pas constitu une alternative crédible et que les électeurs les considéraient comme des partisans du statu quo. Mais dès qu'ils s'agit de rectifications à entreprendre, les chemins divergent.
Selon le dirigeant du PRC, Fausto Bertinotti, il s'agit de déplacer l'axe de la coalition des progressistes vers la gauche, en adoptant une attitude d'opposition radicale basée sur des mobilisations de masse, en dénoncant le caractère réactionnaire du gouvernement et en luttant contre tout changement constitutionnel allant dans le sens d'une restriction des droits démocratiques. La direction du PDS estime, pour sa part, que l'erreur des progressistes a été de ne pas avoir su réaliser un accord avec le centre, et qu'un tel accord est prioritaire pour organiser l'opposition. En fait, le PDS a déjà réalisé un accord avec le centre — les élus de l'ancienne DC — pour gérer Naples au prix d'une rupture avec le PRC. Des opérations analogues se dessinent en vue des prochaines échéances électorales municipales et provinciales. Tout cela s'ajoute au fait que les groupes parlementaires «progressistes» n'incluent pas le PRC qui a voulu, à juste titre, garder son autonomie. Les autres formations de la coalition «progressiste», surtout la Rete et, dans une moindre mesure, les Verts, sont déchirés par des conflits internes et semblent être en perte de vitesse.
La gauche déboussolée
Si le débat consistant à déterminer si l'Italie est entrée ou non dans une deuxième République est dénué d'intérêt, il faut dire que le régime instauré à la suite de la chute du fascisme, après avoir fait preuve d'une grande stabilité, s'est lamentablement écroulé et que tout retour en arrière est tout à fait improbable. La recomposition et la reconstruction actuelles sont précaires et l'aboutissement des processus amorcés n'est pas donné d'avance. C'est pour cette raison qu'il est trop tôt pour savoir si la nouvelle expérience italienne pourrait s'étendre à d'autres pays européens.Il paraît peu probable que la principale nouveauté de la politique italienne, la gestion directe du pouvoir par un grand entrepreneur ne renonçant pas aux leviers économiques puissants dont il dispose, puisse faire tache d'huile. En effet, une telle pratique constitue non seulement une anomalie indéfendable du point de vue démocratique, mais crée des problèmes dans les rapports internes aux classes dominantes elles-mêmes. Voilà un obstacle à une généralisation du «berlusconisme» qu'on ne saurait sous-estimer. *
Rome, 21 mai 1994
SENEGAL
La liberté et le droit
pris en otage
Lors des élections de février 1993, Abdou Diouf avait promis aux Sénégalais la création de 20 000 emplois par an, un taux de croissance de 6 % et un renforcement de la démocratie. Au lendemain des élections législatives, le président du Conseil constitutionnel, l'avocat Babacar Seye est assassiné et les auteurs ne sont pas encore identifiés. De larges secteurs de l'opinion accusent le pouvoir. Badara NDIAYE
In août 1993, le peuple appre-
E nait que le pays était au bord
du gouffre, qu'il fallait se serrer la ceinture et s'engager dans un programme d'austérité draconien, dénommé plan d'urgence. En clair, Abdou Diouf n'avait pas dit la vérité aux Sénégalais.
De plus, le plan d'urgence était présenté par le pouvoir comme une alternative à la dévaluation du franc de la Communauté financière africaine (FCFA) et au licenciement de 13 500 agents de la fonction publique. Outre la réduction des salaires des fonctionnaires de 15 % et de ceux du secteur privé de 4 %, ces mesures d'austérité prévoyaient un droit de timbre de 12 % pour les marchandises importées (1) et un renchérissement du coût des intrants agricoles.
Le seul mérite de ce plan d'urgence, c'est d'avoir unifié tous les segments de la nation (partis d'opposition, syndicats, commerçants, paysans, étudiants, société civile). Cela s'est traduit le 2 septembre 1993 par la première grève générale depuis mai 1968, appuyée par une opération «villes-mortes» dans tout le pays.
Même les centrales syndicales traditionnellement opposées, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), pro-gouvernementale, et l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS)) ont fait bloc pour paralyser tout l'appareil de production nationale. C'était la première faille dans le dispositif mis en place par le parti socialiste (PS) au pouvoir et la Ligue démocratique/Mouvement pour un parti des travailleurs (LD/MPT, pro-soviétique). Cette période de lutte de masse intense a suscité d'importants débats sur les rapports entre partis et syndicats, particulièrement la nécessité de leur leur jonction pour mettre fin au régime d'Abdou Diouf. Alors que les secteurs syndicaux de l'aviation, de l'enseignement supérieur, des postes et télécommunications y étaient favorables, la CNTS et des secteurs de l'UNSAS la considéraient comme une politisation sans raisons, de ce qui leur apparaissait à tort comme une lutte strictement syndicale.
A cette divergence, s'est ajoutée l'attitude à l'égard de la réduction des salaires. Alors que l'UNSAS mobilisait les travailleurs autour de «touche pas mon salaire», la CNTS appelait à une baisse modulée des salaires selon les revenus (2).
Il faut reconnaître que les directions syndicales n'ont pas pu dépasser leur
1) L'unité des syndicats et des commerçants est liée à cet aspect du plan d'urgence, sous le volet lutte contre les monopoles. En effet, concernant le sucre, un Français, Jean Claude Mimeran, bénéficie du monopole de l'importation du sucre et de sa vente au niveau national (à un prix supérieur à celui du marché mondial), d'une exonération fiscale, d'un espace de 6 000 ha et d'une gratuité de l'eau.
2) La LD/MPT, très prosoviétique, a proposé une approche identique, alors que pour l'UNSAS il était possible de trouver de l'argent en réduisant le train de vie de l'Etat, les missions diplomatiques et les postes de sinécures dans les sociétés nationales.
vision corporatiste pour percevoir qu'en réalité la question du pouvoir était posée dès le 2 septembre et qu'il fallait la résoudre en créant un «tous ensemble» et réaliser la destitution de Abdou Diouf.
L'unité syndicale du 2 septembre céda la place à des grèves générales appelées séparément par les centrales syndicales. Cela s'est traduit par un ralentissement très net du travail et des perturbations de la machine économique.
La division syndicale, renforcée par la répression à la suite des grèves séparées (licenciements, réductions de salaires ajoutées à la baisse de 15 % et 4 %, blâmes et mises à pied) a affaibli la réaction à la dévaluation du franc CFA.
Sous la pression du Fonds monétaire international et de l'Etat français, le franc CFA a été dévalué de 50 %, mais il s'est déprécié de 100 %.
Thérapie de choc
Cette décision a doublé le coût de la vie, le pouvoir d'achat a baissé de plus de 60 %, le riz principale nourriture de base, a connu une hausse de 30 %, les produits pharmaceutiques de 49 % à 70 %, l'électricité de 25 %. Même les cultures locales ont connu des augmentations de prix du même ordre. Et pourtant le président de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) avait averti que «toute augmentation du prix des produits locaux aura pour effet de rogner les effets positifs de cette mesure» (La dévaluation) (quotidien gouvernemental le Soleil du
Même la CNTS, favorable au pouvoir, est pessimiste pour l'économie nationale lorsqu'elle constate que «le niveau des investissements des entreprises tout comme la relance de l'économie se trouvent désormais fortement compromis».
Comment prendre au sérieux l'optimisme du FMI sur les possibilités de résoudre les difficultés économiques du pays par l'exportation sur des marchés déjà engorgés ?
1- Le secteur de la pêche, qui a connu une baisse de ses exportations de 11 % en 1985-91, a vu ses produits récemment bloqués à l'entrée du territoire français.
2- Selon la marine marchande. les flux d'importation vont baisser de 30 % en 1994. Le déficit qui en résultera va créer de fortes tensions inflationnistes.
3- L'UNSAS prévoit, au regard des hausses actuelles et à venir, un taux d'inflation de 65 % à 70 %, surtout si on intègre le fait que la BCEAO a augmenté son taux d'escompte à 14,5 %.
4- le Syndicat professionnel des industries du Sénégal prévoit une situation désastreuse pour l'économie sur la base d'une étude qu'il a réalisé. Ainsi, 42 % des entreprises étudiées vont licencier 30 % de leur personnel, les deux tiers d'entre elles prévoient une chute de leurs ventes alors que le coût de leurs produits va augmenter de 20 % à 75 %. A cela s'ajoute le coût très élevé des facteurs techniques de production uniquement accessibles à travers
5- Le poids de la dette constitue un obstacle de taille. En effet le Sénégal consacre plus de 30 % de ses recettes à payer le service de la dette. Même si le FMI et la Banque mondiale prévoient des réductions de la dette, celles-ci ne semblent pas significatives.
Selon le responsable de la dette «rapporté au montant à la date du 31 décembre 1993, le montant (des réductions) n'est pas très important». Cet euphémisme tente de cacher une situation dramatique : la dette du pays a doublé suite à la dévaluation du Franc CFA pour atteindre 2 000 milliards de FCFA.
6- Les mesures d'accompagnement envisagées par les institutions de Bretton Woods s'élèvent à 290 milliards de FCFA en 1994. Cependant, le ministre du Budget, précise que «les financements extérieurs représentent des mesures d'accompagnement ne couvrant qu'une période limitée de deux ans» (Soleil du,
7- Même les secteurs qui étaient traditionnellement porteurs d'une certaine prospérité ont connu d'importantes chutes d'exportation entre 1985 et 1991. Il en a été ainsi pour le phosphate - 43 %, et la confection -7 %. Il est impossible de faire face simultanément à la dévaluation, à l'ajustement structurel et à ses conséquences (échec scolaire massif, chômage chronique, exode rural...) et d'améliorer le niveau de vie des populations. Le pays est devenu un vaste champ d'angoisse pour les masses des villes et des campagnes. Malgré les accords de mars 1994 entre syndicats et gouvernement sur l'augmentation des salaires de la fonction publique de 150 FF par mois (3), les licenciements nés de la dévaluation ont déjà commencé dans le secteur privé, à la SONACOS (Société nationale de commercialisation des oléagineux), avec comme cible principale les délégués syndicaux et les militants du syndicalisme autonome. De plus, le FMI exige le licenciement de 13 500 travailleurs de la fonction publique et le démantèlement du Code de travail, alors que la minorité au pouvoir s'accroche à ses privilèges et se discrédite par son implication dans des assassinats, le trafic de drogue et le détournement des deniers publics (4).
En réalité, pour les institutions de Bretton Woods et le patronat, le manque de compétitivité de l'économie sénégalaise est dû à une rigidité du Code du travail,
3) Le gouvernement a refusé des augmentations supérieures pour éviter, selon lui, une deuxième dévaluation du FCFA.
4) L'aide italienne, le «Commodity aid» (avant dévaluation) a été détournée par des fonctionnaires italiens, l'ex-ambassadeur d'Italie au Sénégal et de hauts dignitaires de l'appareil d'Etat.
au coût prohibitif de la main-d'œuvre et à l'existence de sureffectifs (5).
Les bailleurs de fonds, l'Etat et le patronat sénégalais visent des objectifs précis : déconnecter le salaire d'avec le SMIG, ajuster les charges salariales sur le niveau de la production, briser la capacité de négociation collective des travailleurs en promouvant des commissions paritaires sectorielles, réduire puis supprimer la notion de prise en charge relativement à l'hospitalisation et aux produits pharmaceutiques.
Vers
June société duale
A la place d'un syndicalisme de combat, la sainte alliance Etat-patronat-FMI cherche à promouvoir l'idée et la pratique d'un pacte social fondé sur le partenariat et la culture d'entreprise, en opposition à la lutte revendicative et à la «gestion démo-
Pour atteindre cet objectif il faut en priorité rendre difficile dans l'esprit des travailleurs l'exercice du droit de grève. Il est évident que cette remise en cause programmée du statut social des travailleurs ne peut se faire sans affrontement, sans défaite durable des secteurs radicaux du monde du travail (aviation, éducation, postes et télécommunications).
Le point de vue de la direction de l'UNSAS selon laquelle la place de la monnaie CFA dans l'économie mondiale est liée au niveau des revendications syndicales est une illusion pleine de risques. La politique d'autolimitation syndicale ne conduira pas la France et le FMI à être «raisonnables et philanthropiques». Elle risque à terme de conduire au néoréalisme, avec des conséquences incalculables pour le monde du travail. Voilà le programme de guerre du FMI contre les libertés et la dignité de notre peuple. L'offensive idéologique de l'Etat et du patronat, appuyés par le FMI, s'accompagne d'une négation des libertés syndicales et démocratiques. Non seulement les manifestations de l'opposition et des syndicats sont interdites, mais les députés sont arrêtés et emprisonnés sans preuve de culpabilité ni levée de l'immunité parlementaire. La télévision et la radio la censurent ou boycottent ses activités, la police et la gendarmerie pratiquent la torture entraînant la mort (7). «La vitrine démocratique du continent africain» vole en éclat. Elle a perdu sa valeur d'échange. La minorité au pouvoir ressemble à une mafia traquée.
C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre la loi d'habilitation votée par le Parlement, qui donne à Abdou Diouf le pouvoir de décider seul pendant six mois sur la base d'un simple acte administratif : les ordonnances. Bloquer l'expression parlementaire de l'opposition fait partie de cette prise d'otage des libertés et des droits démocratiques.
La conférence nationale
A l'évidence, la formule politique qui consiste à coopter des secteurs de l'opposition dans un gouvernement dirigé par le Parti socialiste (PS), s'épuise très nettement. Le remaniement ministériel envisagé n'améliorera pas la situation des Sénégalais. Il faut plus et mieux.
Il est vrai qu'en Afrique, le concept de Conférence nationale a été mis en œuvre pour réaliser des réformes constitutionnelles et créer un espace politique pluriel (Zaïre, Togo, Bénin). Cette méthode a été dans l'ensemble appuyée par les puissances impérialistes afin d'installer des équipes plus aptes à gérer leurs propres intérêts. A y regarder de très près, les attentes des peuples de ces pays n'ont pas été satisfaites. Au contraire, cela a créé des situations tragiques comme au Zaïre.
Notre conception de la Conférence nationale intègre simultanément la Conférence africaine pour l'alternative continentale. En effet la Conférence nationale est une approche de réformes structurelles transitoires pour promouvoir la voie à l'alternative. Elle constitue, le débouché politique du Folli (8) et vise, entre autres, au démantèlement de l'espace présidentialiste (réseaux de corruption, mécanismes institutionnels et idéologiques de détournement, du pouvoir du président de la République...), à la réorientation des politiques économiques et sociales, à la réforme du système éducatif, à une politique d'emploi effective et à répondre à la question de la souveraineté dans un monde unipolaire.
Il ne s'agit en aucun cas de rechercher des postes ministériels dans un gouvernement d'union nationale, capable de gérer les intérêts de l'Occident. La Conférence nationale doit amorcer «les ruptures structurelles décisives», capables de donner une impulsion populaire à l'alternative.
Cette conception de la Conférence nationale va à l'encontre des projets de la BM et du FMI car elle part du principe que des solutions nationales durables sont impossibles et qu'il faut revoir les liens de dépendance avec les pays impérialistes.
C'est une alternative à la vision des Etats-nations de la sous-région regroupée au sien de l'Union économique et monétaires de l'Ouest africain (l'UEMOA), dont le but est d'accueillir les délocalisations prochaines de Maastricht.
C'est maintenant que les partis de la gauche, les organisations syndicales, les nationalistes et les jeunes doivent tout faire pour mettre sur pied une structure panafricaine de coordination et d'action, comme ce fut le cas avec la tentative du Forum panafricain de Dakar en décembre 1994*
Dakar, le 24 mars 199
5) Le FMI et la BM n'ont pas accordé d'importance aux détournements des deniers publics, aux sommes placées dans les banques étrangères par les élites, au coût de l'armée et des forces de police.
6) Le concept de «gestion démocratique» a été développé par le syndicalisme enseignant pour s'opposer au modèle fondé sur la promotion et la protection des alliés politiques.
7) Lamine Samb, militant du Mouvement des moustarchidines, a été arrêté et torturé à mort à la Division des investigations criminelles. C'était à la suite du meeting de la coordination des forces démocratiques qui a fait 8 morts après des provocations du pouvoir (voir Inprécor n° 378).
8) Ce slogan très mobilisateur signifie «destituer Abdou Diouf», il a été la base de ralliement de And Jëf/PADS lors des élections de février 1993.
Al-Mitraqa n° 10 vient de paraître Revue en langue arabe, publiée sous la responsabilité du Secrétariat unifié de la Quatrième internationale.
Au sommaire : › Un débat sur les accords entre
'OLP et israël réunissant Salah Jaber,
Sergio Yahni et Michel Warschawski et
Tikva Honig-Parnass.
• Une analyse de l'intégrisme islamique en Palestine.
Vous pouvez vous le procurer au prix de 25 FF l'unité (frais de poste inclus)
en écrivant à :
Inprecor, BP 85, 75522 Paris CEDEX 11, France