En obtenant le 7 mars une augmentation de salaires et la confirmation du passage à 35 heures le 1 octobre prochain, les métallurgistes de Bavière ont franchi un pas décisif sur la voie de la réduction du temps de travail en Europe. La fraction la mieux rémunérée et la mieux organisée de la classe ouvrière européenne a montré l'exemple :
il est possible de réduire le temps de travail tout en augmentant les salaires!
Correspondance
E n 1994, alors que la reprise économique était annoncée, les patrons de la métallurgie ont tenté de mettre les travailleurs à genoux : ils voulaient obtenir la suppression de la prime de vacances (50 % de salaire supplémentaire pendant les six semaines de congés) et de réduire la prime de fin de l'année, ce qui revenait à une réduction de l'ordre de
13% du salaire annuel.
Cette provocation s'est heurtée à la mobilisation des travailleurs. 1,5 millions d'entre eux ont participé aux «grèves d'avertissement»
(de quelques heures) à l'appel de leur syndicat IG Metall et la grève fut votée à une très large majorité. A la veille de celle-ci la direction de l'IG Metall, devant les menaces de lock-out généralisé, signait une convention, qui prévoyait tout de même la stagnation du salaire nominal pendant une année dans la branche. Cet accord, signé dans le dos des grévistes eut un effet démoralisant. IG Metall, le plus puissant et le plus combatif des syndicats allemands, faisait preuve d'impuissance aux yeux de larges secteurs ouvriers.
Si le syndicalisme allemand est loin de
# ALLEMAGNE connaître l'affaiblissement du mouvement années d'attaques patronales et de recul épargné. L'adoption en 1985 de l'article vail»(1) fut un premier coup porté à la dernier à réinventer une tactique de lutte.
idéologique de la bourgeoisie dans la fouroutinière de moins en moins efficace.
pensent pas totalement les pertes enregisalors que durant le seul second semestre
1994 les profits ont augmenté de 22% et le coût du travail par salarié a été réduit de
Jean Gandois, président du
Centre national du patronat français
(CNPF) n'est pas content: Quand le patronat de la métallurgie respecte l'accord sur les 35 heures, n'obtient rien sur la flexibilité et accorde 11% d'augmentation de salaire sur moins de dix-huit mois, ce n'est pas véritablement un exemple» (propos tenus lors d'une conférence de presse le 27 mars
1995, rapportés par l'Humanité du
28 mars).
gistes de 1984 salaires !
syndical dans d'autres pays européens, les des luttes ouvrières sont loin de l'avoir 116 de la loi «pour la promotion du tracombativité du syndicalisme, forçant ce La montée du chômage, puis l'offensive lée de l'absorption de la RDA, ont trouvé un mouvement syndical paralysé et ses directions embourbées dans une pratique Baisse du militantisme et perte d'adhérants(2) en furent les fruits. Le résultat de la dernière mobilisation des métallurgistes permettra-t-il de renverser cette tendance ?
Les gains salariaux obtenus ne comtrées au cours des années précédentes,
7,5%. Pour les syndicalistes les plus combatifs l'accord signé apparaît ainsi en deça des possibilités, compte tenu de la volonté de lutte manifesté par la base de la lutte. (91 % de salariés concernés ont voté en faveur de la grève). Par ailleurs le résultat faim.* de la lutte est largement dû à la modification de la tactique syndicale
1) Cet article supprime la prise en charge par l'assurance chômage des indemnités dûes au titre du chômage technique, lorsque ce dernier peut être imputable à une grève. Il a été adopté à la suite de la grève des métallur-
— qui avait ouvert la voie de la réduction du temps de travail — au cours de laquelle IG Metall est parvenue grâce à une grève de 57 500 métallos à paralyser le travail de 155 000 autres. L'adoption de l'article 166 permet au patronat d'opposer un lock-out massif à une grève circonscrite, obligeant ainsi la caisse de grève à prendre en charge des dizaines de milliers de travailleurs (ou d'offrir le flanc à l'accusation du manque de solidarité), limitant ainsi la tactique de grèves-bouchons que les synpar la direction de l'IG Metall. Tenant compte de l'article 116, cette dernière eut recours à un programme informatique permettant d'éviter les paralysies des secteurs non grévistes lors d'une grève tournante. Elle choisit la Bavière, tenant compte de la division du patronat local (nombre de petites et moyennes entreprises disposant de carnets de commandes pleins et souhaitant en finir au plus tôt avec la grève). Tactique efficace et populaire aux yeux de la population, mais qui en même temps limite l'activité autonome des salariés(3) et accroît leur dépendance envers les permanents syndicaux, véritables managers
Le résultat de la grève des métallos de Bavière est un encouragement à lutter pour tous les travailleurs d'Europe. La confiance des travailleurs en l'action collective sort grandie de cette lutte, même si la frange la plus combative reste sur sa dicats combatifs en Allemagne avaient mis au point.
2) Depuis 1992 la principale centrale syndicale DGB a perdue 2,2 millions d'adhérants (elle en compte encore 9.8 millions). Les svndicats sont écalement atteints par le • chômage et par le vieillissement de leurs membres : ainsi 35% des adhérants de l'IG Metall payent une cotisation réduite (réservée aux chômeurs et retraités) et ce syndicat a perdu 70 000 adhérants en 1994.
3) La grève ne concernait dans un premier temps que 11 000 salariés dans 22 entreprises, puis 21 000 dans 36 entreprises dans un second temps. La majorité des syndiqués de l'IG Metall n'auront donc pas pris part à la grève.