C'est une des dernières colonies françaises, un pays que l'on décrit souvent comme le dernier paradis dans tous les guides de voyage, la Polynésie soi-disant française, plus exactement le Fenua Maohi ou le Ac
Maohi, dans la langue vernaculaire (1). Cette region, trop souvent oubliee, reapparait brusquement dans tous les médias. Chirac a cru bon d y reprendre les essais nucléaires, malgré une opinion internationale défavorable Localement, le premier tir atomique a conduit à près de deux jours d'émeutes, d'une violence rarement atteinte en Polynésie.
Laurent Durosé Paris, septembre 1995 L/AÉROPORT A ÉTÉ INCENDIÉ, bloquant tout trafic aérien. Le centre de Papeete a connu de nombreux dégâts. On a pu dénombrer plusieurs dizaines de blessés après les affrontements entre indépendantistes et forces de l'ordre. Un Tahitien a eu la main arrachée par une grenade lacrymogène. Dès le lendemain, une procédure judiciaire d'urgence a été déclenchée. De nombreux Maohis (indépendantistes, syndicalistes, chômeurs...) ont été enfermés, un syndicat a été déclaré hors-la-loi. Mais que se passe-t-il dans ce « paradis » ? Composée de près de 130 îles, représentant 3 600 km2 de terres immergées dans 4 millions de km2 d'océan (superficie de l'Europe), ce territoire d'outre-mer (T.O.M.) (2) se trouve à 17 000 km de Paris au centre de l'Océan Pacifique Toutes ces îles sont réparties en plusieurs archipels : Société (avec Tahiti, Moorea, etc.), Gambier, Australes, Marquises, Tuamotu (avec notamment Moruroa) . La plus grande de toutes est bien sûr Tahiti (1042 km2, huit fois plus petite que la Corse) avec la capitale Papeete. Des populations venant du Sud-est asiatique sont à l'origine du peuplement des archipels du Pacifique, elles débarquent en Polynésie à partir du 4e siècle de notre ère. Ces migrations se déroulèrent sur de grandes pirogues. A la fin du 18€ siècle, les occidentaux s'installent définitivement
Tahiti
avec l'arrivée des missionnaires protestants de la London Missionnary Society, qui remplaceront les croyances locales par le christianisme en chassant les prêtres, en détruisan les temples, mais également en imposant certaines règle de vie européennes et certaines « valeurs » : le travail, l'argent, la morale, le repentir, la pudeur. En 1834 des missionnaires catholiques français débarquent aux Marquises pour tenter de supplanter les protestants. Derrière cette bataille religieuse (3) se déroule en fait une lutte d'influence entre la France et l'Empire Britannique pour s'imposer dans cette partie du monde. En 1838, le pasteur Pritchard encourage la reine Pomare IV à demander le protectorat anglais. Mais en 1842, l'amiral Dupetit-Thouars multiplie les pressions, et obtient la signature d'un accord entre la France et Pomare. Espérant une réaction britannique, elle demande par une lettre, à la population de patienter jusqu'à l'arrivée des Anglais (qui d'ailleurs ne viendront
1) Le nom de la population de cette région est maohi et non maori (habitants de Nouvelle-Zélande).Quant à l'atoll occupé par le Centre d'expérimentations du Pacifique : Mururoa ne veut rien dire, l'orthographe correct est Moruroa de moru, filet piège à poissons et roa qui signifie grand.
2) Les dernières colonies francaises sont soit des Départements d'Outre-Mer (DOM) soit des Territoires d'Outre-Mer (TOM).
3) La religion a toujours une importance considérable aujourd'hui par une activité éducative, voir politique importante. On trouve 50 % de protestants (église antinucléaire), 34 % de catholiques. Une réunion politique commence souvent par une prière.
-apon •Philippines Papouasie Nlle Guinée Nouvelle-Calédonie jamais). Cette missive provoque l'effet inverse, le vent de la révolte commence à souffler. Le combat est inégal,des villages sont bombardés depuis les navires, des milliers d'habitants sont déportés en Kanaky. Malgré certaines victoires comme à Huahine, la résistance dépose les armes en 1847. Tout au long de cette période, le peuple Maohi est décimé, non seulement par les armes, mais également par les maladies venant d'Europe. Les îles Marquises passeront de plus de 20 000 habitants à l'arrivée des occidentaux à 2 000 en 1916 à cause de diverses épidémies. EN 1901 SONT CONSTITUÉS les établissements français de l'Océanie (EFO). Durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, des volontaires polynésiens combattent en Europe et beaucoup périront. C'est un des survivants du Bataillon du Pacifique, Pouvanaa, qui devient le premier leader autonomiste et remporte les élections législatives de 1949. Il est très populaire du fait de son passé, mais également parce qu'il fait constamment référence à la Bible. Il y a par contre ambiguïté sur son programme, demande t-il l'indépendance ou l'autonomie ? En reo maohi (langue des maohis), tiamaraa signifie les deux. De toutes façon, c'est avant tout un leader que l'on suit. Il est surnommé le « metua », le père, par ses fidèles. Il crée en 1950 le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RPDT), qui obtient 18 des 25 sièges de l'Assemblée territoriale. En 1957, les EFO prennent le nom de Polynésie Française. Un an plus tard se déroule le référendum de De Gaulle sur les colonies, Pouvanaa fait campagne pour le non, la radio d'Etat lui est interdite et les transports maritimes officiels sont étrangement bloquées. C'est à partir de ce moment là, qu'un certain nombre de décisions sont prises par le pouvoir gaulliste, toutes guidées par la volonté d'installer le Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP). En premier lieu, Pouvanaa, suite à une machination est condamné à 8 ans de réclusion et 15 ans d'interdiction de séjour, il sera exilé à la prison des Baumettes à Marseille. En 1961, est construit l'aéroport de Faa'a, permettant d'affréter le matériel nécessaire pour le CEP.(4) TE AO MAOHI COMPTE AUJOURD'HUI 212 000 habitants, dont plus des deux tiers vivent à Tahiti, la zone urbaine de Papeete représente à elle seule plus de 100 000 personnes. La répartition ethnique est la suivante : 83,8 % de Polynésiens et assimilés, 11,4 % d'Européens (98 % de Français), 4,3 % d'Asiatiques (majoritairement des Chinois (5)) et 0,5 % d'autres ethnies. Pour les Polynésiens et assimilés,
Etats-Unis TAHITI * *Hawaï
Polynésie française louvelle-Zélande 66 % sont des Maohis et 17 % des métis ou « Demis »(6). A la différence de la Kanaky, il n'y a pas de « colons français » détenant l'ensemble du pouvoir. Il est vrai que la quasitotalité de l'économie est dirigée par des « Demis », au profit de l'impérialisme français. L'INSTALLATION DU CEP a considérablement bouleversé la situation économique du Fenua. De 1962 à 1965 le nombre d'Européens double. Les besoins de main-d'œuvre conduisent à envoyer des bateaux dans les îles pour recruter. Rapidement, l'administration devient la première entreprise du territoire, la masse monétaire qu'elle distribue augmente de façon spectaculaire en une dizaine d'année. La demande en biens de consommation progresse à une vitesse folle, dans le même temps les exportations chutent : arrêt de l'activité de la mine de phosphate de Makatea en 1966, chute de la production agricole (coprah, vanille, café, etc.) à cause de l'émigration massive des Maohis vers Tahiti. La balance commerciale devient donc fortement déficitaire, ce qui conduit à une dépendance totale de l'économie vis-à-vis de l'extérieur. Malgré la réduction des moyens mis en œuvre par le CEP à partir de 1975, l'exode rural continue. Les plans de relance de l'Etat et certains efforts d'industrialisation notamment dans le tourisme, ne peuvent absorber cet afflux de populations, qui s'entassent dans les bidonvilles de Papeete et Faa'a. Une majorité, coupée de sa culture et de ses structures familiales traditionnelles, erre entre emplois précaires, non qualifiés, et chômage sans réussir à s'intégrer aux « valeurs occidentales ». Les changements de statut du territoire en 1977 et en 1984 ne modifient que peu cette situation. Les tensions sociales continuent de s'aiguiser et en octobre 1987, de violentes émeutes éclatent, pendant une grève des dockers du port de Papeete. AUJOURD'HUI, LE CHOMAGE atteint entre 15 et 20 % de la population active (7 000 chômeurs en 1988 dont plus de 50 % de femmes), touchant majoritairement les Maohis (5 470 sur 7 000 en 1988), notamment les jeunes. De plus, il n'existe aucune allocation chômage, ni même le Revenu minimum d'insertion (RMI). On estime que près de 40 000 personnes vivent dans la misère sur l'île de Tahiti, avec une crise du logement sans précédent. En dehors de la situation économique décrite plus haut, l'échec scolaire, donc la sous-
4) Moruroa notre bombe coloniale. L'Harmattan, 1993
5) Naturalisés dans les années 70 (pour raisons électorales), ils détiennent 90 % du com-
6) Tahiti métisse. Denoël, 1989
* TAHITI qualification, amplifie ce phénomène. II concerne bien évidemment en majorité des Polynésiens de souche Il faut noter que le reo Maohi n'est devenu langue officielle qu'en 1980 LES CONSÉOUENCES SOCIALES sont nombreuses : délinquance, alcoolisme avec une forte consommation de la bière locale, culture et commerce du pakalolo — le cannabis local. La drogue toucherait un jeune sur trois. Dans ce contexte, les femmes tentent de faire face à de nombreux problèmes. Tout d'abord, l'accès à la contraception est compliqué. Les Polynésiennes désirent n'avoir, aujourd'hui, pas plus de 5 entants, et non 10 ou 12 comme leurs mères. Mais le service d'éducation pour la santé n'a que peu de moyens et l'existence du planning familial territorial n'a jamais été officialisée (seulement 56 % des femmes en âge de procréer utilisent un moven contraceptif). Enfin, la loi sur I'TVG (7) entre 2 500 et 3 000 avortements par an pour 5 500 naissances). Le second problème, affectant les femmes, est l'augmentation de la consommation d'alcool (elle est plus importante surtout chez les hommes) qui est passée de 4 litres d'alcool pur, par an et par habitant en 1958, à 10 litres aujourd'hui. Les effets immédiats sont la progression du nombre de viols, de femmes battues, et l'apparition d'un alcoolisme féminin. Troisième fléau, la prostitution s'est développée avec l'arrivée massive de militaires, et également avec le développement du tourisme. DANS LE DOMAINE DE LA PROTECTION SOCIALE, la situation n'est guère plus réjouissante, puisque c'est une caisse plus ou moins privée, la Caisse de protection sociale (CPS) — réservée aux salariés — qui s'en occupe. La fiscalité, quant à elle, était jusqu'à très récemment, basée uniquement sur des impôts indirects, défavorisant fortement les bas revenus. A partir de 1992, suite à l'arrêt du CEP, le gouvernement territorial négocia « un pacte de progrès » avec l'Etat français. Laissons Gabriel Tetiarahi, militant associatif, en parler : « Dans les faits, le pacte de progrès s'est très vite transformé en un accord cadre qui cède plusieurs pans de l'activité économique, l'eau potable, l'électricité, les ordures ménagères, le tourisme aux multinationales (...) la loi Pons-Flosse offre à celles proches de la droite française des possibilités de création de sociétés d'économie mixte et de jouir de bonifications, d'allégements (fis caux) si elles investissent outre-mer (...) Les grands hôtels privatisent des espaces côtiers et se construisent sans études d'impact sur l'environnement... ». DANS CETTE SITUATION COMPLEXE, les luttes sociales se multiplient. Après les émeutes de 1987, des mouvements importants se sont déroulés dans les secteurs de l'hôtellerie, du commerce. Des grèves générales ont éclaté contre le gel des salaires en 1993, contre l'instauration de la CST en 1994. Plus récemment au début de cette année des barrages ont été dressés à Papeete, et des affrontements violents avec les forces de l'ordre ont eu lieu suite à des licenciements dans une entreprise de la capitale. LE PARTI AU POUVOIR aujourd'hui est le Tahoeraa Huiraatira (8). Cette organisation est en fait la section locale du Rassemblement pour la République (RPR). Son principal dirigeant est Gaston Flosse, qui est également député (9) et président du territoire. Ancien instituteur, son parcours politique est avant tout fait de corruption et de magouilles en tous genres. Il a déjà été mis en examen plus de 15 fois, il est surnommé « monsieur 10 % » au Fenua. Mais il peut compter sur un fidèle ami : Jacques Chirac. Ce dernier considère Fosse comme son « trere »(10) Le lahoeraa peut affirmer son pouvoir grâce aux médias locaux. Les deux quotidiens appartiennent au groupe Hersant, et la seule télévision est RFO, que les Maohis surnomment : Radio Flosse Outre-mer. En dehors du Tahoeraa, il existe un certain nombre de petits partis bourgeois, qui passent des alliances politiques avant tout en fonction de leurs intérêts. Ils servent en général de soutien actif à des notable locaux (Vernaudon, Léontieff), dont les carrières politiques sont basées essentiellement sur opportunisme et affairisme. Si la droite est bien présente, la gauche au sens métropolitain du terme est très faible. Le PC n'existe pas. Par contre, on trouve une petite organisation proche du PS : le Tireo Parti, dont le principal dirigeant, Jean Marius Rapooto, se déclare démocrate social de gauche. ENTRE L'ARRESTATION DE POUVANAA en 1958 et le début des années 70, la mouvance « autonomiste » (11) perd peu à peu de sa crédibilité, car elle ne se sert de la revendication d'indépendance que pour faire pression sur la France. De plus, pour les élections françaises (notamment présidentielles), ses consignes de vote sont dictées uniquement par des intérêts tactiques. Le RDPT, dissous par l'Etat, est transformé en Pupu Here Aïa (dirigé à l'époque par John Teariki). Ce parti est aujourd'hui une organisation bourgeoise, dont un des leaders, Jean Juventin, a soutenu Edouard Balladur aux dernières présidentielles. Une autre organisation autonomiste était Te Ea Api, dont le leader était Francis Sanford, récemment sorti de sa retraite politique pour soutenir lui aussi Balladur. Cette mouvance étant complètement discréditée, à partir des années 70 apparaissent les premières organisations indépendantites. Certaines sont très radicales, comme Te Toto Tupuna ou Te Taata Tahiti Tiama. Elles sont plutôt dirigées par des « révoltés ». Plusieurs de leurs dirigeants sont enfermés à la fin des années 70, après un attentat à l'explosif à la Poste de Papeete et l'assassinat d'un officier de marine. Ces deux actions ont été revendiquées par Te Toto Tupuna, mais Charlie Ching (chef de Te Taata Tahiti Tiama) est également emprisonné comme inspirateur. En 1975, le la Mana te nunaa arrive sur la scène politique avec deux orientations foncièrement nouvelles : c'est un parti laïc (ses réunions ne débutent pas par des prières) et il se déclare socialiste, autogestionnaire. Il veut introduire le concept de la lutte des classe en Polynésie. Mais il commet rapidement de multiples erreurs. En 1981, il appelle à voter Mitterrand, mais celui-ci continue les essais nucléaires. En 1982, trois élus du la Mana entrent à l'assemblée territoriale avec 9 % des voix. Mais en 1987, après l'éviction de Flosse, ils font une alliance avec Alexandre Léontieff (député RPR dissident). Leur leader, Jacques Drollet, devient ministre de la santé et le la Mana finit de se discréditer. Aux élections de 1991, il ne fait plus
7) La limitation des naissances est un sujet controversé en Polynésie, les hommes sont plus réticents que les femmes, surtout les plus politisés. Ils ont peur que les Maohis se retrouvent minoritaires dans leur propre pays.
8) Le Tahoeraa possède 18 sièges sur 41 à l'assemblée territoriale, mais une alliance lui permet d'avoir la majorité absolue.
9) Son premier mandat de député, il l'obtint grâce à Poniatowski, alors ministre de l'intérieur, qui lui créa une circonscription sur mesure.
10) Flosse était d'ailleurs secrétaire d'état aux DOM-TOM dans le gouvernement de Chirac entre 1986 et 1988, poste où il a largement contribué à la répression en Kanaky.
11) Cette mouvance ne demandait qu'un peu plus d'autonomie vis-à-vis de la France.
que 2 % des voix et n'obtient aucun élu. Aujourd'hui deux partis independantistes sont particulierement actits. Le Pomare Parti est une organisation plutôt « traditionaliste » et « conservatrice », dirigée par Joinville Pomare, descendant des rois Pomare. Il défend la tradition Maohie, et lutte pour que toutes les terres du Fenua reviennent aux Maohis. Il réalise des occupations de terres en y installant des populations. Il mène également des actions judiciaires au niveau international en se basant sur la victoires des Maoris, qui ont récemment récupéré des milliers d'hectares aux grosses compagnies néo-zélandaises. MAIS LA PRINCIPALE ORGANISATION indépendantiste est le Tavini Huiraatira-Front de Libération de la Polynésie, tondé en 1977 par Oscar Temaru. En 1983, ce dernier devient maire de Faa'a, commune la plus peuplée du territoire, se faisant le défenseur des exclus. Il est réélu en 1989 et 1995 (70 % des voix). A l'assemblée territoriale, le Tavini a 4 élus depuis 1991. L'indépendance est la base de tout le programme où la religion tient également une grande place : l'emblème du Tavini est une croix avec la mention « Dieu est mon maître ». Dans le programme sont prévues nationalisations et extension des services gratuits. Ses terrains de lutte sont la mobilisation contre les essais, contre l'installation de grands hôtels, par occupation de terrains. Le Tavini demande également la réinscription par l'ONU de Te Ao Maohi sur la liste des pays à décoloniser. Un débat existe à l'intérieur de ce parti, certains voulant définir qui est polynésien et qui ne l'est pas, d'autres demandant, comme Patrick Leboucher, d'accepter ceux qui aiment la Polynésie. Oscar Temaru est un homme populaire, de par son charisme et sa simplicité. Mais ses méthodes sont parfois autoritaires, preuve en est une manifestation récente à Tahiti où il a décidé unilatéralement de dresser des barrages, sans prévenir les autres organisations de la flottille de la paix (12) Voilà un peu le spectre politique de la Polynésie. Parlons maintenant du mouvement syndical. IL Y A UNE MULTITUDE D'ORGANISATIONS. La première centrale du territoire est l'USATP/FO (affilié à Force ouvrière) dirigée par Pierre Frébault. Ce syndicat s'est battu contre un accord de gel des salaires en 1993 (le patronat promettant en échange de ne pas licencier), mais par contre a soutenu la CST, impôt direct touchant avant tout les salariés. Deux syndicats sont proches du mouvement indépendantiste. Tout d'abord, il y a A Tia I Mua (plus ou moins proche de la Confédération française démocratique des travailleurs (CFDT), qui suite aux dernières émeutes a été déclaré hors-la-loi, et ses dirigeants ont été arrêtés, dont le secrétaire général, Hiro Tefaarere. En 1991 cette organisation menait une bataille importante contre des mesures fiscales du gouvernement Flosse en bloquant Papeete. mais en 1993 ce même
TAHITI * syndicat soutenait l'accord sur « l'emploi » comportant le gel des salaires, alors que Tefaarere, du fait de son statut de tonctionnaire était assuré d'une augmentation de 5 %. Ex-fonctionnaire des Renseignements généraux, il est capable de mener des actions très « musclées », comme de casser des mouvements sociaux. En 1992, il intervient pour faire cesser une grève que A Tia I Mua avait lancée dans la fonction publique et exclut six dirigeants syndicaux. Certains rejoignirent la Confédération des syndicats indépendants de Polynésie (CSIP), dont un dirigeant, Roland Oldham, était à la manifestation antinucléaire le 20 juillet 1995, à Paris. Cette organisation désire travailler un peu comme l'Union des syndicats des travailleurs Kanaks et des exploités (USTKE) La CSIP est antinucléaire et pour le droit à l'autodétermination du peuple Maohi. Elle s'est battue à la fois contre le gel des salaires en 1993, et contre la CST en 1994. Elle est très présente dans l'hôtellerie et aux deux supermarchés Continent de Tahiti. Depuis le début de l'année, ses militants sont très actifs : lutte contre les licenciements à la Brasserie de Tahiti en février (des affrontements eurent eu lieu avec les gardes mobiles suite à l'installation de barrages à l'entrée de Papeete), mobilisations contre la reprise des essais nucléaires. Lors de la confrontation avec les gendarmes à l'aéroport de Faa'a, la CSIP était également présente. Enfin, cette centrale syndicale a une démarche originale envers le mouvement associatif. Elle participe à la construction de l'Unité de Liaison Nationale (ULN) des ONG du pays Maohi : Hiti Tau (« Temps NouFONDÉE EN 1992, par 7 organisations, elle en comporte environ 50, avec une diversité très importante : associations de défense de l'environnement, des droits de l'homme, une centrale syndicale. Des actions sont menées dans de nombreuses directions : identité culturelle, droit à l'autodétermination, micro-projets de développement, protection de l'environnement naturel et social. Depuis 1994, Hiti Tau fonctionne avec des commissions : Femme, développement durable, culture, etc. Ce réseau est partie prenante de Pacific Island Association of Non-Goverment Organizations (PIANGO) qui regroupe toutes les ULN du Pacifique. Ces militants sont constamment victimes de violations des libertés : en 1993 Jacky Bryant, responsable de Atuatu Te Natura, instituteur, est muté pour s'être présenté aux élections contre le maire de Bora-Bora, Gabriel Tetiarahi, militant de Te Hui Tiama (ligue polynésienne indépendante des droits de l'homme), il est aujourd'hui un des principaux animateurs de Hiti Tau et de Piango, est soumis à des persécutions administratives pour avoir débattu des essais nucléaires sur le plateau d'Arte. C'est certainement dans Hiti Tau que la réflexion sur l'avenir du Fenua Maohi est la plus avancée, c'est également dans ce réseau que les idées progressistes sont le plus présentes en Polynésie. L'Etat Français a donc installé, grâce à la bombe, une économie de type colonial. Aujourd'hui, l'impérialisme utilise une répression brutale. Il est donc évident que la lutte contre la reprise des essais à Moruroa, ne peut être menée qu'en liaison avec le soutien du combat pour l'indépendance du peuple Maohi. *
12) Collectif polynésien contre les essais regroupant des indépendantistes, des syndicalistes, des associations, etc.