Les années 70 ont été une décennie charnière pour les relations entre religion et politique. Du Caire ou d'Alger à New York en passant par Paris, un nouveau discours religieux a pris forme dans des formations socio-économiques différentes. Ce discours prône le dépassement d'une «modernité» excluante et se déploie en réaction à une crise des valeurs, de la légitimité des institutions et des idéologies.
C'est la crise des années 70 qui, en remettant en cause les mécanismes de redistribution gérés par l'Etat-providence dans les pays développés et en dévoilant les impasses dans lesquelles ont abouti les projets de «développement» des pouvoirs dépendants dans le Tiers monde, a favorisé l'émergence et le développement de courants réactionnaires (intégrisme musulman, indou, catholique, extrême droite, etc.) qui expriment les angoisses, le désarroi et la révolte des déclassés et des laissés pour compte.
Si divers soient-ils, tous les mouvements intégristes font des femmes leur enjeu majeur.
D'abord parce que c'est bien autour du rôle de la femme, de sa sexualité, de son corps que s'articulent le plus souvent les discours intégristes. Ensuite, parce que c'est à travers la question. des femmes que ces courants ont acquis une visibilité politique, que ce soit par le port du voile islamique ou par les attaques des commandos anti-IVG. Sans nul doute cela trouve son explication dans le fait que les femmes demeurent un terrain conquis, de par l'oppression spécifique qu'elles subissent, pour toutes les idéologies réactionnaires, et de ce fait même le bouc émissaire idéal auquel il incombe de payer toutes les frustrations et les maux de la société.
Le dossier qui suit, sans avoir la prétention de donner des explications globales à ce phénomène ou d'apporter des réponses définitives, dresse un état des lieux (Algérie, France, Etats-Unis, Egypte) et esquisse quelques éléments de réponses.
Sonia LEITH