Partido dos Trabalhadores
Nous publions ci-dessous le document du Parti des travailleurs du Brésil présenté lors de la rencontre de Montevideo du Forum de São Paolo. DOCUMENT près la dernière rencontre
A
du Forum, l'Amérique latine a connu des transformations importantes. Entre juillet 1993 et mai 1995, il y a eu des élections présidentielles et législatives dans 14 pays du continent.
A la différence d'autres élections, cette fois dans la quasi-totalité des cas, des forces de gauche et de centre gauche avaient des possibilités réelles de victoire. Le plus souvent, l'affrontement a été caractérisé par l'opposition entre la droite et le centre gauche. Malgré les échecs essuyés, la gauche a obtenu dans l'ensemble, les meilleurs résultats de toute l'histoire de l'Amérique latine. Ces résultats sont l'aboutissement d'un processus prolongé d'émergence de mouvements sociaux, de renouveau politique et d'une recomposition organisationnelle de partis et mouvements progressistes en cours depuis au moins dix ans.
Les conditions difficiles, dans lesquelles son activité se développe et les résultats électoraux négatifs n'affectent pas la force de la gauche latino-américaine. Au contraire, elle continue d'avoir une forte présence dans la société, en renforçant en même temps sa présence dans le parlement, dans les gouvernements des Etats et au niveau des municipalités. Elle ne cesse donc d'être un facteur décisif dans la vie politique de la majorité des pays du continent.
La gauche doit, en tout cas, faire face à des énormes défis, la possibilité qu'elle puisse représenter une alternative dépend de sa capacité de répondre à ces défis en approfondissant le processus du renouveau programmatique ainsi que son intégration sociale. Elle devrait être la voix des exclus, de ceux qui aujourd'hui ne peuvent pas s'exprimer, et en même temps, refléter les aspirations nationales démocratiques et de justice sociale de tous les secteurs sociaux
BRESIL organisés qui s'opposent aux projets d'intégration sauvage de l'Amérique latine dans le (des)ordre mondial. Dans certains pays, tel que le Mexique, le Pérou, l'Argentine, le Brésil et la Bolivie le débat électoral a été dominé par la question de la stabilité monétaire. La victoire a été remportée par des candidats qui ont défendu le réajustement de type néolibéral.
Retrait de /'Etat
Dans leurs discours et dans leurs actions, «l'Etat-minimum», défendu explicitement ou implicitement par les conservateurs, apparaît comme la solution à la crise du modèle national de développement lancé à partir des années 30 et en crise depuis quinze ans.
Sans saisir la racine du problème le néolibéralisme prône le retrait total de l'Etat de l'économie, en exploitant l'hostilité justifiée de secteurs sociaux croissants vis-à-vis d'un appareil étatique autoritaire, inefficace, bureaucratique et surtout privatisé par les grands groupes nationaux et internationaux, qui s'avèrent incapables de réaliser une politique sociale surtout dans le domaine de l'éducation, de la santé, du logement, des transports et du bien être. La droite traditionnelle et ceux qui se sont récemment convertis à ses thèses, expliquent que la généralisation des mécanismes de marché pourrait rectifier les distorsions sociales actuelles en redonnant de la vigueur aux pays du continent par leur intégration complète à l'économie mon-
OPartido sem Patrões POR UM GOVERNO DOS TRABALHADORES diale. En reconnaissant verbalement la profondeur de la crise sociale en Amérique latine, les néo-conservateurs estiment qu'il est nécessaire de combattre prioritairement l'inflation pour relancer par la suite la croissance et plus tard distribuer la richesSe.
Dans le but de limiter l'impact à court terme de la crise, étant donné que leur programme ne pourrait donner des résultats positifs qu'à moyen et long terme, ils avancent des propositions politiques et sociales de compensation. Le modèle le plus connu est celui du Pronasol mexicain qui a inspiré le programme des Communautés de solidarité de Fernando Henrique Cardoso [au Brésil].
Dans ces pays et dans d'autres, la gauche a critiqué le projet néolibéral qui engendre l'exclusion sociale, qui est économiquement antinational et politiquement autoritaire. Elle a souligné la nécessité d'aborder prioritairement la question de l'apartheid social et a formulé avec plus ou moins de succès des projets alternatifs de développement visant à combiner la lutte contre l'inflation, la croissance économique et la distribution du revenu.
En reconnaissant que la mondialisation est un phénomène objectif, la gauche s'est efforcée dans ses programmes de concilier l'ouverture commerciale et la nécessité d'attirer des investissements étrangers avec la sauvegarde de la souveraineté nationale. Malgré cette préoccupation de construire des alternatives, les projets nationaux de la gauche n'ont pas tou-
jours atteint le niveau de profondeur et de clarté susceptible d'arracher l'hégémonie idéologique aux conceptions des conservateurs qui se sont avérés capables de réaliser une forte implantation, y compris au sein des couches populaires. La gauche sur la défensive
Troublée par la crise des modèles d'économies centralement planifiées et l'écroulement du projet social-démocrate de l'Etat providence, la gauche a fait preuve de trop peu d'audace dans la proposition des solutions novatrices susceptibles d'attirer les masses populaires dans une situation complexe de transition économique, sociale et politique où un modèle de développement entre en crise sans qu'aucun autre ne le remplace. La situation défensive de la gauche a permit à la droite de présenter la résistance au néolibéralisme comme le produit de positions «corporatistes», «xénophobes», hostiles à la «modernité».
La gauche a sous-estimé l'impact des programmes de stabilisation, notamment sur les secteurs les plus paupérisés de la population dans certains cas victimes longtemps de violents processus inflationnistes et hyper-inflationnistes. Ses analyses et dénonciations des graves conséquences de la politique monétaire et d'échange adoptée par le gouvernement pour combattre l'inflation étaient correctes. Tôt ou tard, les orientations qui découlent de cette politique impliqueront une détérioration du commerce extérieur, un lourd déficit de la balance de payement, une croissance de la dette extérieure et une croissance exponentielle de la dette intérieure favorisée par des taux d'intérêts élevés. Etaient également correctes les mises en demeure de la gauche sur les effets pervers à moyen et long terme des programmes anti-inflationnistes surtout à cause de leur impact sur les économies nationales : destruction de branches entières du système de production avec suppression de milliers d'emplois et dans certains cas même une redefinition radicale du profil des classes travailleuses et de leurs organisations. A part quelques propositions générales sur la nécessité d'un «contrôle social» ou «structurel» de l'inflation, les gauches n'ont pas dit des choses assez concrète pour aborder ces problèmes cruciaux. A vrai dire, étant dans l'opposition, les gauches n'avaient pas des instruments concrets de politiques économiques pour aller au-delà des propositions générales. Par conséquent, la droite exploitant des médias puissants a pu manipuler l'opinion publique en associant l'idée d'une victoire de la gauche avec celle d'un retour de l'inflation c'est-à-dire
Les prévisions de croissance du Produit national brut (PNB) latino-américain indique une tendance au déclin. Alors qu'en 1994, la croissance était de 5 %, on ne s'attend qu'à 2 % pour 1995. En outre, dans ce continent déjà marqué par des inégalités sociales énormes, même quand il y a une croissance elle n'a pas un impact positif sur l'emploi.
Pour être plus «compétitives», les entreprises ont été obligées de réduire drastiquement leurs effectifs et de «tertiariser» leurs services en rendant le travail plus précaire. Les investissements nouveaux, étant donné le processus de travail et les techniques de gestion qu'ils introduisent, comportent une compression de la force de travail et par conséquent n'ont pas de répercussions sociales favorables. Cela explique pourquoi par exemple en Argentine au cours des dernières années il y a eu une croissance de 30 % alors que le nombre de chômeurs et de travailleurs précaires a atteint 25 %. Ces nouveaux facteurs structurels d'accroissement du chômage, combinés aux effets plus généraux des politiques macro-économiques adoptées, produisent une aggravation de l'exclusion sociale. Toutes les statistiques indiquent que le nombre d'hommes et de femmes socialement en-dessous du seuil de pauvreté, augmente au Brésil comme dans une grande partie de l'Amérique lati-
Au niveau politique l'application de ce modèle a des implications fortement autoritaires surtout en tenant compte de la précarité du processus de transition à la démocratie dans la plupart des pays latino-américains. Même si les travailleurs et d'autres secteurs populaires et démocratiques ont participé activement au processus de démocratisation, il est évident que dans presque toutes les transitions il y a eu des éléments de compromis avec des vieux groupes dominants. Certains de ces groupes recyclés pour les temps nouveaux de démocratie, continuent de détenir des parties importantes du pouvoir. Leur présence au pouvoir, dans certains cas avec des secteurs provenant de la gauche, du centre gauche ou du populisme, rend difficile une réforme du système politique en déformant encore plus des mécanismes de représentations traditionnellement précaires. La fragilité de plus en plus grande de la majorité des partis politiques se reflète dans l'inconsistance absolue de leur programme (ou dans le fait qu'en paroles ils se ressemblent tous), ce qui a contribué à discréditer davantage les mécanismes représentatifs. Le fait que des progrès sur le terrain de la démocratie politique n'ont pas comporté des améliorations sociales pour la majorité de la population, produit un discrédit général de la politique et des politiciens qui peut atteindre aussi des organisations de gauche. Cela permet de souligner le fait que la démocratie politique reste toujours menacée à cause de l'absence de démocratie économique et sociale. Ce tableau renforce les idées de ceux qui pensent que la politique est une activité de part sa nature perverse, ce qui ouvre le chemin aux «hommes providentiels» ou à une conception technocraticogestionnaire d'exercice du pouvoir impliquant évidemment l'exclusion des masses.
Crise et autoritarisme
Les événements de décembre 1994 au Mexique, qui ont révélé clairement les limites d'un modèle qui avait été présenté par les forces conservatrices comme exemplaire pour toute l'Amérique latine, comportent des leçons multiples et complexes pour la gauche latino-américaine. Bien que la crise mexicaine et les répercussions qu'elle a eue sur d'autres «marchés émergeants» latino-américains, ait confirmé les prévisions de la gauche et surtout démontré la fragilité des projets néolibéraux de réajustement, il n'y a pas de quoi se féliciter. En premier lieu parce que les principales victimes des mesures adoptées pour conjurer la crise sont les classes travailleuses et les autres secteurs marginalisés de la société, sur lesquels va peser le blocage des salaires, la récession, le chômage et la nouvelle poussée inflationniste. Comme toujours les riches seront compensés de leurs pertes et sont en condition de survivre sans trop de problèmes. En deuxième lieu parce que la conséquence de l'écroulement mexicain ou de tout autre écroulement similaire qui puisse se produire, ne comporte pas nécessairement une avancée des classes travailleuses et des secteurs démocratiques.
L'expérience historique a enseigné plusieurs leçons à la gauche sur les dangers d'une conception catastrophiste, c'est-à-dire, une tendance à déduire la possibilité d'une avancée politique en partant d'une crise du capitalisme. Il est souvent apparu que le résultat d'une crise grave du modèle économique peut être l'instauration de formes plus autoritaires d'exercice du pouvoir, sinon une contre-révolution ouverte. Cette réalité constitue pour la gauche un double défi : reconstruire une alternative stratégique de moyen et long terme et présenter des alternatives immédiates, de caractère transitoire permettant à court terme de répondre aux problèmes qui se posent aux secteurs populaires et à d'autres secteurs sociaux frappés par les mesures de réajustement. *