Inprecor 1974–2004

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VIET-NAM

J'ai vu mourir Ta Thu Thau

Inprecor n° 397, décembre 1995 · p. 30-31 · 1 301 mots

IVe Internationale

Ta Thu Thâu est né en 1906 au Viet Nam du sud. Il sera d'abord nationaliste et exercera la profession d'instituteur. Il s'embarque pour la France en 1927 et, à 23 ans, rejoint l'Opposition de gauche trotskyste. Il sera expulsé en 1929 pour son activité Il anime alors un des groupes trotskystes qui subira la répression colonialiste. C'est alors que se produisit un évènement exceptionnel à cette époque: trotskystes et staliniens réalisèrent un front unique à Saigon et éditèrent ensemble le jour. Il fut élu au conseil municipal de Saïgon en 1935 et jouissait d'une très grande popularité. Thâu fut encore arrêté à plusieurs reprises et expédié en 1940 au bagne de Poulo-Condor. Il le quitta fin 1944 et aussitôt se remit à son activité militante. Cest alors qu'il se rendait dans le sud, en septembre 1945, qu'il fut assassiné par le Viet Minh en même temps que nombre de militants trotskystes. D'après Daniel Guérin, Ho Chi Minh lui aurait dit peu après: « Ce fut un grand patriote et nous le pleurons. Mais tous ceux qui ne suivront pas la ligne tracée par moi seront brisés ».

Tous ceux qui passaient par Quang Ngai, en septembre 1945, connaissaient l'atmosphère de terreur qui régnait sur la ville. (...) La prison de Phu Tho est située sur un vaste terrain avec, au fond, un long bâtiment flanqué de deux ailes. Au milieu du terrain se dresse un grand mât avec son drapeau. (...) Ma cellule mesurait 2 mètres de côté et nous y étions enfermés à seize. Il n'y avait qu'une seule porte donnant sur la cour. (....)

Un matin, je somnolais debout, appuyé contre la porte, quand tout à coup j'entendis crier : « Ta Thu Thâu ! Ta Thu Thâu ! » Je me réveillai en sursaut. Ta Thu Thâu ? Oh, mon dieu ! J'avais déjà entendu parler de lui pendant mes années scolaires. Je l'admirais pour son courage, ses luttes, ses sacrifices. (...) Mes compagons de cellule essayaient de regarder à travers les fentes de la porte. Devant une cellule située de l'autre côté de la cour, on voyait 7 à 8 types munis d'épées, de fusils et de grenades. Parmi eux se trouvait le président du village (je crois qu'il était aussi directeur de la prison). Ils faisaient sortir un homme maigre que j'ai tout de suite reconnu comme étant Ta Thu Thâu.

* Cet article a été publié en deux parties dans les n° 7 et 8 (juin et juil. 1949) du bulletin Hon Nuoc (L'âme du pays), bulletin intérieur du Rassemblement des travailleurs vietnamiens, hebdomadaire nationaliste paraissant chaque jeudi, siège : 45-45 bis av. de Villiers Paris (179)

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Thau Document NGUYEN VAN THIET juillet 1949 militante.

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.uerT unT ST Il portait une chemise à manches courtes avec deux petites poches sur la poitrine, un pantalon et des chaussures jaunes. Ses vêtements étaient froissés et sales, souillés de sang à la suite des mauvais traitements qu'il avait subis. Il était émacié, hirsute mais ses yeux restaient calmes et il me semblait même qu'il ébauchait un sourire. La discussion allait bon train parmi mes compagnons d'infortune : - Cette fois-ci, il va mourir ! - Ah, les salauds ! Le président du village ne cessait de crier des ordres. Le groupe se mit en marche et disparut derrière une haie d'arbres qui limitait un terrain vague servant de lieu d'exécution. (...) Mes compagnons affirmaient que Tha Thu Thâu était accusé d'être un contre-révolutionnaire et de vouloir renverser le pouvoir populaire. Quelqu'un cria : « Son crime est bien plus grave. Son grand crime, c'est d'être aimé par le peuple »! Le milicien qui gardait notre cellule (je ne sais pourquoi mais il m'avait pris en sympathie et me parlait quelquefois) me raconta une autre histoire. D'après lui, le comité de Quang Ngai ne savait pas pourquoi on devait arrêter Ta Thu Thâu. Il avait simplement reçu un télégramme de Tran Van Giau adressé à tous les chefs de province, leur demandant de l'intercepter et de l'arrêter. Après son arrestation, le comité avait rendu compte à Saigon et demandé de nouvelles instructions. La réponse avait été qu'il fallait immédiatement l'exécuter. Devant le peloton, Thâu haranjustement qu'ils abaissèrent leurs ne tira. Thâu fut ramené dans sa cellule. A nouveau, on télégraphia à

Saigon pour rendre compte et craignant une exécution par erreur.

Une nouvelle fois le scénario se renouvela : Thâu haranguait les gens, faisait appel à leur conscience et personne n'osait tirer. (...)

« Aujourd'hui, il va sûrement mourir ! » pensaient mes compata : « On vient de recevoir un télésupérieurs ».

J'étais complètement hébété et m'effondrai par terre, dans un silenfatales.

Tout à coup j'entendis le milicien qui revient !»

Tout le monde se mit à parler en

Thâu revenait. Le cortège déboucha de derrière la haie et se dirigea vers l'entrée de la prison. Mes yeux s'embuèrent de larmes de joie lorsque je distinguai l'homme en plus assuré que les autres et je devinai un sourire de défi sur ses lèvres.

Mais ma joie fut de courte durée.Le camp. Soudain un jeune homme, d'environ 17-18 ans, se tenant près de l'entrée, vêtu de brun avec des rayures blanches, ressemblant à un lycéen, se jeta sur Ta thu Thâu. Il le poignarda avec un couteau tiré de sa ceinture en hurlant:

« Sale réactionnaire ! Sale traître ! » Puis il lui asséna un grand coup de pied dans le ventre qui le fit tomber par terre et continua à le frapper.

Tout cela se passa très rapidement (cela semble plus long quand on le raconte). D'autre part cette scène terrible se déroulait assez loin de la place où je me trouvais et mes yeux emplis de larmes ne me permettaient pas de distingua les miliciens. Il parla si bien et si fusils, plusieurs pleuraient, personne traître! » demander de nouvelles instructions, gnons ainsi que le milicien qui ajougramme de Ho Chi Minh, accusant le comité de n'avoir pas obéi aux ordres ce terrible, attendant les détonations crier : « Ca alors ! Voilà Ta Thu Thâu même temps. Effectivement, Ta Thu blanc qui semblait marcher d'un pas cortège venait d'atteindre l'enclos du guer les choses. Je me souviens bien d'une ombre blanche qui se débattait dans une grande flaque de sang, au milieu d'un groupe qui l'entourait et d'où émergeait la voix sifflante du jeune homme au couteau : « Vous êtes des lâches, camarades, vous n'osez même pas tuer un Des années se sont écoulées depuis ce jour mais je n'ai pu oublier cette ombre blanche ni cette voix. En écrivant cet article, je ne fais que remplir mon devoir envers Ta Thu Thâu. Bien que je ne partage pas ses idées politiques, je l'ai toujours admiré pour son esprit de sacrifice et sa grandeur d'âme. Quant aux misérables qui, pour les intérêts du parti, l'ont assassiné ainsi que d'autres malheureux, une fois la paix revenue au Viet nam, ils devront répondre de leurs crimes devant le tribunal de l'Histoire. C'est alors que le peuple vietnamien vengera Ta Thu Thâu. Revue mensuelle d'information et d'analyse publiée sous la responsabilité du Secrétariat unifié de la IVe Internationale. Les articles signés ne représentent pas nécessairement le point de vue de la rédaction. Editée par PECI Sarl au capital de 50 000 F, SIREN n°

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