Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Le déclin du mouvement syndical noir

· Inprecor n° 392, juin 1995 · p. 21-22 · 1 351 mots

Syndicalisme Afrique australe

Dans l'article que nous publions ci-dessous, le sociologue sud-africain Darcy explique l'objectif de la création du Conseil national du développement et du travail (NEDLAC) et fait le point sur la situation du mouvement syndical DARCY

Be RDP est ambitieux (voir

L page 22) : en dressant un

tableau sombre de la réalité sud africaine, ce document projette des objectifs, qui incluent une démocratisation sociale systématique du pays combinée à un développement économique rapide, pour satisfaire le besoin urgent en matière d'emploi, de logement, d'instruction, etc. Pour réaliser ces objectifs, le problème est que la productivité en Afrique du Sud est trop faible pour qu'elle puisse être compétitive avec les pays industrialisés dans un marché mondial de plus en plus intégré. En même temps, les coûts de revient sud-africains sont trop élevés pour être concur-

L'Afrique du Sud en chiffres

Population : 40 millions environ dont

75 % Noirs, 13 % Blancs.

Revenu moyen par tête : Blanc 8000 dollars ; Noirs 1000 dollars.

La moitié des Noirs sont sans travail,

31% de leurs logements sont sans électricité, 34 % sans eau courante ; chômeurs

47 % des Noirs (la moitié parmi les moins de 30 ans). Chômage globale 30% de la population active.

400 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail ; pour faire face progressivement au problème il faudrait un taux de croissance annuel de 8 à

10%.

En 1994 le taux de croissance a été de

2,3% le plus élevé depuis cinq ans et on prévoit 3% en 1995.

• AFRIQUE DU SUD

Le déclin du mou yndical no

S rentiels avec des pays comme la Chine et l'Indonésie, qui ont, elles également, une faible productivité, mais dont le salaire reste encore plus bas.

Mboweni, l'Afrique du Sud doit choisir :

«soit s'orienter vers le haut et baser son économie sur la qualité, la fiabilité et la créativité, soit s'orienter vers le bas, et se placer au niveau des Chine et des Indonésie du monde!

Nous n'hésitons pas à prôner le chemin d'une productivité élevée» (Business

Day, 9 septembre

1994).

Il s'agit là de l'essence même de la nouvelle transformation des rapports de travail, jusqu'alors basés entièrement sur les négociations collectives. Toutefois, comme on le souligne, le RDP ne peut être réalisé que si le mouvement syndicaliste noir devient un partenaire social l'objectif d'œuvrer ensemble pour la fondes entre les travailleurs noirs et leurs patrons.

Le NEDLAC

Travail

D'après le ministre du Travail, Tito

Pour

ONAL

NE WORL

du gouvernement et des employeurs dans reconstruction économique. Mais la dure bataille contre l'apartheid a semé des divisions et des suspicions politiques pro-

Get le partenariat

C'est pour réaliser l'objectif du partenariat que le ministre du Travail a mis sur pied le NEDLAC. Cette initiative a été saluée avec enthousiasme par des politiciens et des universitaires alors que les partenaires sociaux ont fait état de leurs craintes. Pour les employeurs par exemple la réalisation de forums sur les lieux de travail — prévue par le projet du ministre de

— comporte des coûts supplémentaires, c'est-à-dire, perte de temps de travail, etc. Et ce justement au moment où il serait nécessaire d'éliminer des coûts. Par ailleurs, les patrons craignent que de telles pratiques ne puissent limiter leur capacité négociation.

vement

de diriger leur entreprise à leur gré

Dans un certains nombre de grandes entreprises, les directions ont déjà mis sur pied des mécanismes de participation sur les modèles japonais, avec des pouvoirs consultatifs plus restreints, visant à stimuler les ouvriers à accroître la productivité de nombreux managers, l'introduction d'un système légal obliga-

UNION

toire dans lequel le syndicat noir jouerait un rôle important et, pis encore la direction devrait organiser des forums en donnant toutes les informations nécessaires sur la gestion des sociétés, signifie aller trop loin. Chez les syndicalistes il y a aussi des préoccupations. Le projet de loi du ministre du Travail indique que le système de négociation collective d'inspiration britannique et les intérêts des syndicats en tant que tels ne doivent pas être remis en question ; des forums sur les lieux de travail ne pourront par ailleurs être organisées que là où un syndicat qui représente la majorité des travailleurs le demande. Néanmoins, le COSATU considère que la proposition est «insidieuse», par exemple il n'y a aucune norme dans le projet permettant de supprimer un forum même quand il n'y a plus une majorité syndicale pour le demander. Encore plus négatif le fait que le projet prévoie une consultation sur des problèmes de la production, mais il rejette la revendication du COSATU exigeant que les employeurs soient obligés de négocier sur ces problèmes. De ce point de vue la codécision semble être une voie détournée pour restreindre les négociations collectives dans lesquelles les syndicats ont toujours la possibilité d'avoir recours à la grève. Bref, on craint que le forum sur le lieu de travail puisse créer une concurrence par rapport au syndicat à un moment où de nombreux syndicats ont beaucoup de difficultés à maintenir leur pouvoir de

Page 22

Derrière cette attitude défensive il y a le problème auquel le COSATU doit faire face dans la nouvelle Afrique du Sud. Environ 3 millions de salariés (37 % du total) sont syndicalisés et 1,3 million (16 %) adhèrent à des syndicats affiliés au COSATU. Mais, après la croissance rapide des années 80, le nombre des membres a stagné à partir de 1990.

Après les élections, un autre problème a surgi : les directions des syndicats ont été substantiellement affaiblies par les transfert de nombreux dirigeants syndicaux dans le gouvernement et dans des institutions au niveau local. En outre, des militants de base ont été déconcertés de voir leurs dirigeants occuper des postes de pouvoir à côté des anciens oppresseurs blancs.

En fait, les divergences sont grandes, l'attitude des employeurs et la vie quotidienne dans les entreprises ont beaucoup changé après avril 1994.

Même la publication patronale Management Brief admet «qu'une mentalité archaïque» subsiste parmi les employeurs même si beaucoup de gens reconnaissent que la démocratisation au niveau de l'entreprise peut engendrer une productivité plus élevée, l'attitude des managers reste souvent «coloniale» (The Sun, 10 mars 1995).

Vers le dialogue ?

C'est dans ces circonstances qu'on s'attend que des syndicats renoncent à l'arme de la grève sur des sujets économiques et sociaux et fassent confiance au dialogue avec les patrons. Cela apparaît irresponsable pour de nombreux militants.

Dans la pratique il n'est pas évident

COSATU

1995).

salaires des policiers.

theid hypertrophié.

échappent à tout contrôle.

aux sorcières contre les syndicats. *

Organise for democracy, economic reconstruction and socialism

4th National Congress

Nasrec Johannesburg

24 - 27 July qu'il y ait un nouvel esprit de coopération, dans le secteur public ou dans le secteur privé. L'une des raisons est incontestablement que les ouvriers noirs en général attendent d'un gouvernement élu démocratiquement plus que de l'ancien régime blanc. Par exemple, en 1994 il y a eu 3,9 millions de journées de travail perdues à cause des grèves alors qu'aux moments les plus hauts de a lutte en 1986 il y en a eu 6 millions (Finance Week, 30 mars

Les premiers mois de l'année en cours ont été relativement calme (60 000 jours de grève par rapport à 295 000 dans la même période de l'année 1994). Pourtant ces grèves ont été caractérisées par une dureté exceptionnelle, notamment dans le secteur public. L'exemple le plus frappant a été celui de la grève de la police. Le Syndicat de la police sud africaine créée en 1993 comme contre-poids au syndicat militant pour les droits civils des gardiens de prison et de la police civile, a pris soudainement la tête d'une action de masse pour exiger une augmention des maigres

En même temps le gouvernement devrait réduire les dépenses du secteur public, notamment en ce qui concerne les coûts salariaux du service civil post-apar-

Les coupures provoquent des actions de la part des fonctionnaires, qui parfois

Au mois de février Mandela a mis en garde les syndicats contre les anarchistes dans leurs rangs : le président du COSATU John Gomomo a mis en garde le gouvernement contre le danger d'une chasse

1992.

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