Inprecor 1974–2004

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BELGIQUE

Nouveau dimanche noir

· Inprecor n° 385, novembre 1994 · p. 36 · 1 002 mots

Belgique

Les élections communales et provinciales du 9 octobre en Belgique ont confirmé et amplifié la percée de l'extrême droite non seulement en Flandre et à Bruxelles mais aussi en Wallonie. Le Vlaams Blok, le Front national (FN) et

AGIR envoient plus de 300 représentants dans les conseils communaux et provinciaux.

Be Vlaams se consolide comme

L

premier parti dans la métropole anversoise, tandis que le FN se hisse tout de suite derrière les partis bourgeois traditionnels dans les régions industrielles du Sud du pays.

La percée du Vlaams Blok à Anvers ne date pas d'hier. En 1987, déjà, le parti fasciste s'imposait comme un phénomène dans la cité portuaire. Aux élections législatives de 1991, le «dimanche noir» comme on dit depuis lors, 25 % des Anversois votaient pour le Vlaams Blok, qui devenait le premier parti de la ville. Il garde le titre en obtenant cette fois 28 % des suffrages. Les succès du Blok se font essentiellement au détriment de la social-démocratie. Le Parti socialiste (SP) anversois a perdu 8,3 % depuis les dernières élections communales en 1988, et il se retrouve avec 20,5 % des voix. Ce parti est aux affaires sans discontinuité depuis la fin de la guerre. Il se fait évidemment le complice de la politique de gestion de la crise et de l'austérité, qui creuse le lit de l'extrême droite en aggravant les inégalités sociales et en tuant les espoirs de changement. Mais il est resté, en plus, totalement imperméable aux tentatives de renouveau que la social-démocratie flamande a su mener avec un certain succès, au cours des années 80. La combinaison des deux facteurs n'est sans doute pas étrangère au fait que les néofascistes réussissent à Anvers encore mieux qu'ailleurs.

Aujourd'hui, Anvers est la capitale du Vlaams Blok. A partir de cette place forte, il rayonne sur toute la Flandre et la tache noire s'élargit à chaque élection. Le Blok est au-dessus de sa moyenne en Flandre (10,9 %) dans toute la province d'Anvers mais aussi à Gand la deuxième ville de Flandre (13,3 %). Jusqu'à présent il n'avait pas réussi à percer au Limbourg, où les sentiments antiracistes étaient bien enracinés dans la communauté des travailleurs de la mine. C'est désormais chose faite, car le gouvernement a décidé de fermer les charbonnages et le Blok, comme

Belgique

Alain TONDEUR tous les partis analogues, marche dans les traces du chômage.

Anvers n'est pas une ville comme les autres : c'est la plus grande concentration urbaine de Flandre, un centre industriel important et le poumon portuaire d'un hinterland qui va bien au-delà de la Belgique. La bourgeoisie a toujours misé sur la collaboration de classe pour gérer la ville. La chambre de commerce n'a pas caché son hostilité au Vlaams Blok au cours de la campagne. Les partis traditionnels ont juré d'établir un «cordon sanitaire» autour du Blok. Sans succès, bien entendu.

La classe dominante n'est pas sur le point de changer de politique mais, une coalition des trois familles traditionnelles est à peine suffisante pour empêcher les fascistes de participer au pouvoir communal. Avec les verts (AGALEV) la majorité serait plus confortable, mais ils ne sont pas vus comme un partenaire fiable par le patronat. De plus, trois des sept élus verts sont en fait des «verts rouges». De multiples questions restent donc en suspens. Le pire serait à coup sûr que le Blok réussisse à se présenter comme seule force d'opposition au cours des années qui viennent à Anvers.

La situation n'est pas plus réjouissante en Wallonie et à Bruxelles. A elles seules, les dix-neuf communes bruxelloises accueilleront 47 conseillers communaux fascistes. Le FN fait son score le plus élevé (16,6 %) à Molenbeek, une commune populaire de la capitale. Mais le Front national et AGIR confirment leur percée des élections européennes dans toute la partie francophone du pays. Le vote de juin pour ces deux formations rivales n'était pas une poussée de fièvre, plus personne ne peut le nier aujourd'hui. Au contraire, les régions rouges de Wallonie se couvrent petit à petit de vilaines taches noires où le Front national et Agir dépassent les 10 % (14,4 % à la Louvière).

Comme en Flandre, ce sont clairement des déçus de la social-démocratie qui passent à l'extrême droite. Le phénomène est surtout évident dans les localités où le PS est le parti dominant depuis de longues années. A Charleroi, Seraing, la Louvrière et quantité d'autres communes ouvrières, les gains de l'extrême droite correspondent, au pour cent près, aux pertes de la social-démocratie. Dans ce très sombre tableau, l'observateur progressiste aura les yeux attirés par la chute de lumière que constituent les trois élus du Mouvement pour le renouveau social (BSV), qui étaient candidats sur la liste du parti écologiste à Anvers. Ces trois élus sont Patsy Sörensec, conseillère communale sortante, dissidente du SP, fondatrice du BSV et personnalité très connue pour son combat contre la traite des prostituées, la jeune Nadine Peeters, membre du Parti ouvrier socialiste (POS, section Belge de la Quatrième internationale) et animatrice d'une coordination de lycéens (AJOKAR) qui a organisé plusieurs grèves contre le fascisme et le racisme, et Lou Weyns, un délégué syndical combatif de la Chimie. Leur présence sur la liste verte avec cinq autres membres du BSV était le résultat d'un appel à l'unité BSV-AGALEV lancé par une série de personnalités progressistes de tous horizons. Lou, Nadine et Patsy ont été élus par leurs voix de préférence.

La gauche francophone, par contre, n'a guère rencontré le succès dans ces élections. Le mouvement «Gauches unies» déposait des listes dans neuf localités. Dans six cas le score est en-dessous du résultat aux européennes. Il n'y a qu'un seul élu. La menae d'extrême droite crée une nouvelle pression pour le vote utile. Il reste un espace pour la gauche mais pour l'ocuper elle doit sans doute, sans perdre son identité savoir se lier avec des courants porteurs et créer ainsi un espoir raisonnable que les voix récoltées ne seront pas des voix perdues.*

Bruxelles, 18 octobre 1994

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