Inprecor 1974–2004

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PALESTINE

Vendredi noir à Gaza

· Inprecor n° 386, décembre 1994 · p. 3-4 · 1 490 mots

Palestine et Israël

L a nouvelle police palestinien-

One a mitraillé la foule islamiste, tuant des Palestiniens. C'est bien l'hypothèse la plus pessimiste, quant à l'avenir des territoires occupés, qui est en train de se réaliser. Yassar Arafat apparaît prisonnier de la politique imposée par Rabin, incapable de peser sur le cours des événements. Le maintien des colonies israéliennes à Gaza était un piège. Il se referme aujourd'hui.

Les images du vendredi noir à Gaza étaient insupportables. Non pas parce qu'on n'avait rien vu pareil auparavant, mais au contraire parce qu'elles rappelaient beaucoup trop les plus sombres moments de l'Intifada, quand l'armée israélienne tirait dans le tas et faisait des dizaines de victimes parmi les croyants qui partaient en manifestation à la fin de la prière du vendredi. Sauf que, cette fois, c'est une police palestinienne qui tue les Palestiniens et c'est précisément cela qui est insupportable.

On ne saura jamais comment le sanglant incident a commencé. La police palestinienne affirme que des tireurs islamistes ont été les premiers à se servir d'armes à feu. C'est peu vraisemblable, parce que du côté des forces de l'ordre, il n'y a pas eu de blessés par balles, alors que du côté des manifestations, ils se comptent par centaines. Quoi qu'il en soit, là n'est pas la question : le fait que des policiers palestiniens ont reçu l'ordre de tirer à l'arme automatique sur leurs frères et n'ont pas hésité à le faire. Il s'agit d'un tournant majeur, dont il est encore difficile d'évaluer toutes les conséquences.

Autisme moral

«Des arabes tuent des arabes, qu'est ce que vous voulez des juifs ?» avait demandé l'ancien Premier ministre israélien Menahem Begin, après les massacres de Sabra et Chatila en 1982, et on connaît la suite : même la commission d'enquête menée par Beguin reconnaissait la responsabilité israélienne dans les massacres commis par les forces libanaises, obligeait le ministre de la défense Ariel Sharon à démissionner, et affirmait que l'armée israélienne ne pouvait se dégager de sa responsabilité dans ce massacre. Begin ne se remit jamais de cette affaire et sombra

Inprecor n° 381 - juin 1994

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EDITORIAL

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petit à petit dans une névrose grave que certains ont décrite comme un profond sentiment de culpabilité.

Il n'y a aucune chance qu'un Yitshak Rabin ou un Yossef Sarid, principal dirigeant de la gauche au gouvernement, en arrivent à une fin aussi tragique, parce que rien ne saurait ébrécher l'autisme moral du premier et la bonne conscience congénitale du second. Pourtant, la comparaison avec Sabra et Chatila s'impose. L'armée israélienne reste, dans la réalité comme dans les accores, l'autorité souveraine ultime ; rien ne se fait sans son accord et le salaire des policiers tout comme le pain quotidien du million de résidents de Gaza dépendent de la bonne volonté mise par l'Autorité palestinienne à appliquer les directives qui viennent de tel Aviv. Le droit international va d'ailleurs dans ce sens : tant que l'armée israélienne reste présente en Cisjordanie et à Gaza, elle contrôle leurs frontières et peut y faire ce qu'elle veut, restant l'autorité souveraine, et donc la responsable de la sécurité et du

Légalement et pratiquement, c'est la force occupante qui reste responsable, y compris en ce qui concerne les martyrs de ce vendredi noir; et il faut toute l'hypocrisie d'un Sarid pour affirmer «nous regrettons les victimes, mais nous n'avons aucune raison de nous mêler aux luttes internes aux Palestiniens», alors que, pendant des semaines, ce même Sarid n'a cessé de menacer les Palestiniens de représailles s'ils ne faisaient pas preuve de plus de fermeté dans la répression interne. Rabin, lui, ne s'embarrasse pas de considérations morales, et avec le style direct qui est le sien, il déclarait à la radio, le lendemain du massacre : «On a bien ici la preuve qu'Arafat respecte les accords signés avec

Les accords dont parle le Premier ministre israélien peuvent se résumer à ce que nous avons tous pu voir, le lendemain du massacre, à la télévision, près du camp de réfugiés de Nusseirat, au centre de la bande de Gaza. Là, en plein cœur du territoire géré par l'administration palestinienne, entourée d'un population palestinienne dense, se trouve la colonie de Netzarim, avec ses trente familles. Elle est gardée par plusieurs centaines de soldats israéliens dont certains sont postée sur la route la plus importante de la Bande de Gaza. Netzarim a été, depuis mai dernier, l'objet de plusieurs attentats, dont celui qui, une semaine plut tôt, avait coûté la vie à trois officiers parachutistes. «C'est une épine dans le pied» ont affirmé à plusieurs occasions certains ministres israéliens, et qui, coûte très cher. Alors que des milliers de Palestiniens en colère montaient samedi

Inprecor n° 381 - juin 1992 dernier sur Netzarim, les soldats en place décidaient de se retirer de quelques centaines de mètres, et de laisser la police palestinienne disperser la manifestation. A ceux qui trouvaient scandaleux que Tashal recule devant des jeunes en colère, un otticier supérieur répondait : «C'est la procédure adoptée dans les accords du Caire. S'ils s'agit d'une manifestation palestinienne, c'est à la police palestinienne de faire le boulot, pas à nous.»

Inféodation

On ne peut être plus clair : Israël a imposé la présence des implantations au sein du territoire palestinien autonome, véritable provocation qui invite à des attentats ou autres manifestations de colère, mais impose aux Palestiniens de réprimer la résistance. Comment ne pas se souvenir de la déclaration de Rabin, après les accords d'Oslo : «Tout continue comme avant, sauf que nous n'aurons plus à faire la police à Gaza, c'est maintenant aux Palestiniens de le faire, sans être gênés par la Cour suprême et les organisations de droits de l'homme.»

Il y a un an, beaucoup d'entre nous refusaient de croire que ce rêve de Rabin et de l'état-major israélien se concrétiserait, misant sur une dynamique opposée, capable de résoudre le dilemme entre implantations israéliennes et un réel autogouvernement palestinien par un démantèlement, au moins partiel, de ces implantations ; le massacre de vendredi est là pour démontrer qu'une telle dynamique n'a pas eu lieu, et qu'au contraire, c'est le projet qui s'est imposé. Comme le prédisait le grand intellectuel palestinien Edward Said, la police palestinienne est devenue une milice autochtone qui fait le sale boulot que l'armée israélienne n'est plus apte à faire, et l'Autorité palestinienne, un appendice des forces de l'occupation israélienne

Si dynamique il y a, elle va dans le sens d'une inféodation de ce qui reste de TOLP à l'Etat israélien. Vichy, disait Said, Buthelzi affirmait Noam d'autres préfèrent la comparaison avec le Conseil juif des ghettos de l'époque nazie, quelle que soit l'analogie, on est loin d'une transition vers la souveraineté nationale et l'indépendance.

Si l'ensemble des forces politiques palestiniennes essaie d'éviter l'escalade, et qu'une trêve est en train d'être négociée par des médiateurs, dont le Dr Haider Abdel Shafi, prestigieux leader de gauche qui menait la délégation palestinienne à la Conférence de Madrid et se trouve aujourd'hui en dissidence par rapport à Yassar Arafat, cette trêve ne peut être que provisoire. Le rôle assigné au président

Arafat et à sa police par les accords du Caire et les pressions permanentes du gouvernement israélien vont les obliger à continuer la répression contre une résistance que la situation économique dramatique et les humiliations permanentes ne font qu'exacerber.

Résistance

Le président Arafat n'a plus de marge de manœuvre : le cadre imposé par le gouvernement israélien l'oblige à être le chef d'une force mercenaire au service d'une occupation israélienne réaménagée. Ce vendredi, il a été démontré que ces mercenaires n'hésitent pas à tirer sur leurs frères. Pour services rendus dans la lutte contre l'«extrémisme islamique», Shimon Pères négociera quelques dollars de plus auprès des Etats donateurs, en Europe en particulier. Les élections qui devaient légitimer le pouvoir d'Arafat, et dont la date est sans arrêt repoussée par les Israéliens, n'ont plus aucun sens, à moins de convaincre le Hamas d'y prendre part, ce à quoi s'opposent farouchement Rabin et son équipe. Mais, sans légitimité populaire, l'Autorité nationale palestinienne perd énormément de son efficacité, d'un point de vue israélien. C'est sans doute la raison pou laquelle, au sein même du gouvernement israélien, et particulièrement autour de Shimon Pères, on entend ces derniers temps de nouvelles mélodies et, en particulier, des appels à en faire plus et plus vite dans l'application de l'accord d'Oslo avec, en particulier, un démantèlement partiel des colonies.

C'est une fois de plus les actions armées palestiniennes qui seront décisives dans le débat qui oppose la ligne de Rabin et la ligne modérée de Pères, une recrudescence de la violence étant la seule façon de convaincre les dirigeants israéliens qu'ils ne peuvent à la fois continuer l'occupation, les confiscations de terre et les humiliations et faire l'économie d'une résistance. C'est dire à quel point Yasser Arafat et son équipe ne pèsent plus d'aucun poids sur le cours des événements.*

Michel WARSCAVSKI

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