Nous reproduisons ci-dessous des extraits de la déclaration de l'Armée zapatiste de libération nationale(EZNL). DOCUMENT
N ous écrivons à l'heure
actuelle pour faire aboutir notre proposition d'organiser et de promouvoir la Consultation nationale. (voir encadré)
Selon notre proposition, il incombe à la Convention nationale démocratique (CND) le rôle de coiffer l'organisation de la consultation internationale, la promotion et la diffusion de la consultation nationale.
L'Alliance civique nationale aura la responsabilité de son organisation.
A l'organisation de la consultation internationale participeront dix membres de la CND proposés par l'EZLN :
Amado Avendano Figueroa ; Rosario IBarra de Piedra ; Jose Alvarez Icaza; Ofelia Medina ; Flora Guerrero ; David Villarruel ; David Guillermo Briseno ; Carlota Botey ; Patria Jiminez ; Paulina Fernandez
(...) je vais essayer d'expliquer ce que nous pensons et nous attendons de cette consultation.
En premier lieu, il s'agit d'être conséquent avec nos discours. Le Zapatisme a insisté sur le concept de «diriger en obéissant» comme un des fers de lance d'une nouvelle culture démocratique. Il est vrai que nous sommes, une organisation armée et clandestine, Il est vrai également que nous avons déclaré la guerre au gouvernement fédéral mais nous sommes une organisation en dialogue avec le gouvernement, c'est-à-dire, que nous essayons de réaliser nos justes revendications par les mots et non par les armes. Nous sommes une organisation reconnue par la loi du 6 mars 1995 et donc, tant que durera le processus de dialogue et de négociation nous serons une organisation légale et reconnue par les autorités. Nous sommes, donc, une organisation disposée à rechercher et suivre des voies de transformation démocratique autre que la guerre.
1 MEXIQUE
Comme vous le savez déjà, depuis le 12 janvier 1994 nous n'avons réalisé aucune action violente contre le gouvernement. Les délégués du gouvernement fédéral au dialogue de San Andres Sacamach'en de los Pobres nous accusent d'essayer, en fait, de gagner du temps, de ne pas avoir une réelle volonté de dialogue. Mais, pourquoi faire ? Depuis le jer janvier 1994, de nombreuse crises ont traversé le pays (par exemple celle des assassinats de responsables et la crise économique.) Des occasions propices à la «déstabilisation» se sont créées. Cependant, notre EZLN n'a réalisé aucune action qui aurait pu tirer profit de cette conjoncture.
Ce n'est ni le temps ni les opportunités qui nous ont manqué pour exploiter de telles occasions. Ce qui nous a manqué, ce sont des propositions sérieuses pour résoudre les problèmes fondamentaux qui ont provoqué notre soulèvement. Ce que nous cherchons c'est une solution juste et digne et non pas une solution de facilité.
Notre lutte est politique. Et cela nous l'avons tous appris. Et c'est pourquoi nous ne recherchons pas à travers cette consultation une caution à la guerre, comme nous ne le cherchions pas non plus en 1994 quand s'est formée la CND. Je pense que notre intense et courte vie publique, depuis début 1994 a démontré que nous sommes disposés à rechercher, au risque même de notre vie, une solution politique et non pas une solution militaire. Pour nous une solution politique signifie : paix, justice et dignité, et nous n'attendons pas du gouvernement cette solution politique. Pour lui une solution politique est équivalente à écraser, mettre en déroute et humilier l'EZLN ce qui explique l'attitude autoritaire et arrogante des délégués du gouvernement. Nous pensons que la solution ne viendra ni du gouvernement ni de nos propres rangs mais plutôt du cessez-le-feu de janvier 1994, du dialogue de San Cristobal, de la CND, de l'aide humanitaire, du soutien dans la recherche d'une paix digne, de la mobilisation pour arrêter la trahison de février 1995, des camps de paix et des observateurs nationaux et internationaux ainsi que du dialogue de San Andres. L'origine de tous ces événements, si importants et en si peu de temps
- c'est ce que beaucoup méprisent, regardent avec scepticisme ou avec désillusion — c'est la société civile qui lutte pour la démocratie (...).
Nous avons eu une opportunité, l'opportunité de parler et d'être écoutés. Maintenant, nous avons appris que cette opportunité est un droit et nous sommes disposés à l'exercer, et disposer à tout pour ne pas le perdre à nouveau. Nous avons appris à parler et voici ce que nous sommes venus dire : Nous sommes Mexicains, et nous avons une proposition nationale. Nous proposons de lutter et de réaliser la démocratie, la liberté et la justice pour tous les hommes et les femmes de ce pays.
Nous voulons dire, également, que nous sommes des êtres humains et que nous avons une proposition mondiale. Nous proposons un nouvel ordre international basé sur la démocratie, la liberté et la justice.
Ce qui est surprenant ce n'est pas qu'un mouvement majoritairement indigène revendique son caractère national et
international, mais c'est qu'il soit aussi majoritairement analphabète et pauvre. Cela ne remet pas en cause pour au tant sa proposition nationale et internationale. Tout le monde connaît les effets dans ce pays de la culture technocratique et des études post-universitaires à l'étranger : misère, crise, ingouvernabilité, incertitude et un désir immense dans le cœur et le ventre, que tout change. Ce qui est surprenant c'est que notre voie a été écoutée par des oreilles différentes des nôtres des gens qui ne veulent pas déformer ce que nous disons. Nous avons été écoutés et d'autres acceptent ce que nous disons. Voilà la surprise pour tout le monde, nous compris.
Quelle consultation nous voulons ? Ou plus précisément qu'est-ce que nous attendons de cette consultation ? Nos réponses seront aussi brèves qu'un simple oui ou non, mais plus concrètement :
1- La consultation doit être impartiale, c'est-à-dire nous voulons pas que les gens répondent selon nos désirs, nous voulons pas que le résultat soit celui qui nous arrange le plus. Nous voulons que les gens disent ce qu'ils pensent et connaître les résultats réels de cette consultation. Nous voulons une consultation nationale, qui englobe toutes les classes sociales et tout le territoire nationale. Nous voulons adressé nos questions au plus grand nombre.
2- Nous voulons que la consul tation soit crédible, cela ne dépendra pas du résultat ni de la quantité de gens consultés. Cela dépendra du sérieux dans l'organisation, dans la direction, dans la méthode et dans l'impartialité.
3- Nous ne voulons pas une enquête non pas parce que nous pensons qu'elle n'aurait aucune valeur, mais parce qu'il ne s'agit pas d'une étude de marché pour offrir un nouveau «produit» politique, mais comme je l'ai déjà expliqué d'un dialogue
4- Les questions sont définitives de point de vue de leur contenu et non de leur formulation. Elles peuvent être élargies, réduites, rédiger sous une forme différente, mais nous avons besoin de connaître les réponses à ces questions, nous estimons qu'il serait bien de connaître les réponses non seulement pour nous mais également pour toutes les forces démocratiques.
La première question se réfère à la nécessité d'un nouveau pacte social sur la base des 13 points : logement, terre, travail, nourriture, alimentation, santé, éducation, indépendance, culture, information, démocratie, liberté, justice et paix.
Si ces 13 questions sont les plus importantes aux yeux de la majorité du peuple mexicain alors l'orientation économique du pays doit être redéfinie avec l'objectif fondamental de satisfaire ces besoins.
La deuxième question concerne la nécessité de l'unité des forces de l'opposition sur la base d'un programme de lutte commun. Nous avons déjà exprimé nos idée à ce sujet, mais qu'en pense le peuple du Mexique ?
La troisième question concerne l'une des conditions nécessaires et juste pour une lutte politique pacifique. L'absence des conditions pour une telle lutte politique pousse les citoyens à la lutte clandestine et illégale ou au scepticisme et à l'apathie. La lutte électorale n'épuise pas la lutte politique. La réforme électorale ne signifie pas réforme politique. Cette réforme implique la destruction du système du parti-Etat, une révolution et pas une réforme. Toutefois, un système électorale équitable et libre est nécessaire pour la transition à la démocratie.
Les questions quatre et cinq sont liées. Répondre «non» aux deux signifie répondre «non» à la question de savoir si l'EZLN devrait ou non devenir une force politique. Si la réponse est affirmative, alors il faut se demander si elle devrait le faire toute seule, c'est-à-dire comme force politique nouvelle et indépendante, ou si elle devrait s'unir à d'autres forces qui existent au ensemble une nouvelle force politique. Nous ne sommes pas en train de demander si nous devons nous intégrer dans l'une des forces politiques existantes. D'un côté nous devrions évidemment demander l'opinion de l'organisation dans laquelle nous voudrions entrer, de l'autre nous parcourons ce chemin justement parce que nous ne nous considérons pas représentés par aucune des organisations existantes.
Les questions quatre et cing sont peu être celles qui peuvent provoquer plus de doutes. Nous essayerons de les clarifier par différents moyens. Pour l'instant, je me limite à préciser que nous ne sommes pas en train de demander si nous devrions ou non nous désarmer, nous avons signalé que notre désarmement n'est pas en discussion. Nous ne demandons pas non plus, si nous devons nous transformer en parti politique. Jusqu'ici, l'EZLN n'a fait appel qu'à l'organisation et à la lutte pour la démocratie la liberté et la justice. Mais étant donné son caractère clandestin et armé, l'EZLN ne s'est pas organisée comme une force politique. Nous sommes une force morale, animatrice de nouvelles formes organisationnelles mais notre force n'est pas organisée politiquement. Notre opinion est écoutée par beaucoup de gens et parfois acceptée. Mais elle ne se traduit pas par une organisation. Peut-être notre rôle n'a été que celui d'indiquer les carences et d'ouvrir un nouvel espace de discussion et de participation.
Ou peut-être le moment est arrivé où le mot «organiser» devient aussi zapatiste. Voilà la question que nous posons. 5- Il s'agit aussi d'une proposition pour participer à une consultation qui ne se limite pas à répondre oui ou non à telle ou telle question, mais qui engage aussi de larges secteurs de citoyens dans son organisation et sa réalisation. 6- Il s'agit d'un appel à l'unité dans deux sens : pour organiser et 7- Il s'agit d'un précédent : une organisation consulte les citoyens sur sa façon d'agir et sur ses actions futurs.
8- Si la position du gouvernement pendant le dialogue s'améliore et on arrive à un accord de paix juste et digne, le problème continue de se poser à l'EZLN : qu'est-ce qu'il doit faire ? Continuer à lutter par d'autres moyens ou disparaître?
9- Il ne s'agit pas d'une action propagandiste, il s'agit d'un référendum sur nos questions (les 13 points), sur notre appel à l'unité de l'opposition (large front d'opposition), sur notre revendication politique principal (réforme politique profonde). II s'agit d'une question cruciale : qu'est-ce que nous devons faire ? Comment ? Nous devons nous transformer ? Seul ou avec
10- Les dates sont flexibles mais on doit tenir compte du fait que nous avons besoin de connaître les réponses pour établir notre attitude dans le dialogue avec le gouvernement.*
20 juin 1995