Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER MEXIQUE

Les causes d'une défaite

· Inprecor n° 384, octobre 1994 · p. 15-19 · 4 243 mots

Mexique

Les raisons d'une défaite

En dépit de toutes les espérances de la gauche et en dépit de la profonde crise traversée par l'Etat mexicain, les élections du 21 août n'ont pas pris la tournure escomptée. Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) s'est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle et des élections législatives avec un peu moins de 50 % des voix ; le Parti d'action nationale (PAN), parti de la droite confessionnelle, a remporté pratiquement 30% des voix alors que le Parti de la révolution démocratique (PRD) de Cardenas n'en recevait que 16 %. Ainsi, l'espoir de changement pacifique par la voie des urnes a été frustré. En chercher les raisons n'est pas un simple exercice intellectuel, mais une nécessité indispensable pour un mouvement démocratique de gauche qui était relativement sûr d'avoir enfin trouvé sa voie Hector de la CUEVA

A ujourd'hui, tout le monde

s'accorde sur un point : le 21 août, le système sexagénaire de parti-Etat a pesé de tout son poids sur les élections mexicaines. Ce scrutin tant attendu a donné paradoxalement, le résultat le plus inattendu. Mais personne ne peut célébrer cela, car, au-delà des difficultés pour le démontrer, il est évident que le «triomphe» du parti-Etat se base sur une fraude gigantesque, à travers l'utilisation la plus éhontée des ressources de l'Etat, ainsi que sur le vote conservateur, sur le contrôle corporatiste, sur la peur et sur le chantage. Personne ne peut fêter cela, car de tels résultats ne peuvent que reporter et rendre plus difficile la transition vers la démocratie et la sortie d'une dictature qui, bien que disposant d'une réelle base sociale, devient chaque fois

MExIQUE P.R.i. MiNİSTRE P.AN plus oppressive, y compris pour la majorité de ceux qui ont voté pour son maintien.

On ne peut évidemment pas passer sous silence les très graves erreurs commises dans le camp des démocrates, qui contribuèrent aussi à ces résultats. Il faudra tirer de nombreuses leçons. Ainsi, dans certains secteurs du mouvement démocratique se fait jour l'idée que, dans un système de parti-Etat, des élections libres sont irréalisables et que les forces démocratiques ne peuvent espérer triompher, du moins pas avant d'avoir au préalable brisé les mécanismes de contrôle et imposé d'autres règles du jeu.

En tout cas, il a été démontré que la transition vers la démocratie si souvent évoquée sera un processus plus long et complexe que prévu. La transition, interrompue par la voie électorale, du moins par cette voie électorale là, trouvera d'autres chemins. La Convention nationale démocratique (CND), fondée au Chiapas sous l'impulsion de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), devra jouer un rôle fondamental dans ce domaine. La CND représente le dernier barrage populaire face au rouleau compresseur de l'Etat. La consolidation et l'élargissement de la Convention en tant que pôle de référence social, l'organisation de la résistance à la fraude, tout comme la proposition en parallèle d'un programme de lutte dépassant la conjoncture, la recomposition des forces démocratiques et de gauche en tirant les leçons de cet échec, autant de choses qui peuvent permettre d'empêcher d'avaliser ce nouveau gouvernement illégitime ou, au moins, de raccourcir les délais d'ici la rupture démocratique qui remettra à nouveau en cause la dictature du PRI.

Gigantesque fraude

Une bonne partie du calcul stratégique du PRI visait non seulement à s'assurer un triomphe relatif mais à emporter la majorité absolue de manière décisive, en reléguant l'opposition réelle à une lointaine

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troisième place et, de cette manière — à travers un mensonge si grand qu'il paraisse réalité — faire taire l'opinion publique et semer la démoralisation au sein des rangs de l'opposition. Cette stratégie, appuyée sur une avalanche de «sondages» préalables, a remporté indéniablement un certain succès durant les premiers jours

Cependant, le mouvement démocratique doit être persuadé que, indépendamment des facteurs politiques, le 21 août s'est produite une énorme fraude, qui a effectivement déformé l'ensemble du scrutin. Au fur et à mesure que passent les jours et que la stupeur diminue, on découvre et on réunit toujours davantage de preuves de l'immense fraude commise ; elle concernerait, comme l'a signalé Cuauhtémoc Cardenas, le candidat à la présidence du PRD, dix millions de bulletins frauduleux, soit près de 30 % des votes recensés par les chiffres officiels.

Le gouvernement a profité à plein des six années dont il disposait pour préparer la fraude et pour tester son système à de nombreuses reprises lors des élections locales et fédérales. Le résultat a été une fraude polymorphe, pratiquement «propre», qui a combiné le gonflement des listes électorales, l'élimination d'électeurs potentiels avant la campagne d'inscription puis, ensuite, la suppression d'autres électeurs des listes, le tout en fonction des régions et du poids électoral supposé de l'opposition. Evidemment, comme à l'accoutumée, des centaines de personnes ont disposé de plusieurs cartes d'électeur et ont été transportées d'un bureau à l'autre le jour du vote afin de voter pour le parti officiel ; on a introduit plus de bulletins que de votants ; on a acheté les votes ou l'on a intimidé directement les électeurs. Par ailleurs, la manipulation informatique des chiffres après le scrutin a donné lieu à des résultats qui ne coïncident pas avec les procès verbaux des bureaux de vote. Mais il n'y a eu ni violence, ni vol éhonté d'urnes, ce qu'attendaient les observateurs locaux et internationaux, qui se laissèrent ou voulurent bien se laisser

En revanche, l'opposition démocratique, elle, n'a pas mis à profit de la même manière les six années de «salinisme», non seulement en matière politique, mais aussi en termes de prévention de la fraude. Elle a fait preuve de beaucoup de naïveté et a trop fait confiance aux mesures purement politiques. Cela vaut y compris pour l'Alliance civique — Observation 94, le principal groupement de citoyens organisé pour veiller sur les élections -, qui a consacré trop peu de temps à la mise sur pied d'un système efficace pour répertorier toutes les formes de fraude et, surtout pour

Les preuves de la fraude sont maintenant en train d'apparaître au grand jour, bien qu'avec difficulté et lentement. Le mouvement démocratique a comme première tâche de les réunir et de les démonter afin de prouver jusqu'où la fraude est possible ; de cela dépend en grande partie non seulement sa crédibilité face à l'opinion publique pour entreprendre de futures actions, mais aussi le fait de retrouver confiance en ses propres forces.

La force du système

Même s'il ne faut pas sous-estimer l'importance de la fraude directe, si l'on veut comprendre la véritable dimension de ce à quoi la gauche et les forces démocratiques sont confrontées, il est indispensable d'accepter que d'autres facteurs ont déterminé ces résultats électoraux. Le plus important est peut-être l'énorme force d'inertie du système. Si l'on a sous-estimé sa capacité de fraude directe, on a encore plus sous-estimé ce facteur.

En premier lieu, il est évident que le PRI s'appuie encore sur une énorme base sociale. Cela n'a rien d'étrange, en dépit de la crise du système de domination. Il faut se souvenir que Pinochet a obtenu près de 50 % des voix lors du référendum chilien. Une dictature peut disposer d'une importante base sociale sans cesser d'en être une. De plus, il ne faut pas oublier que celle du PRI est au pouvoir depuis soixante-cinq ans et dispose d'un réseau politique et social complexe.

Au-delà de cette base réelle, et malgré le racornissement de l'appareil de domination, le système a montré que les mécanismes de contrôle corporatistes continuent à peser lourd dans de larges secteurs de la société. De nombreux votes pour le PRI sont venus de citoyens encore en retard sur le plan idéologique ou de la coercition directe exercée par ses mécanismes de contrôle corporatistes qui, en dépit des avancées du discours sur la liberté du vote, n'ont pas disparu de la vie quotidienne de nombreux Mexicains.

On doit y ajouter la corruption — en soixante cinq ans de dictature du PRI, elle a traversé et rongé l'ensemble de la société

• et le clientélisme, qui ont également fourni une proportion importante des votes. Outre ces achats directs de voix, les promesses de faveurs et d'améliorations en termes de logement, de terre et de crédit ont porté leurs fruits. Il est par ailleurs très net que les programmes clientélistes créés par Salinas de Gortari sous couvert de lutte contre la pauvreté, le Programme national de solidarité (Pronasol) et le Programme de solidarité pour la campagne (Procampo), ont eu un effet.

Tels furent peut-être les atouts du «salinisme». Mais il ne faut pas sous-estimer les transformations profondes que le «salinisme» et sa stratégie néolibérale ont réussi à introduire dans la société mexicaine. Différentes analyses ont fréquemment admis ce fait, mais n'avaient pas pris en compte ses possibles retombées politiques. De plus, pour sa «victoire», le PRI a compté sur d'impressionnants investissements de l'Etat, de plusieurs milliards de dollars. Nous n'évoquons pas uniquement les fonds scandaleusement utilisées directement dans la campagne, qui devraient choquer un minimum la bonne conscience des visiteurs étrangers qui se sont dépêchés de déclarer les élections «propres».

L'aspect le plus cynique et le plus offensant du «triomphe» du priiste Ernesto Zedillo est que ce succès a été obtenu après avoir élevé la misère du pays à des niveaux désespérants afin, ensuite, de profiter de cette misère et de ce désespoir pour acheter les votes grâce à la corruption et à des promesses.

Le vote réel

L'explication des résultats du 21 août ne peut cependant se limiter à ce qui précède. Il est indispensable de comprendre et d'assumer à fond les motivations de ce que nous pourrions appeler le vote réel, c'est-à-dire le vote des citoyens effectivement et légalement déposé dans les urnes. En ce domaine, on pourrait effectuer deux opérations distinctes : soit ajouter les votes du PAN et du PRD, et il en ressortirait alors qu'une majorité s'est prononcée pour le changement ; soit — et c'est l'opération qui nous semble la plus juste - ajouter les votes du PRI et du PAN. Si la fraude empêche de savoir si ce dernier choix a été effectivement majoritaire et ce, jusqu'à quel point, il nous paraît clair que, dans une large mesure, le vote s'est dirigé vers ces deux partis, en tant que vote conservateur, vote qui ne se prononce pas pour l'élimination radicale du système de parti-

Etat.

Nous tenons pour acquis qu'on doit inclure dans ce vote le vote réel dérivé de la base naturelle du PRI, du poids idéologique et de la perméabilité sociale que maintient encore le système corporatiste.

Mais il faut y inclure les votes pour le

PAN, pris en considération par le régime lui-même dès le début du processus comme un obstacle au changement réel.

Le PAN a effectivement réussi à capter une énorme quantité de votes. Indépendamment du fait que la base traditionnelle de ce parti est de nature idéologique

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conservatrice, sa stratégie gradualiste et l'alliance politique de sa direction avec le régime donnent un sens spécifique aux voix qu'il a obtenues. Surtout depuis le débat télévisé entre les candidats à la présidence du PRI, du PAN et du PRD, le 12 mai dernier, où celui du PAN eut le rôle majeur et réussit à prendre une grande quantité de voix au cardénisme. Le système exploita à fond ces nouvelles circonstances. Il existe même des témoignages du fait que, dans certains endroits, la fraude aurait également favorisé le PAN. On peut dire qu'il s'agissait soit d'un vote pour le changement, mais en faveur d'un «atterrissage en douceur» vers la démocratie, comme l'on fait quelques analystes, soit du triomphe du gradualisme, comme l'ont affirmé d'autres. Cependant, objectivement, le vote PAN a empêché la défaite du parti-Etat et représente une aide à sa continuité ou, dans le meilleur des cas, à son autocorrection partielle. En ce sens-là aussi, c'est un vote conservateur.

Les explications du vote réel pour le PRI et le PAN peuvent être nombreuses. Pratiquement tout le monde est d'accord pour dire qu'il s'agit d'un vote de peur, de peur envers ce qui aurait pu se passer si le changement avait triomphé. Mais, à partir de là, des divergences apparaissent quand on demande : peur de quoi ? Cecilia Soto, la candidate à la présidence du petit Parti des travailleurs (PT), qui a grossi électoralement durant ce sexennat, à l'ombre de Carlos Salinas, a déclaré que le sous-commandant zapatiste Marcos a apporté beaucoup de votes à Zedillo.

Semer la confusion

On retrouve sur la même voie tendancieuse ceux qui, au sein même des rangs cardénistes, disent que Cardenas a perdu des voix et a été affecté par son rapprochement avec les zapatistes, surtout par sa visite à l'EZLN dans le site d'Aguascalientes, dont la CND a pris le nom. On prétend ainsi suggérer que les gens ont eu peur de la «violence» des zapatistes et, par conséquent, de celle de Cardenas, et que celui-ci aurait dû suivre une ligne plus modérée, alors qu'en réalité, c'est la confusion provoquée durant toute une période par ses discours modérés qui a été responsable d'une partie du résultat électoral.

Voilà le type de confusions que voudraient diffuser les secteurs enclins à la conciliation avec le régime. En réalité, comme cela a été largement reconnu, le soulèvement zapatiste a bénéficié d'un important mouvement de sympathie et a donné une impulsion énorme au mouvement pour le changement ; quasiment à la fin de la campagne électorale, il lui a donné encore plus d'air avec la réalisation de la CND.

Non, ceux qui ont donné des votes à Zedillo, ce sont les assassins de Luis Donaldo Colosio, le premier candidat à la présidence du PRI, abattu le 23 mars lors d'un meeting de campagne. Ce sont eux qui, ont commencé à faire planer l'ombre de la violence d'Etat et des actions terroristes des mafias politiques et qui, se sub-

VOUS VOYEZ QUE NOUS SOMMES

VRAiMENT DÉMOCRATiQUE!

iCi, MÊME LESMORTS stituant en tant que groupes civils de pression intermédiaires, ont aidé à créer la psychose de la violence imminente, ont semé des doutes sur la viabilité d'un renversement du parti-Etat et réduit à néant les espoirs de «rapprochement civilisé» des différents pôles.

Les gens n'ont pas eu peur de Cardenas ou des zapatistes, mais de la réaction violente de l'Etat, du terrorisme mafieux, du boycott des grands industriels et du capital nord-américain. Ce qui a fonctionné à nouveau, c'est le chantage des puissants. On dit que le résultat des élections mexicaines, c'est le Nicaragua à l'envers, mais en réalité c'est la même chose. Les sandinistes au pouvoir ont organisé des élections libres et les les ont perdues. Mais ils ont perdu pour les mêmes raisons qui expliquent que beaucoup de gens n'ont pas voté pour Cardenas : la peur du chantage sur la nation. Vaincre cette peur de la réaction, cette peur du chantage est le grand défi des forces démocratiques et révolutionnaires du continent si elles veulent accéder au pouvoir.

Les erreurs de la gauche

Toutes ces considérations politiques ne doivent pas conduire à minimiser les graves erreurs qui ont contribué à ce que la campagne de Cardenas n'obtienne pas toute la force d'entraînement attendue, le vote massif impossible à contenir, suffisant pour l'emporter sur la fraude, qui avait été prévu, de manière erronée.

Dès le départ, personne n'assuma réellement ce que Cardenas avait répété à diverses reprises :

1994, ce n'est pas 1988

L'«effet Cardenas» qui, en

1988, prit par surprise le système et qui produisit une marée électorale convaincue que sa candidature représentait le moyen d'en finir avec le PRI et la crise qui étouffait le pays, n'allait pas se répéter automatiquement. Dans un pays, ayant vécu et en train de vivre de grandes transformations, la bataille pour les votes se présentait comme plus difficile dans différents domaines. Malgré cela, le triomphalisme s'est transformé rapidement en un mécanisme paralysant. Nous ne faisons pas référence à la conviction qu'un triomphe était possible, mais au fait qu'il commençait à être donné pour acquis que le vote populaire était garanti et qu'il s'agissait simplement de lever les obstacles pour sa reconnaissance. Ce fut une erreur de se préoccuper davantage du veto que du vote lui-même. On s'est plus occupé de convaincre les secteurs les plus réactionnaires de l'intérieur et de l'extérieur du pays de ne pas empêcher le triomphe démocratique — préoccupation légitime — que de conquérir un vote populaire majoritaire. Durant quelques mois, le discours et les activités de Cardenas se sont dirigés principalement vers ces secteurs et ont été très ambigus, ce qui a créé une grande confusion quant au programme et aux objectifs du mouvement cardéniste.

On oublia que l'on ne peut négocier avec les puissants qu'à partir, tout d'abord, de la conquête de l'appui populaire majoritaire.

et que la meilleure manière d'attirer les

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secteurs de la population ayant des doutes ou des craintes était d'adopter une attitude décidée.

Par ailleurs, on a assisté à une perte progressive du profil social qui avait initialement voulu être imprimé à la campagne, quand avait été conçu un scénario de polarisation non seulement politique, entre des partis, mais aussi entre des blocs sociaux. La candidature de Cardenas était l'expression du bloc populaire majoritaire et devait englober un large spectre social, à travers des comités sociaux et des citoyens organisés et pas seulement à travers les organisations politiques. Cette vision a été reléguée au second plan. Le discours a perdu sa force de proposition, apportant peu d'alternatives, fuyant l'engagement clair en faveur de thèmes sociaux qui ne soient pas uniquement démocratiques.

Ce qui coûta également beaucoup, ce fut la signature, le 27 janvier, du pacte des partis, ce qui donna un peu d'air au gouvernement et lui permit de gagner du temps au moment où il en avait le plus besoin, alors qu'il était secoué par les effets du soulèvement zapatiste. Ensuite, Cardenas a changé de cap, refusant d'avaliser une nouvelle concertation avec le gouvernement, mais cela s'est fait dans le cadre d'un affrontement public avec Porfirio Muñoz, le président du PRD.

Le PAN revient

L'erreur la plus grave de la campagne de Cardenas fut, sans aucun doute, le débat télévisé du 12 mai qui, en dépit de toutes les nuances que nous pourrions apporter, a eu des conséquences catastrophiques très difficiles à rattraper. Ce débat montra avec acuité la capacité de manipulation politique que possède actuellement la télévision. Sa conséquence la plus grave fut de permettre au PAN de revenir sur le devant de la scène, la compétition électorale ayant à nouveau lieu entre trois candidats, éliminant la polarisation entre le PRI et Cardenas.

Au-delà des détails du débat, derrière la tactique employée durant celui-ci, on retrouvait la ligne ambiguë à laquelle nous nous sommes déjà référés et l'approche erronée des relations avec le PAN et de son rôle.

Des erreurs furent également commises dans le choix des candidatures aux postes de députés et de sénateurs. Le PRD perdit beaucoup de prestige à cause de la manière dont furent désignés ses candidats et cela eut un impact sur toute la campagne électorale. L'engagement pris en public sur le pourcentage de candidatures réservé aux alliés du PRD (elles devaient être distribuées entre les organisations constituant l'Alliance démocratique nationale) ne fut pas respecté ; on assista au spectacle lamentable des débats internes et c'est finalement une vision myope et bureaucratique du choix Grupo des candidats qui s'imposa.

Durant les deux derniers mois, la campagne a été réorientée vers la mobilisation politique, vers la prise de contact avec la population et vers un discours social plus engagé. Mais c'était trop tard.

L'évolution de la situation politique et

Uses leçons

Cette année, la situation politique nationale a connu toute une série de retournements et de surprises, et cette période n'est pas achevée.

Le ler janvier, le soulèvement armé de l'EZLN a déplacé l'ensemble de la scène politique nationale vers la gauche, entraînant une radicalisation et un espoir que le régime du PRI puisse arriver à sa fin. La droite n'est pas restée les bras croisés et a cherché à modifier le rapport de forces par la voie des faits. L'assassinat de Colosio, indépendamment de ses objectifs particuliers liés aux divisions internes du pouvoir, a déplacé à nouveau la scène vers la droite en injectant une bonne dose d'incertitude, de peur et de conservatisme.

En fait, l'assassinat de Colosio n'a été que la manifestation la plus violente des profondes divisions et de la décomposition existant au sein du pouvoir et a renforcé la perte de prestige du PRI aux yeux de l'opinion publique.

La crise flottant dans l'air, le régime était acculé. Bien que l'opposition démocratique ait toujours conservé une position énergique pendant ces moments, avec le recul il est clair aujourd'hui qu'elle n'a pas su profiter de cette conjoncture extraordinaire. C'était le moment de ne rien accepter sinon un changement radical des règles du jeu, y compris comme condition à la participation aux élections. Non par radicalisme, mais parce que c'était possible.

Le calcul qui a consisté à vouloir participer à tout prix, dans l'attente que le vote massif balaye la fraude, fut une erreur.

Ce qui est douloureux, c'est que les zapatistes, eux, sont «allés au charbon», et ont joué leur rôle pour créer les conditions alors que le mouvement démocratique des citoyens ne jouait pas le sien. Au moment des élections, tant sur les terrains économique que politique, le régim e avait réussi à récupéGRUMIN rer un certain contrôle de la situation et à désarmorcer les éléments les plus explosifs. La permanence souterraine de divisions entre différents secteurs du pouvoir, d'un côté, et la réalisation de la CND, de l'autre, ne réussirent plus à influencer de manière décisive l'état d'esprit et la conscience des secteurs les plus larges de la population.

Les résultats sont connus, mais le fait de supposer que cette situation est à tout jamais figée, que le régime jouira d'une nouvelle période de stabilité, serait une grave erreur d'appréciation. Le terrain sur lequel se déplace le parti-Etat est encore miné de conflits et les tâches de démocratisation qui ont marqué cette période sont toujours autant à l'ordre du jour.

Tâches et perspectives

Ce qui apparaît clairement après le 21 août, c'est que la transition vers la démocratie, la fin et l'effondrement de la dictature du PRI sera un processus plus complexe et plus long que prévu. Mais c'est un processus en marche. Le triomphe de Cardenas aurait épargné beaucoup de problèmes et aurait raccourci les délais historiques. C'est ainsi que le comprennent ceux qui, comme nous, depuis les rangs de la gauche révolutionnaire, avaient décidé d'appuyer sa candidature. C'est ainsi que le comprennent les zapatistes qui, à la différence des sectaires et des ultra-gauchistes, savaient que l'on ne pouvait pas et que l'on ne devait pas mettre de côté l'aspect électoral, et que ses conséquences nous engloberaient tous, même si nous voulions fermer les yeux. A la différence de ceux qui ont opté pour une vision gradualiste de la transition, nous croyons que, pour ouvrir la voie à une transition réelle,

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une rupture est tout d'abord nécessaire. A court terme, la possibilité de cette rupture était contenue dans le triomphe de Cardenas. Maintenant, la rupture a été reportée, mais non le processus de transition, non la crise et la décomposition de la dictature du PRI, uniquement le point de rupture. Trouver les voies pour s'approcher à nouveau de ce point, voilà le grand défi

Les progrès dans la démonstration de l'illégitimité des élections, le maintien du mouvement de la démocratisation contre le parti d'Etat, la possibité qu'éclatent de plus grands scandales financiers et qu'apparaissent de nouvelles évidences des crimes dans lesquels sont impliquées les mafias du pouvoir, l'expression de nouvelles divisions et de fractures dans la «famille» décadente du PRI constituent une menace permanente pour le régime. Le tout dans un cadre général où, malgré la croissance et la stabilité présentées comme le «triomphe» du PRI, le «salinisme» a miné des secteurs clés de l'économie et a créé un grand malaise y compris dans certains secteurs industriels, pour ne pas parler de la majorité de la population pour qui les importants taux de croissance du sexennat n'ont signifié qu'augmentation de la misère et du chômage

Le nœud le plus aigu du conflit reste au Chiapas, où l'imposition des résulats par la fraude a plus de possibilités d'être renversée et où l'on reste au bord de la guerre civile. Il est clair que le résultat des élections n'a pas profité à l'EZLN, mais sa présence locale et nationale ne peut être effacée par le gouvernement. De fait, au-delà de la question du Chiapas, l'existence d'organisations armées est un obstacle permanent pour l'Etat.

Nous nous trouvons donc dans un schéma de poursuite de la lutte frontale contre la dictature du parti-Etat. Le gradualisme a montré son échec, car en échange de quelques concessions mineures, il n'a réussi qu'à donner une bouffée d'oxygène à la dictature.

De plus, sur tous les fronts, et pas seulement sur le terrain électoral, il faudra avancer des initiatives qui se dirigent vers le démantelement du parti-Etat. Pour cela, il est nécessaire de politiser davantage la lutte sociale elle-même dans les syndicats, les quartiers, les campagnes, etc.

Durant cette période, il y aura sans doute des changements dans le rapport et le poids des différents acteurs sociaux et politiques qui luttent contre le parti-Etat. Avec les résultats du 21 août, il est possible que nous soyons en train d'assister au déclin du leardership cardéniste dans cette lutte. Non pas que Cuauhtémoc Cardenas n'ait pas fait preuve d'une grande intégrité et d'un grand courage pour continuer, mais

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