Le régime prend l'eau
Le 21 août 1994, auront lieu les élections générales mexicaines pour élire un président et de nouveaux députés et sénateurs. La particularité de ce scrutin est que, comme jamais auparavant, le régime du parti d'Etat le plus vieux du monde, dirigé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) est en crise et que cette crise diffère beaucoup de celles précédemment vécues par le système politique mexicain.
In effet, les trois piliers sur
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lesquels reposait la semidictature «priiste» depuis 65 ans prennent l'eau de toutes parts : les mécanismes traditionnels de contrôle (de la paysannerie notamment) sont en faillite ; des secteurs de l'appareil d'Etat aussi importants que l'armée sont divisés ; le parti au pouvoir lui-même est éclaté et, comme si cela ne suffisait pas, le carrousel de bienfaits que, dans l'optique gouvernementale, devait apporter la signature de l'Accord de libre échange nord-américain (ALENA) à la fin de l'année 1993, se fait toujours
Le paysage politique national a subi un changement qualitatif à partir du mois de janvier 1994, quand, à la surprise générale, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a fait irruption sur la scène publique en exigeant le droit au travail, à la terre, à la santé, au logement, à l'éducation, à l'indépendance, à la liberté, à la démocratie, et à la paix ; des revendications auxquelles s'identifie la majeure partie du peuple mexicain (cf. Inprecor n°377 de février 1994 et n° 379 d'avril 1994).
De plus, l'assassinat du candidat du PRI à la présidence de la République, Luis Donaldo Colosio (qui n'est toujours pas élucidé), a contribué à aggraver la crise du régime. Aujourd'hui, la décomposition du régime continue, avec les conflits internes du PRI causés par la nouvelle candidature d'Ernesto Zedillo. l'enlèvement d'importants industriels liés au gouvernement et la démission, exigée par les forces les plus réactionnaires, du délégué gouvernemental aux négociations de paix avec l'EZLN, Manuel Camacho Solis. La dernière anecdote en date illustrant l'état avancée de la décomposition est la démission dans un premier temps du ministre de l'intérieur, chargé par ailleurs de superviser le processus électoral (régime antidémocratique oblige !), qui a déclaré au moment de démissionner de son poste le 25 juin 1994 «plus jamais dans ma vie je n'accepterais un poste politique» pour enfin reve-
MEXIQUE Alfonso MORO nir sur sa décision deux jours après à la demande du président de la République
Ainsi les prochaines élections vont se dérouler au milieu d'une guerre non solutionnée et alors que le mouvement de masse a commencé à dépasser sa peur du
Pour ce qui est de la guerre, les communautés indigènes de Chiapas avaient, par consultation démocratique, refusé les propositions de paix du gouvernement, dont le seul but était de confiner le problème au niveau.
L'EZLN, a déclaré à plusieurs reprises qu'elle ne renoncerait pas aux armes avant l'instauration d'une réelle démocratie au pays, et de véritables garanties pour un déroulement transparent des élections. Par ailleurs, le mouvement populaire continue de se rassembler autour de la candidature de Cuauhtémoc Cárdenas au sein de l'Alliance démocratique nationale (ADN). Cette formation est une coalition de forces démocratique et populaires, hétéroclite, mais unies sur la base d'un objectit légitime commun qui est de taire tomber le gouvernement du PRI.
L'échiquier politique mexicain est en pleine ébullition, les résultats des élections du 21 août 1994 auront des conséquences très importantes sur le paysage politique régional et national.Tous les éléments dont on dispose aujourd'hui conduisent à penser que le PRI n'est pas disposé à laisser le pouvoir, même s'il est le principal responsable de l'instabilité du pays. Depuis longtemps, il prépare une gigantesque fraude «cybernétique» ce qui explique non seulement que le gouvernement refuse de donner les résultats des élections le jour même, mais aussi que ces dernières ne seront «officielles» qu'une semaine plus
Depuis l'assassinat de Colosio, dont la responsabilité repose entièrement sur le gouvernement, nous assistons à un durcissement de la politique officielle et à l'instrumentalisation de divers mesures destinées à étouffer toutes explosion sociale, l'importation d'équipements anti-émeute achetés aux Etats-Unis en constitue une confirmation de mauvais augure.
De l'autre côté de la barricade on peut faire deux constats. D'abord le parti de Cárdenas (PRD) a adopté des attitudes antidémocratiques vis-à-vis des autres forces qui constituent l'ADN, dans le but de voir laquelle des différentes composantes de l'alliance aura le plus grand nombre de député à l'assemblée. A ce propos, il est important de signaler qu'il y a une vraie divergence entre d'une part Cárdenas qui considère la lutte engagée comme une lutte pour le pouvoir, et, de l'autre, ses coreligionnaires qui semblent prêt à se contenter de quelques sièges au Parlement. De telles attitudes ainsi que les faveurs accordées à l'opposition de droite par le gouvernement, ont permis de renforcer la candidature de Diego Fernández de Ceballos, candidat du Parti de l'action national (PAN) qui représente la droite
L'autre fait marquant est l'appel lancé dernièrement par l'EZLN à toutes les forces populaires sociales et démocratiques du pays lors de l'inauguration d'une Convention national démocratique, sur les thèmes de la démocratie, la justice et la paix. Dans cette adresse, l'EZLN fait une fois de plus la preuves de son intégrité politique et de sa finesse stratégique. L'appel fait effectivement référence à la Convention d'Aguasclientes, réalisée à la fin de 1914 à l'initiative des forces révolutionnaires d' Emiliano Zapata et de Pancho
Bien que le résultat électoral se joue à l'intérieur des frontières mexicaines, le rôle que peuvent jouer les forces démocratiques à l'extérieur du pays est capital. C'est pourquoi les forces démocratiques doivent se mobiliser dans tous les pays pour empêcher que la fraude politique ne triomphe une fois de plus au Mexique. L'heure est venue d'en finir avec les pratiques traditionnelles du gouvernement du PRI. *
1er juillet 1994