Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Un forum contre le chômage

· Inprecor n° 399, février 1996 · p. 36 · 761 mots

France

Le mouvement AC! (Agir ensemble contre le chômage) vient d'organiser, les 20 et 21 janvier 1995 à

CETTE INITIATIVE, tenue dans le prolongement du mouvement gréviste de novembre-décembre (1) s'est explicitement réclamée de cette expérience. Le mouvement contre le plan Juppé ne s'est pas en effet cantonné à la défense légitime d'acquis sociaux et de statuts menacés : il a été constamment traversé par le problème central de l'emploi et a exprimé de très puissantes aspirations à une alternative aux nuisances néolibérales, au premier rang desquelles se trouve le chômage. C'est donc tout naturellement qu'AC!, qui se définit comme un mouvement pour l'abolition du chômage - et pas seulement comme une organisation de chômeurs - s'est trouvé en prise avec les revendications des grévistes, a participé aux manifestations, et a dans bien des villes, tissé des relations étroites avec les travailleurs en grève.

C'est pourquoi aussi l'intervention du traminot racontant avec verve la grève des transports marseillais a déclenché l'enthousiasme, parce qu'elle représentait une mobilisation victorieuse, un point d'arrêt local, mais très net, contre la dégradation de la condition salariale. Les projets patronaux consistaient en effet à instaurer un statut dégradé pour les nouvelles embauches, de manière à réduire progressivement les acquis obtenus par les luttes de la précédente génération. Cette lutte contre la précarité est le point de rencontre naturel entre le mouvement syndical - largement représenté au Forum dans ses composantes les plus dynamiques — et le mouvement anti-chômage. Parmi les formes d'organisation les plus intéressantes, on peut d'ailleurs noter l'apparition de comités de coordination des précaires et notamment des CES (contrats emploi solidarité) employés temporaires à mi-temps, et pour un demi-salaire mini-

France Saint-Denis, un forum « 32 heures pour l'abolition du chômage ».

Par Michel Buisson mum par la fonction publique, qui devraient pouvoir se fédérer au niveau national.

La dimension féministe a constamment parcouru les débats d'une assemblée où la parité des participants était assurée et, là encore, on voit s'établir une jonction naturelle avec le mouvement des femmes qui réapparaît avec force depuis la belle manifestation du 25 novembre dernier pour les droits des femmes, autour de la lutte contre la montée du temps partiel imposé. AC! a ainsi démontré son dynamisme et sa voca-

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tion à jouer un rôle de catalyseur. L'un des moments sans doute le plus fort du Forum a été celui où il a tenu à vérifier qu'il ne parlait pas à la place des chômeurs, et a pu constater à main levée que l'assistance était composée pour moitié de chômeurs, et pour moitié de salariés.

MAIS CE FORUM n'était pas seulement un lieu de rencontre, c'était aussi un lieu de réflexion et de confrontation des propositions d'AC! articulées autour de l'idée d'une loi sur les 32 heures. Les modalités d'une réduction du temps de travail authentiquement créatrice d'emplois -et cela sans contrepartie de la part de salariés soumis à une exploitation de plus en plus dure - ont été affinés au cours des débats. L'enjeu est d'importance au moment où le gouvernement cherche à pervertir cette aspiration en faisant passer sous le vocable de réduction du temps de travail ses propres projets de flexibilisation et de démantèlement du droit du travail.

Enfin, AC! se définissant avant tout comme un mouvement pour l'action (Agir ensemble), un calendrier chargé a été établi autour de deux initiatives : d'une part une manifestation nationale programmée pour le 23 mars, contre les conditions actuelles d'indemnisation du chômage et pour l'attribution d'un revenu décent à toutes celles et ceux qui sont privés d'emploi ;

d'autre part, le contre-sommet qui se tiendra à Lyon à la fin du mois de juin en même temps que la réunion du G7, et où viendront converger des caravanes régionales contre le chômage qui auront pris la route à l'occasion d'un ler Mai placé lui aussi sous le signe de la lutte contre le chômage.

LE CHOIX DE CE RENDEZ-

VOUS, comme celui de Lille les 30 et 31 mars prochains, à l'occasion de la réunion des ministres du travail du G7, marque une option internationaliste, symbolisée dans ce Forum par des représentants d'autres pays d'Europe, de l'Etat Espagnol (venu raconter la marche contre le chômage de décembre), d'Irlande, de Suisse, de Belgique et d'Italie. Contre le chômage maastrichtien, la mobilisation pour une réduction massive de la durée du travail à l'échelle européenne est désormais entamée, et un projet de marche européenne contre le chômage est en train de prendre corps pour 1997.

* 1) voir le dossier dans Inprecor n°398 de janvier.

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