Inprecor 1974–2004

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TELECOMMUNICATIONS

Ça bouge dans les télécommunications

· Inprecor n° 387, janvier 1995 · p. 16 · 823 mots

France Japon et Corée

Les télécommunications sont un des secteurs de l'économie où le taux de croissance est le plus fort. Un marché de 509 milliards de dollars, 80 % pour les services (les opérateurs de télécommunications), 20 % pour les constructeurs de matériels (Alcatel NV, à majorité

Ce fort taux de croissance s'accompagne du développement de nouveaux services, qui s'appuient sur des technologies en pleine évolution. Après le téléphone de base, c'est aujourd'hui l'explosion des communications mobiles, et tous les acteurs se disposent pour l'étape

Pour les grands groupes capitalistes et les gouvernements, les télécommunications sont un enjeu considérable, dont ils espèrent qu'il soit un des vecteurs du redécollage économique. Une telle situation est propice aux alliances et aux concentrations (1). Elle est aussi pro-

Le début des années 70 avait vu naître la première phase de ce que l'on a appelé la «déréglementation», ou «dérégulation», l'impulsion des USA. Il s'agissait de passer d'une situation de monopoles nationaux assurant des missions de service public, sociétés ou administration d'Etat le plus souvent, mais parfois sociétés privées, comme aux USA avec ATT. Aux USA, ATT a été démantelé, 7 compagnies régionales ont été créées, et la concurrence s'établit sur les liaisons inter-régionales et internationales (avec ATT, MCI et Sprint). Le modèle s'exporta en Angleterre (ou Mercury concurrence British Telecom sur les longues distances) et au Japon. Ailleurs les évolutions furent plus modérées, mais avec, partout, l'introduction de doses de concurrences dans des marchés très protégés.

Aujourd'hui nous sommes entrés dans une nouvelle phase. Une phase où se joue l'ouverture généralisée à la concurrence sur tous les segments de la chaîne téléphonique, avec liberté pour tous les acteurs. Aux USA, sur pression des opérateurs locaux, l'administration

Clinton essaie de faire passer cette deuxième déréglementation. Le congrès a émis un premier avis négatif (de nombreux acteurs craignant une déstabilisation générale). Mais la bataille n'est pas terminée. En Europe les choses vont encore plus vite : le conseil des ministres européen a repris un projet, pourtant rejeté par le parlement en juin 1994, qui consiste à ouvrir totalement le secteur à la concurrence dès 1998. C'est dans ce contexte que l'administration Clinton a demandé la tenue d'un G-7 sur les télécommunications.

Son objet premier était assez trivial : la balance commerciale US est structurellement déficitaire, et une telle réunion devait permettre de faire pression pour que s'ouvrent les marchés européens et japonais pour l'équipement en matériels téléphoniques. Les télécommunications, après les tourteaux de soja, le riz et les semi-conducteurs, font l'objet de chantages à la rétorsions dans des négociations avec le

Japon et la CEE. En final l'objectif de ce G-7, qui se réunira les 25 et 26 février à Bruxelles, a été élargi : il s'agit de parler de la coopérafrançaise, est le premier, suivi de l'américain ATT puis de l'allemand Siemens). suivante : le «multimédia», les transmissions larges bandes. pice à une redéfinition générale des règles du jeu dans le secteur des télécommunications. tion internationale sur les nouvelles technologies. En pratique, le sens politique de ce somment est évident : il s'agira d'accélérer encore l'ouverture à la concurrence et la privatisation des compagnies de télécommunications qui sont encore sous contrôle étatique (2).

Les plans de suppressions d'emplois, voire de licenciements dans les entreprises sous statut privé se multiplient. Quant au service public, il est menacé aussi bien sur le plan de l'égalité de traitement des usagers (ceux des zones rurales risquent fort d'avoir à payer «au coût réel», c'est-à-dire très cher !) que de la structure tarifaire (un rééquilibrage se prépare en faveur des entreprises et au détriment des particuliers). Devant une offensive de cette envergure, une réponse syndicale s'impose. Une réponse qui favorise la mobilisation des personnels. Une réponse qui trace les voies d'un service public moderne, un service public qui dépassera nécessairement les limites de l'état national.

La tenue du G-7 peut-être l'occasion de créer la coordination syndicale nécessaire. Des appels syndicaux circulent, à l'initiative, en particulier, de la fédération SUD des PTT, en France. En Belgique un comité pour l'organisation d'un «contre G-7» commence à se mettre sur pieds.* C. MATHIEU

1) Deux types d'alliances se développent aujourd'hui. D'abord une concentration et une internationalisation des opérateurs de télécommunications. Cela passe par des achats dans les pays du tiers monde et dans les pays de l'Est ; ainsi France Télécom a pris des parts importantes dans les télécommunications argentine, mexicaine et russe. Cela passe surtout par des accords entre grands opérateurs : British Telecom a un accord avec l'américain MCI, le premier aux USA, ATT, a un accord avec un japonais et surtout «Unisources», qui regroupe des opérateurs européens de taille moyenne, France Télécom a un accord avec Deutsche Telekom et l'américain Sprint.

2) Le principe des privatisations a été arrêté en Allemagne et en Grèce, sans qu'il ne soit encore entré en pratique en France, en Italie, en Suisse et en Belgique.

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