L'Amérique noire est-elle en train de se réveiller ? Pour analyser le sens de l'appel de la Nation of Islam pour la marche du 16 octobre 1995, qui a rassemblé plus d'un million de personnes, et le rôle de son dirigeant, Louis Farrakhan, Inprecor publie les points de vue de Joe Auciello membre de Solidarity et Ron Daniels ancien candidat aux élections présidentielles en 1992. Nous y reviendrons dans un
Etats-Unis prochain numéro.
Par Joe Auciello Août 1995 EN S'ÉLOIGNANT CONSIDÉRABLEMENT de ses vieilles habitudes, le chef religieux Luis Farrakhan et la Nation of Islam ont publié un appel pour la marche d'un million de personnes le 16 octobre à Washington. La marche est présentée comme : * une protestation contre l'oppression des Noirs et une déclaration pour « Notre droit à la justice et notre droit de disposer de notre avenir et l'avenir de notre peuple »; * « un jour de réparation » au cours duquel l'homme noir s'excusera au près de la femme noire de ses péchés, des violences qu'il lui a infligées, de ses fautes personnelles, et s'engagera à assumer mieux ses responsabilités ; * un arrêt de travail et un boycott économique. La date du dimanche a été choisie pour que les hommes noirs ne soient pas obligés d'aller au travail ; les femmes noires resteront à la maison sans rien acheter. Ce boycott révélera la puissance des Noirs dans l'économie américaine (« Cette Babylone » de nos jours) en refusant d'y participer pour un Jour; * un appel politique à tous les Noirs pour qu'ils quittent le Parti démocrate et le Parti républicain, qui n'ont pas été capables de tenir compte des problèmes et des besoins des Noirs, et pour qu'ils s'enregistrent comme indépendants ; * un appel pour l'unité du peuple noir dans sa lutte pour la liberté la justice et l'égalité. Les socialistes révolutionnaires soutiennent plusieurs de ces revendications, mais dans l'ensemble les faiblesses de la conception du programme de la Nation of Islam, sont partie intégrante de l'appel pour la marche sur Washington que nous ne pouvons pas appuyer sans réserve. Néanmoins, minimiser ou ignorer la signification potentielle de l'appel de la Nation of Islam pour la marche sur Washington serait faire preuve de myopie. Il s'agit, d'un appel sérieux lancé par une organisation significative dont l'influence est croissante. Comme Ron Daniels l'a écrit dans la revue Z en juin 1994 : « Louis Farrakhan a émergé comme le leader le plus respecté dans les masses noires. Son appel est largement diffusé. Farrakhan a obtenu un soutien de masse parce qu il est une voix militante qui saisit la profondeur de l'agonie, de la souffrance et des aspiration de beaucoup de membres de la communauté afro-américaine dans un moment où il est clair que les Noirs ont "la mauvaise couleur pour obtenir la protection" dans le cadre de la politique gouvernementale » UN SONDAGE RÉCENT DE CHICAGO SUN TIMES a indiqué une forte montée de ce qu'on pourrait appeler les tendances nationalistes dans la communauté afro-américaine. Les sondages révèlent un fort pourcentage d'approbation en faveur de Louis Farrakhan et une grande aspiration à la formation d'un parti politique noir. La marche d'un million de personnes sur Washington vise à mobiliser les secteurs les plus opprimés de la population américaine contre leur oppression. En l'absence d'une direction de la part des organisations traditionnelles des droits civils, la marche pourrait être le moyen par lequel les Noirs et notamment les jeunes noirs pourront faire entendre, de la façon la plus puissante, leur voix pour la liberté, la justice et l'égalité. EN CAS DE SUCCES, la marche changera le panorama politique des Etats-Unis. Une mobilisation puissante en faveur de la marche placera la Nation of islam en première ligne des organisations noires. Si son appel est bien suivi, alors la Nation of islam pourrait dépasser l'Association nationale pour le progrès des gens de couleur (NAACP), qui est paralysée financièrement et divisée politiquement. L'appel aux Noirs à quitter le parti démocrate pourrait également affecter la campagne présidentielle de Jessy Jackson. Ce dernier a posé récemment publiquement la question de savoir s'il devrait se présenter dans les primaires du Parti démocrate en opposition à Clinton. Si la Nation of Islam réussit à convaincre un bon nombre de Noirs de s'enregistrer comme indépendants alors la base politique de Jackson se réduirait et celle de Farrakhan se renforcerait. Jackson devrait demander un soutien à Farrakhon, ce dernier n'ignore certainement pas ce scénario. Il n'y a aucune garantie que la marche d'un million de personnes ne réussisse. Certaines des revendications et des orientations stratégiques de l'organisation de la marche pourraient en limiter le succès L'appel de la Nation of Islam pour une « réparation » et l'accent mis sur l'auto-amélioration morale pourraient
* ETATS-UNIS réduire l'attrait de la marche. Demander aux femmes de rester à la maison constitue un obstacle supplémentaire qui réduit le nombre potentiel des participants et prône des rapports sociaux traditionnels entre les sexes. Les hommes noirs, ont besoin de marcher à côté des femmes noires et non pour elles et à leurs places. Malgré l'appel chaleureux pour l'unité noire et les besoins objectifs d'une telle unité, on n'a pas recherché sérieusement une coalition pour organiser la marche. L'« unité » devrait être réalisée sur la base de la Nation of Islam. Il est difficile d'imaginer que d'autres organisations noires puissent s'associer à la marche sur cette base. LA STRATÉGIE DE MALCOM X qui distinguait entre les problèmes politiques et les questions religieuses pour obtejeunes.
nir la plu grande force unitaire dans l'action constitue une approche qui aiderait la marche. En revanche, la Nation of Islam l'a organisée en exigeant des participants le soutien de ses propres perspectives, alors qu'une attitude moins étroite aurait mobilisé plus de gens. La stratégie de Malcom X reste pertinente et nécessaire, la démarche de l'appel de la Nation of Islam re ète les contradictions de l'organisation elle-même : c'est une organisation religieuse conservatrice mais son opposition au racisme blanc et au gouvernement des États-Unis obtient un appui croissant de la part des Afro-Américains en voie de radicalisation, notamment parmi les