Inprecor 1974–2004

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LIVRES DU MOIS

Groupe de Lisbonne, Limites à la compétitivité

· Inprecor n° 399, février 1996 · p. 35 · 464 mots

Portugal

Groupe de Lisbonne, Limites à la compétitivité, 1995. Editions du Boréal (Canada), La Découverte (France), Labor (Belgique). Ce livre, rédigé par un groupe d'experts critiques réuni autour de Ricardo Petrella, est paru en français voici un an. Son inté rêt reste évidemment actuel, puisqu il traite de la concurrence mondialisée. Dans une conjoncture historique où la compétitivité semble représenter l'horizon indépassable de l'humanité, une telle réflexion est particulièrement utile. La première partie du livre propose un panorama détaillé du processus de mondialisation, qui insiste notamment sur le rôle-clé des entreprises transnationales et établit clairement le lien entre la mondialisation et la régression sociale. Ce tableau conduit à se demander si la compétitivité peut gouverner la planète. La réponse est clairement négative : la compétitivité ne peut gou verner la planète parce qu'elle est « fondamentalement incapable de concilier la justice sociale, l'efficacité économique, la durabilité environnementale, la démocratie politique et la diversité culturelle ». Il faut donc trouver « une autre solution ». Mais c'est là que l'ouvrage atteint en quelque sorte ses propres limites (qui sont aussi en grande partie les nôtres). Il propose en effet la recherche d'un nouveau contrat mondial qui devrait relever ce double défi « que représente le passage vers une gouverne mon diale efficace, soit la mise en place d'un sustème mondial dans lequel les Etats-nations et le cavitalisme n'occupent plus toute la place » Cette dernière formule souligne l'ambiguité de ces propositions : à quelles conditions, en effet, le capitalisme pourrait-il être contraint à ne plus « occuper toute la place » ? La référence à un « volontarisme humaniste et efficace » est parfaitement légitime mais ne dit rien sur les nécessaires ruptures à instaurer à l'égard de l'ordre mondial et de ses implacables mécanismes Cet objectif est cependant précisé autour de quatre contrats mondiaux visant respectivement à supprimer les inégalités (contrat des besoins de base), à instaurer le dialogue entre les cultures (contrat culturel) à mettre en œuvre un développement durable (contrat de la terre), et enfin à aller vers un système de gouverne mondiale (contrat de la démocratie). Cette présentation fournit une aide précieuse à la réflexion sur un programme alternatif, mais laisse ouvertes de nombreuses questions, notamment sur l'articulation de ces différents objec ifs et leur rythme respectif. Faut-il, par exemple, soumettre la lutte pour la satisfaction des besoins fondamentaux à une avancée parallèle vers le système de gouverne mondiale ? Rien n'est moins sûr et on peut penser, au contraire, que celu ne pourra prendre forme que sous la poussée des mouvements sociaux et qu'il est donc subordonné à leur développement de masse. Quoi qu'il en soit la lecture de cet ouvrage est un excellent outil pour organiser ce type de réflexion et mieux comprendre comment s'organisent nos adversaires

Maxime Durand *

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