Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

Les négociations de San Andres

· Inprecor n° 392, juin 1995 · p. 26-28 · 2 315 mots

Mexique Syndicalisme Femmes

insurrectionnelle continue

Comme il fallait s'y attendre, la première proposition faite par le gouvernement mexicain à l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) pendant les négociations de San Andres (voire Inprecor n°391 de mai 1995), qui avait comme objectif de délimiter le territoire occupé par l'EZLN, a été rejetée non seulement par l'EZLN mais aussi par d'ample secteurs de la société qui ont demandé au gouvernement de modifier ses propositions à la veille de la session de négociations prévue pour le 12 mai. Ulises MARTINEZ FLORES

C ette réunion qui s'est pro-

longée jusqu'au 15 mai, fut un nouvel affrontement entre deux mondes totalement différents et a failli conduire à l'arrêt des négociations. Néanmoins, un accord fragile a été réalisé sur une détente militaire et qui prévoit la reprise des négociations le 7 juin.

Lors de ces négociations, le gouvernement a modifié sa proposition en suggérant cette fois l'établissement, d'un commun accord, de 7 routes qui permettraient de dégager des zones où les rebelles regrouperaient leurs troupes, tandis que l'armée du gouvernement se replierait à Topposé.

Dans les zones occupées par les zapatistes l'EZLN serait responsable du maintien de l'ordre et de la sécurité publique ; dans un premier temps on tenterait l'expérience sur l'une des routes, pour être généralisée sur les six autre en cas de succès. Les sept routes proposées sont situées dans la région de la Selva. Le gouvernement n'a rien proposé pour garantir la détente dans les régions de Los Altos et la Meseta, et les deux autres zones du Chiapas.

Parallèlement à cette proposition les

MEXIQUE

La lutte anti-

délégués du gouvernement ont insisté à plusieurs reprises sur le fait que selon eux le dialogue avec les zapatistes a eu au départ un caractère illégale et qu'ils œuvrent à la transformation de l'EZLN en force légale.

L'accord engage l'EZLN à étudier sérieusement la proposition globale du gouvernement concernant les sept routes ainsi qu'à accepter de mener l'expérience sur l'une d'elle.

Comment comprendre la proposition du gouvernement qui, au lieu de les séparés, tend à rapprocher les armées ennemies? pour ce qui relève du militaire, la proposition se situe, sans aucun doute, dans une optique contre insurrectionnelle qui prédomine au gouvernement, et qui veut , avec le projet des routes être capable de détecter avec une plus grande précision les effectifs et la situation géographique des forces zapatistes. Mais en même temps cette proposition doit faire face aux limites imposées par la sous estimation qu'elle donne du pouvoir militaire zapatiste, puisqu'elle doit se limiter à une seule région du Chiapas, parce que couvrir tout le Chiapas de «routes de détente» signifierait reconnaître l'expansion du mouvement armé insurrectionnel.

En même temps il est nécessaire d'interpréter la proposition du gouvernement en tenant compte des facteurs et des mouvements extra-militaires, pour lesquels il faut entamer une mesure de détente. Ces facteurs ont comme dénominateur commun l'usure, la désarticulation et la suppression des espaces sociaux où le néozapatisme s'enracine et sur lesquels il s'est appuyé.

Diviser pour régner

Dans un sens, et avec une certaine avancée en sa faveur, le gouvernement maitrise la carte de l'assistanat au sein même du mouvement social né de l'explosion zapatiste dans le Chiapas. A partir de cette logique le gouvernement a réussi à entamer des négociations avec un secteur important de l'Assemblée démocratique du peuple du Chiapas (AEDPCH) à partir de ce qu'on a appelé le Programme de bien être social et de développement économique de soutien pour le Chiapas. Dans les faits, ces négociations représentent une division du front de luttes populaires du Chiapas et surtout une séparation du secteur qui accepte de négocier par rapport aux secteurs et communautés zapatistes

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qui affirment leur dignité en refusant du gouvernement et de l'armée toute forme d'assistance. Par ailleurs, la mesure de détente aide le gouvernement fédéral dans sa recherche de légitimité électorale qu'il pourrait acquérir s'il réussit à maintenir le calme jusqu'aux élections prévues pour le 15 octobre 1995 pour le renouvellement du congrès local et des 111 mairies du Chiapas.

Impliquer l'EZLN dans la gestion institutionnelle

Globalement, le gouvernement recherche un contrôle militaire plus important et une implication de l'EZLN dans des fonctions institutionnelles, comme le maintien de l'ordre et la sécurité publique dans les zones où se concentrent les unités militaires de l'EZLN (Cela impliquerait-il de se défendre et de défendre la population contre un éventuel désordre public provoqué par la 3ème armée celle des gardes blancs des grands propriétaires ?). Afin de calmer les tensions sociales dans le Chiapas et de canaliser le mécontentement vers des voies domestiquées : les programmes d'assistance sociale du gouvernement et

C'est aussi sous cet angle que prend tout son sens l'insistance du gouvernement pour que le conflit du Chiapas n'ait d'autre issue que la négation de l'EZLN. Quel espace d'activité politique le gouvernement prétend-t-il offrir au néozapatisme transformé en force politique légale ? Le même espace qu'il offre aux autres partis politiques c'est-à-dire le système du partiEtat maquillé par une énième réforme

Ce nouveau maquillage du régime politique mexicain se prépare depuis des mois dans les bureaux du ministère de l'intérieur avec la participation fidèle du parti de droite le Parti d'action nationale (PAN) et du Parti du travail (PT) (une force à l'origine de gauche mais actuellement dans les faits complice du gouvernement). De son côté le Parti de la révolution démocratique (PRD) fait des entrées et des sorties de ces négociations au rythme des coups reçus par le gouvernement de la part des mouvements sociaux et des régions où le PRD est influent, et selon les discussions chaque fois plus dures qui opposent son courant conciliateur à son courant antigouvernemental.

Avec ou sans le PRD, ce qui se prépare à cette autre table de négociations est une réforme politique basée sur les partis qui ont une représentation parlementaire dans un pays où il manque un vrai système de partis politiques, qui aujourd'hui présente le spectre politique parlementaire le plus réduit des demières décennies, et où la plupart de ces organisations politiques — comme dans les partis sans représentation parlementaire — traversent de profondes crises.

A tout cela s'ajoute le manque de confiance et de crédibilité dans le gouvernement. Quelle confiance peut-on avoir en une réforme politique conduite depuis un régime de parti-Etat, alors que le gouvernement a démontré que quand il prépare de dialogue et de paix il prépare la guerre ? Quelle crédibilité peut avoir une réforme qui aurait comme principaux participants des majorités parlementaires qui de façon humiliante et acritique continuent de se plier à la parole du président ?

Un mois de mai chaud

Pendant ce temps, dans le reste du pays les manifestations de mécontentement populaire face à une politique gouvernementale qui a accentué la misère ne cessent d'augmenter.

Lors de la journée internationale des travailleurs, plus d'un demi million de travailleurs mexicains se sont mobilisés contre la politique économique de Zedillo qui a fait baisser les salaires et supprimer des emplois.

Le 1eT mai de cette année a été le premier dans l'histoire du mouvement ouvrier et syndical mexicain où les travailleurs ont exprimé librement leurs revendications. Avant 1995, la bureaucratie syndicale avait transformé cette date en journée de reconnaissance des travailleurs pour le gouvernement. Le 1er mai était jusqu'alors l'image du contrôle gouvernemental sur les centrales syndicales officielles.

La crainte d'un débordement a poussé le gouvernement et la bureaucratie syndicale à suspendre le défilé officiel du ler mai. En laissant la place aux manifestations des syndicats indépendants dans toutes les rues du pays le gouvernement a démontré que le cycle des mécanismes corporatistes est révolu.

Débarrassés des compromis officiels, les syndicats indépendants et aussi d'important secteurs de travailleurs organisés dans les syndicats officiels, dans des organisations sociales, politiques, étudiantes ont transformé le 1er mai en une journée de lutte durant laquelle les revendications autour des augmentations de salaires, de l'emploi et contre la politique néolibérale se sont combinées avec les mots d'ordre de soutien à l'EZLN.

Durant la manifestation de Mexico (environ 300 000 personnes) on a distingué les cortèges du Mouvement prolétaire indépendant (MPI) et surtout celui du syndicat des travailleurs du service public de bus en voie de privatisation après avoir été déclaré en faillite et que le gouvernement ait fait emprisonné ses dirigeants.

Le MPI était jusqu'à maintenant un secteur du syndicalisme indépendant marqué par le sectarisme et le rejet des partis politiques, qui durant des années a manifesté seul en cette journée internationale des travailleurs. Cette fois la situation défensive dans laquelle se trouvait le MPI conjuguée à l'absence de la bureaucratie syndicale l'ont amené à s'unir avec d'autres secteurs syndicaux.

Nous devons évaluer à sa juste mesure cette large mobilisation pour le 1er mai, sans être par trop optimiste. Ce fut une mobilisation d'une grande ampleur avec pour résultat concret la création de la Coordination inter-syndicale 1er mai (composée d'une grande diversité de syndicats). Cette mobilisation a cependant montré par ses mots d'ordre et par les déclarations faites lors du meeting de clôture, son manque de contenu politique clairement défini, l'absence d'une direction politique, reflet d'un mouvement syndical durement frappé durant ces dernières

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années. Le mois de mai a connu d'autres manifestations de secteurs syndicaux et sociaux en réaction à la politique économique de Zedillo. Au sein de ces secteurs on distingue le syndicalisme universitaire qui a réussi à unifier ses appels à la grève pour des augmentations ponctuelles de salaires.

Face à l'augmentation de la TVA les petits commerçants du secteur pharmaceutique ont organisé des grèves d'une journée contre cette augmentation dont l'entrée en vigueur est prévue dans les prochains mois et qui laisse présager d'une baisse des ventes.

Mexico a vu pratiquement tous les jours des manifestations de résistance des travailleurs du service des transports publics qui même avec leur direction syndicale derrière les barreaux ont réussi à maintenir la mobilisation et à ouvrir une brèche dans le dialogue avec le gouvernement qui permettrait de sauver leur emploi et de liberer les prisonniers. De même ont eu lieu de fréquentes manifestations et rassemblements du mouvement «El Barzon» qui à l'origine regroupait de petits et moyens propriétaires agricoles, manifestation contre l'augmentation des taux d'intérêt bancaire suite à la dévaluation de la monnaie mexicaine. Le mouvement «El Barzon» s'est étendu vers les zones urbaines incluant des personnes de couches très diverses de la population qui ont vu une augmentation exorbitante de leur dette vis-à-vis des banques.

Parallèlement à ces luttes sociales, se multiplient les tentatives d'unité et de coordination liées, pour nombre d'entre elles, à la lutte indigène du Chiapas, et d'autres, davantage liées à la lutte contre la fraude électorale au niveau local.

C'est dans ce cadre qu'il faut situer les tentatives de certains secteurs de la Coordination nationale démocratique (CND) (1) pour lui rendre son caractère de pluralité et d'ouverture qu'elle a perdu petit à petit pour se transformer en un lieu de querelles stériles des courants de la vieille gauche. Ceci avait eu pour effet d'éloigner de nouveaux secteurs de la population, qui face au conflit du Chiapas recherchaient un cadre de travail concret.

La convergence nécessaire C'est justement devant l'incapacité de la CND à être le point de convergence de la société civile pour lutter de façon unitaire contre les politiques du gouvernement, que se sont créés de nombreux autres regroupements depuis 1994, et encore maintenant, tels que l'Alliance nationale démocratique (tout juste constituée le 17 mai), les promoteurs du Dialogue de la société civile (qui ont organisé une première réunion à Aguascalientes, Chiapas le 29 mars et en ont prévu une autre pour le 8 juin à Mexico).

Dans la plupart de ces réunions, les

Groupes de citoyens, les partis de gauche et les organisations sociales se multiplient ainsi que les revendications avancées.

Néanmoins, on n'a pas encore vu surgir l'initiative susceptible d'unifier tous ces efforts dans une grande assemblée capable de structurer le mouvement démocratique et populaire au niveau national

L'Armée zapatiste de libération nationale espère et a besoin de la naissance de publié par l'Institut international de recherche et de formation (IIRF).

et les politiques d'austérité qui sont adoptées pour atteindre la «compétitivité».

d'oppression des femmes suscitent de nouvelles formes de résistance.

tionale des processus aujourd'hui à l'œuvre.

Cahier d'étude et de recherche

Les femmes dans la nouvelle économie mondiale

N° 22. 1994. 30 FF.

Institut international de recherche et de formation (IIRF)

1007 RG Amsterdam

Pays-Bas ce grand mouvement national qui lutterait pour une transformation radicale de la politique économique, pour une transition pacifique vers la démocratie qui rendrait inutile sa propre lutte armée, mais qui ne renoncerait pas à mener la lutte pour la destruction de la dictature de parti-Etat qui gouverne le Mexique et pour la construction d'un nouveau système politique garantissant justice, démocratie, liberté et paix digne pour tous. *

Mexico, 26 mai 1995

1) La CND a été constituée en août 1994 à l'initiative de l'EZLN, comme cadre d'unité des luttes de la société civile.

Cahier d'étude et de recherche

«Les femmes dans la nouvelle économie mondiale» est le thème du dernier cahier d'étude et de recherche

Dans cette dernière livraison douze militantes féministes et chargées de recherche de cinq continents différents décrivent les bouleversements qu'entraînent la croissance du commerce mondial, l'intégration économique régionale

(Union européenne, l'Accord de libre échange nord américain, et MERCOSUR),

Elles se penchent sur les conditions de travail, la vie de famille, ou les interactions entre sexe classe, race et caste et montrent combien les projets de réorganisation économique du capital reposent sur la main-d'œuvre bon marché des femmes dans le Tiers monde, sur le travail «flexible» des femmes dans les pays capitalistes avancés et sur le travail domestique non rémunéré en général. Elles montrent également comment, de la Suède à la Malaisie, les nouvelles formes

Dans leur diversité, les articles publiés dans ce numéro 22 des cahiers montrent comment les militantes qui partagent un cadre de référence commun peuvent utiliser leurs expériences pour développer une analyse véritablement interna-

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