REQUIEM POUR UN MASSACRE ANNONCÉ La police palestinienne n'en était pas à sa première prouesse contre son propre peuple, lorsqu'elle perpétra l'effroyable tuerie du 18 novembre 1994 à Gaza. En fait, dès les premiers jours de leur entrée en fonction, les supplétifs palestiniens de l'armée d'occupation israélienne avaient commencé à exercer les talents de brutes répressives sans états d'âme (pour une bonne part d'entre eux, du moins) auxquels ils avaient été formés par les spécialistes en répression des régimes jordanien et égyptien. Il était déjà possible alors de constater qu'un mort palestinien par balle palestinienne, un torturé palestinien par des bourreaux palestiniens, ou quelques dizaines, voire centaines d'arrestations de Palestiniens par des représentants de «l'autorité palestinienne», défrayaient beaucoup moins la chronique planétaire des médias que les mêmes actes perpétrés par l'armée d'occupation elle-même. Rabin est ainsi en train de gagner son pari. Comme nous l'affirmions dès la signature des accords de Washington, il ne s'agissait pour lui que de réaliser le plan-guide de l'occupation sraélienne des territoires de 1967, sous égide travailliste : le plan Allon. Formulé au lendemain de la guerre des «six jours», ce plan approuvé par le gouvernement israélien prévoyait a constitution d'enclaves palestiniennes enserrées dans l'étau d'une armée israélienne gardant le contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, avec notamment le contrôle des frontières de la Palestine du mandat britannique le long du Jourdain et au sud de Gaza. Si le volet palestinien de ce projet a dû attendre vingt-sept ans avant de voir un début de mise en œuvre, c'est quil lui manquait un élément essentiel : un partenaire palestinien à la fois crédible et disposé à mater son propre peuple pour le compte d'une occupation maintenue sous des modalités différentes. Ce que nous avions appelé la « longue marche à reculons » (1) de l'OLP de Yasser Arafat a finalement abouti à ce point d'extrême déchéance pour un mouvement qui naguère encore prônait la lutte armée pour la libération de sa patrie : c'est comme si le FLN algérien s'était mué, en 1962, en armée de harkis ! Ce faisant, Arafat a hypothéqué toutes chances pour une véritable autodétermination palestinienne, même partielle, de voir le jour. De même qu'en rompant jadis le boycott arabe de l'Égypte, signataire du premier traité de paix israélo-arabe, il avait ouvert la voie au redémarrage d'une politique régionale américaine grippée par ce boycott, cette fois-ci — en suivant l'exemple de Sadate, dans des conditions incomparablement plus infamantes cependant — il a permis aux régimes arabes de s'acoquiner au grand jour avec l'État sioniste, rejettant le peuple palestinien dans le plus grand isolement qu'il a jamais connu. Le roi Hussein de Jordanie a pu ainsi conclure son propre traité avec Israël, un véritable partenariat entre deux Etats dont il serait difficile de dire lequel a plus de sang palestinien sur les mains. Et tout ce qu'Arafat a trouvé à faire, c'est d'attiser le ressentiment anti-jordanien des Palestiniens de l'intérieur au sujet des «lieux saints» de Jérusalem — un comble quand on sait qu'l s'évertue, par ailleurs, d'empêcher toute action palestinienne contre l'occupation israélienne de la même ville (2). Tout cela confirme par trop le jugement que nous avions exprimé dans ces mêmes colonnes au tout début du processus (3). La question était toutefois loin d'être évidente à ce moment-là ; elle avait suscité un débat dans nos rangs et dans notre presse. Michel Warshawski était naturellement partie prenante de ce débat (4) . Il tire aujourd'hui le bilan de sa propre analyse dans un vif article paru dans Rouge, que nous avons jugé utile de reproduire afin de compléter l'information de celles et ceux de nos lecteurs qui n'ont pas accès au journal de notre section française. Salah JABER © 1) Voir Inprecor, n° 280 du 23 janvier 1989. 2) Nos camarades de la LCR (section de la Ql dans l'État d'Israël) nous ont raconté comment /'OLP d'Arafat avait fait avorter une manifestation pour la libération de Jérusalem-est qui promettait d'être massive et à laquelle devait participer un important contingent de pacifistes israéliens. Le même Arafat a organisé des manifestations de protestation contre la promesse israélienne d'accorder à la Jordanie une participation à la gestion des «lieux saints» musulmans dans la ville, 3) Voir Inprecor n° 373 (octobre 1993) et 376 (janvier 1994). 4) Inprecor, n° 376 (janvier 1994).
PALESTINE
Requiem pour un massacre annoncé
Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).
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