Interview de Ken Loach par Lola Galán (El País)
El País : Tierra y Libertad m'apparaît comme une approche autrement subtile, et assez rare, de la guerre civile espagnole. Le film aborde les problèmes dans les rangs républicains.
Ken Loach : C'est l'histoire d'un jeune Anglais au chômage qui part combattre les fascistes en Espagne. Par le plus pur hasard, il se retrouve dans les rangs d'un petit groupe anarchiste du POUM (Parti ouvrier d'unification marxiste) et il réalise que les choses ne se passent pas comme elles devraient, que les miliciens communistes ne leur apportent aucune aide, alors qu'ils appartiennent tous au même camp. Le film est l'histoire de cette rupture, de l'expérience vécue par ce jeune dans la guerre.
• Quiconque aborde la guerre civile espagnole en tire toujours quelque conclusion nouvelle. Quelle est la vôtre ?
Je n'en ai pas. Enfin, si, mais je ne voudrais pas la réduire à une phrase. Je crois que je peux dire que dans cette guerre, à cette époque, s'est présentée la possibilité réelle d'un changement de vie du peuple d'Espagne ; qu'on était au seuil d'une véritable révolution et qu'elle a été bloquée par les communistes, par Staline.
• Ces affrontements ont probablement été décisifs dans la défaite du camp républicain.
Bon, la division de la gauche y a contribué, mais également l'absence de soutien des pays occidentaux. A cela s'est ajoutée la politique de Staline, sa lutte contre les secteurs plus ou moins rebelles. Il y a eu de nombreux facteurs ; voilà pourquoi je dis que la guerre civile a offert une réelle possibilité de changement social. Et c'est pourquoi sa mémoire est toujours aussi douloureuse pour les Espagnols. Cela réveille toujours une énorme passion. Et même les jeunes qui ont travaillé sur le tournage de Tierra y Libertad m'ont étonné par leur engagement pour le socialisme. *