Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

APPEL MONDIAL

Banque mondiale, FMI, OMC : ça suffit !

Inprecor n° 397, décembre 1995 · p. 7 · 1 102 mots

Économie mondiale Belgique

Appel Mondial: Banque mondiale,

FMI, OMC: ça suffit !

Plus que jamais, la remise en cause des politiques d'appauvrissement menées par les institutions de Bretton Woods est à l'ordre du jour des mouvements progressistes dans le monde.

Un colloque international dont l'objectif était d'analyser la nouvelle Organisation mondiale du commerce (OMC) et ses conséquences néfastes, vient par exemple de se tenir à Genève. Un Forum alternatif s'est déroulé à Barcelone lors de la conférence ministérielle consacrée aux relations entre l'Europe

EN BELGIQUE, NOUS VENONS encore d'avoir un exemple clair du cynisme avec lequel les relations Nord/Sud sont traitées. Lors d'un débat contradictoire entre

Philippe Maystadt, ministre des Finances de

Belgique mais aussi président du Comité intérimaire du FMI, et Éric Toussaint, du Comité pour l'Annulation de la dette du Tiers Monde, le ministre a déclaré avec aplomb, devant un auditoire de près de 500 personnes, que lors de l'assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale d'octobre 1995 à Washington, il avait été décidé d'annuler 67 % de la dette de 7 pays. Éric Toussaint rectifia le chiffre avancé :

il s'agit en fait d'une réduction de 2,7 % : une broutille qui ne va en rien modifier l'appauvrissement des populations de ces pays. Pas de démenti du ministre. Alors, mensonge ? désintérêt ? ignorance ? Répondant à un courrier de

Pierre Galand, président du Centre national de coopération au développement (qui regroupe

90 % des ONG francophones de Belgique), ce même ministre avait pourtant reconnu : « De fait, aucun mécanisme nouveau d'allégement n'a été engagé pour réduire le poids de la dette multilatérale des pays les plus pauvres ». Le discours public est donc bien différent du discours privé. Mais c'est le discours public qui permet de faire naître l'illusion que le FMI et la

Banque mondiale ont changé et présentent maintenant « un visage humain ».

D'OU LA NÉCESSITÉ D'ETRE de plus en plus clair et incisif dans nos analyses, d'utiliser tous les canaux possibles pour une information alternative et, surtout d'agir le plus largement possible pour organiser au Sud. au Nord et à l'Est. un Front du Refus

Le siège du CADTM, à Bruxelles, qui centralise la campagne mondiale, reçoit beaucoup d'expressions de ce refus. Un exemple

(parmi d'autres) démontre mieux que de longs discours, l'intérêt manifeste que la campagne mondiale sous-tendue par l'Appel Mondial, suscite en Afrique : « Nous vous écrivons du

Sierra Leone Oriental, région dévastée par la taux, qu'ils soient périphérie. guerre. Nous avons , l'honneur de vous faire savoir que nous avons constitué un comité de soutien à la campagne mondiale BM/FMI: ça suffit. » 17 membres de ce comité, tous responsables d'organisations sociales, signaient la lettre qui annonçait par ailleurs qu'ils avaient déjà recueilli 299 signatures. La dernière lettre en date provenait de la Commission épiscopale de l'éducation chrétienne à Kinshasa !. L'Appel Mondial a reçu des soutiens dans près de 55 pays. Ce n'est pas mal mais ce n'est pas suffisant car la plupart de ces signatures arrivent individuellement, au hasard d'une information, d'un contact. Le problème, c'est qu'il n'y pas assez de comités locaux qui relaient l'Appel. Quand c'est le cas, ça marche du tonnerre. En Sardaigne, par exemple, un comité de soutien s'est mis en place : il a déjà envoyé une centaine de signatures et en promet incessamment une autre centaine. LES ANIMATEURS DE LA CAMPAGNE multiplient donc les opportunités : c'est ainsi que l'Appel a été traduit en lingala pour toucher plus directement des communautés d'Afrique. C'est ainsi que l'Appel en anglais, en français et en espagnol a été placé sur Internet (réseau mondial de communications). Cela peut donner des résultats mais les animateurs de la campagne ont déclaré à Inprecor qu'ils étaient persuadés que rien ne vaut l'action directe des associations et des personnes convaincues, dans leur entourage, dans les conférences publiques, lors d'événements de solidarité au sens large du terme. Ce qui signifie qu'une campagne ne peut se résumer à la récolte des signatures. LA CAMPAGNE, C'EST AUSSI établir le lien avec les revendications sociales dans les pays industrialisés. Exemple : les plans d'austérité commandés par les critères de convergence du Traité de Maastricht se traduisent notamment par des attaques contre les services publics, des blocages de salaires, des licenciements, des privatisations. Au Canada, aux USA, les mêmes coupes sont réalisées dans les budgets sociaux. Ces mesures d'économie et les pays du bassin méditerranéen. En décembre, à Madrid cette fois, un Forum alternatif interpellera l'Union européenne

(EU) au moment où se termine la présidence espagnole de l'UE.

Tous ces rendez-vous permettent de consolider des liens entre les associations, syndicats, ONG, partis, mouvements qui exigent la fin des spoliations organisées par les détenteurs de capides centres impérialistes ou des pays de la relèvent des mêmes recettes que celles qui sont appliquées dans les pays pauvres pour assurer le remboursement de la dette extérieure. Une compréhension globale est un puissant vecteur pour la campagne : il ne s'agit pas à la limite de solidarité (même si cet aspect a son importance) mais d'unir des forces contre des ennemis communs. Autre exemple, lors du débat cité plus haut, le CADTM a mis Philippe

Maystadt en difficulté en joignant les deux thèmes : le rôle du FMI en ce qui concerne la dette du Tiers Monde et le rôle du gouvernement en ce qui concerne la dette publique belge. Le public a largement appuyé cette démarche et les propositions alternatives formulées par le CADTM. Dernier exemple : lors d'une manifestation contre les restrictions du droit d'asile, à Bruxelles, une intervenante a désigné les politiques d'appauvrissement et de limitation des droits politiques menées par des gouvernements néo-libéraux comme responsables. Responsables de l'émigration de type économique, responsables du départ des opposants politiques à la recherche d'un pays d'asile, responsables du racisme. Une campagne, c'est aussi une foule d'interventions de ce genre.

Le bilan des institutions de Bretton Woods est accablant : incapacité, irresponsabilité, exploitation. A nous de nous en servir pour que s'organise le Front du Refus. La campagne s'est fixée une première grande échéance : la mobilisation pour une manifestation alternative qui se tiendra lors de la réunion du G7 à Lyon, en juin 1996. D'ici là, Inprecor suivra le déroulement de la campagne: dans chaque numéro, une rubrique rendra compte des actions en cours et fera le point des interventions, des argumentations.

L'Appel a été publié dans Inprecor de novembre 1994. Le texte de cet Appel est disponible dans une dizaine de langues au siège de la campagne : Appel Mondial BM/FMI:

ça suffit c/o CADTM, 29, rue Plantin, B-1070

Bruxelles Tel : 32-2-523.40.23 Fax : 32-2-

522.61.27.

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