Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Nouvelle relation entre les peuples indiens et la société

Inprecor n° 387, janvier 1995 · p. 4-6 · 1 768 mots

Inde et Asie du Sud Mexique

Nous publions ci-dessous la déclaration adoptée par toutes les organisations indiennes présentes lors de la 2ème rencontre de la

Convention natonale démocratique qui a eu lieu le 8 novembre 1994 à Chiapas. Les signataires sont : Conseil de

Guerrero 500 Ans de Résistance indigène; Organisation de la

Nation Purépecha ; Front indépendant des peuples indiens

(FIPI); Conseil national des organisations indigènes et paysannes du Chiapas (CEOIC);

ARIC Union des unions indépendantes et démocratiques

(Chiapas); Conseil traditionnel des peuples indigènes de Sonora ;

Coordination régionale des organisations indigènes de la

Sierra de Zongolica (Veracruz) ;

Union des communautés indigènes de la zone nord de l'isthme (UCIZONI), Oaxaca ;

Assemblée nationale démocratique de Oaxaca;

Assemblée Zapoteca et

Chinanteca de la Sierra de

Oaxaca ; Bureaux pour le développement A. C. (SEDAC),

Hidalgo ; Coalition ouvrière, paysanne et étudiante de l'isthme

(COCEI) ; Centrale indépendante des ouvriers agricoles et des paysans (CIOAC).

DOCUMENT

P endant plus de 500 ans, les peuples indiens du Mexique ont souffert de marginalisation, de pauvreté, de discrimination, d'exclusion, de mépris vis-à-vis des formes culturelles de leurs relations sociales et de leur vie communautaire. Pendant toute cette période,

MEXIQUE on a voulu nous convaincre que nos problèmes sont la conséquence de notre niveau culturel. Mais aujourd'hui nous savons pertinemment qu'en réalité, la situation que nous subissons, nous les peuples indiens, provient de ce que nous avons été exclus du pouvoir, de la possibilité de prendre part aux choix nationaux qui concernent l'ensemble du pays et les régions, les municipalités et les communautés où nous vivons. Le problème ne tient donc pas à notre culture, mais à l'absence d'un pouvoir politique au service de nos peuples. Dans la répartition nationale du pouvoir, les Indiens ont toujours été exclus.

Pour autant, les problèmes des peuples indiens du Mexique ne seront pas résolus par la seule adoption de programmes ou de projets à caractère économique et social. L'expérience des cinq siècles écoulés nous a clairement enseigné que s'ils ne reposent pas sur la participation des peuples indigènes, sur la base de leur conceptions propres, et mis en œuvre sous leur propre autorité dotée de pouvoirs suffisants, les programmes ne donnent aucune solution de fond et durable à la situation de marginalité et de pauvreté. Privés de pouvoir, les programmes partiels et désarticulés que proposent les gouvernements n'ont aucun effet positif. L'expérience historique que nous avons vécue est celle de la spoliation. Nous avons été dépouillés de nos territoires et de nos ressources, de nos terres, de nos propres formes d'organisation sociale, et souvent de notre langue, nos vêtements, nos fêtes et cérémonies. On a voulu nous dépouiller de nos racines et de notre identité ; on veut même nous dépouiller de tout avenir en tant que sociétés, que groupes, que peuples. Au cours de ce processus douloureux, on nous a, en outre, dépouillés de toute participation au pouvoir politique national. Cette spoliation s'est accompagnée d'une imposition : l'imposition d'autorités, de formes d'organisation, de façons d'exploiter et de travailler la terre, de nous soigner, de nous éduquer et, en général, on nous a imposé brutalement les programmes du gouvernement, de façon irrespectueuse, en piétinant notre dignité.

Notre proposition d'autonomie

Peuples indiens, nous réfléchissons sur la façon de résoudre les grands problèmes qui nous étouffent. Nous sommes arrivés à la conclusion qu'il n'y a qu'une façon de changer la situation pour nous : il faut exiger une transformation de la société à l'échelle nationale, qui implique notre pleine participation dans les décisions et

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l'exercice du pouvoir politique. Nous voulons être maîtres des affaires qui concernent nos communautés et nos peuples, mais aussi participer à la vie politique, économique, sociale et culturelle de nos régions, de nos Etats et du pays tout entier.

Les innombrables discussions, réflexions et échanges que nous avons pu avoir à ce jour par tout le pays, nous conduisent à la conviction que la solution de nos problèmes passe par la mise en place au Mexique d'un régime d'autonomie. Il faut remplacer le système politique actuel, l'organisation actuelle de l'Etat (centralisée, intolérante, autoritaire, normalisatrice, qui refuse le pluralisme) par un Etat des autonomies qui rende possible le respect du pluralisme et ouvre la porte à la participation des peuples indiens dans la définition d'un pays pour tous.

L'autonomie que nous réclamons n'est pas un nouveau système d'exclusion et elle s'inscrit dans la profonde aspiration de la majorité des Mexicains qui veulent la démocratie, la justice et la liberté. Tout au contraire, l'autonomie est la solution des peuples indiens pour accéder à la vie démocratique pour la première fois dans l'histoire moderne ; leur contribution aussi à la construction d'une société nationale plus démocratique, plus juste et plus humaine. De ce point de vue, notre revendication fondamentale d'autonomie s'identifie aux aspirations de tous les Mexicains qui ne sont pas indiens vers une nouvelle société.

Notre projet fondamental d'autonomie n'a pas non plus de caractère d'exclusion vis-à-vis des régions ou des zones où cohabitent plusieurs groupes. Il propose pour ces régions où vivent plusieurs groupes socioculturels ou plusieurs peuples, par leur libre décision, la possibilité de vivre ensemble dans l'unité et la diversité, dans l'égalité et le respect mutuel. Cela signifie la mise en place de régions multi-culturelles ou multi-ethniques.

Notre projet fondamental d'autonomie a un caractère national. Il l'est d'abord parce qu'il ne nie pas et ne rejette pas l'unité que l'ensemble des Mexicains ont construite tout au long de leur histoire. Nous voulons trouver une solution pour tous dans le cadre de l'intégrité de la nation mexicaine. Mais nous pensons que le régime politique, social et économique qu'un groupe restreint a imposé, affaiblit notre unité, parce qu'il exclut la majorité, méprise nos racines, marginalise les déshérités et divise les peuples. Notre autonomie propose que soient établies des formes d'autogouvernement communales, municipales et régionales, des régions autonomes, dans le cadre de l'unité nationale. Notre projet d'autonomie n'a donc rien à voir avec le séparatisme, qui est pour nous, peuples indiens, une idée stérile. Par l'autonomie, nous voulons nous sentir et vivre en authentiques Mexicains, partie prenante d'une patrie vivante et nôtre.

Notre grand projet d'autonomie a aussi un caractère national en ce que nous sommes convaincus que sa mise en œuvre contribuera à faire de notre pays une grande société démocratique, plus juste et plus prospère pour tous ; cela aidera à achever le grand projet historique de la construction d'un Mexique qui soit la maison de tous. Tant que de nombreux peuples indiens resteront exclus, ils ne peut y avoir de démocratie au Mexique.

Ce que nous défendons ici n'est pas la lubie de quelques uns. Pour les peuples indiens, l'autonomie est un sentiment profond. C'est une aspiration séculaire, qui s'exprime dans la réalité, dans la vie quotidienne des communautés, dans leurs formes d'organisation, de production, dans l'utilisation du temps, des ressources, la

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pratique de nos croyances, le choix de nos autorités, notre façon de respecter et d'être respectés. L'autonomie est la base de notre système de vie. Notre projet fondamental vise à transformer ces pratiques et ces modes de vie en éléments constitutifs du système politique du pays, de sorte que l'autonomie de fait se transforme en autonomie de droit.

Mais pas une autonomie réduite aux communautés. Nous ne voulons pas que les communautés soient transformées par les gouvernements en réserves de discrimination des peuples ; qu'ils continuent à nous isoler du reste du pays, à réduire nos espaces d'autodétermination ou de libre détermination ; qu'ils cherchent à nous isoler ou à nous séparer de nos frères mexicains qui luttent comme nous pour la démocratie, la justice et la liberté. La communauté est la base de l'autonomie, mais l'autonomie va au-delà, en s'efforçant d'unir les peuples régis par leurs propres gouvernements à caractère régional. Nous les peuples indiens, nous demandons que soit créé un nouvel échelon de pouvoir régional dans tout le pays, qui s'ajoute aux échelons fédéral, national et municipal, tous partie prenante de l'unité nationale.

Construite l'autonomie

Nous avons les idées claires sur les objectifs inaliénables de notre grand projet d'autonomie. Nous voulons mettre en place des gouvernements spécifiques, des autogouvernements régionaux qui regroupent les gouvernements autonomes au niveau des municipalités et des communautés ; nous voulons créer des régions autonomes où soient respectés les droits de l'homme et les droits culturels, politiques et sociaux des peuples ; nous. voulons des régions autonomes où les peuples, représentés par leurs gouvernements autonomes, s'attachent à résoudre les multiples problèmes sociaux et économiques des communautés et des régions ; nous voulons participer avec nos propres représentants aux institutions politiques des entités fédérales où doivent siéger nos régions autonomes, et également dans les représentations politiques nationales ; nous voulons, en un mot comme en cent, participer véritablement, par le biais de nos propres organes autonomes, à la nation et à la patrie mexicaines.

Nous pensons encore que le projet d'autonomie n'est pas défini dans tous ses détails, et que sa définition concrète doit résulter de la réflexion et de l'adhésion des différents peuples. Nous savons que dans d'autres pays, les peuples indiens qui ont accédé à l'autonomie, l'ont fait après s'être mis d'accord sur l'autonomie particulière qui leur convenait. C'est ce qu'ils ont appelé processus d'autonomie, qui suppose cette discussion et cet accord. Nous tous, peuples indiens du Mexique, devons poursuivre cette discussion et ces échanges de vues pour donner forme au régime d'autonomie qui nous convient. Nous déclarons formellement ouvert au Mexique le processus d'autonomie, en lançant ce vaste débat que nous voulons intensifier dans tout le pays en tant qu'organisations et instances des peuples indiens.

Nous devons discuter, analyser les droits à inclure dans notre autonomie, la façon dont nous comptons organiser nos gouvernements autonomes, dans les communautés, les municipalités, et le gouvernement régional autonome qui défendra les intérêts régionaux des peuples ; la façon d'élire ces autorités régionales et les actions qu'elles engageront pour résoudre les problèmes de nos peuples ; nous devons également approfondir les discussions pour avancer dans la définition de nos territoires autonomes, des communautés et municipalités que nous voulons regrouper dans ces territoires spécifiques.

Le grand projet d'autonomie pour lequel nous nous battons ne peut pas trouver place dans le système juridique actuel, de l'organisation territoriale actuelle du pays. Nous pensons qu'il faut modifier la légalité actuelle du pays, qu'il faut mettre en place un nouveau système politique et juridique pour faire place aux droits des peuples, à leur autonomie.

Notre constitution doit être modifiée Il faut abolir tous ses chapitres et ses articles qui nous ignorent par omission, ou empêchent notre participation en tant que peuples. Nous devons adopter une consti-

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