Inprecor 1974–2004

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EUROPE

Manifeste contre l'Union européenne

Inprecor n° 380, mai 1994 · p. 36, 20 · 1 719 mots

Europe Écologie Femmes Économie mondiale

Contre l'Union européenne, pour une Europe sociale et écologique, démocratique et égalitaire, de paix et de solidarité

Yes dernières élections européennes eurent lieu en 1989. A l'époque ce fut l'euphorie pour les bourgeoisies d'Europe. La création du Marché unique, prévue pour le 1 janvier 1993, permettrait de créer des millions d'emplois et de sortir de la crise économique. L'Europe pourrait de ce fait s'imposer face à ses rivaux américain et japonais au sein l'ordre capitaliste mondial.

5 ans plus tard, le verdict est sans appel: le projet est en crise, ces objectifs annoncés ont échoué.

1993 a été une année noire.

Deux chiffres récents résument à eux seuls le désastre économique et humain: 20 millions de chômeurs (chiffre officiel qu'il faudrait presque doubler si on élimine les subterfuges législatifs et statistiques) et 50 millions de pauvres.

Quant à l'unification européenne, elle piétine. A travers les chicaneries institutionnelles la véritable nature de l'Union européenne a éclaté au grand jour. Loin de répondre aux aspirations sociales et internationales des travailleurs, des femmes, des jeunes, l'UE est avant tout un supermarché, une super-banque et une super-puissance! L'UE c'est à la fois le démantèlement de l'Etat-providence et la forteresse impérialiste. Elle est en guerre sociale avec ses propres travailleurs et sa jeunesse; en guerre économique avec ses concurrents américains et japonais, et en guerre tout azimuth avec le Tiers-Monde.

Cette Europe-là n'est pas la nôtre. Nous la combattons non pas au nom du repli national, mais au nom d'une autre Europe, sociale et écologique, démocratique et égalitaire, de paix et de solidarité. Dès lors, notre lutte contre l'UE fait partie du combat anticapitaliste pour une autre société — socialiste. Ce sera l'Europe du monde du travail et de la libre union des peuples, ouverte sur l'Est et solidaire avec le Sud.

La profonde crise de l'UE et le début de remobilisation sociale en cours dans plusieurs pays mettent à l'ordre du jour cette alternative. Sa réalisation ne dépendra pas des institutions étatiques — nationales ou européennes - existantes, mais de l'activité de la masse des travailleurs, des femmes et des jeunes. Elle implique la construction et le renforcement du mouvement ouvrier et social à l'échelle de l'Europe. Elle postule une rupture radicale avec l'orientation paralysante que la socialdémocratie et les partis communistes ont impregnee au mouvement ouvrier.

La Quatrième internationale et ses organisations veulent y contribuer, sous des formes appropriées selon les pays, en propageant la plate-forme politique favorisant l'émergence de revendications à l'échelle du continent:

Une Europe sociale, une priorité : abolir le chômage!

Les millions de chômeurs et d'exclus constituent un gigantesque drame humain, une honte pour nos gouvernants, un gaspillage d'énérgie et de créativité pour la société. En plus, un chômage massif persistant pendant de longues années pèse-

Manifeste rait sur la riposte et constitue un danger pour le mouvement ouvrier.

La bourgeoisie prétend qu'on ne s'approcherait plus jamais du plein emploi pour des raisons économiques et technologiques. Au sein de la social-démocratie et dans une partie du mouvement écologique, on entend un même son de cloche.

C'est faux!

Il est possible de créer des millions d'emploi socialement utiles et écologiquement justifiés si on met fin à la course compétitive de 400 multinationales qui se disputent un marché de 800 millions d'"Occidentaux". Et que l'on réorganise l'économie sur d'autres bases, en s'écartant de la logique du profit, pour satisfaire les besoins sociaux dans nos pays et de plus de 2 milliards d'êtres humains en détresse, ailleurs dans le monde: nourriture, accès à l'eau et à la terre, infrastructures élémentaires, santé, éducation, logement, et puis: réforme urbaine, transport en commun, énergies renouvelables, communications... Cela nécessitera évidemment la réhabilitation du secteur public et l'intervention de la puissance publique à l'échelle européenne pour se substituer au secteur privé complètement défaillant.

Sauver l'Europe de sa décadence se fera par la coopération avec l'Est et le Sud. Ce sera un projet généreux et solidaire, une relance de la civilisation à l'échelle de la planète.

Devant l'urgence du chômage massif, nous exigeons la réduction immédiate de la durée du travail à 35 heures sans diminution du salaire. A l'échelle de l'Europe, il faudra une régle généraleet des modalité d'aide financière pour les pays et les entreprises compensant les déséquilibres flagrants, par un «fonds structurel» alimenté par un impôt sur les grosses fortunes et sur les revenus du capital financier. Il y aura bien entendu un contrôle des travailleurs et des pouvoirs publics. Ceci stimulera la lutte pour aller rapidement vers les 32/30 heures dans les pays à haute productivité du travail ; accompagnée d'une ample réorganisation du travail et de la vie en société.

Par ailleurs, nous luttons pour :

• pour les femmes: un salaire égal pour un travail de valeur égale ; contre la politique familiale restaurationniste et pour l'instauration des droits individuels et égaux en sécurité sociale; pour le développement à large échelle d'équipements collectifs de qualité .

• une harmonisation vers le haut des systèmes de protection sociale, des normes de sécurités et d'hygiène, des conditions de travail en général.

• pour la jeunesse: droit à des études gratuites et un emploi garanti sans discrimination et sans tutelage.

• un salaire minimum garanti et une allocation de chômage minimum, dans tous les pays de l'Union.

• droits syndicaux légalement reconnus dans tous les pays de l'Union : droit de grève, droits de représentation dans les entreprises, droit de conclure des contrats collectifs de travail, installation de comités d'entreprises européens dans les multinationales.

Une Europe écologique, une priorité : rompre avec une politique qui met l'avenir de la planète en danger. Renverser la course à la rentabilité qui ne tient pas plus compte des couts ecologiques et des rythmes naturels que des besoins sociaux.

Sortir du «tout nucléaire», du «tout béton» et du «tout automobile», qui restent la règle générale malgré les professions de foi contraires.

• une harmonisation par le haut des normes environnementales, un haut niveau de protection des consommateurs ;

• une politique axée sur le développement des énergies renouvelables ;

• une politique ds transports publics, de télécommunications, de l'énergie — bon marché soustraite aux impératifs du marché — délibérément tournée vers les besoins des usagers, respectueuse de i environnement;

• une politique agricole décourageant l'emploi massif de pesticides, herbicides et fertilisants chimiques.

Une Europe citoyenne, une priorité : dans tous les domaines, affirmer l'exigence de l'égalité des droits.

• contre la purification ethnique, le racisme et la xénophobie sous toutes leurs formes

• égalité des droits pour les immigrés horsUE, dont le droit de vote et l'égibilité à toutes les élections.

• droit d'asile par une interprétation généreuse inspirée de la convention de Genève.

• liberté de circulation des personnes dans TUE.

• égalité de droits sociaux et civiques pour les femmes; démocratie paritaire: égalité de représentation entre hommes et femmes dans toutes les institutions officielles (étatiques) élues.

• droit à l'éducation et à un emploi pour les jeunes. Pour un service d'éducation unitaire, laïque et de qualité.

• droit démocratique à l'expression de la culture, la religion, la nationalité, des opinions politiques et idéologiques.

• pour la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples et des droits démocratiques des minorités nationales ou ethniques

• pour une Europe confédérée des peuples.

Une Europe solidaire: 1 priorité: arrêter tout de suite le désastre humain qui frappe le Sud et menace l'Est.

• contre le division ethnique de la Bosnie, favorisée par l'UE. Pas de bombes, mais de l'aide humanitaire.

• annulation sans condition de la dette des pays du Sud et de l'Est, afin d'arrêter la course effrénée vers «l'ajustement structurel».

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suite de la dernière page:

• rupture de la logique marchande imposée par le FMI et la Banque mondiale. Réforme radicale de l'ONU. Toutes les questions vitales de l'humanité (guerre et paix, survie de la planète, développement économique et écologique, transport et communication, culture) doivent être publiquement débattues et décidées par l'assemblée générale.

• contracts bilatéraux d'échange et de développement pour répondre en priorité aux besoins sociaux des populations, en accord avec les associations non-gouvernemantales, et en faveur d'un developpement qui s'appuie sur les meilleurs rapports sociaux autochtones, en écartant la loi du profit et en brisant la concurrence effrénée que se font les pays du Sud entre eux pour avoir accès au marché mondial.

Une Europe de paix, une priorité : lutter pour que l'Europe devienne une zône démilitarisée.

• suppression des armes nucléaires et des unités militaires nucléarisées, ainsi que de toutes les unités militaires à la pointe de la répression, des prises d'otages, de la terreur et de la torture (ex. RDF — force de déployement rapide, les paracommandos...).

• réduction radicale du budget militaire.

• contre une armée européenne: dissolution de la "brigade franco-allemande", de l'UEO, sor-

• retrait des troupes américaines et démantèlement des bases américaines; retrait de la flotte et navires de guerre américaines de la méditerrannée, de la mer du Nord et de la mer baltique.

L'Europe ne se construira pas derrière le dos des peuples et sur un cimetière social. Cette bataille démocratique et sociale se fera contre l'UE et ses institutions actuelles, et contre le grand capital, dont c'est l'arme tranchante. L'Europe que nous voulons se fera «par en bas». ce qui implique de renforcer, à l'échelle européenne, les réseaux entre mouvements sociaux syndical, écologiste, antiraciste et antifasciste, téministe, tiers-mondiste, etc. A cet égard. le mouvement svndical a une responsabilité dans le développement de la coordination entre travailleurs à l'échelle des branches et des multinationales, et l'organisation de campagnes communes contre le chômage ou les critères de Maastricht, pour la réduction radicale du temps de travail... Il faudra qu'une forte alternative sur le plan politique apparaisse — à temps et à l'échelle de l'Europe — par nécessaire convergence entre la gauche radicale et écologiste. Car sans elle, les luttes des travailleurs, des femmes, des jeunes, qui, quelle que soit leur nationalité, se mobilisent contre les injustices, se révoltent contre le chômage et la misère, refusent le racisme et la guerre, resteraient sans lendemain.

Nous comptons y contribuer de toute notre Parti ouvrier socialiste (SAP-POS) - Belgique, Parti socialiste des travailleurs (SAP) - Danemark, Ligue communiste révolutionnaire (LCR) - France, la rédaction de Bandiera Rossa - Italie, Parti socialiste des travailleurs (SAP) - Pays-Bas, Parti socialiste révolutionnaire (PSR) - Portugal, Parti socialiste (SP) - Suéde.

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