La fondation du Parti de la démocratie socialiste au Québec constitue un pas en avant vers l'indépendance politique de la classe ouvrière. Le contexte est ici présenté par notre camarade Michel LAFITTE. Michel LAFITTE
E n janvier 1995, le Nouveau
Parti démocratique du Québec (NPD-Q), lors d'un congrès extraordinaire, a changé de nom pour de devenir le Parti de la démocratie socialiste (PDS) afin de signaler sa rupture définitive avec la social-démocratie canadienne incarnée par le Nouveau parti démocratique du Canada. Au même congrès, il a adopté la perspective d'une intervention autonome en faveur d'un réseau populaire pour l'indépendance du Québec sur la base d'une plate-forme de classe.
En même temps, Gauche socialiste (GS), l'aile québécoise de la section de la Quatrième internationale (QI) dans l'Etat canadien, a demandé son adhésion au PDS comme section organisée sans pour autant être obligée d'abandonner ni son appartenance à la QI, ni à l'organisation pan-canadienne, Gauche socialiste/Socialist Challenge. L'exécutif national du PDS a recommandé à l'unanimité l'acceptation de cette demande par le Conseil national du parti qui doit se tenir dans les semaines à venir. Gauche socialiste s'est engagée à activement construire le PDS comme lieu de regroupement de l'ensemble de la gauche indépendantiste au Québec. Les membres de GS sont déjà devenu(e)s membres du PDS et occupent certaines postes de responsabilité. Un autre groupe de gauche, sans affiliation internationale, le Parti des travailleurs du Québec, s'est dissout pour entrer dans le PDS.
Si quelqu'un avait eu la témérité de prédire cette évolution il y a un, tout le monde l'aurait traité de fou furieux. Tout a procédé comme une série de coups de tonnerre dans un ciel apparemment serein et profondément ennuyeux.
Il faut dire que la gauche québécoise n'a pas de racines historiques très profondes. Ni la social-démocratie ni le stalinisme pro-Moscou canadiens n'ont jamais réussi à s'implanter au Québec parce que leur nationalisme canadien les faisait
QUEBEC adopter des positions très réactionnaires concernant la question nationale. La radicalisation des années 60 et 70 a bien produit une extrême-gauche assez importante numériquement. Mais cette extrême-gauche était surtout dominée par le courant mao-stalinien. Et ce courant a rejeté le bébé de l'indépendance avec l'eau sale du Parti québécois. Moins de deux ans après la défaite du référendum de 1980, ces deux organisations ont implosé etdisparues, ne laissant derrière elles que quelques bribes et beaucoup de gens amers. Au début des années 90, Gauche socialiste et d'autres, ont tenté à plusieurs reprises de proposer des regroupements, ponctuels, électoraux ou à plus long terme, aux courants sains et principiels de cette gauche éclatée et de plus en plus démoralisée. Mais tout a échoué sur les récifs des relents du sectarisme, de la méfiance mutuelle et des exclusives.
Une évolution positive
Mais le NPD-Q, qui contrairement à sa maison-mère au Canada anglais n'a jamais été un parti ouvrier de masse, évoluait assez rapidement dans l'ombre au prix de débats assez houleux en son sein. A la fin des années 80, les militantes et militants d'une organisation trotskiste qui venait de rompre avec le courant international lambertiste l'ont investi et y ont animé un débat sur la question nationale. En 1990, le NPD-Q a adopté la revendication de l'indépendance du Québec ce qui lui a mérité son exclusion par le NPDCanada qui ne le reconnaît plus dorénavant comme section provinciale.
Ensuite, la quasi totalité des militant(e)s du courant anciennement lambertiste ont laissé tomber tout contenu de classe à la revendication nationale et ont adhéré individuellement au Bloc québécois et au Parti québécois. En 1992, des militants et militantes autour de l'ancien dirigeant du Front de libération du Québec, Paul Rose, sont entrés au NPD-Q ayant tiré la conclusion après des années d'efforts qu'il était presque impossible de construire une gauche au sein du Parti québécois. Plusieurs ont maintenu, cependant, la perspective de ne présenter de candidats NPD-Q que contre la droite du PQ. Ce débat a été résolu à la fin de l'hiver 1994 en faveur de la présentation de candidatures indépendantes sur une plate-forme de classe partout y compris contre la supposée gauche du PQ. C'est en juin 1994 que le NPD-Q est venu proposer à Gauche socialiste et au Regroupement autonome des jeunes (RAJ), où GS exerce une certaine influence, de présenter des candidatures sous sa bannière tout en gardant leur pleine identité propre. Ce qui a été aussitôt accepté.
GS s'est fait connaître non seulement pour sa défense de l'indépendance du Québec mais surtout pour sa défense intransigeante de la nécessité de l'action politique indépendante de la part de la classe ouvrière. Mais cette perspective était restée assez abstraite et purement propagandiste jusqu'à la campagne électorale unie d'août-septembre dernier où le NPDQ est arrivé quatrième avec entre 1,5 % et 7 % du vote dans les 41 circonscriptions sur 75 où il a présenté des candidatures.
Au cours de cette campagne électorale, la base militante du NPD-Q s'est presque totalement renouvelée avec l'entrée de beaucoup de militants et surtout de militantes venu(e)s du mouvement syndical et du mouvement populaire. D'autres personnes, dont des cadres de longue date, ont rompu avec le PQ sur la question du droit inconditionnel des nations aborigènes à l'autodétermination. Seuls le NPD-Q et GS, avec le courant anar-libertaire défendent cette position de
Après l'élection, il était devenu évident que la majorité des militantes et des militants voulaient un changement de nom et d'orientation du Parti. Elles et ils n'acceptaient plus aucune identification avec la social-démocratie canadienne-anglaise et ne voulaient plus limiter l'action du parti au fait de présenter des candidats tous les quatres ans. L'écrasante majorité de l'exécutif a accepté ces changements bien que plusieurs aient de la difficulté à s'y adapter. Il reste encore quelques ambiguités social-démocratisantes dans le programme du parti mais il ne faut pas provoquer de décantations inutiles et prématurées. Sur l'essentiel des tâches non seulement de l'heure mais aussi historiques, il y a un étonnant accord étant donné la diversité d'origines et de formation politiques des membres.
Quant à GS, elle voit dans cette évolution la meilleure possibilité de constituer un pôle de regroupement pour les forces militantes qui veulent, consciemment ou non, que la classe ouvrière québécoise joue son rôle historique de dirigeante de la lutte pour la pleine libération nationale. *
Inprecor n° 390 - avril 1995