(à l'occasion de leur rencontre de Madrid) Nous publions ci-dessous, avec l'accord de son auteur, la lettre que Léonid Pliouchtch a adressée aux Partis communistes italien, français et espagnol. Cette lette écrite à l'occasion de la rencontre des directions de ces PC à Madrid récemment n'a reçu à ce jour aucune réponse. Loins d'être d'une actualité limitée à la rencontre de Madrid, ce document, quels que soient les désaccords partiels que nous avons avec lui - nous ne ferons que les évoquer ici - pose à nos yeux des questions fondamentales. L'intérêt de ce texte réside d'abord dans le fait même qu'il s'adresse aux PC en soulignant l'importance que leur réponse peut avoir non seulement sur le gouvernement soviétique, mais aussi sur l'opposition. Cette initiative n'était pas la première dans ce sens : Pliouchtch évoque l'appel à la conférence de Budapest, la lettre du général Grigorenko et de l'écrivain Kosterine, celle des communistes d'URSS adressée aux PC européens : aucune ne reçut de réponse. Ce constat appelle la mobilisation de nos forces : nul ne peut s'étonner que des opposants soviétiques, étouffés par la répression, s'adressent à Carter tant que le mouvement ouvrier ne prendra pas en main leur défense. Le deuxième aspect important de cette lettre est l'analyse faite de la société soviétique, de sa crise. Avec Pliouchtch, nous partageons le point de vue que les travailleurs de ces pays sont totalement exclus du pouvoir, subissent une des pires répressions et ne dominent d'aucune façon les résultats de leur travail. Avec lui, nous affirmons qu'il ne s'agit là d'aucune sorte de socialisme, mais d'une société particulière dont les marxistes doivent analyser les bases et contradictions propres. Mais nous ne partageons pas son analyse théorique et sa caractérisation de "capitalisme d'Etat" pas plus donc, de "fascisation" ', bien que la bureaucratie soviétique utilise incontestablement certaines des pires méthodes des régimes fascistes contre toute possibilité d'expression et d'organisation des travailleurs.
Présenté par Catherine VERLA Enfin, Pliouchtch fait allusion aux accords d'Helsinki et à leur rôle pour les oppositions dans les pays de l'Est. Incontestablement le renouveau de l'opposition, s'appuyant sur ces accords pour exiger ne serait-ce que l'application des constitutions et lois soviétiques, prouve le rôle qu'Helsinki a joué - et que la conférence de Belgrade va jouer - pour les luttes contre la répression à l'Est. Mais il n'est pas possible de juger ces accords uniquement sous l'angle des opposants des pays de l'Est et des libertés démocratiques. Il y a d'abord l'intérêt bien réel des gouvernements occidentaux de "masquer" leur politique anti-ouvrière, chez eux, derrière une certaine dénonciation des atteintes aux libertés dans des pays qui se disent "communistes". C'est en général un aspect que les oppositionnels de l'Est ne perçoivent pas ou sous-estiment dans la mesure même ou la situation de la classe ouvrière occidentale - en Europe, au moins - leur paraît infiniment plus positive comparée à la répression existant à l'Est. Les accords d'Helsinki forment un tout : celui de la défense d'intérêts économiques, militaires, diplomatiques de gouvernements au pouvoir sur le dos des travailleurs, quels que soient les régimes concernés. Le statu quo qu'ils cherchent à perpétuer signifie la répression de tous ceux, à l'Est comme à l'Ouest, qui veulent changer de tels régimes. Voilà pourquoi nous ne pouvons aucunement demander "le respect et l'extension des accords d'Helsinki". Par contre, nous pouvons montrer comment les gouvernements en place ne respectent même pas leurs propres lois. L'aide la plus forte que nous puissions apporter aux opposants dans les pays de l'Est, c'est que la lumière soit faite sur leur situation et sur celle de tous les travailleurs de ces pays par ceux-là mêmes - les travailleurs des pays occidentaux - qui n'ont aucun privilège de classe à camoufler.
2 avril 1977
Chers camarades, Je considère qu'il est de mon devoir de m'adresser à vous car je pense que le destin des pays du bloc "socialiste" , celui du mouvement ouvrier international et celui du monde en général dépendent, en grande partie, des décisions qui seront prises à l'issue de votre rencontre. Avant de vous relater les événements qui se déroulent actuellement en URSS, je voudrais faire une analyse de la situation à l'intérieur des pays du pacte de Varsovie.
La plupart des opposants marxistes d'Union soviétique considère que le socialisme n'existe pas dans les pays "socialistes" , dont la société connaît, par contre, une forme d'exploitation particulièrement dure, un capitalisme bureaucratique d'Etat.
A l'époque de la révolution scientifique et technique que nous vivons, une gestion bureaucratique et policière de l'économie a conduit les pays du pacte de Varsovie dans une impasse économique et politique. La crise économique est liée avec : a - le non-respect du principe de l'intéressement matériel sur le plan de la rénumération du travail. b - le système non-scientifique de planification et de gestion. c - une centralisation excessive, la bureaucratisation de la gestion. d - le choix de l'appareil gestionnaire dont les éléments ne sont pas sélectionnés d'après leur talent et leur capacité de travail, mais d'après des critères de conformisme, de leur aptitude à rejeter leurs convictions personnelles, etc. e - les entraves dans le courant d'information entre la base productrice et les organismes gestionnaires (de bas en haut) et entre l'appareil gestionnaire et la base (de haut en bas). Ceci est lié à l'absence de la liberté de parole, de presse, d'élection, d'organisation, au système de parti unique et à la peur de la répression policière. Les informations sont déformées à chaque stade du courant vertical (de haut en bas et de bas en haut) et du courant horizontal - lors de leur circulation d'une entreprise à l'autre. Il existe de nombreuses autres raisons encore qui expliquent le décalage entre la structure économique et le niveau contemporain des forces de production (décalage entre les forces et le rapport de production). La crise économique est intimement liée à une crise spirituelle et politique (intérieure et internationale). Le vide spirituel est un mythe dans la société qui provoque, d'une part, une croissance brutale de la criminalité, de l'alcoolisme, de l'amoralisme, mais qui, d'autre part, conduit la jeunesse vers une forme de pensée indépendante qu'elle soit réactionnaire ou progressiste. Ce dernier phénomène a servi d'impulsion au développement de ce qu'on appelle le "samizdat" , à la réalisation pratique des libertés promises par la Constitution. Les crises économique et spirituelle conditionnent la crise politique que traverse un pouvoir incapable de régler le moindre des problèmes qui se posent devant le pays. Ces trois crises interfèrent et se conditionnent l'une l'autre.
Dans l'ensemble du camp socialiste, la crise se renforce à la faveur de la lutte que les peuples des pays satellites mènent pour leur indépendance; elle est amplifiée par la violation des principes de l'internationalisme et de la souveraineté des Etats et des PC, par l'accroissement des dissentiments des nationalités dus à ces violations. Le retard qu'a pris le bloc socialiste par rapport aux pays capitalistes avancés, conduit au renforcement de la crise spirituelle et politique; il provoque d'autre part l'entrée progressive du bloc "socialiste" dans le système économique mondial (ce dernier phénomène résulte également des tendances générales de l'économie moderne). Au centre de la contradiction entre la révolution technique et scientifique et la structure figée des pays "socialistes", il y a les ingénieurs-techniciens dépourvus des moyens de travailler d'une façon effective en utilisant toues les possibilités de la science et de la technique et leurs propres aptitudes. Le désintérêt moral, la compréhension du lien entre l'inefficacité du travail des entreprises et l'absence de liberté conduisent l'intelligentsia technique à protester contre l'ordre établi, à lutter pour la liberté d'information et d'expression, etc. Le rapport entre les libertés et la crise actuelle de notre civilisation (menace de guerre, destruction de la nature, etc.) a été nettement formulé pour la première fois en 1968 par l'académicien Sakharov dans son livre "Réflexions sur le progrès technique". Il a dégagé les raisons du mécontentement de l'intelligentsia technique devant l'ordre actuellement établi et il est devenu l'un des porte-parole le plus éloquent des combattants pour la démocratisation du pays. L'autre partie de l'intelligentsia technique s'efforce de créer une société non-démocratique, technocratique et scientifiquement gérée, en ramenant l'explication du retard du pays au fait qu'il est dirigé par des idéologues et non par des scientifiques et des techniciens. Ils rejettent toutes les idéologies existantes, y compris l'idéologie communiste. Les technocrates luttent pour le pouvoir en s'appropriant les postes importants du Parti et de l'administration, et non pas au moyen de manifestations ouvertes pour les Droits de l'Homme.
La seule solution rationnelle pour sortir de la crise économique est la démocratisation de la production, de la gestion économique, c'est-à-dire une certaine décentralisation de la production, un système de gestion et de planification plus souple (participation des travailleurs à la direction des entreprises et à la planification, indépendance des syndicats, liberté de grève, réalisation du principe léniniste du contrôle par les travailleurs, système scientifique d'organisation de la production, de planification, de rémunération du travail, etc). Khroutchev avait fait des tentatives d'une certaine démocratisation dans l'économie, Kossyguine est allé plus loin. Mais sans démocratisation politique (respect et élargissement de la Constitution), la démocratisation économique est inévitablement condamnée à périr car, dans une atmosphère de peur et d'arbitraire bureaucratique et policier, n'importe quelle réforme finit par dégénérer. Nous, opposants marxistes soviétiques, c'est en nous fondant justement sur ce principe que nous sommes arrivés à nos positions de lutte, lutte menée avant tout pour les droits politiques,
et nous nous sommes unis dans cette lutte avec ceux dont le combat a pour unique but de faire triompher ces droits (liberté de parole, de presse, de manifestation, d'élection, d'associations, etc), c'est-à-dire les démocrates politiques, les mouvements nationaux (droit des nations à l'auto-détermination), les mouvements religieux (liberté de conscience). Le mouvement démocratique réunit chaque année un peu plus de tendances "dissidentes" autour de la lutte pour un Etat de droit, pour le respect de la Constitution, l'élargissement de cette constitution à la lumière des principes de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, dans la perspective de l'autorisation des autres partis à exister et du droit de grève. Une situation paradoxale s'est créée dans le pays, à savoir que c'est le gouvernement, le tribunal et la police qui enfreignent les lois intérieures et internationales alors que l'opposition se pose en défenseur de ces lois. L'une des fonctions de l'opposition consiste à développer dans les masses les plus larges la conscience de ces droits. Jusqu'en 1976, la lutte contre le stalinisme dans les autres pays était menée à des moments différents et de façon différente (insurrection ouvrière de Berlin, révolution hongroise de 1956, mouvement de l'intelligentsia polonaise 56, 68, "printemps de Prague", troubles à Sczeczin). En 1976, une tendance commença à se faire jour dans le sens d'une consolidation de tous les mouvements existant dans les différents pays autour d'un mouvement de défense des droits, qui s'était enrichi à la faveur du lien qui s'est créé avec la classe ouvrière luttant pour ses droits économiques. Cette consolidation effraya le pouvoir de Brejnev, étant donné qu'elle conduit à la création d'une opposition démocratique unifiée, qui s'appuie sur les larges masses des travailleurs, affaiblissant ainsi la possibilité pour le pouvoir de monter les différents peuples et les différentes couches sociales les uns contre les autres. Les pouvoirs ne peuvent s'engager sur la voie démocratique pour solutionner la crise, car pour la bureaucratie, cela équivaudrait à perdre inévitablement ses privilèges et son pouvoir politique et économique. Brejnev essaie d'emprunter une autre voie pour sortir de la crise, la voie anti-démocratique. Il essaye de régler la crise économique à l'aide de l'Occident (achat de pain, d'équipements technologique modernes, élargissement du commerce), en s'appuyant sur les désirs des capitalistes occidentaux d'élargir leur marché et sur la peur des gouvernements européens devant la puissance militaire de l'URSS, ainsi que sur l'opportunisme que cette peur engendre. L'Union soviétique vend tous ses produits à l'Occident à des prix inférieurs à ceux qu'elle pratique dans son propre pays, ne recherchant qu'à accumuler des devises, qu'à satisfaire sa faim de devises étrangères. C'est une charge supplémentaire qui tombe sur les épaules de nos travailleurs, puisque cela provoque une élévation des prix sur les produits. Le bénéfice résultant du commerce avec l'Occident sert essentiellement à renforcer la puissance militaire, à aider les alliés temporaires de Brejnev ou les gouvernements de ses satellites. Une situation paradoxale se crée, à savoir que l'aide fournie par l'Occident augmente les possibilités de l'URSS de s'intégrer dans les affaires intérieures des autres pays, de s'acheter telle ou telle force qui s'oppose à des gouvernements qui aident Brejnev, de monter les Etats les uns contre les autres. La clique de Brejnev essaie de régler la crise politique et spirituelle par un renforcement de la terreur policière, par un "renforcement de la lutte idéologique" (c'est-à-dire, toujours par cette même terreur, par une propagande mensongère et la désinformation en ce qui concerne les événements intérieurs et internationaux, en brandissant la menace de la guerre et en s'intégrant dans la lutte entre les pays avec seulement des menaces, car Brejnev ne s'apprête nullement à faire la guerre, comprenant toute l'absurdité d'une guerre nucléaire). Les accords d'Helsinki ont permis à Brejnev de s'engager sur cette voie anti-démocratique pour sortir de l'impasse. Mais, étant donné que la troisième corbeille des accords, condition politique et humanitaire de la détente, contredit la voie militaro-policière pour sortir de la crise spirituelle et politique, Brejnev essaie de réduire cette troisième corbeille à des promesses vides, qui ne sont pas contrôlées par les gouvernements et l'opinion publique, n'ayant pas de cranties quant à leur réalisation. Ayant signé les accords d'Helsinki, le pouvoir est tombé dans le piège de ses propres promesses quant à la circulation des hommes et des idées. Des groupes de soutien aux accords d'Helsinki se sont formées en URSS et en Pologne, dans le prolongement de la lutte menée par l'opposition pour les Droits de l'Homme. Avec une nouvelle base juridique, les accords d'Helsinki pourraient devenir un soutien supplémentaire pour le combat pour la démocratie. Dans ma lettre à M. Marchais, j'ai essayé de formuler les traits communs à tous les courants de l'opposition démocratique en ce qui concerne les accords d'Helsinki et la détente, en ce qui concerne Belgrade. Nous sommes pour le respect des accords d'Helsinki dans leur ensemble, mais aussi pour des accords précisés et élargis à Belgrade.
Déjà en 1963 Kroutchev a emprunté la deuxième voie de
/conservation du pouvoir. Brejnev est allé plus loin, surtout après 1967. En 1972, il a réussi à étouffer partiellement l'oppositon. Les accords d'Helsinki ont rendu possible l'émigration d'une certaine partie de l'opposition (vers Israel). Mais non seulement l'opposition ne s'en est pas trouvée affaiblie, au contraire, elle s'est renforcée. Très vite après Helsinki l'émigration des juifs fut presque stoppée. La propagande militariste et chauvine pousse dans le pays. La situation dans les camps, dans les prisons et les asiles psychiatriques devient de pire en pire, le déchaînement de la police dans le pays, de plus en plus sensible. De plus en plus souvent, le KGB et la milice règlent leur compte aux dissidents en ayant recours à des méthodes cyniques. Pour calmer l'opinion publique occidentale, de temps en temps, Moscou "fait des concessions". On a pu observer une amélioration temporaire en ce qui concerne l'émigration des Juifs. Certaines de ces concessions furent l'expulsion de Soljenitsyne, ma libération et celle de Boukovski. Mais sur le fond du renforcement général de la réaction, ces "victoires" de l'Occident ne valent rien du tout.
Le jour de l' "échange" de Boukovski contre Corvalan, le 15 décembre, va incendie a été organisé chez Malva Landa, membre du groupe d'Helsinki. Aujourd'hui, 28 février, elle doit être jugée pour avoir elle-même mis le feu chez elle (de ce fait, elle risque l'asile psychiatrique ou trois ans de camp de droits communs). Le 21 décembre, c'était Joulia Voznessenskaia qui était arrêtée à Léningrad et le 25, dans le cadre de son affaire, c'était le tour de Vladimir Borissov, membre du groupe d'initiative pour la Défense des Droits de l'Homme (dont j'ai fait partie). C'est la troisième fois qu'il est incarcéré en asile psychiatrique et, bientôt, il passera en jugement, ce qui. signifie la prison psychiatrique. Le 28 décembre, des perquisitions ont eu lieu chez les membres du Groupe ukrainien d'Helsinki. De la pornographie et des devises avaient été placées chez eux. Le 4 janvier 1977, des perquisitions ont eu lieu au domicile des membres du groupe d'Helsinki de Moscou. Le 10 janvier, Victor Louis, célèbre journaliste et désinformateur soviétique, agent du KGB, a commenté ces explosions en faisant le lien avec Helsinki ("courant d'information incontrôlé d'origine occidentale"') et les dissidents. Très rapidement, le KGB fit des menaces à l'encontre de Sakharov pour la déclaration qu'il avait faite, à savoir que les explosions étaient une provocation du KGB. La première prise de position de Carter eut pour effet l'arrestation de Guinsbourg (le 4 février), qui dirigeait le fonds d'aide aux prisonniers politiques et à leurs familles. On avait "découvert" des devises à son domicile (or il avait subi déjà quelques arrestations et ne connaissait que trop bien les méthodes du KGB pour garder des devises, chez lui, même si, supposons-le, il s'était livré à des spéculations dans ce domaine). La deuxième prise de position de Carter eut pour effet l'arrestation (le 7 février) des membres du groupe d'Helsinki ukrainien : l'écrivain Roudenko et le professeur Tikhii. Ensuite, ce fut le tour (le 14 février) d'Orlov, professeur, membre du groupe d'Helsinki de Moscou. On se prépare actuellement à régler le sort des membres du groupe d'Helsinki de Moscou à l'aide de provocations (cas de Piatkuson). Membre du groupe soviétique d'Amnesty, Tourtchine a été menacé d'arrestation le 14 février (on a, par provocation, fait savoir à Sakharov que Tourtchine était arrêté). En Tchécoslovaquie, le 17 février, un homme, inconnu pour le moment, accusé d'espionnage militaire a été condamné à 15 ans. Deux autres inconnus ont été condamnés réciproquement à 2 ans et demi et un an et demi pour "sabotage" Des arrestations ont lieu également en Roumanie et en Bulgarie. Des hôpitaux psychiatriques spéciaux sont apparus en Bulgarie et en RDA (comme l'annonce le professeur Havemann, combattant célèbre contre le nazisme et le stalinisme). Les 26 et 27 février, des incendies criminels ont éclaté à Moscou. Si jusqu'à présent, personne encore n'a été inculpé pour les explosions dans le métro de Moscou, il faut s'attendre maintenant à une large campagne de propagande ou à l'ouverture d'enquêtes judiciaires portant sur des organisations terroristes. Il n'est pas exclu que le KGB crée une telle organisation à l'aide de ses agents et des rebuts de la société. Ces incendies criminels ont éclaté, comme par hasard, juste avant le 28 fé-: vrier, jour du procès de "Malva Landa, l'incendiaire" . Toute cette série d'événements correspond à la propagande diffusée dans la presse. Le 2 février, la "Litteratournafa Gazeta" (Gazette littéraire) a publié le témoignage de Pétrov-Agatov, écrivain, ancien prisonnier politique qui a fait aussi bien l'expérience des camps que des hôpitaux psychiatriques. Je ne connais pas les raisons de son "repentir" , mais il respire le mensonge et la provocation. Il décrit, en la calomniant, l'activité des combattants pour les droits de l'Homme, qu'il présente comme des individus dépourvus de moralité, alcooliques, dépravés sexuels, cyniques, vaniteux et vendus à l'Occident; il les accuse même d'être athées. C'est, en particulier, le portrait calomnieux qu'il trace de Guinzbourg et d'Orlov. (De nombreuses personnes émigrées aux USA, en Angleterre, en France, en Italie et en Allemagne les connaissent tous les deux.) Le 11 février, un grand article est paru dans la "Pravda" sous le titre "Qu'est-ce qui se cache derrière le bruit sur les 'droits de l'Homme'?" En comparant ces articles, les perquisitions et les arrestations, on peut se rendre compte du but poursuivi par Brejnev. Il veut convaincre l'opinion publique occidentale de deux choses, à savoir que : a) nous opposons la lutte pour les droits de l'homme à la détente, b) l'échange des idées et l'élargissement des droits des journalistes occidentaux et la troisième corbeille d'Helsinki, en général, provoquent en URSS l'apparition du terrorisme, de la pornographie, d'un état d'esprit anti-soviétique et servent à corrompre des citoyens soviétiques moralement instables. En particulier, la consolidation de l'opposition, qui se profile, engendrée par la similitude des problème sociaux et des buts premiers, est présentée et interprétée comme le résultat d'une "orchestration" de la situation par les forces réactionnaires occidentales. Les signataires de la Charte 77 sont qualifiés de contre-révolutionnaires de droite, ce qui signifie que leurs défenseurs occidentaux sont de la même veine (y compris une partie des communistes). Ivan Chetsov, un écrivain antisémite connu, est l'auteur des romans "Le puceron" , "L'amour et la haine" "Au nom du père et du fils" (1964, 1960, 1970), dans lesquels il popularise toutes les idées contenues dans le faux de la bande Cent-Noir de l'Okhrana tzariste : "Le protocole des sages de Sion". Le maître de conférence de la Société de conscience, Emélianov, a élaboré entre 1972 et 1975, trois cours sur le sionisme, imprégnés d'antisémitisme nazi. La Ligue française contre le racisme et l'antisémitisme a gagné le procès qu'elle avait engagé contre l'ambassade soviétique pour cette publication, en l'accusant d'avoir recopié une vieil article antisémite d'avant la révolution. A partir de janvier, la revue de vulgarisation populaire "Ogonek" a commencé à publier une série d'articles pro-nazis (cf par exemple le n°5 datant de janvier 1977 - "Les tentacules d'espionnage du sionisme" sur l'affaire Eischman). La déclaration du "chrétien" Pétrov-Agatov sur l'athéisme des dissidents va dans ce même sens antisémite : les chrétiens s'élèvent contre les Juifs, les sans-dieu. Le pouvoir essaie de mon-
ter les croyants contre nous. Grigorenko et moi-même, ukrainiens, Soljenitsyne et Sakharov, russes, nous sommes tous présentés au cours de certaines conférences comme des Juifs dissimulés. On essaie d'inculquer au peuple que l'opposition, c'est le fait d'un complot juif et de l'impérialisme américain. L'antisémitisme est étroitement lié avec une propagande chauvine plus large : la propagande anti-chinoise, anti-américaine, anti-anglaise, anti-tatare. Tout cela pris ensemble contribue à la fascisation du pays. Tous les faits énumérés ci-dessus confirment les conclusions de l'analyse en ce qui concerne l'attitude de Brejnev vis-à-vis de la détente, vis-à-vis des accords d'Helsinki. Ce ne sont pas nous, c'est Brejnev qui sépare le problème de la sauvegarde de la paix, du rapprochement des peuples et le problème des droits de l'homme. Toutes les tendances de l'opposition démocratique s'unissent actuellement dans la lutte pour le respect des accords d'Helsinki, etc... et la détente unilatérale préconisée par Brejnev et la guerre froide conduiront nos pays sur une voie aventuriste, une voie militariste et policière. Je ne crois pas que les gouvernements démocratiques bourgeois d'Occident se montreront intransigeants sur les principes à Belgrade. Ils s'en tiendront à la politique traditionnelle inspirée de l'esprit de Munich, c'est-à-dire conciliation opportuniste, marchandages des pays et des droits de l'homme. La cause de la paix, la cause de la sauvegarde de la nature et tous les autres problèmes communs à toute l'humanité dépendent de l'opinion publique, du mouvement ouvrier international et, en particulier, de vos partis respectifs. Il ne faut pas permettre aux divers gouvernements de spéculer sur les accords d'Helsinki, de réduire la détente à néant ou de la limiter aux deux premières corbeilles. A cette fin, il faut soulever une vaste campagne populaire qui fasse pression sur les gouvernements pour faire renforcer, préciser et élargir l'application de ces accords.
Mais la déclaration radiodiffusée de M. Marchais sur les dissidents, les commentaires de "l'Unita" à propos des prises de position d'Amalrik et différents articles parus dans la presse communiste montrent qu'il existe un danger de voir la lutte pour un socialisme humain, pour la liberté, se transformer en déclarations verbales qui ne feront qu'entraver la lutte des peuples pour la paix et la liberté. Le PCF a plus d'une fois protesté contre la limitation des droits dont sont victimes des émigrés d'Afrique, d'Asie, d'Espagne. Et voilà que, soudain, M. Marchais, en se lançant dans une polémique avec nous, fait référence justement à ces mêmes lois qui limitent les droits des émigrés. M. Marchais a également recouru à d'autres moyens de polémique peu honorables. Nous autres, émigrés soviétiques, tout comme nos camarades restés en URSS, nous avons depuis longtemps émis des doutes quant à la sincérité des communistes occidentaux. Les moyens que M. Marchais emploie dans sa polémique et d'autres faits encore ne permettent guère de croire qu'il y ait une différence de principe entre |' "eurocommunisme" et le "communisme" de Brejnev. Je ne me suis jamais livré à la propagande anticommuniste en France. Amalrik, dans sa lettre à "l'Unita", remarque avec justesse que le mot "anti-soviétique" revêt un sens paradoxal de nos jours dans la mesure où les soviets n'ont aucun pouvoir en URSS et que la Constitution elle-même est niée par Brejnev. En conséquence, le mouvement pour les droits civiques est plus soviétique que ne l'est Brejnev.
Berlinguer, Carillo, Marchais à Madrid De telles erreurs - théoriques, méthodologiques et pratiques -ne font que nuire à la cause de la lutte pour un socialisme à visage humain. Le mythe d'un socialisme qui n'est pas suffisamment parfait ou celui de la dégénérescence d'un Etat ouvrier porte un coup à la démocratie et au socialisme. Comment peut-on parler d'une démocratie imparfaite en URSS alors que, tout simplement, elle n'y existe pas, alors que le degré d'exploitation est plus élevé et que le niveau des droits des travailleurs y est beaucoup plus bas qu'en Occident? Le socialisme suppose : 1 - Dans le cadre économique : le principe de l'intéressement matériel dans une rémunération proportionnelle au travail fourni, la participation des travailleurs dans la gestion des entreprises, dans la répartition, le contrôle, l'élargissement du rôle des syndicats et des autres organisations de travailleurs dans l'Etat, la réduction de l'écart entre les salaires. Tous ces traits spécifiques montrent qu'en URSS le socialisme n'existe pas. La rémunération du travail se fait en fonction de la place que l'on occupe. Les privilèges légaux ou illégaux dont bénéficient les bureaucrates sont tellement importants que la différence entre la situation matérielle d'un Brejnev et d'un manœuvre est sans doute bien supérieure à celle qui existe entre un milliardaire et un manœuvre occidental. Outre la baisse de la productivité, cet état de chose provoque un accroissement du nombre des crimes économiques, la corruption, le "piston" , la dégradation morale du peuple. Les travailleurs du contrôle populaire se sont transformés en l'un des maillons de la chaîne de pillage des richesses nationales. Les syndicats, privés de toute autonomie, ne sont que l'un des instruments qu'utilise la bureaucratie pour surveiller les ouvriers. Les travailleurs n'ont aucune organisation qui puisse prendre la défense de leurs intérêts. Ils sont même privés de la seule arme efficace dans ces conditions - le droit de grève. Tout ceci explique la faiblesse du mouvement de résistance ouvrier. Les quelques explosions de colère isolées sont impitoyablement écrasées.
2 - Dans le domaine politique : l'élargissement des droits de l'homme, l'élargissement de la démocratie. Après le "dégel" entre 56 et 73, le pouvoir s'est mis à se débarrasser de toutes les formes de contestation de façon de plus en plus brutale. 3 - Dans le domaine administratif : la diminution du rôle de parasites que les fonctionnaires jouent sur le corps de la société et de l'Etat. Mais, à l'heure actuelle, le rôle de la bureaucratie ne s'est en rien amoindri. 4 - Dans le domaine des nationalités : l'égalité, l'épanouissement des cultures nationales, l'éradication du chauvinisme. Mais, jusqu'à présent, ni les Tatares de Crimée, ni les Grecs, ni les Allemands de la Volga n'ont retrouvé leur patrie. L'antisémitisme revêt chaque année des formes de plus en plus cyniques. La russification prend des proportions inconnues jusque là. Sur le plan international, c'est toujours l'ancienne politique habituelle qui a cours, d'après le principe "diviser pour régner", et non pas une politique réellement internationaliste, qui ne transige pas avec les principes. Souvent pour des raisons de conjoncture, on soutient tel ou tel gouvernement réactionnaire qui persécute les partis de gauche et les syndicats (Iran, certains pays arabes, etc.). 5 - Dans le domaine de l'esprit : l'épanouissement de la personnalité, de la culture. L'indigence du réalisme socialiste témoigne, on ne peut mieux, de l'inexistence du socialisme. Il est également difficile de dire que l'accroissement de la criminalité et de l'amoralisme est une manifestation du socialisme. Si la criminalité augmente, cela veut dire qu'il existe une base sociale adéquate : le pourrissement de la société. Dans le domaine de la science, nous n'arrêtons pas de prendre du retard. Si l'Occident a déjà dépassé la psychanalyse, chez nous par contre, elle continue à être interdite et nos psychologues, le moment venu, seront contraints de reprendre tout depuis le début. Cet état de chose se fait ressentir au niveau de la psychologie, de la pédagogie et de la psychiatrie. L'élan pris dans le domaine spatial s'est déjà retourné en retard. 6 - Le triomphe des idées du communisme se transforme de nos jours en défaite. A la suite du monopole imposé sur la pensée, le marxisme officiel s'est figé, il s'est métamorphosé en une nouvelle forme mythologique. Un marxisme figé qui ne se développe pas, ni ne se remet en question soi-même d'après les lois de la dialectique, cesse d'être du marxisme. Il est possible d'analyser les autres éléments qu'inclut la notion de "socialisme" • Mais la caractéristique donnée montre bien qu'en URSS le socialisme n'existe pas. Les références à l'inexistence de la propriété privée, à l'absence du chômage, trahissent la schématisation, la volonté de ne pas prendre en considération la réalité, une approche métaphysique du monde. C'est une nouvelle forme d'exploitation sociale de "type asiatique" que nous avons devant nous. Une analyse scientifique, un modèle nouveau, sont indispensables pour comprendre cette société et pour comprendre les raisons de sa dégénérescence. Les marxistes occidentaux s'y livrent actuellement avec beaucoup de timidité car ils craignent de contribuer à la propagande réactionnaire. Mais la peur de la vérité, c'est justement elle qui contribue à renforcer la réaction, que ce soit en Occident ou en URSS, en maintenant la conscience des travailleurs prisonnière d'un mythe. La peur de la vérité n'a jamais apporté quelque contribution que ce soit ni à la lucidité de la pensée, ni au développement de la science, ni à la lutte pour une société plus juste. J'ai exposé dans ma lettre à M. Marchais les critères qui étaient pour nous décisifs quant à la sincérité de tel ou tel parti. Soixante ans de défaites de la Révolution d'Octobre nous ont appris, à nous autres marxistes révolutionnaires soviétiques, à garder la tête froide devant les paroles "'chaleureuses" des PC. Je ne comprends pas pourquoi M. Marchais a interprété ces paroles comme de l'anti-communisme. Je ne comprends pas pourquoi la critique orale et ouverte que j'ai faite davant M. Bocquet et ensuite mes déclarations plus réservées à la presse à propos du PCF et de "l'Unita" ont suscité le cour. roux de M. Marchais ? Pourquoi M. Bocquet n'a-t-il répondu à aucune de mes questions ? Pourquoi, dans "l'Humanité", n'ai-je trouvé aucune réponse quant au fond de ma lettre, mais seulement des accusations, à savoir que je me livre à des opérations politiciennes et fais de l'anti-communisme ? Le refus d'une polémique honnête et publique témoigne du caractère non-marxiste de la rédaction de "l'Humanité"
UR FAMILLE SABATA der le Snesalisme VOULRIT UNE TIHEIDSIDURDUIE Uni aux Libertes LIBRE ET SOCALISTE 3I URSS Leonid Pliouchtch
®ce qui vient de se dire ? Nous voudrions que vous nous ai- Qu'attendons-nous donc de vos partis, compte-tenu de tout diez à nous battre pour une détente authentique, c'est-à-dire pour la paix et les droits de l'homme, contre la répression dans les pays totalitaires. Nous voudrions que vous nous aidiez à élargir permi les masses la base de la lutte contre la répression des délits d'opinion dans le monde entier. Sans une critique conséquente de ce qui se passe dans le bloc "socialiste" , il vous sera impossible de le faire. Sans une analyse scientifique et objective du "socialisme" soviétique, il vous sera impossible de le faire. Vous avez le devoir d'empêcher le pogrome de l'opposition qui se prépare en URSS, en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie et en Roumanie. Mais ceci n'est possible qu'en dénonçant les provocations du KGB aussi bien à l'étranger que dans le bloc "socialiste" , en adoptant une position de principe contre toutes les violations des droits de l'homme, contre toutes les manifestations de racisme, du chauvinisme, contre les calomnies dont sont victimes les dissidents. En vous engageant dans cette voie, non seulement vous n'irez pas ajouter de l'eau au moulin réactionnaire dans vos propres pays, mais en plus, vous prouverez à vos peuples la sincérité de vos déclarations sur "l'eurocommunisme" . Et cela nous aidera à combattre le discrédit des idées du "socialisme" dans les pays "socialistes" , à lutter pour une société juste ici, en Occident. Les comités de défense des prisonniers politiques, des droits de l'homme, et Amnesty International mettent sans cesse au point de nouvelles méthodes de lutte pour la défense de l'homme. Vous devez les aider dans cette tâche; et plus encore, vous devez les devancer. Nous voulons dans le cadre de cette lutte nous adresser directement aux ouvriers, aux paysans et aux intellectuels pour qu'ils lui apportent un soutien massif (visite aux ambassades des pays totalitaires, meeting sur le thème de Belgrade, pétition de protestation générale au niveau national français, pétition internationale en faveur d'une amnistie générale, grèves d'ouvriers empêchant l'aide économique aux pays totalitaires qui enfreignent les accords d'Helsinki). Puisque les différents gouvernements réfutent tout ce que nous affirmons, vous pouvez nous aider à créer une commission pour le contrôle de la situation dans les hôpitaux psychiatriques, les prisons, les camps, pour le contrôle des expertises et des procès judiciaires, pour le contrôle de l'affaire des ouvriers d'Ursus, etc. La police française, sur la demande de l'ambassadeur, a empêché les représentants du Comité des médecins de pénétrer dans l'ambassade soviétique; vous, de votre côté, vous pauvez exiger de l'ambassadeur qu'il leur accorde une audience. Malleureusement, je connais des cas où certains membres du PCF non seulement ne nous ont pas aidés mais, au contraire, ont essayé de faire échouer nos entreprises. Si, vous-mêmes, vous avez des doutes quant à nos informations, alors :
a) Nous avons des preuves irréfutables, souvent matérielles, à vous présenter. En analysant ces documents effectifs, vous pourrez vous rendre compte que nous ne dénonçons pas des faits fictifs. b) Vous pouvez exiger qu'on laisse vos journalistes, les représentants des syndicats et du parti voyager en URSS, étudier le fonctionnement des usines, des kolkhozes, des écoles, des instituts et autres établissements. c) Vous pouvez rencontrer et vous entretenir avec les représentants des différentes tendances de l'opposition, dans différents pays. Vous connaissez mieux vos forces et vos possibilités que nous pourrions le faire et c'est pourquoi vos propositions sur le plan de la tactique et de la stratégie de la lutte pour la paix, la démocratie et le "socialisme à visage humain" nous intéressent (le "socialisme à visage humain" est une notion qui prête à controverse - car le socialisme sans visage humain contredit la notion même de "socialisme" - qui a pu naître grâce au mythe de l'existence du socialisme en URSS).
Je vous demande de discuter, lors de votre rencontre, la lettre que je vous adresse, en tenant compte de ce que je représente l'aile gauche, néo-marxiste de l'opposition soviétique. Je vous demande de me répondre pour que je puisse envoyer votre réponse à mes camarades en URSS, Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, RDA. Votre réponse, votre action peuvent avoir de l'influence (très fortement) sur le gouvernement soviétique, aussi bien que sur l'évolution de l'opposition. J'ai été l'un des signataires de l'appel adressé aux partis communistes et ouvriers de la conférence de Budapest. Je me suis également adressé personnellement à vos partis pour demander leur soutien. Le général Grigorenko, un communiste, et l'écrivain Kostérine se sont aussi adressés à vous. Un groupe de communistes d'URSS vous ont fait parvenir une lettre par mes soins avant la rencontre de Berlin. (Je les connais personnellement.) Il n'y a eu aucune réponse. Cela a nui au développement de l'opposition marxiste, a sapé la confiance dans "le socialisme à visage humain". J'espère que "l'eurocommunisme" ne restera pas un vain mot nouvellement inventé, mais qu'il marquera un tournant pour le mouvement ouvrier international. Cet espoir, au bout d'un an d'étude de l'''eurocommunisme", a faibli, mais néanmoins il demeure. (Une question à M. Marchais : pourquoi les camarades Althusser, Ellenstein, Parmelin sont-ils contraints de publier leurs articles non dans "l'Humanité" , mais dans "le Monde" et autre journaux non-communistes?) L'évolution des PC doit être accélérée en détruisant les mythes, en changeant les principes, la structure et les méthodes de lutte des PC, car une évolution lente sous la pression de la jeunesse, l'absence d'intransigeance sur le plan des principes, la diplomatie en idéologie, l'esprit de conciliation représentent un péril pour la cause du socialisme. Avec mon espoir.
Leonid Pliouchtch