Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

QUEBEC

La crise nordique de l'ALENA

· Inprecor n° 391, mai 1995 · p. 7-10 · 3 188 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

Pendant que l'attention du monde entier se porte sur la crise mexicaine, la composante nordique de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l'Etat canadien, est confrontée elle-aussi à une profonde crise politique. L'élection en septembre 1994 d'un gouvernement provincial nationaliste bourgeois au Québec et le déclenchement par ce gouvernement du Parti québécois, dirigé par Jacques Parizeau, d'un processus devant aboutir à un référendum sur l'indépendance du Québec avant la fin de 1995, menacent non seulement la stabilité de l'impérialisme canadien mais aussi celle déjà fragilisé de l'ALENA. Michel LAFITTE

'alignement des forces sociales derrière les deux options est déjà clair. L'option fédéraliste du maintien de l'Etat unitaire canadien est portée par la quasitotalité des grandes entreprises canadiennes, y compris la majorité de l'aile francophone de la bourgeoisie canadienne, le Parti libéral du Canada (PLC), au pouvoir à Ottawa et ses pendants provinciaux et par le Reform party, parti populiste de droite au Canada anglais. le Parti progressiste conservateur au pouvoir à Ottawa de 1985 à 1993, mais en chute libre actuellement, le Nouveau parti démocratique (NPD), représentant social-démocrate du mouvement ouvrier canadien-anglais, au pouvoir dans trois provinces dont les deux plus importantes économiquement et démographiquement, l'Ontario et la Colombie britannique, les communautés anglophones et immigrées au Québec et le Parti libéral du Québec (PLQ) qui avait auparavant des velléités décentralisatrices, voire autonomistes, mais qui aujourd'hui a totalement capitulé devant le centralisme

QUEBEC total des forces fédéralistes. Dans cette coalition, le Parti libéral du Canada du Premier ministre canadien, Jean Chrétien, est tout à fait hégémonique. Les médias sont univpques et prônent le fédéralisme tant au Canada anglais qu'au Québec.

Le mouvement syndical canadien-anglais, représenté par le Congrès du Travail du Canada, adopte une position ambiguë. D'un côté, il se prononce assez clairement pour le maintien de l'unité de l'Etat canadien, mais de l'autre il défend le droit du Québec à l'autodétermination. Son affiliée québécoise, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec, est ouvertement pour l'indépendance du Québec. Son bras politique, comme il se plaît s'appeler, le NPD, brille par ses professions de foi dans l'unité canadienne et par les agissements activement antiquébécois des gouvernements provinciaux qu'il contrôle.

Du côté des indépendantistes ou souverainistes au Québec se trouvent la minorité de la bourgeoisie francophone qui se veut une bourgeoisie nationale québécoise, le Parti québécois et le Bloc québécois, la totalité du mouvement syndical, la vaste majorité des organisations populaires et communautaires, les organisations de femmes comprises, l'écrasante majorité des artistes francophones, les forces non sectaires de la gauche politique et sociale, les organisations socioculturelles nationalistes et petites bourgeoises, les organisations étudiantes à l'exception de celles des secteurs du commerce et des affaires. Le tout étant sous l'hégémonie du Parti québécois (PQ) du Premier ministre du Québec, Jacques Parizeau.

D'après les sondages d'opinion publique, presque hebdomadaires, la population du Québec serait divisée dans une proportion de 45 % pour le Oui et 55 % pour le Non. Etant donné les 97 % des anglophones et des allophones (immigré(e)s assez récent(e)s qui n'ont été pas assimilé(e)s aux deux grands groupes linguistiques) voteront pour le Non, et la majorité des francophones favorable à l'indépendance, malgré l'optimisme très arrogant affiché par les forces fédéralistes, rien n'est encore complètement joué.

Un impérialisme junior

Pour comprendre la situation, il faut partir du fait que l'Etat canadien est un Etat impérialiste de caractère assez spécial. Création du «Colonial Office» de Londres au milieu du dernier siècle, l'Etat canadien englobait dès le début une forte minorité de langue française hostile à l'empire britannique. Pour cette raison il n'y a jamais eu ni vote ni référendum sur la création du Canada. Dès le début, l'Etat canadien était une prison des peuples, un Etat multinational fondé sur l'inégalité.

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La bourgeoisie canadienne s'est constituée une fois achevée la création de cet Etat. Rachitique et apparemment peu dynamique comparée à ses homologues de la république nord américaine, comme l'a constaté Friedrich Engels lors de sa tournée nord-américaine au dernier siècle, la bourgeoisie canadienne a utilisé son contrôle de l'Etat pour constituer des secteurs fortement monopolisés dès la fin du XIXème siècle, avec seulement 11 banques, 2 grandes entreprises de transport ferroviaire et 3 de transport maritime. Dès les dernières décennies du siècle dernier, les grandes banques canadiennes ont pénétré le marché latino-américain, y construisant l'essentiel des infrastructures ferroviaires, portuaires et électriques. A partir de la minorisation définitive des francophones en son sein au début du XXème siècle, la grande bourgeoisie canadienne décroche son wagon du train de l'empire britannique pour l'accrocher définitivement à celui de la nouvelle puissance mondiale, les Etats-Unis. Et elle y est restée fidèle depuis lors malgré de nombreux conflits et contentieux avec son associé

Impérialisme à part entière

Ce caractère d'associé impérialiste junior et hypocrite qui se cache derrière un plus grand impérialisme, n'a jamais fait de la grande bourgeoisie canadienne une bourgeoisie compradore. Le statut impérialiste de la bourgeoisie canadienne ressort clairement des faits suivants.

• Malgré la présence étrangère importante présente dans l'industrie manufacturière au Canada, environ 75 % des actifs globaux des entreprises canadiennes appartiennent à des intérêts canadiens.

• Les entreprises sous contrôle canadien sont importantes à l'échelle mondiale. Par le nombre, elles viennent au 6ème rang parmi les 1 000 entreprises les plus importantes du monde, après les Etats-

Unis, le Japon, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France. Les investissements étrangers des entreprises canadiennes occupent le même rang à l'échelle mondiale et le ler rang aux Etats-Unis. Le

Canada est de loin le principal partenaire commercial des Etats-Unis.

• Le Canada possède également un capital financier propre qui joue un rôle non négligeable sur la scène financière internationale. Les banques canadiennes viennent au 2ème rang des créanciers extérieurs du Mexique et détiennent environ

6 % de sa dette extérieure. Elles sont représentées au sein des comités bancaires qui dictent leur politique aux pays endettés, avec l'appui du FMI. Le Canada est un membre discret du Club de Paris, qui supervise la dette du Tiers monde pour les intérêts d'ensemble de l'impérialisme.

• Sur le plan politique, le Canada participe aux sommets annuels du groupe des sept pays les plus riches (G7). A travers NORAD, il participe au dispositif nucléaire stratégique des Etats-Unis. A travers l'accord de production du matériel de défense, les entreprises canadiennes sont intégrées au complexe militaro-industriel nord-américain. Le Canada est également associé à la guerre secrète de l'impérialisme américain contre les pays de l'Est et contre le Tiers monde notamment par l'entente qui lie le Communication Security Establishment canadien à la National Security Agency des Etats-Unis. Ainsi, le Canada est membre à part entière du club des pays impérialistes.

Ainsi, le Canada est membre à part entière du club des pays impérialistes.

Mais en accrochant son wagon de façon indéfectible au train de son associé senior américain, l'impérialisme canadien a exacerbé sa vulnérabilité, à l'époque du néolibéralisme. Ce n'est pas tellement la masse de sa dette, même proportionnellement au Produit intérieur brut (PIB) l'Italie le dépasse au sein du G7, mais le fait que 40 % de cette dette soient détenus à l'étranger surtout aux Etats-Unis et en partie libellés en dollars US qui le rendent vulnérable. Le dollar canadien dépend entièrement du dollar américain et le suit dans sa chute sur les marché mondiaux. Pis encore, le dollar canadien est en chute libre par rapport au dollar américain depuis un certain temps.

La faible reprise que connaît l'économie canadienne en ce moment dépend entièrement de ses exportations aux EtatsUnis, et la reprise américaine donne des signes inquiétants de ralentissement. Il est donc essentiel pour la grande bourgeoisie canadienne que son Etat puisse appliquer sans entrave la médecine amère du néolibéralisme. Il faut mater les classes ouvrières canadienne-anglaise et québécoise qui restent syndiquées - 33 % et 44 % respectivement, contre seulement 12 % de la classe ouvrière américaine. Le projet du Parti québécois

Au moment précis où la bourgeoisie canadienne a le plus besoin de centralisme et peut le moins faire des compromis, un autre projet politique est apparu qui remet tout en cause : celui des nationalistes bourgeois du Québec.

A l'instar des mouvements de libération nationale ailleurs dans le monde, un puissant mouvement nationaliste radical apparaît au Québec au cours des années 60. En même temps, des secteurs importants du mandarinat d'Etat francophone ont transféré leur espoir de créer une bourgeoisie québécoise au palier provincial de l'Etat. Quittant avec éclat le Parti libéral du Québec, l'ancien journaliste et ministre libéral René Levesque, crée le Parti québécois qui hégémonise très rapidement le nouveau mouvement nationaliste

Les actions d'éclat en octobre 1970 du Front de libération du Québec (FLQ, ressemblance voulue avec le FLN algérien), essentiellement l'enlèvement du ministre du Travail et d'un consul britanique, conduisent cette organisation à être exclu par les militants, ce qui signale le début de la fin du mouvement indépendantiste extra-parlementaire. Suite à la défaite des grandes grèves du printemps 1972, les directions syndicales, toutes centrales confondues, appuient ouvertement ou indirectement le PQ

Elu au Québec en 1976 pour la première fois, le PQ adopte une série de réformes sociales de type social-démocrate, ce qui renforce son emprise politique sur l'ensemble des forces vives de la nation québécoise, sauf les secteurs de la bourgeoisie francophone associés à l'impérialisme canadien. Néanmoins, et malgré une question truquée qui propose une souveraineté du Québec assortie d'une association économique avec le reste du Canada, le PQ perd le premier référendum sur l'avenir du Québec en mai 1980.

Pour beaucoup de gens, la lutte nationale du Québec est terminée avec cette défaite. Le gouvernement fédéral, avec l'appui des gouvernements provinciaux sociaux-démocrates, procède à une redéfinition de la constitution canadienne sans l'accord du Québec en 1982-1983. Le Parti québécois perd les élections provinciales en 1985 en faveur du Parti libéral du Québec.

Tandis que la grande bourgeoisie canadienne procède par tâtonnements pour adopter une perspective néolibérale en même temps que la perspective d'intégration continentale totale, le Parti conservateur du Canada, au pouvoir à Ottawa pour la première fois depuis la grande dépression, tente de régler la question dite constitutionnelle. Deux projets constitutionnels, impliquant une décentralisation strictement culturelle accompagnée d'une centralisation économique accrue, sont rejetés tour à tour massivement au Québec et faiblement au Canada anglais.

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Mais les raisons de ce rejet dans les deux nations majeures étaient bien différentes. La population québécoise rejetait la centralisation tandis que le gros des forces derrière la défaite au Canada anglais rejetait toute concession au Québec même sur le plan culturel.

La montée du chauvinisme au Canada anglais a produit une montée réciproque du sentiment nationaliste au Québec. Des députés conservateurs et libéraux au parlement fédéral ont quitté leur parti respectif et ont fondé le Bloc québécois (BQ), sous la direction de l'ancien ministre conservateur fédéral Lucien Bouchard, actuellement le deuxième parti au parlement fédéral d'Ottawa. Lors de la fête nationale du Québec le 24 juin, en 1991 plus d'un demi-million personnes manifestent dans les rues de Montréal avec une coloration très indépendantiste. Une pétition en faveur d'un référendum sur la souveraineté du Québec recueille en 1991-1992 plus d'un million et demi de signatures. Mais, s'il y a une chose que les nationalistes bourgeois québécois ont compris, c'est qu'ils ne peuvent pas se permettre d'arriver au pouvoir portés par une mobilisation de masse. A l'époque des grands blocs impérialistes, des mobilisations extraparlementaires sont la dernière chose que les puissances impérialistes peuvent tolérer. Il y a une frange assez importante de la bourgeoisie francophone au Québec qui aimerait pouvoir utiliser le contrôle de son propre Etat pour mieux appuyer son insertion dans l'ALENA. Ce qu'elle veut, avant tout, c'est de s'insérer comme nouveau petit partenaire, avec une certaine autonomie, mais de façon loyale et non menaçante. La création des grands blocs commerciaux, avec la réduction du rôle des Etats nationaux à la faveur de mécanismes économiques supranationaux, semble partout encourager ce genre d'indépendantisme bourgeois limité.

Pour réussir son coup, cette bourgeoisie québécoise, qui se veut nationale, a besoin de l'appui du mouvement syndical et du mouvement populaire, électoralisme oblige. Mais elle ne peut pas permettre à cet appui d'être agissant, d'être porteur de ses propres espoirs et aspirations. Dans cette opération délicate, elle peut compter sur la collaboration des directions actuelles du mouvement ouvrier qui ont vite fait d'oublier leur opposition à l'ALENA.

Ainsi le PQ avec l'accord du BQ accepte de jouer le jeu parlementaire entre 1991 et 1994, participe à une série de commissions d'enquête et laisse s'essouffler le mouvement. Il compte entièrement sur les élections provinciales de 1994 qu'il remporte, mais par très peu de suffrages. L'atmosphère n'est plus à la mobilisation.

C'est dans ce contexte que le gouvernement québécois a proposé un avant-projet de loi dont la première disposition est une déclaration du Québec comme pays souverain. Toutes les autres dispositions proposent le maintien du statu quo. Le Québec souverain proposé non seulement resterait au sein de l'ALENA, de l'OTAN et de toutes les autres alliances impérialistes du Canada, mais garderait la monnaie, la double citoyenneté et toutes les lois canadiennes, proposerait une association économique privilégiée avec le Canada et ainsi de suite.

Le processus pré-référendaire

Au cours du mois de février, des commissions régionales sur l'avenir du Québec, nommées par le gouvernement et auxquelles les centrales ont participé, ont -tenu des consultations populaires sur cet avant-projet. Actuellement (le 20 mars) se tient une commission nationale sur l'avenir du Québec. Tout ce processus doit permettre au gouvernement de déterminer la question finale qui sera soumise à un vote

L'attitude de l'ensemble des forces fédéralistes du Parti libéral du Québec au gouvernement d'Ottawa en passant par les sociaux-démocrates du Nouveau Parti démocratique a été de rejeter toute légitimité à toute forme d'accession l'indépendance du Québec et de boycotter l'ensemble du processus. Cependant, au moment du déclenchement de la campagne référendaire proprement dite, ils vont constituer le comité du Non, quelle que soit la question.

Entre-temps, la totalité des ténors de la bourgeoisie canadienne, de l'intelligentsia et des médias mènent une campagne très dure de chantage, d'intimidation et de menaces économiques, et même parfois de force militaire contre l'idée que le Québec puisse accéder à quelque forme d'indépendance ou même d'autonomie que ce soit.

C'est la faute du Ouébec si la dette canadienne, les taux d'intérêt ou du chômage sont élevés, si la reprise économique est faible et sans création d'emploi. L'économie d'un Québec indépendant sera un désastre ; les retraités vont perdre leurs allocations de vieillesse. Le gouvernement fédéral prévoit de réduire ces allocations presque à néant dans 3 ans mais on n'en parle pas, les jeunes perdront le droit de travailler ailleurs au Canada droit qui ne signifie pas grand-chose pour la majorité des jeunes du Québec, puisqu'on ne peut pas y travailler en français. La campagne est assez vulgaire mais marque des points puisque les nationalistes bourgeois ne promettent que le statu quo, ce qui non seulement ne mobilise pas mais ne rassure même pas.

Face à leur faiblesse dans les sondages, les nationalistes bourgeois commencent déjà à se diviser avec un courant autour du chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, et du vice-Premier ministre du Québec, Bernard Landry, qui propose de diluer la question pour revenir à la vieille formule perdante de 1980, la souveraintéassociation. De toute façon, cette formule est encore moins acceptable aujourd'hui pour l'impérialisme qu'elle ne l'était en 1980.

Pour l'instant, le Premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, refuse cette dilution tout en admettant qu'une question proposant la souveraineté totale du Québec assortie du statu quo socio-économique serait peut-être bien perdante.

Et la gauche ?

Depuis la fin des années 60, le courant marxiste-révolutionnaire dans l'Etat canadien a fait sienne la revendication de l'indépendance du Québec. Pour nous, il faut briser la prison des peuples qu'est l'Etat canadien pour que les classes ouvrières canadienne-anglaise et québécoise rompent enfin avec la collaboration avec leur bourgeoisie nationale respective. La rupture de l'Etat canadien et la lutte pour cette rupture ne peuvent que créer de meilleures conditions pour la lutte pour le socialisme en attaquant frontalement l'impérialisme canadien même dans la forme de son Etat. Après, toutes les formes de nouvelle fédération volontaire et égalitaire sont envisageables.

Dans la nation dominée, le Québec, le fait que plus de 80 % du patronat soit étranger donne des assises réelles aux courants nationalistes populistes qui ont toujours hégémonisé les mouvements ouvriers et populaires. Dans la nation dominante, le Canada anglais, le nationalisme canadien des directions ouvrières, syndicales et sociales-démocrates, accroche la classe ouvrière aux intérêts de sa bourgeoisie impérialiste.

Dans le contexte actuel, nous ne pouvons qu'appuyer toute mesure concrète en faveur de l'indépendance du Québec. Nous sommes d'accord avec la première disposition de l'avant-projet de loi du gouvernement du PQ sur la souveraineté du Québec. C'est non seulement la meilleure façon de lutter contre l'impérialisme canadien mais aussi de défendre la nation mexicaine contre les forces impérialistes conjuguées de l'ALENA. Une telle lutte pour l'indépendance d'une nation dominée ne pourra que déstabiliser davantage

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TALENA.

Clinton l'a bien compris et appuie ouvertement l'unité du Canada. Mais pour avoir un espoir de gagner le référendum, il faut refuser le projet de statu quo que représentent les autres dispositions de l'avant-projet de loi. Les mouvements syndicaux et populaires du Québec ont dénoncé à maintes reprises l'ALENA, L'OTAN, le néolibéralisme, la politique monétaire du Canada, etc. Mais la majorité des directions ne disent rien sur le contenu réel du projet du PQ. Elles l'appuient, point final. On ne convaincra pas la majorité des gens de faire un saut dans l'inconnu face au chantage de l'impérialisme canadien pour que rien ne change.

Pour cette raison, le Parti de la Démocratie socialiste (auquel la Gauche socialiste, aile québécoise de la section de la Quatrième internationale dans l'Etat canadien, participe) propose la formation d'un Réseau populaire pour le Oui pour que la souveraineté du Québec soit autre chose qu'un simple changement de drapeau, pour qu'elle soit populaire et égalitaire et pour qu'elle soit solidaire pour vaincre l'exclusion sociale. Une des revendications clés du Réseau sera celle d'une Assemblée constituante élue à la proportionnelle et représentative des forces vives de la nation, donc composée à 50 % de femmes.

Ce Réseau va se lancer dans les semaines qui viennent et démarrera sans doute assez modestement car il rencontrera l'hostilité des directions officielles qui ne peuvent tolérer aucun débordement à gauche. Mais il risque aussi de rencontrer un écho réel chez plusieurs centaines de militantes et de militants qui sont mécontent(e)s de l'absence d'une campagne autonome de la part de la classe ouvrière.

Le PDS compte présenter une plateforme de regroupement qui fixera les grandes lignes d'un projet de société pour les classes ouvrière et populaires.

Lors des dernières élections, le prédécesseur du PDS, le Nouveau Parti démocratique du Québec, a recueilli entre 1,5 % et 7 % dans les circonscriptions où il s'est présenté. Avec le système électoral britannique qu'utilise le Québec, cela ne donne pas de députés. Mais il en n'est pas de même dans un référendum qui se joue quelques pourcentages près.

De plus, un tel Réseau, s'il est vraiment dynamique, pourrait constituer un autre pas vers l'indépendance politique de la classe ouvrière québécoise.* le 21 mars 1995

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