Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER MEXIQUE

Etat d'alerte rouge

Inprecor n° 384, octobre 1994 · p. 20 · 803 mots

Mexique

parce que la nouvelle scène politique est en train de recomposer le rôle des forces politiques. Si la scène pré-électorale — avec la présence du mouvement social et citoyen, des zapatistes, des forces intermédiaires, de la campagne cardéniste — était une scène inévitablement partagée, la scène post-électorale l'est encore plus. Une question clé sera d'assumer cela et d'apprendre à combiner, à coordonner et à syncroniser les différents acteurs sociaux et politiques.

La Convention nationale démocratique née à Aguascalientes, dans le Chiapas, devra jouer un rôle fondamental en ce sens. Vue sous un angle défensif, la CND représente le dernier barrage des prétensions hégémoniques du régime. Sa préservation est vitale pour tous. Mais, vue à moyen terme et sous un angle positif, la CND devra être l'espace qui combine et unifie l'action des différents acteurs politiques et sociaux dans la lutte contre la dictature du parti-Etat et, en une période de crise des formes politiques traditionnelles, un large pôle de référence sociale pour la transition.

La CND ne peut plus laisser de trêve au régime. Les objectifs pour lesquels elle a été fondée sont plus que jamais valides et doivent guider à tout moment son action : un gouvernement de transition et une Assemblée constituante. Les voies, les formes et les délais pour l'atteindre peuvent être très divers. Mais il est démontré aujourd'hui que l'unique façon de vaincre le système expérimenté et étendu de partiEtat passera par un large pouvoir social dont l'actuelle CND peut être le germe.*

Mexico, 9 septembre 1994

Nous publions ci-dessous l'appel duAppel du Commandement général de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). DOCULMENT

C ommuniqué du comité

clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l'Armée zapatiste de libération nationale, Mexique.

Au peuple du Mexique

Aux peuples et gouvernements du monde

A la presse nationale et internationale

Hermanos,

Le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l'EZLN rend publics et dénonce les faits suivants:

• Premièrement. Monsieur Salinas de Gortari abuse l'opinion publique nationale et internationale avec sa prétendue volonté de dialogue. Le gouvernement suprême prépare la solution militaire en augmentant les effectifs de ses troupes et le matériel militaire sur le terrain des opérations, en intimidant la population civile et en réprimant et assassinant les militants du mouvement populaire par le biais de ses escadrons paramilitaires.

• Deuxièmement. Les forces armées du maudit gouvernement ont déjà accumulé 10 divisions dans un encerclement qui prétend étouffer la voix digne des zapatistes dans le sud-est du Mexique. Avec ces effectifs supérieurs à 50 000 fédéraux, le gouvernement suprême prétend intimider la révolte de l'EZLN face à la fraude et au pouvoir illégitime qu'on prétend instaurer, avec l'aval des monopoles des moyens de communication sur le territoire mexicain.

• Troisièmement. Les troupes fédérales qui occupent les communes d'Ocosingo, Altamirano et Las Margaritas, ont commencé à patrouiller au-delà de leurs positions actuelles et à se diriger vers le territoire zapatiste dans l'intention de provoquer nos troupes, d'intimider la population civile et de provoquer une rupture du cessez-le-feu.

• Quatrièmement. L'aviation fédérale a repris ses vols nocturnes, et s'est livrée à

DOCUMENT

Etat d'alerte rouge

des manœuvres en rase-mottes au-dessus de populations civiles. Le 12 septembre 1994, à la nuit tombée, le jour même où le pouvoir usurpateur menaçait de réprimer la population du Chiapas, des avions de combat de l'Armée fédérale se sont livrés à des manœuvres d'intimidation au-dessus d'aglomérations de la commune de Las Margaritas, et dans la commune d'Ocosingo.

• Cinquièmement. Dans les hautes sphères gouvernementales, on a déjà pris la décision d'une solution militaire du conflit et on n'attend plus que le moment opportun pour donner l'assaut aux positions zapatistes.

• Sixièmement. L'EZLN s'adresse aux officiers supérieurs de l'armée fédérale, aux officiers, aux gradés et au soldats pour leur demander que, puisque ils ont déjà choisi de répondre par l'affrontement armé à nos demandes de démocratie, de liberté et de justice, ils se comportent conformé ment à l'honneur militaire et qu'ils combattent en respectant la population civile. Dans l'ensemble du territoire national, nos troupes sont d'ores et déjà prêtes pour repousser l'assaut et ont reçu l'ordre de défendre nos terres jusqu'au sacrifice ultime. Nous combattrons dans l'honneur et la dignité.

• Septièmement. La rupture du cessez-le-feu de la part des troupes fédérales, et le déclenchement de la guerre qui s'ensuivra. résultent d'une intrigue de l'usurpateur Salinas de Gortari afin de créer une situation favorable à sa volonté de se perpétuer au pouvoir.

• Huitièmement. Pour répondre à l'attitude belliqueuse de l'usurpateur du pouvoir exécutif fédéral, l'EZLN a décrété l'état d'Alerte rouge pour toutes ses troupes sur le territoire national.

• Neuvièmement. L'EZLN réaffirme sa décision de maintenir sa demande de :

Liberté !

Justice !

Respectueusement.

Des montagnes du sud-est du Mexique.

Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l'Armée zapatiste de libération nationale.*

Le 15 septembre 1994

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