Les Etats-Unis auraient voulu que l'armée haitienne reste quasiment intacte. Au risque de voir leurs relations se détériorer, le président Aristide ne les a pas suivis dans cette voie. Symboliquement, il a affecté le bâtiment occupé par le Haut quartier général de l'armée au Ministère des affaires de la femme nouvellement créé. Sur les 7 500 sol environ (le nombre est contesté) qui saisaient partie de l'armée jusqu'à ces derniers mois, il n'en reste plus que 1 500. Un bon nombre a déserté après l'arrivée des troupes américaines et les manifestations visant les forces de répression qui ont suivi. Que sont devenus les autres ? Trois mille ont été intégrés à une force de police intérimaire après une semaine de formation patronnée par un organisme lié au FBI. Le secrétaire d'Etat à la défense, Patrick Elie, a avoué que, «faute de temps», ces militaires n'ont pas été triés de manière minutieuse. Pourtant, il est probable qu'ils constitueront l'essentiel de la nouvelle force de police qui va être constituée dans les mois qui viennent.
Les soldats qui n'ont été ni gardés au sein de l'armée ni recyclés dans la police ont été mis à la retraite ou démobilisés. Ils ont touché leur dernière solde en décembre. Aristide leur a promis un emploi dans la fonction publique. Ces révocations brutales ont suscité des manifestations de militaires et un affrontement armé au Quartier général. Les anciens soldats et les paramilitaires disposent d'un arsenal considérable et s'organisent en bandes, qui font planer de lourdes menaces. Les mesures prises par en haut ne pourront suffire pour résoudre le problème des forces armées. Mais la population est laissée en situation de spectatrice.
Le commandement de l'armée a été complètement remanié. Il n'y a plus que quatre généraux en exercice. L'un d'eux vient d'être promu à ce grade par le président Aristide mais n'exercera sans doute qu'une fonction symbolique. Les Etats-Unis mènent campagne contre lui depuis plusieurs mois. Ils l'accusent d'avoir couvert des atteintes aux droits de l'homme quand il était chef de la police avant le coup d'Etat. Par contre, ils ne trouvent pas choquant que des militaires ayant ordonné des exactions durant la dictature ne soient pas révoqués. C'est notamment le cas de deux colonels, dont l'un a supervisé un massacre
Nouvelles du Monde dans la ville des Gonaïves. La commission Justice et Paix des Gonaïves s'est dite «stupéfaite et indignée» à ce sujet.
Pour le moment, les 1 500 membres de l'armée vont être affectés à la force de police intérimaire. Elle a été placée sous la tutelle du ministre de la Justice et sous le commandement d'une commission présidée par le major Dany Toussaint. Ce dernier avait suivi le président Aristide en exil. Le ministre de la défense préside une commission qui va reformuler le fonctionnement et les tâches de l'armée. Il a annoncé qu'une de ses missions consistera à aider la nouvelle police en cas de nécessité. Cela n'a rien de rassurant !!