XX® Congrès national du PT
Le 10e Congrès (Rencontre) national du PT, qui s'est tenu à Guapari, dans l'Etat d'Espirito Santo les 18, 19 et 20
L e premier, c'est le départ de Lula
de la présidence du parti. Lula avait été président du PT depuis sa fondation, à l'exception de deux périodes où il s'en était retiré pour se présenter à la présidence de la République (entre fin 1987 et fin 1989, où la présidence a été exercée par Olivio Dutra, puis Luis Gushiken, et en 1984 où elle a été exercée par Rui Falcão). Lula avait annoncé dès 1993 qu'il n'avait pas l'intention de rester à la présidence du parti, et il a maintenu cette position malgré les nombreuses pressions. Outre ses arguments sur la nécessité de changer, Lula a affirmé son souhait d'être plus libre pour pouvoir voyager dans le pays, en reprenant et en approfondissant une activité initiée en 1993 et 1994, « les caravanes de la citoyenneté ». Il a également quitté la Commission exécutive nationale et reste seulement membre de la Direction nationale. Lula a soutenu la candidature à la présidence de l'ancien député José Dirceu, qui a été élu.
Le deuxième fait significatif réside dans l'unité raisonnable qui s'est manifestée quant à la définition de la ligne politique générale du parti pour la prochaine période. Toutes les thèses présentées au débat national (six), à l'exception de la thèse de Démocratie radicale, étaient assez claires dans leur opposition au gouvernement de Fernando Henrique Cardoso, caractérisé comme conservateur, et sur la nécessité de combattre le projet néo-libéral dont la mise en œuvre est en cours. Le courant Démocratie radicale lui-même n'a pas défendu très sérieusement sa propre thèse, qu'il a retirée pour appuyer celle du courant Articulation-Unité dans la lutte. Cette unité a été facilitée par le conservatisme des plus explicites de l'action du gouvernement de Fernando Henrique lors des premiers mois écoulés. Résumant le point de vue de beaucoup de membres du PT, dont lui-même, qui avaient initialement des doutes sur ce que serait ce nouveau gouvernement, Lula a évoqué dans une réunion de la Direction nationale l'erreur d'appréciation sur Fernando Henrique, de ceux qui imaginaient qu'il pourrait conserver quelques restes de ses anciennes positions de gauche, et se démarquer de l'aile la plus conservatrice de la coalition qui le soutient : « A vrai dire, le problème du gouvernement de Fernando Henrique, ce n'est pas
Brésil aoüt derniers, a été marqué par trois faits significatifs. le Parti du Front libéral, mais Fernando Henrique lui-même » Par ailleurs, le PT reste très divisé quant au projet à plus long terme, sur la façon de remettre le socialisme à l'ordre du jour (ce que même Démocratie radicale continue à défendre, en principe).
En troisième lieu, le 10° Congrès a été caractérisé par un affrontement très vif entre deux blocs qui se sont formés, le premier réunissant Articulation unité dans la lutte, Démocratie radicale et une partie de la gauche du parti au précédent Congrès (avec, entre autres, l'ancien président du parti, Rui Falcão) ; le second regroupant la majorité de l'Option de gauche (la majorité d'Articulation de gauche, Démocratie socialiste et d'autres militants) et les deux secteurs issus de la division du courant dans la Lutte, PT. Les secteurs qui ont formé le bloc de gauche ont présenté une thèse commune au Congrès (en fusionnant les thèses antérieures) et une charte commune autour d'un candidat à la présidence du parti, Hamilton Pereira : ils ont recueilli plus de 46 % des votes des délégués. Les secteurs qui ont formé l'autre bloc ont présenté des chartes séparées, et dans le cas du secteur dirigé par Rui Falcão, également une thèse séparée, et se sont regroupés autour de la candidature de José Dirceu. Articulation Unité dans la lutte a recueilli 40 % des voix, Démocratie radicale près de 7,5 % et le secteur de Rui Falcão presque 6 %.
L'APRETÉ DE LA DISCUSSION ne s'explique pas, comme on l'a vu, par de grandes divergences quant à la ligne politique pour la période qui s'ouvre - de grandes divergences pourraient opposer Démocratie radicale aux autres groupements, mais ce courant a renoncé à défendre ses positions devant le Congrès. L'explication réside plutôt dans des questions d'orientation touchant à la construction du parti, dans des affrontements à caractère régional et dans la dispute pour acquérir la majorité. En général, Articulation-Unité dans la lutte a affirmé la nécessité que « le parti assume aussi sa condition de parti de gouvernement » (dans certains Etats et certaines municipalités), qu'il attache davantage d'importance à l'action de ses élus, etc. Tout cela s'est traduit, par exemple, dans des propositions pour une plus forte participation des "personnalités" du parti dans les instances dirigeantes. Bien évidemment, on a aussi beaucoup insisté sur la nécessité d'approfondir les liens avec les mouvements sociaux, de renforcer leur
Plus important peut-être que ces divergences (qui n'ont pas été complètement clarifiées) pour comprendre l'âpreté de la discussion, il faut voir que le courant Articulation-Unité dans la lutte, qui représentait l'axe de la majorité historique du parti, a déployé de grands efforts pour augmenter sa représentation, récupérer l'hégémonie sur le parti, en critiquant la majorité issue du 8e Congrès (en 1993). Tout cela a été facilité par la division au sein d' Articulation de gauche.
EN TOUT ÉTAT DE CAUSE, rien n'indique que le 10e Congrès conduira à une nouvelle hégémonie politique dans le PT. La majorité de 54 % qui s'est formée est très hétérogène. Peu de choses, par exemple, réunissent José Genoino (principal dirigeant de Démocratie radicale) et Rui Falcão. Cela dit, il est impossible de parler d'hégémonie alors qu'on n'a pas débattu des projets à moyen et à long termes. Par ailleurs, la gauche qui s'est regroupée sur une charte qui a recueilli 46 % des voix est également assez hétérogène : elle se divise aujourd'hui en trois courants pour l'essentiel (l'Option de gauche et les deux secteurs issus de la division du courant la Lutte, PT).
La polarisation entre les deux blocs a été maintenue lors de la réunion de la Direction nationale les 16 et 17 septembre. La décision du courant Articulation-Unité dans la lutte de se réserver les fonctions les plus importantes au sein de la commission exécutive nationale a donné lieu à une protestation de la liste Socialisme et démocratie, dont les membres n'ont pas pris part au vote de cette question. Ainsi sur les 18 sièges de la commission seuls 10 sont occupés et les 8 autres sont restés vacants. Il faudra attendre la prochaine réunion de la Direction nationale pour savoir si cette question pourra être résolue d'une façon positive et si la direction du parti aura les conditions de travailler dans un cadre vraiment unitaire. Alors seulement il sera possible de se faire une idée plus claire de la façon dont le PT abordera la prochaine période.