre le camp de Chikumbi, qui se trouve seulement à douze miles au nord de Lusaka, la capitale de la Zambie.

Dans les quelques jours qui ont suivi, trois autres camps ont été attaqués, à Mboroma, Kmushi et Old Mkushi. Les pertes ont été élevées : Joshua Nkomo, le principal dirigeant du ZAPU, a admis que plus de 200 hommes avaient été tués à Chikumbi et plus de 100 femmes à Mkushi. De plus, les autorités zambiennes ont déclaré que 31 de leurs soldats avaient été tués. Les Rhodésiens blancs prétendent avoir tué «1500 guérilleros».

Zimbabwe

Zimhahwe periode d

En un an, 5000 blancs ont quitté la Rhodésie pour la estime que «la Rhodésie est au bord d'un terrible abime».

Ainsi, une fois de plus, le centaines d'Africains a été versé par les forces blanches racistes au sud de l'Afriquemais les attaques pernicieuses des forces de Smith contre les camps de réfugiés en Zambie (et au Mozambique) étaient signe de faiblesse et non de for-

Commentant ces agressions, Smith a révélé son désespoir en les reliant à une exigence de réduction du niveau des activités de guérilla au Zimbabwe. L'élément le plus important dans le choix de la date des attaques est un sentiment d'insécurité : le Zimbabwe est à la veille de la saison des pluies, où les conditions favorisent beaucoup les opérations de guerilla.

Mais, comme nous le montrerons, les précédentes agressions des forces de Smith contre de prétendues bases de guerilla

• la dernière i cilicic e Smith ?

Grande-Bretagne; au Mozambique et ailleurs ont échoué - et les demières ne risquent pas de réussir non plus. Ces attaques peuvent seulement être comprises comme faisant partie d'un plan de dernier recours pour sauver la domination des colons blancs au Zimbabwe. Les autres éléments de ce plan sont les tentatives d'obtenir des soutiens diplomatiques pour le soi-disant contrat interne et celles de tromper effrontément l'opinion publique mondiale, en lui faisant croire que la discrimination raciale va être «L'ABOLITION» DU RACISME DE MR. SMITH

«La fin de la discrimination raciale», titraient les journaux de Salisbury, capitale de la Rhosie blanche, le 11 octobre. Ils rapportaient les projets du Conseil exécutif du régime qui, proproclamait-on, aboliraient « toute discrimination raciale dans les

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le secteur employant le plus de pect financier, seule une petite écoles, les hôpitaux et les zones d'habitation». Cette déclaration avait été prévue pour coïncider avec le voyage aux USA de Smith et de quelques autres.

Lorsqu'il a présenté les projets, l'évêque Muzurorewa a déclaré : « Toute discrimination raciale est supprimée. Je suis si heureux que je pourrais sauter sur le toit ».

Néanmoins, la grande majorité des Africains du Zimbabwe n'a pas été si impressionnée. Une dépêche de l'Associated Press de Salisbury, datée du 11 octobre, cite un Africain - un

Mr. Philip Mwanza -lorsqu'il dit : « Cela ne m'aide pas, ne me touche pas du tout -je n'ai pas assez d'argent». Des rapports de correspondants des journaux occidentaux indiquent que ce commentaire est révélateur des réactions africaines. Même le London Financial Times du 11 octobre 1978 devait noter : «Ceux qui critiquent le gouvernement de transition disent déjà que le critère de la capacité à payer assurera le maintien de la discrimination de fait, étant donné la différence de un à onze entre le salaire moyen noir et le salaire moyen blanc»

Cela coûterait au salarié africain moyen plus de soixante fois son revenu annuel s'il voulait acheter une maison dans une des banlieues blanches de Salisbury; une opération dans un hôpital blanc lui prendrait son salaire annuel, et les frais d'études dans une école blanche - relativement bas par rapportaux autres charges - absorberaient par élève au moins 10% du salaire moyen. Les officiels rhodésiens ont, de plus, annoncé que des plans étaient à l'étude, qui augmenteraient les frais et les charges.

Mais les comparaisons qui précèdent montrent seulement une partie de la vérité. Beaucoup de blancs sont des agriculteurs indépendants et des hommes d'affaires, et leurs revenus sont beaucoup plus élevés que les moyennes citées plus haut. D'autre part, dans l'agriculture, travailleurs africains, le salaire moyen de ceux-ci est de moins de 300 dollars par an. De plus, en 1976, seulement 14,6% de la population africaine étaient employés dans l'économie monétarisée, l'écrasante majorité des autres étant obligés de gagner maigrement leur vie en pratiquant l'agriculture de subsistance sur « les territoires confiés aux tribus» appauvries.

Le commentaire probablement le plus juste à avoir été émis sur les mesures du gouvernement est celui de la Commission catholique romaine pour la justice et la paix en Rhodésie. Cette organisation siégeant à Salisbury a décrit les changements comme « timides et tardifs» concerant «un petit nombre d'Africains comparativement fortunés, prudemment admis dans les réserves européennes».

De précédents articles dans Inprecor (le 27 mai, le 7 octobre, le 25 novembre 1976 et le septembre et le 10 novembre 1977) ont ébauché l'arrière-plan historique de la crise au Zimbabwe et expliqué ses caractères essentiels. Ici nous mettrons à jour cette analyse et nous éclairerons certains des traits les plus significatifs de la situation. UNE LOI SUR L'OCCUPATION DES TERRES

Mais un des aspects des projets du Conseil exécutif a une signification autre que symboproposition d'abolir la loi sur l'occupation des terres. Cette législation est la clé de la forme spécifique de l'oppression raciste au Zimbabwe : en imposant une répartition rigide de la terre suivant des criteres racistes (2), elle a procuré une base à la domina tion et à l'exploitation de six millions d'Africains par environ un quart de million de blancs.

Les projets du Comité exécutif accusent, dans son essence, la continuation du système. Même si on laisse de côté l'aspoignée d'Africains pourrait acheter des fermes dans les anciennes zones blanches car deux amendements de loi sont destinés à «garantir le niveau actuel des normes» dans les zones blanches existantes.

Ces amendements consistent en des dispositions stipulant qu'une seule famille soit autorisée à occuper une propriété et pour qu'une famille soit définie comme comprenant seulement les parents et leurs enfants. De cette manière, l'occupation et la culture communales des terres - comme elles sont pratiquées dans les toires confiés aux tribus - sont interdites. C'est ainsi que

One permettent que l'agriculture capitaliste.

En raison de tout cela, nous pouvons définir cette soi-disant abolition du racisme comme n'étant pas grand chose de plus que de la poudre aux yeux destinée à appuyer les efforts de Smith et de ses fantoches noirs pour obtenir la reconnaissance diplomatique de leur contrat intere. Seuls les éléments bourgeois de la population africaine en profiteront. LE CONTRAT INTERNE - UN COUP DE DES QUI A ECHOUE

Le 3 mars de cette année, Smith a signé ce que l'on appelle le contrat interne avec le chef Chirau, l'évêque Muzorewa et Ndabaningi Sithole. Le terme «interne» est utilisé messieurs sont supposés être les nationalistes internes, c'est-à-dire ceux qui opèrent à l'intérieur du pays, en opposition à ceux qui sont exilés, comme Mugabe et Nkonmo. D'après ce contrat, un gouvernement par interim ou de transition a été mis sur pied pour administrer le pays jusqu'à ce que la passation du pouvoir à la majorité noire puisse avoir lieu le 31 décembre 1978. Les élections pour un parlement devaient avoir lieu en décembre de cette année.

Quand ils ont signé l'accord, Muzorewa et Sithole ont capitulé sur la revendication clé du

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mouvement nationaliste au Zimbabwe - « Une personne, une voix». Ils l'ont fait lorsqu'ils ont accepté des listes séparées pour voter, qui sont faussées de un à neuf en faveur des blancs. Mais même cela ne suffisait pas à Smith : en plus, on a donné aux blancs un pouvoir virtuel de veto dans le parlement envisagé (3).

Les corps mis sur pied par le contrat interne sont destinés à donner l'apparence d'une réelle coalition : le Conseil exécutif est formé de Smith, Chirau, Mozurewa et Sithole; en dessous, il y a le Conseil des ministres, composé de neuf ministè res, chacun ayant un ministre noir et un ministre blanc. En fait, c'est la loi des blancs qui continue. Le contrôle des opérations militaires est exercé par le Conseil de guerre, composé des chefs de l'armée et de la police, tous blancs. L'administration, le système judiciaire, l'armée et la police sont les mêmes qu'auparavant. La farce que représentent les ministères partagés a été démontrée par l'affaire Hove (4).

Le but principal du contrat interne - auquel on a accordé une grande importance dans ces accords - était la fin de la guerre de guerilla. Muzorewa et Sitholo ont prétendu de façon extravagante avoir une grande influence sur les guerillas; ils doivent maintenant en être gênés. Au lieu de s'arrêter, la guerre continue, et la situation militaire s'est détériorée pour le régime blanc. LA SITUATION MILITAIRE

Une indication du niveau de la guerre est montrée par le nombre des victimes donné par les autorités blanches. Ces chiffres sont, bien sûr, malhonnêtes. Les civils innocents massacrés par les forces de Smith sont comptés comme des guerilleros tués. Dans d'autres cas, ils considèrent les Atricains, tués en fait par les forces blanches, comme des victimes des guerillas nationalistes. Ceci étant dit, ces chiffres fourissent une échelle comparative qui montrent l'évolution de la guerre et son importance.

Les chiffres du commandement militaire rhodésien pour septembre 1978 indiquent que c'est jusqu'à présent le mois le plus sanglant de la guerre, avec plus de 800 morts. Les chiffres d'octobre ont presque atteint le même niveau - le 31 octobre, le commandement militaire rhodésien annonçait que 654 personnes étaient mortes de la guerre ce mois-là.

En regardant la lutte de plus près, nous voyons que la guerre se passe à deux niveaux : d'abord, il y a les activités de guerilla, destinées à affaiblir, briser et détruire le pouvoir de l'administration blanche. Dans ce domaine, il n'y a aucun dou*Le chef Chirau : dirigeant de la soi-disant Organisation populaire unie du Zimbabwe, et sur cette base un des quatre signataires du contrat interne. réalité, c'est un parfait fantoche dont le salaire de chef est payé par le régime de

Smith.

* « Coloured » : terme légal désignant les personnes d'origine raciale mélangée. *Les Etats du front : les Etats africains noirs indépendants qui sont sur la ligne du front (c'est-à-dire à la frontière, ou près de la frontiè re du Zimbabwe). Chacun de ces

Botswana, le Mozambique, la Tanzanie et la Zambie) a de fortes rai sons intérieures pour vouloir la lutte se termine sans mobilisa-

C'est pourquoi, malgré leurs divergences tactiques, ils sont tous concernés par le pro- impérialiste néo-colonialiste qui mettrait *Contrat interne : l'accord signé le

3 mars de cette année entre Smith,

Chirau, Muzorewa et Sithole.

Les termes et le contenu de cet accord sont expliqués dans le texte. *Robert Mugabe : dirigeant

ZANU depuis 1975, formellement élu président en 1971. te que les actions de guerilla l'administration se sont effondrés, et dans beaucoup de régions les impôts ne sont pas payés. Alors qu'il n'y a pas de du gouvernement est contestée quotidiennement dans pratiquement tout le pays en dehors des centres ( urbains blancs. Dans certaines grandes régions, particulièrement à l'Est, plusieurs services - l'éducation et le transport par exemple - sont ouvertement soumis à la supervision de la guerilla.

Un autre aspect majeur de la guerre est celui de la confrontation directe entre les guerillas nationalistes et les forces armées rhodésiennes. Là, cela se passe différemment. Presque chaque fois que des détachements de guerilleros ont été obligés de se battre directement contre les forces rhodésiennes, ils ont été assez faiblement dispersés et mis en fuite, souffrant habituellement des pertes très lourdes. De plus, les forces de guerilla ont eu beaucoup de difficultés à parer aux attaques faites par les forces rhodésiennes contre leurs camps dans d'autres pays.

Mais cette supériorité militaire des forces rhodésiennes a une base extrêmement faible et dépend complètement du moral des blancs.

En dépit de l'incapacité des forces de guerilla à mettre fin aux agressions contre leurs camps, ces attaques ont completement échoué dans leur but principal : réduire le nombre de guerilleros actifs et entraînés agissant au Zimbabwe.

Lors des six principaux raids au Mozambique durant deux ans, jusqu'au mois d'août de cette année, les forces de Smith prétendent avoir tué 3500 des guerilleros nationalistes africains et de leurs partisans, et avoir détruit des centaines de tonnes d'armes et de munitions (depuis août, le régime de Smith tend à ne plus faire de rapports détaillés sur les raids). Néanmoins, pendant la même période, le nombre de guerilleros opérant au Zimbabwe est passé - d'après les propres chiffres du régime de Smith-de 1200 à plus de 8000. LA DEMORALISATION DES BLANCS

Une plaisanterie amère très répandue dans la presse rhodésienne blanche consiste à dire qu'il y a maintenant 250000

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prisonniers financiers blancs en Rhodésie. Cela se réfère au fait qu'un très grand nombre de blancs partiraient volontiers, s'il n'était pas interdit à ceux qui sortent du pays d'emporter plus de 1450 dollars par famille, et seulement la moitié de cette somme pour les célibataires (sur ce montant, seule une petite partie peut être prise en monnaie étrangère, ce qui est un gros problème pour ceux qui partent, étant donné le statut illégal de la Rhodésie).

Il y a eu une énorme ruée réservations de places d'avion. Tous les vols permettant de sortir du pays jusqu'à la fin de l'année étaient complètement réservés dès le mois d'août. L'émigration nette des blancs est actuellement estimée à environ 1000 personnes par mois en moyenne. En septembre, 1776 blancs ont voté avec leurs pieds en s'en allant, alors qu'il n'y avait que 286 nouveaux immigrants blancs. Ceci faisait une perte nette de 1490 personnes - la plus haute jamais enregis-

Le nombre croissant Rhodésiens blancs arrivant en Grande-Bretagne a créé des problèmes à certaines autorités locales, qui doivent s'occuper d'eux en raison de la loi sur les personnes sans logis. Les chiffres exacts ne sont pas disponibles. Car les Rhodésiens sont en possession de passeports britanniques et ne sont pas comptés séparément. Néanmoins, London Observer du 17 septembre estimait qu'au moins 5000 Rhodésiens blancs étaient retournés en Grande-Bretagne pour s'y installer en un an, de la fin août 1977 à la fin août 1978.

Les blancs sont démoralisés par la situation générale de crise, mais trois choses en particulier ont aggravé leur manque de confiance :

Le «contrat intere», qui parle de régime à majorité noire. En dépit de la nature mensongère de l'opération, beaucoup de blanes considient qu'elle enregistre le fait que le passage du pouvoir à la majorité noire est inévitable et qu'ils sont apviendra noir.

- aux la guerilla terne.

* Joshua

ZAPU nationaliste

Zimbabwe.

fondateur du ZANU et son d'accepter son remplacement terne.

*Townships : zones de la périphélogement des Africains.

*Territoires confiés aux tribus: la plupart des terres, de

2).

pauvre et usée.

rité ».

martiale, mais de ces zones.

lièrement touchés africains de Salisbury.

ment tout le pays, maintenant très pelés à faire des sacrifices

(y compris le combat et la mort) pour un Etat qui deLa croissance des opérations de guerilla et leur extension centres urbains. Il est maintenant admis qu'il y a une présence importante de à Bulawayo (la deuxième ville du pays) depuis au moins un an, et il est probable qu'il y ait une présence similaire mais plus trois *L'évêque Muzorewa : dirigeant de TUANC. Signataire du contrat incommerce Nkomo : dirigeant fondateur mouve moderne *Le révérend Ndabaningi Sithole : Copal dengeant jusquen 19 an 1977. il perd le soutien de la majorité des membres du ZANU. Il a refusé Mugade, Signataire du contrat inrie des centres urbains destinés au distribuées seon des critères tribaux, allouées aux Africains d'apres la loi sur P'occupation des terres (voir note

Cette terre est généralement

Les zones des «tribal trust lands» peuvent être expropriées sans compensation si elles sont réclamées pour des mines ou pour « des raisons de sécu-

La plupart sont sous la loi fermes de plus en plus, régime de Smith perd le contrôle faible à Salisbury même.

Les blanes ont été particucombats qui se sont déroulés entre la police et les guerilleros dans les townships plus, il y a maintenant d'importantes activités de guerildans trois « territoires confiés aux tribus» - Chinamora, Masembuka et Msana - dont les limites sont seulement à dix miles à l'est de Salisbury. Dans pratiquedangereux pour les blancs de voyager sur les routes, sauf dans des convois extrêmement protégés. Juste à la sortie de Salisbury, des écriteaux de la avertissent les gens qu'ils ne doivent pas se déplacer après trois heures de l'après-midi.

Le troisième facteur a été l'impact croissant de la guerre sur le secteur agricole de l'économie rhodésienne blanche. «LA RECOLTE DE LA PEUR »

L'agriculture est l'un des piliers de l'agriculture rhodésienne. Elle procure plus d'un tiers du total des emplois salariés et des bénéfices du extérieur, ainsi qu'une part importante de l'approvisionnement local aux in-

Dans la dernière période de la guérilla, les nationalistes ont lancé une grande campagne contre les agriculteurs blancs. Des fermes blanches ont été brûlées et les guerilleros ont obtenu des succès croissants en persuadant les ouvriers agricoles noirs d'arrêter le travail.

Ces opérations se sont étendues jusque près de Salisbury : pendant la troisième semaine de septembre de cette année, trois

Sont été brûlées dans le district de Shamva, à seulement quarante miles de Salisbury.

Dans certaines zones, le niveau des activités de guerilla est très intense. Le London Observer rapportait par exemple le 29 septembre que « dans la région de Melsetter (près de la frontière du Mozambique) la guerilla, rien que cette année, a tué 25 Européens,, sur une population de 200 à 300 per-

Il en résulte que plus de sont maintenant officiellement comme vides et qu'une demi-douzaine de districts agricoles, dont plusieurs sont à moins de cent miles de Salisbury, sont plus ou moins abandonnés en raison de la menace constante de la guerilla. Ce n'est encore qu'une petite partie des fermes blanches inscrites au registre,

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mais le nombre d'agriculteurs blancs en Rhodésie est tombé de 6100 en 1972 - année où la guerilla a sérieusement commencé - à 5800, et il continue à diminuer.

L'inquiétude des agriculteurs se reflète dans les publications rhodésiennes blanches officielles. Le numéro de sepde Illustrated Life Rhodesia appelait la saison à

« récolte de la peur» et disait : « Les yeux des guerilleros sont fixés sur les fermes rhodésiennes. Les insurgés cherchent à pousser les hommes à quitter la terre en les terrorisant et en rendant impossible aux cultivateurs de planter et de moissonner leurs récoltes». Un rapport de la Financial Gazette de septembre disait que : «la plupart des agriculteurs remettent les plantations au dernier possible, le temps d'essayer d'estimer le cours probable des événements pour l'année suivante». UNE NOUVELLE BAISSE DE LA PIB

On s'attend à ce que l'économie rhodésienne blanche voit diminuer (jusqu'à 8%) sa production intérieure brute réelle pour la quatrième année successive, après une baisse d'environ 10% en 1976 et 1977.

La plupart des études estiment que l'économie en termes réels s'est déjà dégradée de plus de 15% depuis son apogée en 1974.

Une des conséquences les plus graves de cette baisse a porté sur l'emploi des Africains. Le chômage augmente maintenant au rythme de 1000 chômeurs de plus par mois. On estime que la force de travail africaine totale est tombée à moins de 900000 personnes, et ceci à un moment où il faudrait créer environ 70000 emplois par an rien que pour se mettre au niveau de la croissance de la population, qui atteint près de 38% et se trouve parmi les plus fortes du monde.

En conséquence, et parce que l'inflation est plus forte que les augmentations de salaires, il y a eu une progression des luttes de la classe ouvrière. Fin juillet, plus de 500 travailleurs africains des mines de chrome rhodésiennes ont fait grève pendant deux jours. Au milieu d'août, tous les travailleurs africains de la mine de Mangula, la plus grande mine de cuivre du Zimbabwe, se sont mis en grève. Au cours de cette dernière lutte, la police a tiré sur une manifestation de grévistes, en tuant quatre, en blessant beaucoup d'autres. Ces développements inquiètent particulièrement le régime, car la classe ouvrière africaine était restée relativement passive durant les quelques dernières années, en raison d'une répression draconienne. LA CRISE POLITIQUE DANS TOUS LES SECTEURS

Le 6 septembre, le gouvernement provisoire a laissé entendre qu'il ne serait plus possible d'observer la date du 31 décembre pour la « passation du pouvoir à un gouvernement à majorité noire».

Commentant cela et le discours de Smith dans lequel il annonçait l'introduction de la loi martiale, le London Financial Times du 12 septembre 1978 disait que ces facteurs donnaient une nouvelle confirmation du fait que le «contrat était un coup de dés qui avait échoué». Le jour suivant, il publiait un article de fond intitulé : «Rhodésie: expiration du temps et des possibilités de choix»; cet article commençait en notant : « Il est possible que la Rhodésie soit au bord d'un terrible abime...». Ces remarques de l'organe principal de la bourgeoisie britannique résument convenablement la situation devant laquelle se trouve le régime de Smith.

Le 29 septembre, Ian Smith a confirmé ce qu'il avait laissé entendre et constaté qu'il ne sa phraséologie élliptique bien connue, il a dit que c'était pour des raisons «purement mécaniques» et que «le calendrier de la passation du pouvoir... se déroulerait maintenant pendant les premiers mois de 1979».

Muzorewa s'est déclaré « furieux » de cette déclaration et Sithole a parlé des conséquences de ce qui arriverait si la date du 31 décembre n'était pas maintenue. Ce qui met ces messieurs en colère, c'est la façon dont Smith, en annonçant cette nouvelle unilatéralement, a dé voilé la nature artificielle du gouvernement provisoire. Il n'est pas exclu que ces fantoches se

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lancent dans la démagogie ou dans des manœuvres pour essayer de maintenir leur popularité déclinante, mais dans la demière période, leurs principales attaques ont porté contre la guerilla. Parlant à Londres le 31 octobre - deux jours après la déclaration de Smith - Sithole annonçait : « Nous nous occuperons de tous ces Zimbabwéens qui veulent la ruine de notre pays. Nous les traiterons comme nos ennemis...».

Comme on pouvait s'y attendre dans de telles circonstances, la bande d'assassins et d'opportunistes qui ont formé le Conseil exécutif ont commencé à entrer en conflit les uns avec les autres. Les difficultés entre les partis de Muzorewa et de Sithole sont, à ce stade, très sérieuses.

Le numéro du 8 octobre du London Sunday Times rapportait que TUANA de Muzorewa et le ZANU de Sithole avaient tous les deux lancé des memorandums accusant l'autre d'intimidation, de meurtre et de viol dans le but de gagner des votes pour les élections à venir.

Le journal citait le secrétaire aux relations publiques de PUANC, qui a déclaré : « Notre peuple vit dans l'ombre de la peur et de la mort. Les bandes du ZANU (de Sithole) rôdent et propagent la terreur dans le cœur de notre peuple sans défense». Il continuait en accusant les membres du ZANU (de Sithole) «d'attaques à main armée, voies de fait, intimidaharcèlement et meurtres sans pitié».

Un communiqué équivalent du parti de Sithole déclarait «l'intention de l'UANC est de détruire le ZANU, de le discréditer et de détruire le gouvernement provisoire. Ils réalisent maintenant qu'ils ne gagneront pas les prochaines élections et cherchent un moyen de se retirer des accords de Salisbury» (c'est-à-dire du contrat interne).

le Sunday Time du 22 octobre continuait en rapportant que Muzorewa comme Sithole avaient des mini-armées privées

- chacune forte d'environ 700 hommes - qui réalisent des perquisitions et menacent les membres des tribus qui ne peuvent pas exhiber la carte du parti LE MASQUE LIBERAL TOMBE

Les premiers jours après la signature du contrat interne, le gouvernement provisoire affectait d'être libéral. Il relâchait un certain nombre de prisonniers et autorisait le fonctionnement des partis au front patriotique.

Ce simulacre a bientôt été abandonné et le gouvernement par interim s'est montré de plus * UANC : Conseil national africain

Council), l'aile dirigée par Muzore-

Conseil national africain

(ANC). Le dernier ANC a jour en 1974. C'était le résultat liste du Zimbabwe. De fortes pressions ont été exercées sur les diripar l'Organisaqu'ils reconstruisent PANC OUT avait existe autrefois en 1995, s'est divisée leux : l'UANC et l'ANC (Zim babwe) dirigée par Nkomo.

partisans de Nkomo utilisent enrieur du Zimbabwe. *ZANU : Union nationale africaine du Zimbabwe

National Union), fondée en dirigé par Sithole. A cette époque, avait tait une critique de gauche de la direction de Nkomo sur le ZAPU. Peut-être à cause des liens avec la bureaucratie de Mosle ZANU a-t-il été influencé huence semble diminuer. en plus répressif. Il a poursuivi une politique de massacres réguliers de civils innocents et non armés sous le prétexte d'opérations antiguerilla. Il a poursuivi le déracinement brutal de communautés entières emmenées dans des « villages protégés». Il a de plus en plus recouru aux meurtres individuels de nationalistes - et même le reporter de la British Broadcasting Company, Jushia Nyoka, a été rendu au silence de cette façon à la fin août. Mais ce n'était pas suffisant, et le régime a été obligé d'introduire de nouvelles mesu-

L'exemple le plus significatif en a été l'introduction de la loi martiale. Un arrêté passé à Salisbury le 25 septembre et signé par le président actuel, Everard, et par Sithole, mettait de grandes parties du pays - près d'un cinquième de sa surface, y compris des districts à moins de douze miles de la capitale -sous la loi martiale. D'après cet arrêté, les tribunaux militaires ont ce pouvoir de condamner à la peine de mort les guerilleros et les gens qui les recrutent ou les aident. Il donne aussi à tout membre de la police, de l'armée ou du ministère des affaires étrangères, le pouvoir de détention illimitée sans jugement.

Une nouvelle déclaration du 31 octobre étendait cette loi martiale à d'autres régions importantes. Suivant les estimations données par le London Financial Times du ler novembre, « trois millions de personnes, parmi les sept millions de Rhodésiens, vient maintenant dans des zones où l'armée a tout le pouvoir...» LA CONSCRIPTION POUR LES AFRICAINS

Le 16 septembre, le gouvernement de transition annonçait que désormais les Africains seraient envoyés à l'armée et auraient les mêmes obligations militaires que les blancs. Ils en étaient auparavant exemptésceux qui faisaient partie des forces armées étaient des volontaires. Tous les hommes blanes, asiatiques et coloured entre 18 et 25 ans doivent effectuer 18 mois de service. Ensuite, la plupart d'entre eux, jusqu'à 38 ans, sont astreints à par an de service actif. Même ceux qui ont entre 38 et 50 ans sont maintenant enrôlés jusqu'à dix semaines par an. Ceci, bien sür, est source d'un grand mécontentement chez les blancs, et d'une pénurie croissante de main-d'œuvre qualifiée blanche.

Il est très improbable que le régime ait les ressources, financières et autres, pour accroître

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la taille de l'armée. Les nouveaux appelés ne pourront pas non. plus influer énormément sur lissue de la guerre, étant donné qu'il faut au moins six mois pour entraîner des soldats à participer à des opérations antiguerilla.

Cette mesure doit être considérée en partie comme une concession aux blancs, et en partie comme un nouvel instrument de répression et d'intimidation contre la population africaine. Mais c'est aussi un mouvement désespéré - qui a déjà accru le ressentiment des Africains contre le gouverne ment provisoire. Dans les conditions actuelles, l'armement des conscrits africains est une entreprise extrêmement risquée pour le régime de Smith. Le 31 octobre, le gouvernement a reçu une déclaration signée par plus de 800 étudiants noirs disant qu'ils refuseraient de servir dans les forces armées rhodésiennes s'ils y étaient appelés. Cette action courageuse des étudiants est un indice de l'opposition de masse à la mobilisation. LES IMPERIALISMES BRITANNIQUES ET US A LA RESCOUSSE ?

Le régime Smith, avec sa détermination têtue et inflexible à protéger les intérêts des colons blancs, gêne l'impérialisme occidental lorsque celui-ci tente de trouver une solution néo-colonialiste au Zimbabwe. Mais l'impérialisme a besoin du régime de Smith, au moins pour une période transitoire, le temps qu'il mette sur pied un accord qui assurera à sa domination une forme plus durable et plus stable.

La soi-disant conférence de tous les partis qu'Owen, ministre des Affaires étrangères britannique, et Vance, du Département d'Etat US, essaient de réaliser, est une tentative pour obtenir l'instrument ayant la base la plus large possible pour assurer que le changement de régime n'engendrerait pas des luttes de masse incontrôlées.

Les directions du Zanu et du ZAPU se sont, chacune à leur manière, accomodées de ces tentatives. Alors qu'ils sont visiblement sincères dans leur désir de renverser Smith, ils relusent de former un véritable front uni et, au lieu de cela, manœuvrent avec les directions bourgeoises des Etats du front et avec l'impérialisme. Ils ont les yeux fixés sur les gains qu'ils pourraient tirer à prendre part au gouvere ment et à l'administration après la chute de Smith. Ils ne mettent pas en avant un programme qui combinerait la lutte de libération nationale avec une véritarévolution sociale. pour cela qu'ils n'ont pas été capables de mobiliser les masses urbaines africaines.

Ils aident donc l'impérialisme - de même que les Soviétiques et les Chinois et que leurs alliés du front - dans leurs efforts pour trouver une solution * ZANU (Sithole) : nom donné aux faibles forces qui entourent Sithoprétend c'est le «vrai» ZANU - mais l'évidence sa base est en réalité très faible. Néanmoins,c'est sur la base du fait qu'il était dirigeant de ce groupe que Sithole est devenu un des signataires du contrat inter ne.

*ZAPU : Union populaire africaine du Zimbabwe (Zimbabwe African

People's Union), fondée en 1961 pour succéder au Parti national démocratique qui avait été inter-

Ce parti était lui-même le successeurs d'une série d'organisațions interdites. Le ZAPU a été interdit 1962 et depuis, ses membres doivent travailer clandestinement au Zimbabwe.

Mais il y a un autre acteur sur la scène : les masses africaines du Zimbabwe, dont les aspirations se reflètent - quoique de façon déformée - dans la lutte de ceux qui combattent pour la libération nationale. Ce vaste mouvement social exerce une très forte pression sur les directions du ZANU et du ZAPU. Il en résulte une tension continuelle, et des luttes à l'intérieur des rangs de ces organisations. Comme les directions de Nkomo et de Mugabe n'ont, toutes les deux, été capables de garder le contrôle que par des moyens bureaucratiques, leur marge de manœuvre est limitée et chacune a peur d'être débordée à gauche par sa propre base, et à droite par l'autre parti.

Il en résulte que le chemin de la conférence de tous les partis est difficile, et qu'il est particulièrement malaisé d'incorporer les directions nationalistes dans un projet néo-colonialiste complet. Jusqu'à ce que se réalise cette incorporation - totalement ou en partie - l'impérialisme occidental a besoin de Smith. C'est la raison du soutien que son régime a reçu dans les coulisses, alors même qu'il était condamné officiellement.

De ceci découle une autre conséquence : s'il doit choisir entre un écroulement total et incontrôlé du régime de Smith et l'intervention militaire, limpérialisme occidental choisira la deuxième solution. La seule matière à discussion sera la forme précise de cette intervention militaire, et sous quels auspices elle sera réalisée. NOTES 1) En 1976, d'après les dernières stayens annuels pour les blancs, Asiatiques et les «coloured » étaient

8000 dollars, pour les Africains, ils n'étaient que d'a peu près 740 dollars. 2) D'après la loi sur l'occupation des lions d'acres aux Blancs et autant aux Africains, ce qui fait à acres par Africain et 147 acres par

De plus, les terre les plus riches ont été données aux blancs. 3) Des changements importants dans la Constitution ne peuvent être faits de 78 membres du Parlement. comme 28 des 100 sièges ont été attribués aux blancs, cela signifie que tous les Africains et au moins six blanes devraient voter pour de tels changements. Parmi les mesures qui seraient affectées par le veto agraire et les nationalisations. 4) Byron Hove, «co-ministre» africain de la justice, a offensé le régime soient embauchés de façon préférentielle dans la police et la justice. Il a été révoqué fin avril et a dû fuir le pays pour éviter d'être arrêté.

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