L'impasse économique, politique et diplomatique du régime est évidente.
Bachir DOUFTI Deborah DAMALI •Du fait de sa position stratégique, le Maroc peut espérer recevoir en permanence un soutien de ses alliés traditionnels, les USA et la France. Le Maroc est considéré comme le plus sérieux garant de l'Ouest méditerranéen par le camp atlantique; ceci explique le soutien financier et militaire pratiquement sans limite dont il bénéficie (1).
Dès sa sortie de la dépendance, avec Mohammed V, le Maroc s'est orienté vers le «libéralisme économique» : autrement dit, l'indépendance formelle octroyée par le gouvernement français s'accompagnait de garanties quant à l'orientation économique du pays.
Cette politique a connu deux phases : l'une, après l'indépendance, qui a vu s'opérer un certain recul des intérêts coloniaux français prédominants dans la majorité des secteurs au profit d'une réorganisation impérialiste passant par les banques. Dès 1960, la mise en place d'une politique de « développe ment» préconisée par les organisations internationales liées à l'impérialisme US (BNDE) passe sous contrôle des intérêts capitalistes étrangers. Face à la situation «déstabilisée» par le coup d'Etat de Skhirat en1971 et l'attentat de 1972, face aux nombreuses grèves, les investissements étrangers restent incer-
Maroc
Continuité et tournants ne suppriment pas les contradictions
Sa politique, toute entière dirigée contre les masses populaires, est davantage battue en brèche par les luttes paysannes et ouvrières que par une «opposition» divisée qui, trop souvent joue le jeu du monarque.
tains et ce n'est qu'en
1975, avec le voyage de Giscard, que reprend l'aide française.
REPARTITION DES INTERETS ETRANGERS EN 1973
France
USA
100
3355
(24,8%)
(30% du total)
Par le biais de codes d'invesparticulièrement tissements avantageux, tout fut mis en œuvre pour attirer les investisse ments privés. Le Marché commun est le principal fournisseur du Maroc (52% en 1973) et reçoit 61% de ses exportations.
Cette situation est susceptible de changer, même après la ratification de l'accord de coopération entre le Maroc et la CEE, de l'entrée dans le Mardu fait ché commun de l'Espagne et du
Portugal, dont la configuration est proche de celle du Maroc.
Cette dépendance économique étroite est accompagnée d'une dépendance financière, sous la forme de « prêts» ou de
«dons » étrangers. Durant le plan quinquennal 1973-1977,
33% des investissements publies ont été financés ainsi. Les principaux « prêteurs» sont la France et les USA, le principe géné ral étant le tinancement d'infrastructures (routes, barrages, imigation, communications...) visant en fait à permettre au secteur privé de se développer. (en millions de Francs) Banque mondiale RFA
17,2% 12,24% source : « Maroc, Impérialisme et émigration de P.BAROUDI, p. 64
On constate en définitive un endettement cumulatif du Maroc par rapport aux capitaux étrangers : l'exemple des phosphates qui ne servent finalement qu'au développement des activités économiques européennes est le plus flagrant.
La caricature de ce phénomène, c'est que le Maroc exporte des produits agricoles à l'étranger, et qu'il est obligé d'importer pour nourrir - si l'on peut dire - la population vivant dans le secteur de la subsistance. Les autres éléments de dépendance sont du ressort de ce que l'on appelle la dépendance technique : elle se traduit par l'importation de technologie étrangère, la plupart du temps à fort taux capitalistique. Mais cette dépendance existe aussi au niveau de la formation professionnelle et des « cadres» : 73% des médecins sont étrangers et à peu près autant pour les ingénieurs. Parmi les enseignants,
un tiers sont étrangers dans le premier cycle et plus de la moitié dans le second cycle. Enfin, il y a dépendance au niveau de la politique migratoire puisque près de 550000 migrants se trouvent actuellement en Europe, dont 370000 en France. «De 1970 à 1974, le montant global des transferts (de l'épargne des travailleurs immigrés en Europe) a proprement quintuplé. A partir de la France, les transferts s'élevaient en 1970 à environ 296 millions de Dh (93,5% du total); or on peut estimer que la contribution de la communauté immigrée marocaine à l'économie française a été de l'ordre de 3 milliards 570 millions de F. (soit 3 milliards 246 millions de Dh) pour la seule année 1970. » (Baroudi, p. 96).
Cette politique de dépendance croissante vis-à-vis des pays industrialisés, c'est-à-dire de l'impérialisme, n'a fait qu'accentuer la crise économique et la paupérisation des masses marocaines. 1960-1970 : LA CONSTITUTION D'UN BONAPARTE
C'est en 1970 que s'est situé une sorte de «tournant» dans la politique du Palais. Apres le de but de l'insurrection de 1965 dont la répression féroce par l'armée fit un millier de morts, et l'institution de l'Etat d'exception, la période sociale et politique a été marquée par une phase de radicalisation très importante : en 1968, la grève des de Jerrada, en 1969 celle des mineurs d'Ahouli-Mibladen, en 1971 celle de Khouribga qui dura 75 jours. D'autres luttes se sont menées, dans le secteur textile en particulier. Dans les campagnes, les paysans révoltent spontanément dans le Gharb, aux Ouled Khalifa... Dans les lycées, les collèges et les facultés, des mobilisations massives s'organisent.
Cette phase de radicalisation et de mobilisation des couches sociales les plus pauvres ou les plus touchées par la poltique économique et sociale du regi-
Usa répression, devait aboutir - peu prou - dans les isoloirs de 1970, beaucoup moins d'ailleurs du fait des illusions des masses dans l'opération électorale du régime qu'en raison de l'absence totale de perspectives avancées par le mouvement ouvrier et par l'opposition légale.
Après l'Etat d'exception qui a suspendu la Constitution de 1962 (2) pendant cinq ans, celui-ci continue de fait, bien que formellement levé, alors que la corruption bat son plein au niveau de l'administration centrale et que quelques indices d'une crise économique apparaissent. Le Palais organise alors une nouvelle opération électorale sous la forme d'un référendum sur la Constitution, dont il sortira en fait totalement isolé.
D'autant que la Constitution de 1970 revenait sur les éléments «libéraux» de celle de 1962, en donnant à la monarchie le pouvoir absolu, ce qui amène les partis d'opposition et les syndicats (UNFP, UMT, UGTM, UNEM, UGEM ainsi que l'Istiglal) à se prononcer pour le «non». Les fraudes et l'absence de révision des listes électorales donnant 98,7% au roi - alors que toute l'opposition était contre - amenèrent les partis d'opposition à appeler au boycott lors des législatives d'août 1970. Le Pariement alors élu n'est bel et bien qu'une chambre d'enregistrement des décisions du Palais, où règne «l'empire des neutres » (2/3 des sièges aux neutres !) et où l'ensemble des candidats est élu à l'unanimité, sans la moindre campagne d'ailleurs...
Ainsi, l'isolement du pouvoir apparaît à la veille du coup d'Etat de Skhirat. Cet isolement, dû au refus de l'opposition légale de participer au simulacre de démocratie parlementaire, et les risques que cela entraîne pour le rôle bonapartiste de Hassan II inquiètent la bourgeoisie, qu'internationale. Et c'est ce qui incitera les militaires de Shkirat à tenter un coup d'Etat, pour résoudre une situation politique bloquée. Cela fut possible grâce à l'impérialisme et à la bourgeoisie qui profitèrent de la baisse des mobilisations ouvrières et des dissenssions internes à la bourgeoisie elle-même. L'objectif était de restaurer une autorité qui soit susceptible de reposer sur une base sociale réelle, moins sujette à caution.
L'impérialisme et la CIA n'ont eu qu'à s'appuyer sur la vonlonté de forces sociales déjà existantes au sein de l'armée, travaillant initialement pour leur compte ou tout au moins pour le compte d'une idéologie conservatrice et visant à mettre fin au pourrissement du régime et aux maœuvres souterraines. Le bilan global qui peut être tiré du coup d'Etat, puis de l'attaque du Boeing en 1972 est un coup de semonce à deux niveaux : du point de vue du roi qui a compris clairement son isolement et le minage de son propre régime, par ceux-là même sur lesquels il s'est appuyé jusqu'ici (Oufkir entre autres); d'autre part on a pu voir l'incapacité de l'impérialisme et de la fraction de la bourgeoisie compradore d'avancer une solution de rechange immédiate à ce pouvoir en sursis. CONTINUITE DE LA POLITIQUE DU PALAIS
La politique du Palais vis-àvis de l'opposition offre une continuité : la volonté du pouvoir a toujours été - depuis les premières années de l'Indépendance jusqu'à nos jours - d'intégrer l'opposition au gouvernement, d'offrir une image de pluralisme parlementaire. Cette ouverture aux partis d'opposition a été une constante du régime (le Parti Istiglal participera au gouvernement jusqu'en 1965) d'autant plus que l'exercice du pouvoir resta le seul fait de la monarchie, les différents gouvernements fantoches n'entravèrent en rien la politique du Palais qui s'arroge et garde l'arbitrage final du pouvoir. Cette politique de «main tendue lopposition est un moyen d'offrir à l'impérialisme des garanties de stabilité, conditions nécessaires pour une politique d'investissements économiques à long terme. D'autre part, l'opposition légalisée permet de désarmorcer le mouvement de masse et ceci jusqu'en 1965.
1972 : UN NOUVEAU «TOURNANT» DANS LA POLITIQUE DU REGIME
Ce nouveau «tourant » du régime date du lendemain des coups de semonce des étés 1971 et 1972 : il consiste à se tourner de nouveau vers l'opposition, dans le but de lui faire des propositions, sinon de partage du pouvoir, du moins de participation à la règle du jeu nouvellement instituée : il entend ainsi redonner sa place à l'Istiqlal et faire briller aux yeux des leaders de l'UNFP la possibilité de goûter aussi au pouvoir. C'est un tournant parfaitement accepté par les partis de l'opposition légale qui ne tiennent ni à rester en dehors du jeu, ni à ce qu'un nouveau coup d'Etat, susceptible de conséquences plus graves, n'ait lieu; c'est un tournant qui se répercutera sur les années à venir : réapparition officielle du PCM-PLS-PPS, scission de l'UNFP en 1974.
Tout en proposant d'atteler l'opposition à son char, Hassan Il va tenter d'acquérir une certaine base sociale, dans la paysannerie et la moyenne petite-bourgeoisie. Cette politique se fera forcément contre la majorité, contre les ouvriers et les paysans sans terre; elle consiste en deux opérations principales: - une opération de démagogie économique avec la récupération des terres et la « marocanisation » de certains sec- la récupération du Sahara oc-
La «marocanisation» de certains secteurs: c'est en 1973 que le régime décide de «marocaniser » une partie des activités économiques, notamment les banques, principal maillon domination impérialiste. Opération démagogique, car justifiée par une sorte « d'anti-impérialisme» mystificateur. Le oblige les sociétés à avoir un capital détenu au moins à 50% par des Marocains.
Ce sont en fait les grandes familles de la bourgeoisie marocaine qui vont profiter des secteurs laissés par les colons.
Maintenues jusqu'en 1960 hors de l'appareil bancaire qui controle les secteurs economiques les plus importants, elles seront dès 1971 associées au capital bancaire étranger. Et ce sont elles qui seront immédiatement à la tête des sociétés « maroca-
Au bout de deux ans, la « marocanisation » a donc abouti à une double concentration : - renforcement de l'assise économique des grandes familles marocaines; - concentration étranger le plus important et disparition petites affaires, vestiges de la colonisation.
En fait, la classe dominante marocaine issue de l'Indépendance est constituée par un bloc oligarchique : propriétaires fonciers et bourgeoisie compradore, alliés à l'impérialisme, dont les intérêts, un temps entrés en collision avec ceux de la bourgeoisie dite «nationale », sont en passe d'être « homogénéises». Incapable de rivaliser avec ce bloc oligarchie-impérialisme, la bourgeoisie industrielle « nationale » est obligée de s'effacer et de s'allier à eux sous peine de disparaître. C'est un des effets de la «marocanisation » dont la conséquence est peu à peu elle-même une nouvelle alliance entre le capital industriel « national» et le capital impérialiste, entrant en contradiction avec le secteur oligarchique, propriétaires fonciers et les exportateurs. La question du Sahara :
L'organisation de la « marche verte » par Hassan II n'est pas comme il est dit officiellement, dirigée contre le « colonialisme espagnol», mais vise par contre à jouer sur les contradictions du régime franquiste agonisant. Elde fait une invasion du territoire du Sahara, et a une fonction interne vis-à-vis des masses populaires et de l'opposition nationaliste. Elle a aussi une fonction externe : tout en remettant en chantier un vieux projet de «grand Maroc», cher à l'Istiqlal, Hassan II tente de retrouver, par ce biais, une certaine crédibilité « anti-colonialiste » dans le monde arabe et
Parallèlement, c'est une réponse favorable aux appétits impérialiste dans la région, même temps qu'à la crise sociale rampante qui déstabilise le régime. Par la « marche verte », le régime escompte une base sociale et politique et parvient d'autre part à compromettre l'opposition légale une union sacrée, et à dévoyer le mécontentement populaire sur la base de cette orientation chauvine de la «marocanité» du Sahara. Cependant, la réqui-
Get l'emprunt ajoutés aux risques pris par les combats contre le Front Polisario, n'ont pas obtenu, au retour de la «marche verte », l'adhésion la plus totale des masses populaires.
Hassan II doit enfin, pour éviter une nouvelle crise, contenter les divers clans de l'armée. C'est ce qui explique encore aujourd'hui ments, dénoncés par la Mauritanie comme par le Front Polisario. Pris en tenaille entre les «ultras», il doit aller jusqu'au c'est-à-dire engager guerre avec l'Algérie, prenant le risque de la perdre et de voir l'armée s'insurger en bloc contre sa politique de diversion et d'échec; s'il la gagnait il prendrait le risque de voir les différents clans militaires qu'il ne contrôle pas s'autonomiser visvis-à-vis du pouvoir d'Etat peut-être le ranger sur la touche de l'Histoire. En fait, il a choisi de ne pas faire la guerre, tenant compte aussi des conséquences graves que le climat de guerre larvée, avec son lot de démoralisation et de misère, entretient parmi les masses populaires. Et l'armée n'est plus, aujourd'hui, son unique soutien, en tout cas pas le plus sûr. LES ELECTIONS DE 1977: UN TOURNANT DEMOCRATIQUE ?
La politique de Hassan Il a toujours consisté, nous l'avons vu, dans le maniement de la répression et de la démagogie. Déjà en 1965 il écrasait l'insurrec-
tion dans la rue et proposait aussitôt une « ouverture à gauche » dans le seul but, en fait, de prendre des otages dans l'opposition et de consolider ainsi son pouvoir et celui des classes possédantes.
En 1977, le pouvoir propose l'organisation d'élections législatives et amène Bouabid (USFP) et Boucetta (IST) à participer au gouvernement, dans le but officiel de contrôler le déroulement « démocratique» de ces élections. Commission de contrôle sans pouvoir réel qui n'a pu empêcher les fraudes, et les divers coups de force portés par le pouvoir et la droite contre les candidats.
RESULTATS DES ELECTIONS (en nombre de sièges) Indépendants Istiglal 81 45
Ce résultat donne une idée du processus de « libéralisation » du régime organisé par le Palais, et le roi qui se proclame « contre la dictature et le parti unique ». Ce ravalement de façade est aussi à replacer par rapport à la volonté de l'impérialisme (US principalement) de remplacer la dictature de fer par la dictature au gant de velours.
L'opposition légale se subdivise à nouveau, puisque la participation de l'Istiglal au gouvernement laisse seuls le PPS et dans l'«opposition». LA POLITIQUE DE L'OPPOSITION
On peut actuellement découper l'USFP en trois courants plus ou moins formalisés. Trois courants dont l'un (Basri) se situe à la gauche du point de vue de son influence et surtout à l'extérieur (OR). La droite collaborationniste, représentée par Bouabid, prête à s'associer au pouvoir, à mater les luttes ouvrières et paysannes et dont l'actuelle campagne pour la liberté d'expression et la libération des prisonniers politiques est une concession aux poussées de la base jeune et gauche. Le centre est représenté par la masse des militants, entraînés dans les méandres de la direction, suivistes et foncièrement réformistes. Cependant il importe de noter qu'aujourd'hui il n'existe pas dans l'USFP, au niveau de sa direction, de cadre d'opposition, de membres de la direction nationale susceptibles de dégager un courant capable de remettre en cause la politique
Mais PUSFP, du fait de ses contradictions internes, sente toujours un certain danger aux yeux du roi, même si elle signifie - de par sa direction - la seule solution crédible pour le
MP USFP PPS 29 16 1 roi, capable de mystifier les grandes masses, de récupérer dans son programme et ses traditions populistes le mécontentement de la jeunesse, des masses rurales paupérisées, du prolétariat industriel et d'une partie de la petite et moyenne bourgeoisie çants, intelligentsia).
Le report depuis un an du troisième congrès de l'USFP à décembre 1978 est l'indice d'un profond mouvement de radicalisation des masses ouvrières et de la jeunesse que le «parti» a du mal à endiguer par le seul canal chauvin de la défense du Sahara et de l'intégrité territoriale, ou contre la corruption du régime.
L'appel à peine voilé de Hassan II à Bouabid en avril 1978 pour qu'il prenne ses responsabilités en participant au gouvernement, le refus embarrassé de ce dernier, au nom de l'exigence d'un cabinet de guerre, ne peuvent pas masquer la volonté à court terme de l'USFP de partager les miettes royales.
mécontentement croissant dû à la famine, au chômage, à la hausse des prix (12 à 20% en un an sur les produits de première consommation), aux morts de la guerre du Sahara, le roi est à même d'appeler l'« opposition» pour s'afaux mouvements des
La servilité de l'USFP se mesure à sa volonté de se poser en «réaliste », des « exagérations» du régime, et aussi à la politique de division du mouvement ouvrier qu'elle mène. L'UNFP-USFP, avant comme après l'assassinat de Ben Barka, s'est toujours comportée avec le Palais en interlocuteur valable et, ce faisant, comme un « vassal» de «sa majesté ». Sous un langage moderniste, elle n'a pas d'autre politique à proposer aujourd'hui.
Quant au PPS, le PC marocain d'Ali Yata, empêtré dans contradictions - qui n'en sont plus pour lui - de la politinational-chauvine question du Sahara occidental, liée elle-même à la défense du trône, et les relations avec les partis frères, français ou soviétique, qui affirment l'autodétermination du peuple sahraoui et reconnaissent le Front Polisario, il ne prend pas plus d'initiative politique que l'USFP. Très faible, de par la période de clandestinité et de par son programme «ouvert» à la monarchie depuis des années, il ne propose comme issue vers une nécessaire «étape démocratique» que le soutien inconditionnel aux initiatives de «libéralisation » du monarque. Il est pratiquement coupé de tous les mouvements sociaux importants, notamment dans la classe ouvrière. LA POLITIQUE DES ORGANISATIONS SYNDICALES
La question syndicale occupe une place importante au Maroc. Il convient dans ce cadre de ne pas oublier que l'itinéraire de TUMT, créée en 1955 à partir d'un investissement de la CGT marocaine par les nationalistes du Parti de l'Istiqlal, est loin
sans failles. syndicat officiel après l'Indéde 1956, l'Union marocaine du travail a longtemps et régulièrement joué le jeu de la pause sociale, laissant la classe ouvrière sans direction de lutte, tant en 1960 lorsque l«opposition» fut exclue du pouvoir, qu'en 1965 lorsque les masses populaires, les sans-travail, la jeunesse étulycéenne envahirent les rues et les quartiers et s'affrontèrent brutalement au pouvoir, à sa police, à son armée. L'UMT - sa direction - ne partiau mouvement montant de 1965, et conseilla au contraire à la classe ouvrière qu'elle influençait d'attendre patiemment le moment propice pour se jeter dans la lutte. La direction de l'UMT a largement permis au régime de se restabiliser, d'établir l'Etat d'exception,
Après la scission de l'UNEP qui allait déposséder la nouvelle-née USFP - en 1974 - du contrôle de la confédération syndicale, le syndicalisme intégrationniste des Majoulm, Ben Seddik et Ibrahim allait s'accélérer jusqu'à la paralysie totale de la centrale. C'est cette paralysie qui fut propice à la construcrenforcement de l'UGTM, à l'instigation de l'Is-
Depuis 1965, la radicalisation de la classe ouvrière a suivi son chemin et a abouti, dans une sésecteurs et de sections syndicales, soit à des débordesoit à des remises en de la structure syndicale, soit à des départs du syndicat UMT. C'est sur ce mouvement de méfiance vis-à-vis de la bureaucratie traître de l'UMT et de sa politique de collaboration que s'est l'USFP pour engager une série de scissions d'inégale importance. Dès 1968, ce fut le Syndicat national de l'enseignement et depuis 1977, les scissions se multiplient chez les travailleurs du phosphate, du thé et du sudes PTT, de PONCE (Office national des chemins de fer), puis ce fut l'énergie et la santé. Ces syndicats, dirigés par des militants de l'USFP, se séparent de l'UMT, car ils jugent impossible le travail à l'intérieur des syndicats UMT, tout en entendant - formellement du moinsles réintégrer lorsque leur direction aura changé. LA REPRESSION CONTRE LES MILITANTS «MARXISTES-LENINISTES»
Cette «ouverture» traditionnelle du Palais vis-à-vis de l'opposition, qui a abouti en vingt ans à la participation au pouvoir de tous les partis, se double d'une autre politique, tout aussi régulière : la répression féroce contre les véritables opposants. Il en fut ainsi des militants du PLS (PPS dans la clandestinité), mais surtout de la gauche de l'USFP (Omar Benjelloun), des sous-officiers ayant «trempé» dans les attentats de 1971 et 1972 qui croupissent en prison, et surtout des militants frontistes : Serfaty, le poète et militant révolutionnaire Laamilitant d'Option révolutionnaire (basriste) El Manouzi, «disparu» en 1972, enfermé depuis; de même que Zeroual, mort sous la torture (sans oublier le plus connu, assassiné avec l'aide des services secrets français : Ben Barka).
Il en est ainsi de centaines • de militants se réclamant du marxisme-léninisme, des procès de 1973, du procès des 138 de janvier 1977, d'un autre procès, dont l'instruction n'est pas encore ouverte, de 106 militants pour la cause saharaouie.
Procès où la défense est muselée, emprisonnements, tortures, isolements dans des conditions intolérables ont suscité des grèves de la faim (dont l'une a mené Saida Mehnebi à la mort) depuis deux ans. Telle est la monnaie d'échange de la «libéralisation» de Hassan II; ne pas les défendre, ni politini «humainement», telle est l'obole que l'«opposition» parlementaire officielle de «sa majesté» accepte de donner à son souverain. UNE POLITIQUE TOUT ENTIERE DIRIGEE CONTRE LES MASSES POPULAIRES
Lors de son discours du 20 juin 1978, Hassan II a annoncé la fin du plan quingennal et la
Men route du «plan» triennal d'urgence, pour faire face à la crise, dont les principaux éléments concrets ne sont toujours pas connus, si ce n'est la baisse de 20 % des importations, le renforcement du contrôle des changes... autant de cyniquement problème pas les investisseurs étrangers et leurs mandataires marocains. En fait, Hassan II a appel à l'austérité, tout en se donnant sur le champ les moyens de l'appliquer contre les masses marocaines : hausse des tarifs publics, des prix des denrées de première nécessité, des loyers. Ce plan rencontrait des difficultés réelles dans une grands travaux (barrages, sucreries) ou dans des secinternationalement touchés (pétrochimie, sidérurgie); d'où le développement du chômage, la pratique régulière des licenciements, non-emploi des jeunes déversés sur le marché du travail.
C'est là la conséquence de la politique de dépendance décrite plus haut: paupérisation absolue de la population, exode rural (20 % de la population urbaine vit dans les bidonvilles -essentiellement à Casablanca -où le chômage voisine avec la famine et la maladie).
La cause de tout cela tient principaiement à la guerre que mène l'armée royale au Sud, à l'enrôlement forcé des jeunes chômeurs dans les villes et les villages. Ce qui ne va pas sans poser de questions aux populations, lors du retour de l'un des
You de son non-retour, mort pour sauvegarder le trône pourri. Enrôlement aussi dans les nouveaux services dits « auxiliaires» de la police de jeunes désœuvrés, de bagarreurs, auxquels on assigne la charge de lutter contre la criminalité, les viols, la prostitution qui bat son plein, l'alcoolisme, de même que le «mauvais esprit patriotique».
«L'enquête de consommation» réalisée en 1970-1971 par le Secrétariat d'Etat auprès du Premier ministre, révèle que de 1960 à 1971, la part de consommation revenant aux 10 % des ménages les plus riches (soit
Pour effectuer le maximum de manœuvres de diversion idéologique, il fallait obtenir un soutien matériel. Pendant le séjour de l'ingénieur Petr à Berlin Ouest, Moneta promit de liurer une machine d'imprimerie Rotaprint en Tchécoslovaquie. Accidentellement, à la soi-disant Université libre berlinoise trouvait une telle machine. Il est remarquable de voir à quelle vitesse cette machine a disparu - même la police était incapable d'expliquer le lieu où cette machine avait été transportée. Peu après, elle fit son apparition en Tchécoslovaquie. Petr avait obtenu ce dont il avait besoin. Les actions se suivaient : tracts, déclarations, textes socialisme et la normalisation chez nous. Les dirigeants de la IVe Internationale avaient done «réussi ». Mais les agents de la CIA, figurant parmi les membres du Comité de la IVe Internationale jours pas satisfaits. Ils demandaient que l'organisation colments. L'ingénieur Petr, guidé dans cette voie par sa aveugle du socialisme (et, d'après quelques membres du groupe, Petr Uhl avait aussi comme importante le desir de s'affirmer) satisfaisait vœux de ses rigeants. Le contenu essentiel de ses rapports étaient des analyses politiques de la situation en Tchécoslovaquie, et des renseignements détournés provenant soi-disant de bonnes sources. C'était des calomnies des mensonges - tout le contraire de la vérité - mais en fait, l'ingénieur Petr y exprimait ses souhaits. « La consolidation ne marche pas», tel était le leitmotiv de ses rapports. Et la centrale lançait les ordres suivants: « Organisez des actions violentes directement contre le gouvernement !», « créez des groupes illégaux capables d'actions ar-
«Préparez un projet terroriste pour attaquer l'ordre public! » Et ce fut durant la visite de Peter Bischoff en Tchécoslovaquie que ces projets furent concrétisés. L'ingénieur Petr était d'accord pour organiser de telles actions. Mais, étant très prudent, il confia l'exécution proprement dite à quelqu'un d'autre.
Au cours de l'année 1970, la morosité régnait au secrétariat de la IVe Internationale à Paris. En dépit de l'optimisme des années précédentes, la situaau sein du mouvement trotskyste était jugée ainsi par Pierre Frank, secrétaire dudit sécrétariat : «La présence des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie met longtemps fin aux espoirs que nous avions investis non seulement en Tchécoslovaquie, mais en Europe de l'Est tout entière ». Ces mots pourraient être qualifiés de paroles de prophè-
Les événements en 1chécoslovaquie en 1968 ont joué un rôle important dans les plans du Comité exécutif de la IVe Internationale. En cas de victoire du soi-disant Printemps de Prague, l'Internationale trotskyste était décidée à s'en servir pour réaliser ses projets. les projets trotskystes (et autres centres idéologiques travaillant contre les pays de la communauté socialiste), la Tchécoslovaquie aurait dû devenir la plaque tournante des activités hostiles à l'URSS. Ernest Mandel, l'idéologue principal et membre du secrétariat de la IVe Internationale, adressa aux admirateurs du trotskysme le discours suivant : « Ces derniers temps, Prague devient une des villes les plus importantes de l'Europe.
que se décide l'avenir du mouvement ouvrier interational, et le sort du développeprochain de l'idéologie trotskyste en Europe centrale. Il faut se rendre compte qu'en soutenant le mouvement radical, spécialement celui des étunous pouvons atteindre des succès importants de la prode l'idéologie trots-
Pierre Frank, lui aussi, était satisfait de la situation en 1chécoslovaquie. D'après son message, transmis par la membres de la IVe Internationale visitant la Tchécoslovaquie, il fallait surtout coordonner les méthodes de pression dans le domaine idéologique et économique. A son avis, il fallait employer les méthodes légales aussi qu'illégales. Sans aucun scrupules de la part des organisateurs, toute une série d'actions terroristes sournoises étaient mises au point. Preuve en est un stage de formation tenu en 1968 à Prague par la trotskyste anglaise Tessa Golderen. Elle persuada quelques représentants du trotskysme en Tchécoslovaquie de la nécessité de créer des groupuscules armés, composés d'étudiants et d'ouvriers « révolutionnaires». Ces groupuscules vraient, en cas de danger, lutter pour la défense du soi-disant socialisme à visage humain. Des documents prouvent que ces groupes ont réellement existé et qu'ils ont été utilisés.
Quant aux activités hostiles aux pays socialistes, la IVe Internationale n'a fait que suivre une longue tradition. Le trotskysme a trouvé une place toute chaude au sein de l'intérêt manifesté par des masses de travailleurs à l'égard du marxisme, ayant malignement adopté dans son vocabulaire la notion de la révolution socialiste. C'est ainsi que ce courant pseudo-révolutionnaire a réussi à s'implanter presque partout dans le monde. Peter Bischoff, dirigeant trotskyste ayant plusieurs fois visité la Tchécoslovaquie, a déclaré en 1968, lors d'un de ses meetings de propagande : «.. à l'heure actuelle, le trotskysme a des sections pratiquement partout
Nos plus grands succès se situent en Amérique latine, et maintenant évidemment en Tchécoslovaquie.»
Depuis toujours, les trotskystes se sont efforcés de disperser le mouvement ouvrier international, mais ce n'est que depuis les années 50 qu'ils ont adopté ce visage anticommuniste bien défini.
Zbygniew Brzezinski, seiller actuel du Président Carter et idéologue de l'impérialisme américain, a toujours prol'idée que tout moyen d'érosion du socialisme et du communisme est bon pour faire face au soi-disant danger communiste. Il n'est donc pas étonnant que les services américains accordent à la IVe Internationale une attention de plus en plus importante.