L'histoire de la Chine post-révolutionnaire peut être schématiquement divisée en quatre périodes : la première allant de 1949 au début de la crise des années 60 ; la deuxième correspondant à ce qu'on a appelé «Révolution culturelle»; la troisième qui consiste en un intermède tourmenté allant de la fin de la Révolution culturelle au début du cours nouveau (19781979) ; la quatrième qui dure désormais depuis quinze ans et dont la fin n'est pour l'instant pas prévisible. Le bilan des trois premières périodes a souvent été dressé sous différents angles (1). Cet article est une tentative de mise au point sur la quatrième période jusqu'a la fin de 1993. Livio MAITAN appelons d'abord que la
R
Chine reste, dans l'ensemble, un pays arriéré : en 1992, le revenu industriel n'a contribué qu'à hauteur de 27,2 % au Produit national brut (PNB) alors que la moyenne mondiale était de 40 %. C'est dans ce contexte que le pays a connu au cours des dernières années des taux de croissance très élevés — en 1993, le PNB a augmenté de 13,4 %, et les prévisions pour 1994 oscillent entre 9 % et 10 % ; la production industrielle a augmenté de 21,1 % en 1993, la production d'acier ayant atteint 88,6 millions de tonnes ; des progrès importants ont également été réalisés dans certaines branches de l'agriculture (la production des céréales s'élevait en 1993 à 456,4 millions de tonnes ; en revanche, il y a eu une chute de la production du coton). Le commerce extérieur a connu une croissance sans précédent, le volume de l'importexport, qui était de 20,64 milliards de dollars en 1978, a atteint 192 milliards en 1993. Le Moody Investors Service, qui fournit périodiquement une classification des économies des différents pays, a
CHINE
CONTRAT
promu en 1993 la Chine de la série Baal à la série supérieure A3 en expliquant que «la Chine est politiquement stable et sa croissance économique est un phénomène durable et irréversible» (2).
Profondes mutations
Tout le monde s'accorde à penser, au delà des jugements de valeur, que ces résultats ont été réalisés grâce aux changements structurels profonds tendant à introduire une «économie de marché» (3).
En ce qui concerne l'agriculture, à partir de mai 1993 les prix de vente de produits aussi importants que les céréales et les huiles comestibles ont été «libérés» dans 90 % des districts chinois. Plus généralement, 90 % des prix des marchandises seraient désormais déterminés par le marché (4). En 1993, l'Etat n'aurait fixé les prix que pour 30 % des matières premières. Les moyens de productions sont également devenus l'objet de tractations marchandes et un texte du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a fixé les critères à suivre en matière de fonctionnement du «marché de la main-
AONG - KONGI
d'oeuvre». Enfin, les marchés financiers sont en expansion et des Bourses fonctionnent depuis des années dans plusieurs villes (5).
Tout ceci s'est traduit par une croissance du secteur privé, qu'il est très difficile de chiffrer précisément du fait des disparités existant dans les sources officielles, et des interprétations souvent discutables des sources internationales. On peut dire, en gros, que le secteur d'Etat, qui s'était développé énormément entre 1950 et 1960 — jusqu'à dépasser 90 % du produit global — et qui était resté stationnaire
1) Pour lire le point de vue de l'auteur à ce sujet, voir Livio Maitan, L'armée, le parti et les masses dans la révolution culturelle chinoise, édition Maspéro, Paris 1971 et un essai plus récent / dilemma cinese, Data News, 1994.
2) Note sur le Moody Investors service?
3) Pour ne pas alourdir l'article, seules les références . des publications sont données en note.
4) Beijing Information (Bl), n°2, 1994.
5) Pour une analyse de la formation des zones économiques spéciales, la réapparition de la Bourse et le lancement des actions voir Livio Maitan, «La crise des sociétés bureaucratisées» dans Quatrième Internationale, n° 34, d'août 1989 et «La Chine deux ans après Tien Anmen», dans Quatrième internationale nº43, de décembre 1991. Quelques sociétés par actions ont également été créées par des paysans.
6) Bl, n° 25,1994.
dans les années 70, s'est progressivement rétréci par la suite en tombant au dessous de 50 % dans le secteur industriel (contre 55 % au début de 1992). Il faut, toutefois, préciser que «secteur non-étatique» ne signifie pas automatiquement «secteur privé» : il existe un secteur dit «collectif», qui inclut notamment des entreprises nonprivées à l'échelle locale et qui a connu une expansion assez importante (on a fait même état de cas d'ouvriers ayant acheté l'entreprise où ils travaillaient). Selon l'administration d'Etat pour l'Industrie et le commerce le secteur d'Etat embrassait, en 1993, 55 % du Produit national brut (PNB), le secteur collectif 35 % et le secteur privé, 10 % - toutes entreprises confondues, y compris celles appartenant à des étrangers. Une autre source — le Président de la Fédération nationale de l'Industrie et du Commerce, Jing Shuping — indique qu'en 1994 il y a «17 millions d'exploitations industrielles et commerciales privées sans employés où travaillent 29 millions de personnes» et «238 000 entreprises privées où travaillent 3,7 millions de personnes (...). Les domaines de la restauration, des services et du commerce de détail sont privés à plus de 80 %» (6). Quant au secteur collectif, on lui attribue 1,4 % de la production dont 0,5 % de la production industrielle. Investissements étrangers
Get joint ventures
Le développement spectaculaire des investissements étrangers et des joint ventures s'est constamment accentué, surtout au cours des trois dernières années. Si en 1990 les investissements étrangers s'élevaient à 6,57 milliards de dollars, déjà l'année suivante on avait enregistré une forte augmentation . Dans le cas de la zone économique spéciale à Shenzhen, Deng Xiaoping calculait en 1991 les investissements étrangers «représentaient un quart de l'économie». En 1993 ces investissements ont doublé par rapport à 1992 et le nombre des entreprises à capital étranger, enregistrées pour la première fois, représentait 129 % du total des enregistrement des 13 années précédentes. En 1993, le financement étranger direct s'élevait à 25,8 milliards de dollars (7), c'est-à-dire bien au dessus des prévisions aussi bien chinoises qu'étrangères. Selon des informations publiées début 1994, au premier semestre de l'année 1993, la Chine comptait plus de 134 000 entreprises «sanzi» (c'est-à-dire à capitaux mixtes, en coopération sino-étrangère ou à capitaux uniquement étrangers) et dans le premier trimestre 1994 la création de plus de 62 000 entreprises «sanzi» a été autorisée, ce qui est plus que le nombre total des treize années passées. Le montant des investissements directs d'hommes d'affaires étrangers atteignait 44 milliards de dollars (8). Fin 1993, on indiquait officiellement que «les nouveaux accords d'investissements étrangers représentaient un ensemble de 122,7 milliards de dollars» et que 36,7 milliards de dollars avaient été réellement investis (9). La Chine a obtenu, par ailleurs, des prêts étrangers importants : dans l'année fiscale 1992-1993, elle a été la principale bénéficiaire des prêts accordés par la Banque mondiale pour un total de 16,5 milliards de dollars. A l'heure où nous écrivons la presse chinoise et internationale signale que dans les premiers mois de 1994 les investissements étrangers auraient été réduits de 50 %, surtout à cause de nouvelles mesures fiscales et des craintes inspirées par la surchauffe économique continuelle (10). Mais il s'agit probablement là d'un phénomène conjoncturel.
Il est impossible de dresser ici un tableau d'ensemble des joint ventures et des entreprises étrangères. On peut néanmoins rappeler que, si la part du lion revient à Hong Kong, à Taiwan et au péenne aux Etats-Unis, en passant par la Corée du Sud et même l'Afrique du Sud. Les secteurs d'investissement ont connu une expansion constante : qu'il s'agisse des biens de consommation durables, de l'industrie électrique, de l'informatique, de l'industrie pharmaceutique et alimentaire, du secteur des supermarchés et des grands restaurants sans oublier la construction de routes et les projets urbains. De nombreuses banques étrangères sont également présentes. A la différence de ce qui s'était passé dans les premières phases, le cours nouveau s'étend désormais à des provinces de plus en plus nombreuses.
«Délocalisation» à la chinoise
L'intégration croissante de la Chine dans le cadre et les mécanismes de l'économie mondiale est confirmée par la multiplication de ses initiatives dans d'autres pays. Depuis longtemps, la Chine exportait de la main-d'oeuvre, surtout en rapport avec des travaux d'infrastructure qu'elle réalisait dans des pays sous-développés. Plus récemment, elle a redoublé d'efforts non seulement pour développer son commerce extérieur, mais aussi pour investir à l'étranger, exporter des capitaux et acheter des entreprises importantes sur d'autres continents.Rien que pour 1993, la China International Trust & Investment Corp.
(CITIC), fondée en 1979 par Rong Yiren, et présentée comme «une entreprise pilote dans la marche du pays vers une libre économie de marché», a décidé de d'orienter davantage ses activités vers l'étranger, l'Australie notamment où elle est engagée depuis des années, en doublant son capital fixe et multipliant par quatre son revenu annuel (100 millions de dollars australiens 1993). Au début de l'année, la CITIC a conclu à Melbourne l'achat de Metro Meat, l'une des plus grosses entreprises de traitement et d'exportation de viande d'Australie. Au total, il y aurait en Australie une centaine de sociétés chinoises. Pour sa part, Shougang Concord International Enterprises Co., qui opère à Hong Kong en tant qu'associé de l'entreprise pékinoise Shougang Co. dans la sidérurgie, s'est appropriée la majorité des actions dans d'autres sociétés de Hong Kong, renforçant ainsi les positions dont elle disposait auparavant. En même temps, elle a réalisé des accords, pour acquérir une aciérie de la California Steel Inc. de Los Angeles. Ensuite, par une opération qui a fait sensation, elle a acheté Hierroperú, une mine de fer péruvienne, en profitant de la campagne de privatisation lancée par le président Fujimori. Elle serait intéressée aussi par l'entreprise sidérurgique nationale, Siderperú. Par ailleurs, dans la première zone économique spéciale de Russie à Nakhodka, les Chinois seraient, avec une centaine de projets, les principaux investisseurs. Rappelons finalement que des entreprises chinoises ont, depuis un certain temps, émis des actions sur le marché de Hong Kong et que vers la fin de juillet 1993 la société CITIC a commencé à faire de même aux Etats-Unis. Selon certaines estimations, à la fin de l'année 1993, il y avait à l'étranger 4 497 entreprises chinoises avec des investissements d'un montant de 5,16 milliards de dollars (11).
Dans le cadre de cette ouverture sur l'économie internationale, on pouvait prévoir que des fuites de capitaux se produiraient: le Quotidien du peuple lui-même les a dénoncées dans leurs différentes variantes. Selon des estimations difficilement vérifiables, les capitaux ainsi exportés s'élèveraient à 35 milliards de dollars. Il est évident que tout cela a été facilité par le fait que, pour reprendre les mots d'un collaborateur de Beijing Information, le monopole d'Etat sur le commerce extérieur «a été peu à peu battu en brèche» (12). Au cours de l'année 1993 et encore
7) Bl, n° 14, 1994
8) Bl, n° 2, 1994.
9) Bl, n° 10,1994.
10) International Herald Tribune, 15 juin 1994?
11) International Herald Tribune, 30 mai 1994?.
12) BI, n° 23, 1994
en 1994, a eu lieu une «surchauffe» économique, caractérisée par des taux de croissance trop élevés, une expansion excessive du crédit, des investissements de type spéculatif et des tendances inflationnistes. Tout cela avait amené le gouvernement, et en premier lieu le vice-premier ministre adjoint, Zhu Ronggij, à adopter une série de mesures assez draconiennes. Dans le cadre des transformations vers une «économie de marché», par exemple, la Chine doit donc faire face à des problèmes similaires à ceux que connaissent les économies capitalistes et doit prendre des mesures classiques pour contrecarrer la «surchauffe» et le danger d'inflation qui en découle.
Obstacles ...
Dans son rapport du 10 mars 1994, devant l'Assemblée populaire nationale, le Premier ministre, Li Peng, a répertorié comme suit les obstacles et les difficultés qui ont surgi : «Les investissements demeurent excessifs. Les prix augmentent dans des proportions inquiétantes, la restructuration économique ne progresse pas assez vite et pas mal de grandes et moyennes entreprises d'Etat continuent à connaître des difficultés. L'ordre public laisse à désirer dans certaines régions et on continue à y déplorer toutes sortes de phénomènes malsains. On a constaté des cas de corruption et des abus de pouvoir chez un petit nombre de fonctionnaires d'Etat et le formalisme et la bureaucratie se manifestent dans les institutions, ce qui risque de compromettre le liens entre le gouvernement et les masses populaires».
En premier lieu, les déséquilibres entre les différents secteurs de la production n'ont pas été surmontés, notamment dans les campagnes où des goulots d'étranglement se sont formés depuis le milieu des années 80. En plus du décalage traditionnel entre productivité industrielle et productivité agricole et de la diminution constatée dans «les dernières années de la rentabilité réelle de la production céréalière et cotonnière» (Li Peng), des facteurs «nouveaux» se sont surajoutés pour freiner la croissance et faire obstacle à la satisfaction de besoins primordiaux du pays. D'une part, le développement de la construction et la spéculation immobilière ont conduit à un rétrécissement de la surface cultivable et, de l'autre, de nombreux paysans ont eu tendance à préférer des cultures plus lucratives à la production des céréales. La baisse du prix de certains produits et la stagnation du prix des produits livrés à l'Etat ont également pesé négativement de même que le pourcentage élevé de jeunes qui fuient les campagnes. Pour donner un exemple, alors que la consommation de «produits animaux» et du lait augmentent de 6 % par an, la production n'augmente que de 1 %. Par ailleurs, les augmentations des prix dans la vente au détail ont fait le bonheur des spéculateurs et n'ont apporté aucun bénéfice aux paysans. Selon Economic Daily les conséquences à long terme d'une telle dynamique vont être «la réapparition du décalage économique entre zones rurales et zones urbaines entravant le développement industriel au siècle prochain. Une vaste population rurale vivant de l'agriculture ne permet pas un développement du marché. A son tour, un marché asphyxié arrêtera à long terme le développement industriel» (13).
Get déséquilibres VERS LE CAPITALISME
EN
Ensuite, des déséquilibres subsistent, voire s'aggravent, entre secteurs non agricoles. Dans le passé, ces déséquilibres avaient provoqué des vifs débats sur les choix prioritaires et des oscillations successives du cours économique de la direction chinoise. Pendant les treize premières années du cours nouveau, c'est l'industrie légère qui a connu une assez forte croissance alors que depuis septembre 1991 l'accent a été de nouveau mis sur le développement de l'industrie lourde et de la chimie. Plus récemment, c'est surtout le déphasage croissant entre les besoins du
13) Economic Daily, 21 septembre 1993
14) China Daily, 15 juillet 1993.
15) Le pourcentage des grandes entreprises d'Etat qui sont déficitaires ou en crise varie selon les sources et la période à laquelle on se réfère. Selon le Bureau de statistique officiel 50 % environ des entreprises en question auraient été dans le rouge fin mars 1994, alors qu'un bilan plus optimiste fut dressé deux mois plus tard par le directeur secteur industriel et un système de transports de plus en plus défaillant qui ont été mis à l'index. L'insuffisance de développement du secteur des services a conduit un ministre à parler du «chaînon faible de l'économie». A cause d'une concentration territoriale excessive, les investissements étrangers n'auraient non plus permis de surmonter «la structure irrationnelle des investissements du pays» (14). Par ailleurs, les résultats obtenus dans certaines zones économiques ont été, en partie au moins, décevants et même des entreprises étrangères — le secteur en principe le plus dynamique — se sont avérées déficitaires. Selon un responsable de l'Administration fiscale, en 1992, cela a concerné 45 % des 34 000 joint ventures prises en considéra-
Un handicap majeur réside toujours dans le fait qu'un nombre assez élevé des industries de base, qui pourtant, pour reprendre les mots de Jiang Zemin, «constituent les piliers de l'économie nationale», sont en permanence dans le rouge : cela porterait sur au moins 30 à 40 % du secteur d' Etat (15). Des problèmes de restructuration et de reconversion se sont posés, y compris dans des entreprises traditionnellement considérées comme exemplaires (c'est le cas de Daqing, le centre pétrolier le plus important). Les dirigeants semblent miser sur un assainissement généralisé à réaliser en l'espace de trois à cinq ans, en ayant recours éventuellement à des concentrations et à des fusions. Mais une telle solution se heurte à des résistances, surtout dans la mesure où elle risquerait de faire retomber sur des entreprises saines le poids des échecs des entreprises déficitaires. En fait, force est de constater que les tares organiques d'une économie administrée bureaucratiquement — l'inefficacité de gestion, la productivité insuffisante, les énormes gaspillages, la mauvaise qualité des produits — sont loin d'être éliminées (16). En outre, des déséquilibres se produisent du point de vue de la satisfaction des besoins. Alors qu'il y a une abondance de biens de consommation destinés à des minorités privilégiées et que les besoins «modernes» de couches assez larges sont satisfaits, la majorité de la population, principalement rurale, vit dans des conditions difficiles de pénurie, voire de la Commission pour l'économie et le commerce (Bl, n°24, 1994). En 1994, le centre sidérurgique de Wuhan a connu une grave crise avec de sérieuses répercussions sur l'emploi (International Herald Tribune, 6 mai 1994).
16) Les marchandises qui ne sont pas vendues à cause de leur mauvaise qualité constituent également un gros problème (par exemple, fin mai 1991, leur valeur aurait été de 200 milliards de yuans).
d'appauvrissement (17).
Finalement, l' «économie de marché», tant prisée, a impulsé des tendances à la spéculation financière à laquelle participent, parfois, ces mêmes dirigeants qui, en principe, la dénoncent. Les banques jouent sur ce terrain un rôle de premier plan, par exemple en assurant des prêts non autorisés sans trop se soucier de leur utilisation. Des opérations interbancaires illégales ont eu aussi lieu. D'après Zhu Ronggij, cela porterait sur la coquette somme de 38 milliards de dollars. Les militaires ne peuvent pas, eux non plus, montrer patte blanche. Sans insister sur la très importante activité économique de l'armée — qui gère, d'après des estimations officielles, plus de 20 000 entreprises employant plusieurs millions d'ouvriers — il faut rappeler que de nombreux militaires se sont engagés dans des opérations illégales et dans des spéculations immobilières ; certains allant jusqu'à déposer sur des comptes personnels des fonds appartenant à l'armée.
Comme l'a confirmé Li Peng lui-même, tout en s'efforçant d'en minimiser la portée, la corruption s'étend à tous les niveaux. D'après un responsable du parquet, les trois principaux objectifs des criminels économiques sont le marché financier, la spéculation immobilière et le marché des futures (18). Il faut y ajouter des malversations à grande échelle car selon la Banque centrale, en l'espace de 18 mois, 28 milliards de dollars auraient été soustraits aux fonds publics. En fait, la corruption prospère parce qu'il n'existe pas encore de législation adaptée à une «économie de marché» et, plus généralement, parce que dans une société de transition bureaucratisée, des tendances socio-économiques incompatibles, en principe, avec le droit et les rapports de propriété formellement existants se développent presque physiologiquement.
Enfin, l'Etat subit les conséquences de deux autres phénomènes : d'une part, il perd des sommes considérables à cause de la contrebande qui va du trafic de cigarettes à la contrefaçon de bandes magnétiques et au commerce illégal de l'or et, de l'autre, l'évasion fiscale est un phénomène très répandu - selon le ministre des Finances l'Etat aurait perdu, à cause de cette évasion, plus que 17 milliards de dollars (19).
Paysans sinistrés
Les conditions de vie d'une partie importante de la population des campagnes - où vivent encore 900 millions d'habitants et 70 % de la population active - se sont incontestablement améliorées dans les années 90. Toujours est-il que, loin de s'atténuer, les différenciations se sont encore accentuées. Dans certaines provinces, cohabitent des paysans qui jouissent de revenus dix et même vingt et aux progrès de la mécanisation, le nombre de salariés agricoles a augmenté, et l'exode rural a pris, depuis 1988 notamment, des proportions gigantesques. Au début des années 90, on évaluait entre 120 et 130 millions la population rurale dite excédentaire. Début 1994, «dans les campagnes chinoises, la population active représente 400 millions de personnes, dont 200 millions sont excédentaires, et ce nombre augmentera de 10 millions par an, d'où un total de 250 millions en l'an 2000» (20). C'est surtout, cette population excédentaire rurale qui est à l'origine du phénomène de «population flottante», qui a donné lieu, par exemple, en février 1991 dans la région de Canton à des épisodes dramatiques. A l'époque on évaluait cette «masse flottante» entre 60 et 80 millions de personnes — estimations corroborées depuis par des chiffres similaires, il est probable qu'ils aient encore augmentés. Les variations de l'embauche dans certaines entreprises situées à la campagne, soumises à des vicissitudes conjoncturelles et qui ont parfois renvoyé à leurs terres de provenance une partie de leur main d'œuvre, ont provoqué également des oscillations dans l'ensemble de la population agricole.
La Chine n'est pas épargnée par le phénomène des ciseaux, c'est-à-dire par le décalage croissant entre les prix agricoles - relativement stables, notamment pour ce qui est des céréales et du coton — et les prix industriels, qui ont tendance à augmenter sensiblement. Selon le ministre de l'Agriculture, Liu Jiang, tout au long des quatre décennies suivant la révolution, la croissance industrielle a été quatre fois plus rapide que la croissance agricole. Quant aux revenus des paysans, en calculant aux prix constants de 1980, ils auraient diminué entre 1986 et 1990, pour ensuite augmenter légèrement, en 1993 notamment (+3,2 %). Le déséquilibre entre les villes et les campagnes, loin de se réduire, tend à s'accroître. Aux effets
17) Selon Beijing Information (n°1, 1994), entre janvier et septembre 1993, alors que le revenu moyen des citadins a augmenté en termes réels de 12%, le revenu des paysans n'a augmenté que de 5%. Li Peng a fourni dans son rapport du 10 mars 1994 des chiffres un peu différents (le revenu par tête aurait augmenté de 10,2 % dans les villes contre 3,2 % dans les campagnes). Toujours est-il que le décalage entre villes et campagnes s'est accru ultérieurement.
18)|| s'agit du marché à terme.
19) La croissance démographique et la détérioration de l'environnement ne sont pas traitées ici, voir par exemple Livio Maitan, «La Chine deux ans après Tien Anmen», dans Quatrième internationale n°43, de décembre 1991.
négatifs de certains mécanismes économiques, il faut ajouter des facteurs négatifs de nature socio-politique. Depuis des années, les sources officielles elles-mêmes signalent que les produits livrés par les paysans n'étaient pas payés régulièrement à cause des difficultés financières de l'Etat et des pratiques désinvoltes de la part des banques. On donnait aux paysans des bons ou assignats à monétiser ultérieurement (21). Les paysans intéressés apprécient d'autant moins ces pratiques que les autorités locales imposent arbitrairement le paiement de toutes sortes d'impôts et exigent parfois des prestations non rétribuées. En juin 1993, le Conseil d'Etat a interdit ces pratiques, mais les notables locaux ne tiennent souvent pas compte des décisions centrales et les abus n'ont pas disparu. Rien d'étonnant à ce que les paysans n'acceptent pas passivement une telle situation. Il y a eu des mobilisations de protestation et parfois de véritables émeutes — en 1992, il y aurait eu environ 200 «incidents» et au printemps 1993 une centaine d' «émeutes». Le vice-président du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire a fait le commentaire suivant : «Les paysans chinois sont tolérants, ils ne se révoltent que lorsque tous les chemins sont barrés, mais s'ils se révoltaient, on ne peut pas imaginer ce qui arriverait» (22).
Dégradations sociales
La classe ouvrière a connu elle aussi des processus de différenciation au cours des années 80 et cette tendance va s'accroître dans les années 90. Dans sa grande majorité, elle continue de travailler dans le secteur d'Etat. Son revenu n'a pas connu des changements importants et reste donc modeste (23). Les effets de l'inflation sur son pouvoir d'achat ont été compensés par quelques augmentations de salaire partielles ou par des formes de rétributions additionnelles. En 1993, des mesures provisoires de blocage de salaires ont été introduites dans certains secteurs.
Un hiatus s'est créé entre la grande majorité des travailleurs et ceux des joint ventures et, plus généralement, du secteur privé, en particulier dans les zones économiques spéciales. Ces derniers ont souvent
En 1993 la population a été estimée officiellement à 1 185,17 millions, soit 13 460 000 de plus qu'à la fin de 1992. Pour ce qui est de l'environnement, selon certaines estimations, les abus commis coûteraient chaque année au pays l'équivalent de 15 % de son PNB.
20) Bl, n°1, 1994.
21) Sur le système des coupons, voir Ossi Rask, «L'empire du "milieu" bureaucratique», dans Inprecor n° 372 de septembre 1993.
22) BI, n°27, 1993.
23) Fin mai 1993 on enregistrait 146 770 000 travailleurs non agricoles dont 108 159 000 dans des entreprises d'Etat.
des salaires plus élevés. Mais le salaire de base ne contribue qu'à hauteur de 60 % à la rétribution globale et les travailleurs du privé ne jouissent pas de toutes les garanties sociales traditionnelles, dont la stabilité de l'emploi. A en croire les dénonciations officielles, les partenaires étrangers ne respectent pas toujours les engagements pris. Et les conditions de travail seraient parfois comparables à celles qui régnaient dans la première phase de développement du capitalisme (24). L'embauche illégale serait un phénomène endémique dans la zone de Shenzhen, par exemple, 500 entreprises y auraient eu recours. Par ailleurs, il y a eu ces dernières années de nombreux accidents du travail, certains très graves, le plus souvent causés ou facilités par le non respect des normes de sécurité. Le plus souvent dans les entreprises étrangères ou à participation étrangère - où travaillent environ 6 millions de personnes — il n'y a pas d'organisations syndicales. C'est pourquoi la Confédération syndicale officielle a décidé de promouvoir la construction de branches dans ce secteur dans les deux prochaines années.
C'est surtout la dégradation progressive, voire la suppression, des garanties sociales post-révolutionnaires, du système des danwei (unités de travail), qui préoccupe les travailleurs. Ce système impliquait non seulement la stabilité de l'emploi, mais aussi l'accès à des logements bon marché, des services sociaux et des biens de consommation à bas prix. Les directeurs, disposant d'une autonomie de gestion plus grande, tendent à alléger, voire à éliminer, progressivement les coûts sociaux de l'entreprise. Des entreprises en crise ont notamment déjà commencé à annuler des subventions aux hôpitaux, aux écoles et aux autres services sociaux.
Travailleurs excédentaires
Début juillet 1994, une nouvelle loi sur le travail a été adoptée. Les mesures les plus importantes sont : l'interdiction du travail des enfants de moins de 16 ans ; une journée obligatoire de repos par semaine ; la non-obligation pour les femmes enceintes de travailler à partir du septième mois et un congé de maternité de 90 jours ; l'interdiction du travail féminin dans les mines et pour d'autres travaux du même type ; la formation dans les entreprises de comités pour régler les conflits, composés de dirigeants et de représentants des ouvriers.
Au début de l'année 1994, des normes fixant une durée maximale de travail avaient déjà été adoptées : 8 heures par jours et 44 heures par semaine (25).
A l'instar de ce qui se passe à la campagne, une population dite excédentaire existe aussi dans l'économie urbaine. En 1991, on estimait les ouvriers «excédentaires» à environ 20 millions et, chaque année, dix millions de jeunes affluent sur le marché de la main-d'œuvre. En 1993, on a estimé à 3,4 % de la population active la moyenne nationale du chômage (dans certains secteurs on atteignait 10 %). Un article déjà cité explique que «dans les villes et les districts, on compte chaque année 8 millions de personnes en attente d'un travail, et il y en aura 60 millions en l'an 2 000. Dans les secteurs d'Etat (...) IO millions d'employés vont quitter leur travail, c'est-à-dire qu'en l'an 2 000 la Chine comptera 320 millions de personnes en attente d'un travail» (26). Selon un autre article de la même revue, il y aura d'ici l'an 2 000 490 à 540 millions de travailleurs excédentaires dans les zones rurales (27). L'énormité du problème se passe de commentaire.
Il n'y aurait pas eu dans la dernière période de mobilisations ouvrières de grande envergure, ni d'événements comparables à ceux qui ont marqué la deuxième moitié des années 80. Il y a néanmoins eu des grèves pour revendiquer des augmentations de salaires et des améliorations des conditions de travail. Par exemple, selon un journal chinois, des grèves avec de telles revendications auraient eu lieu, en septembre de l'année 1993, à Tianjin, dans des entreprises à capital japonais et sud-coréen. Un rapporteur syndical avait fait allusion, pour sa part, à des grèves dans cinq entreprises, en 1992, à Dalian. Dans la même ville, des grèves ont frappé cette même année des entreprises étrangères. Des enseignants ont protesté parce qu'ils n'avaient pas reçu leurs salaires ou avaient été payés en coupons, les sommes destinées au paiement ayant été utilisées à d'autres fins par les autorités locales (28). Selon des sources gouvernementales, le nombre de conflits soumis à l'arbitrage de l'Etat, aurait augmenté de 52 % en 1993 et, selon les syndicats, il y aurait eu dans l'année 15 000 manifestations conflictuelles (grèves, protestations, pétitions, sabotages, etc.).
S'il est difficile de faire une analyse exhaustive des mutations qui se produisent à l'heure actuelle dans les autres couches de la société chinoise, on peut essayer de saisir quelques tendances générales.
En premier lieu, au cours des quinze dernières années, la classe moyenne s'est élargie et renforcée. Il s'agit là d'un vaste éventail allant des petits et moyens commerçants aux membres des professions libérales et aux opérateurs économiques
- qui constituent les marges des secteurs capitalistes proprement dits. Dans le domaine du commerce, le nombre des petits vendeurs, y compris ambulants qui n'offrent qu'une seule marchandise, a connu une croissance spectaculaire. Le métier d'avocat a, pour sa part, connu une relance spectaculaire : les avocats officiellement enregistrés seraient 50 000 et on en prévoit 150 000 de plus d'ici à la fin du siècle. Les membres des professions libérales ont formé leurs propres sociétés privées (plus que 4 000) qui revendiquent leur autonomie vis-à-vis du gouvernement. Les courtiers — une autre catégorie bannie après la révolution — ont fait leur réapparition et sont très actifs dans des domaines aussi divers que la technologie de pointe, les activités culturelles, les publications diverses, etc. Selon un journal de Tianjin, leur nombre s'élèverait à 69 400 dont 24 400 officiellement enregistrés.
Finalement, le cours nouveau a généré des nouveaux riches qui peuvent mener une vie opulente sans comparaison avec celle du commun des Chinois. Les très fortes différentiations dans le niveau de vie étaient caractéristiques non seulement de l'ancien régime, mais aussi de la période post-révolutionnaire.
Le retour des Mandarins
Après la disparition ou le bannissement des vieilles classes dominantes, la bureaucratie avait accaparé toutes sortes de privilèges, qui furent l'objet de très vives polémiques dans la phase ascendante de la Révolution culturelle. Désormais, des phénomènes nouveaux se produisent et de véritables couches bourgeoises apparaissent, quoique, pour l'instant, de façon limitée. Simultanément, une symbiose s'opère entre ces couches et des secteurs de la bureaucratie, les rejetons de vieux dirigeants exploitant par exemple leur pouvoir pour impulser des affaires privées auxquelles ils s'associent plus ou moins officiellement. On a même assisté au retour de membres des vieilles classes dominantes : l'entrepreneur Rong Yiren, par exemple, est le fils d'un capitaliste expatrié en 1949 et est actuellement vice-président de la République, alors que Yeung Chun Kan, un vieux requin de Hong Kong, est rentré dans sa ville natale, Huizhou, pour y investir avec succès.
Pour revenir sur la fuite de capitaux et
24) International Herald Tribune, 13 juillet 1993.
25) Financial Times, 7 juillet 1994.
26) Bl. n°1. 1994.
27) Bl, nº29, 1994.
28) China Education News, 9 novembre 1993.
les investissements chinois à l'étranger, le journal chinois Business Weekly fait état d'événements symboliques en matière de biens de consommation. En septembre 1993, ses lecteurs ont appris que 18 citoyens chinois, pour la plupart des hommes d'affaires indépendants, ont voyagé aux Etats-Unis pour visiter des propriétés qu'ils avaient achetées en Floride.
Il semblerait que le prix des terrains y est inférieur à ceux d'un appartement modeste au centre de Pékin. Pourquoi donc ne profiterait-on pas de cette expression particulière de la loi du développement inégal et combiné ?
En revanche, pour les citoyens «ordinaires», le problème de logements devient aigu. On veut mettre fin à une situation où les logements étaient très bon marché, augmenter les loyers et même vendre les maisons propriété de l'Etat. En fait, des premiers pas dans cette direction ont commencé à faire monter aussi bien les loyers que les prix de vente des maisons et, alors qu'il y a une pénurie des logements, des appartements restent vides et d'autres, nouvellement bâtis, ne trouvent pas d'acheteurs.
Le cours nouveau n'a pas amené de changements substantiels dans les structures et les mécanismes politiques. En fait, les secteurs de la couche dominante les plus directement liés aux appareils centraux de l'Etat et du parti exercent toujours leur contrôle, en alliance avec la hiérarchie militaire.
Cadre politique immuable
Les organisations de masses — les syndicats, la fédération des femmes et l'organisation des jeunesses, entre autres - restent explicitement subordonnées aux directives du parti. L'Assemblée nationale populaire elle-même, où existe désormais de fortes différenciations et de contestation, continue de prendre ses décisions dans le cadre fixé par les organes de direction du PCC.
Les mesures envisagées récemment pour revitaliser la Conférence consultative du peuple chinois, qui inclut des partis et des formations non communistes et, il est vrai, fantomatiques, ne constituent pas non plus un changement réel.
La Conférence reste comme son nom l'indique consultative et, comme de coutume soumise à la direction du parti. Par ailleurs, la décision d'avoir recours à la répression en juin 1989 n'a jamais fait l'objet de la moindre autocritique. Au contraire, il a été clairement signifié que, s'il le fallait, la direction chinoise adopterait la même attitude. Pour résumer, le régime actuel, tout en n'étant pas exactement le même que dans les autres périodes post-révolutionnaires, reste caractérisé par l'absence de pluralisme politique. On a affaire aujourd'hui à une forme d'autoritarisme éclairé ou de réformisme autoritaire.
Les conceptions générales du groupe dirigeant ont été réaffirmées lors du XIVème congrès du parti, en octobre 1992. Dans le rapport de Jiang Zemin, le principal texte adopté, on peut lire, entre autres que «la réforme du système économique a pour objet de créer et d'améliorer graduellement une économie de marché socialiste, tout en maintenant, en tant que modalités principales la propriété publique et la rémunération selon le travail, et en permettant la coexistence, à titre d'appoint, d'autres régimes de propriété et modes de rémunération. La réforme du système politique vise principalement à développer la démocratie socialiste, grâce au perfectionnement du système des assemblées populaires, ainsi qu'au renforcement de la coopération et de la consultation politique pluripartites sous la direction du Parti communiste». Pour éliminer toute ambiguité sur la question de savoir qui détient effectivement le pouvoir, le rapporteur ajoute que «tout dépend de la direction du parti». Détail non négligeable, Jiang Zemin est en même temps président du pays et secrétaire général du
Si la bureaucratie politique centrale n'a pas perdu son rôle hégémonique au sein de la couche dominante elle-même, cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu de changements. Au-delà de l'aspect formel, les puissantes bureaucraties locales disposent d'un pouvoir de décision accru et de marges de manoeuvre plus importantes
Une dynamique analogue opère à l'avantage de la bureaucratie économique (directeurs, technocrates divers, etc.). Il y a en Chine symbiose, ou tout au moins convergence d'intérêts, entre des dirigeants d'appareils politiques, administratifs et économiques et des couches capita-
- bien que, pour listes embryonnaires l'instant, ce ne soit pas à une échelle comparable à celle des phénomènes analogues dans l'ancien Union soviétique ou en Europe orientale. Sur ce terrain, des différenciations de plus en plus nettes et des conflits de plus en plus aigus vont inévitablement se produire au sein de la bureaucratie.
L'armée ne pourra pas non plus échapper à une telle dynamique. A en croire son organe quotidien, il y a déjà des officiers qui «au lieu de se préoccuper de la défense de la patrie et du socialisme, soignent leurs intérêts privés, s'adonnent à toutes sortes de trafics, désobéissent aux ordres politiques et établissent des alliances douteuses avec les autorités civiles des pro-
Pragmatisme chinois
Sur le terrain idéologique, il n'y a rien de nouveau, malgré les prétentions de Jiang Zemin selon qui le concept d'économie marchande planifiée «représenterait un nouveau développement de l'économie politique marxiste». Son rapport du dernier congrès du PCC ne fait, en dernière analyse, qu'entériner le fait accompli dans des termes purement descriptifs : «le système socialiste de marché que nous voulons créer se propose de faire jouer au marché, sous le macro-contrôle de l'Etat socialiste, un rôle fondamental dans la répartition des ressources, de sorte que les activités économiques correspondent aux exigences de la loi de la valeur et s'adaptent aux oscillations de l'offre et de la demande». N'en déplaise au président-secrétaire général, si on accepte l'idée que le «rôle fondamental» dans l'allocation des ressources appartient au marché, la conséquence logique ne peut être que de renoncer au plan ou de transformer le plan en un instrument complémentaire, comme c'est le cas dans les «planifications» ou «programmations» des pays capitalistes — ce parallèle est, par ailleurs, explicitement invoqué, outre Jang Zemin, par Deng Xiaoping. En fait, au delà des prétentions et des apparences, les dirigeants chinois sont traditionnellement enclin à agir de façon empirique, et leur propos ne dépassent souvent pas le simple bon sens. Une déclaration de Li Peng, datant d'août 1993, en fournit un exemple : «la Chine est encore en voie de développement et il lui faudra encore des dizaines d'années d'efforts pour atteindre le niveau des pays à développement moyen du fait de sa forte population et de sa faible base écono-
S'il est difficile d'envisager ce qui pourra arriver à une échéance si lointaine. On peut, en revanche, s'efforcer d'expliquer ce qui s'est passé jusqu'ici et d'éclairer la dynamique des tendances à l'œuvre aujourd'hui. Ce sera l'objet d'un prochain