Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SALVADOR

La fin du conflit et la transition à la démocratie

Inprecor n° 393, juillet 1995 · p. 19-20 · 1 948 mots

El Salvador Amérique centrale Nicaragua

Nous reproduisons le texte présenté par le FMLN à la rencontre du Forum de Sao Paolo. DOCUMENT près plus d'une décennie

A de convulsions poli-

tiques, sociales et économiques, où ont surgi et se sont renforcés les mouvements révolutionnaires opposés au régime militaire pro-oligarchie, la région centraméricaine connaît un début de transition fragile vers la démocratie. Ce processus de démocratisation est le résultat d'innombrables efforts de différents secteurs politiques et sociaux dans chaque pays de la région, et notamment des organisations de la gauche révolutionnaire, pour chercher des solutions négociées à la crise politique et sociale qui s'est aggravée à partir de la moitié des années 70.

Au Guatemala, après des tentatives prolongées et compliquées de l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG) dans le but d'ouvrir des négociations réelles pour mettre fin au conflit armé, des résultats commencent à se dessiner. L'ordre du jour des négociations fixé, sous le patronage des Nations unies, inclu les aspects centraux de la problématique guatémaltèque : démocratie, paix, respect des droits humains et de l'identité du peuple indigène. L'URNG avec le soutien de large secteurs nationaux et internationaux progresse vers la réalisation d'une solution juste, viable et durable.

Au Salvador, la transition démocratique entamée par la signature des accords de paix en janvier 1992, se développe avant tout sur le terrain de la modernisation et la démocratisation de l'Etat : démilitarisation de la société, création d'une nouvelle police civile nationale, réforme du système judiciaire et réforme du système électoral. Elle inclut aussi un programme de transfert de terres, de réinsertion des anciens combattants des deux armées et des programmes pour les mutilés et la

Salvador population frappée par la guerre. La construction démocratique dans le pays n'est pas achevée, elle est menacée par des secteurs de l'extrême-droite qui n'ont jamais accepté les résultats de la guerre et des négociations.

Etat des lieux

La situation peut être synthétisée comme suit :

a) Les institutions démocratiques surgies après les accords de paix sont encore faibles et certaines sont déformées ou perverties par l'influence des secteurs antidémocratiques.

b) Il existe toujours un problème généralisé d'impunité institutionnelle. La loi n'a pas été imposée à des secteurs puissants liés aux forces armées et aux institutions de l'Etat.

c) L'Etat de droit existant n'intègre ni une division adéquate ni une fonctionnalité des pouvoirs. C'est pourquoi il est constamment violé par des secteurs de la droite civile et militaire.

d) Une culture autoritaire est encore prédominante et c'est dans ce cadre que se forment des enclaves à une culture démocratique émergente.

Au Nicaragua, la révolution populaire sandiniste a pu résister à la guerre d'agression déclenchée par Reagan et définir un scénario dans lequel, malgré la défaite électorale de 1990, des conquêtes révolutionnaires, notamment la propriété des moyens de production aux mains d'organisations des travailleurs à la campagne et dans les villes, ont pu être maintenues. En défendant ces conquêtes et d'autres, le FSLN a pu préserver des liens vitaux avec les aspirations de larges secteurs du peuple. C'est dans ce cadre que le FSLN prépare sa stratégie électorale pour 1996.

Au Honduras, il faut apprécier les progrès réalisés dans la consolidation des gouvernements civils qui ont rompu avec la longue histoire des régimes militaires. Dans ce sens le gouvernement libéral du président Reina est en train d'accomplir des pas décisifs pour mettre un frein aux attributions et dimensions excessives des institutions militaires. Pendant sa première année au gouvernement, il a supprimé le service militaire obligatoire et il est en train d'enlever aux forces armées les fonctions de sécurité publique, de renseignements généraux, etc. Cette politique doit faire face à une sérieuse opposition de la part de l' «establishment» militaire.

L'avènement au pouvoir au Panama du gouvernement du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), qui jouit d'une forte base populaire et qui s'efforce de briser le schéma de l'occupation nord-américaine du pays et encourager la dissolution formelle des forces armées, nourrit de nouveaux espoirs de telle façon que le processus politique en cours s'achemine vers la consolidation de la démocratie en maintenant en même temps la revendication du respect rigoureux sur le Canal.

Finalement au Costa Rica, on peut remarquer que des remises en question croissante d'un système politique bipartite, qui bien qu'ayant maintenu pendant des décennies un régime démocratique, offre de moins en moins d'alternatives pour surmonter les difficultés économiques qui affectent la majorité du peuple.

Les peuples d'Amérique centrale sont toujours menacés par des violations des droits de l'homme. Même si ont été créées des institutions étatiques dans presque tous les pays, dont la tâche est de se préoccuper de la défense et de la promotion des droits humains, l'influence de ces institutions reste limitée.

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Par conséquent, ce sont des organismes non gouvernementaux qui sont en train de jouer un rôle de vigilance et de dénonciation permanentes en matière de droits humains, alors que la communauté internationale prête de moins en moins attention à un problème si crucial.

L'Amérique centrale s'efforce de surmonter l'impunité militaire institutionnalisée. La démilitarisation du pouvoir étatique et de la société dans son ensemble est en train de donner à la région un nouveau visage. Les structures militaires ont de moins en moins de pouvoirs décisoires. Cette tendance est en train d'obliger les armées, de même que les civils, à redéfinir le rôle des institutions militaires. Toutefois, des tentatives régressives subsistent encore, visant à assurer aux militaires un rôle de protagonistes dans l'accomplissement de tâches de sécurité publique (c'est le cas du Salvador), de lutte contre le trafic de la drogue, de préservation de l'environnement, etc. Par ailleurs, au cours de l'année 1994 les dépenses militaires ont augmenté en termes réels : c'est pourquoi de plus en plus de voix s'élèvent demandant la démilitarisation totale de l'Amérique centrale conçue comme un pas décisif dans le but de consolider la démocratie et de favoriser le développement économique et social.

En conclusion, la tendance se renforce pour mettre fin aux conflits armés et ouvrant la voix à la démocratisation des régimes politiques.

Elections et réajustement politique

Malgré de grandes difficultés et tous les obstacles, les espaces conquis pendant de longues années de lutte armée et civile sont en train de s'élargir et de se consolider. A l'heure actuelle, les forces qui représentent la gauche en Amérique centrale ont accru leur autorité et leur capacité d'influer sur les décisions nationales. En même temps, il est significatif que dans la région apparaissent et se développent des formes multiples d'organisation de la société civile, qui dans leur domaine spécifique contribuent à renforcer le mouvement pour le changement en Amérique centrale.

Les processus électoraux au Honduras, au Panama et au Salvador s'insèrent dans la tendance à la démocratisation. La gauche y a joué un rôle important en y participant à l'échelle nationale et en gagnant des positions significatives au niveau institutionnel. Toutefois, il est incontestable que le pourcentage de participation aux élections révèle une diminution croissante de l'intérêt porté à ce type d'activité 20 civique. Au Salvador, l'absentéisme électoral a atteint aux dernières élections 55 % alors qu'au Guatemala il a dépassé 80 %.

Il faut ajouter, qu'il existe des systèmes électoraux truqués, des listes de votants non-fiables, une exclusion systématique des gens qui auraient le droit de vote, absence de règles en matière de propagande électorale, etc.

Au Salvador, malgré la victoire de T'ARENA en 1994 à l'élection présidentielle, le FMLN s'est affirmé comme la principale force de l'opposition en obtenant une représentation significative à l'Assemblée législative.

Certes, nous avons connu des difficultés à cause d'un système électoral truqué et du fait que le FMLN s'est transformé d'un mouvement de guérilla en un parti politique électoral en l'espace de deux ans. Toutefois, nous considérons que la principale faiblesse de notre campagne électorale (dispersion, absence de clarté dans notre message, manque d'efficacité dans l'action pour gagner des secteurs incertains, etc.) a eu l'origine suivante : l'absence d'unité et de cohérence dans le projet politique de la gauche. Nos points forts ont été l'organisation sociale et politique au niveau national et notre capacité de mobilisation pendant la campagne. Il est significatif que nos meilleurs résultats ont été obtenus dans les villes et les plus faibles dans les campagnes. Sur un total de 262 municipalités, nous en avons gagné 15 et nous avons obtenu la deuxième place en 68 municipalités, y compris dans les principales villes. En revanche, l'ARENA a participé aux élections sur une base fondamentalement unitaire, qui s'est reflétée dans des messages et des images cohérentes, la propagation des illusions, le recours sélectif à la terreur, l'utilisation des fonds de l'Etat et une forte structure des partis.

Pour toutes ces raisons, nous estimons qu'une unité programmatique et une stratégie de la gauche susceptibles de gagner un large consensus seront un élément clé pour les prochaines batailles électorales.

Au Salvador et au Nicaragua se développent des débats importants sur le rôle et l'avenir de la gauche dans le nouveau contexte national, régional et mondial. Ces débats ont produit des divisions et des réajustements politiques au sein aussi bien du FMLN que du FSLN. Il va de soi qu'il ne s'agit pas d'un phénomène qui ne concerne que la gauche. Les différentes forces politiques connaissent des réajustements provoqués par leurs conceptions de la nature et de la profondeur des changements qui se produisent dans la transition vers la démocratie et de la redéfinition des sujets sociaux qu'elles représentent ou prétendent représenter.

Le FMLN

Dans le cas du FMLN, l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP) et la Résistance nationale (RN), deux des cinq organisations qui en ont fait parti depuis sa fondation jusqu'à décembre 1994, ont décidé de le quitter pour fusionner ensemble avec l'ex-Mouvement national révolutionnaire et le Parti démocrate. En fait, ces organisations s'efforcent d'apparaître comme un parti du centre afin de remplir le vide politique et électoral laissé par le sérieux affaiblissement du Parti démocratique chrétien. Toutefois, dans la pratique ces nouveaux regroupements constituent une opposition au FMLN et à tout secteur qui développe une opposition active au gouvernement de T'ARENA. Le Parti démocratique opère en tant qu'allié de l'ARENA sur toute une série de questions traitées au parlement et jusqu'ici ne s'est pas prononcé contre le plan économique anti-populaire, antinational et anti-intégrationniste avancé par le gouvernement Calderon Sol.

Pour sa part le FMLN, lors de sa convention nationale du mois de décembre 1994, a décidé de progresser vers la formation d'un parti de gauche, démocratique et unifié, en même temps il a adopté une orientation basée sur l'application intégrale des accords de paix, la démocratisation de l'Etat, la lutte contre la corruption, l'affirmation des droits des femmes, la défense de l'environnement et l'intégration régionale. Le FMLN progresse dans cette direction en jouant un rôle actif, dans la lutte contre les plans économiques de Calderon Sol, pour la définition de propositions économiques alternatives et pour l'application des accords de paix. En même temps les partis et les tendances qui existent au sein du FMLN, vont tenir au cours de l'année 1995 des congrès pour décider la pleine intégration dans le FMLN et la dissolution des structures partidaires : Forces populaires de libération (FPL, dont le congrès a déjà eu lieu le premier avril de l'année 1995), du Parti communiste salvadorien, du Parti révolutionnaire des travailleurs centraméricains (PRTC), la Tendance démocratique (TD) et les ex-militants de la RN. Notre objectif est de convoquer au mois de décembre 1995, la première convention nationale du nouveau FMLN, unifié pleinement démocratique et renouvelé dans sa ligne politique et idéologique. Au Nicaragua le débat sur la réforme constitutionnelle et sur le rôle de la gauche dans la nouvelle situation a provoqué une division au sein du FSLN et la formation du Mouvement du renouveau sandiniste (RMS).*

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