Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

La dernière année du gouvernement Callaghan

· Inprecor n° 40, 14 décembre 1978 · p. 3-6 · 2 876 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Stalinisme IVe Internationale

La grève de Ford montre ce que des travailleurs combatifs peuvent arracher à la bourgeoisie, et cela, malgré le sabotage des dirigeants réformistes des syndicats et du Parti travailliste. Pour autant, nous n'assistons pas à un retour de la période 1972-1974 durant laquelle une vague montante de luttes

Depuis que cet article a été rédigé (19 novembre), la grève de

Pour une analyse détaillée de cette grève, nos lecteurs anglophones devront se reporter à Socialist Challenge, journal de nos camarades

Rich PALSER Ford s'est britanniques.

Le gouvernement travailliste joue littéralement la montre. Callaghan a clairement montré son programme dans le discours de la Reine qui a ouvert la nouvelle ses-

Quelques parlementaires unionistes sur le discours de la Reine, et cela, ainsi que référendums de la décentralisation administrative, a permis au goutravailliste « Du travail pour toute une session, mais rien de risqué » : c'est ainsi qu'un des principaux hebdomadaires capitalistes l'Economist a décrit le programme de législation évoqué dans le discours. Même thèmes les plus radicaux, dont le but est de maintenir en partie le soutien à Callaghan dans le mouvement ouvrier - ce soutien étant en baisse rapide -ne servent qu'à promouvoir une plus grande collaboration de classe. Un exemple en est la proposition d'étendre la parti-

Grande-Bretagne

La dernière année du gouvernement

Callaghan ouvrières chassa le gouvernement Tory.

conclue par une victoire partielle des travailleurs.

cipation des travailleurs à la gestion de l'industrie de concert avec les patrons.

Il y a au moins un problè lequel

Callaghan non me sur seulement a joué la vie du gouvernement travailliste, mais également l'ensemble de sa stratésur laquelle il électorale gle fonde sa reconduction au pouvoir. Ce problème, c'est sa politique des salaires. Car, en dépit de l'opposition du TUC - Trade

Union Congress - ces dernières années, Callaghan a répété fort clairement qu'il maintiendrait sa clause des 5% d'augmentation de salaire par an maximum

(1). Le Chancelier Healey a menacé les syndicats : tout manquement à la clause des 5% impliquera l'emploi de mesures

« fiscales» et « monétaires». En langage clair, cela veut dire des coupes sombres dans les crédits affectés aux services sociaux et un chômage accru. Tant que le travailliste s'en gouvernement tient à sa politique des revenus, il y a peu de chances de le voir renversé par le Parlement, ne serait-ce que parce que la classe dominante n'a guère d'alternative plausible à lui opposer. Le

Parti conservateur a publiquement explosé sur cette question, Madame Thatcher étant en faveur de solutions « monétaristes», tandis que l'ancien premier ministre Edouard Heath la politique des revenus avait volé en éclats sous les coups des mineurs en 1974 - reste plutôt partisan de récidiver. Il n'y a qu'en cas d'échec flagrant de sa politique que Callaghan peut être désavoué au Parlement - cependant que l'essentiel demeure ce qui se passe hors du Parlement. C'est ainsi que toute lutte ouvrière de quelque ampleur en défense du niveau de vie revêt une importance politique majeure à l'heure actuelle. Cela est vrai non seulement des plus importantes luttes sur les hausses de salaires comme les grèves des usines Ford ou encore celles des boulangers, mais encore des luttes partielles comme les revendications des ouvriers qualifiés de Leyland pour la parité des salaires, car elles constituent un test de de la capacité de la bureaucratie syndicale à canaliser la base.

ERRATA

Deux erreurs techniques ont été faites dans le numéro 39 d'Inprecor : 1) Il faut lire la page 18 à la place de la page 15 et la page 15 à la place de la page 18. 2) Page 9, dans la déclaration du Secrétariat unifié sur l'Iran, il faut lire les paragraphes 1, 2 et 3 à la place des paragraphes 4, 5 et 6, et les paragraphes 4, 5 et 6 à la place des paragraphes 1, 2 et 3.

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de la fondation de la IVe Internationale

LA BUREAUCRATIE SYNDICALE CONTESTEE

Les difficultés rencontrées par la bureaucratie étaient déjà claires dès l'été dernier. La combativité continue de la base syndicale s'est exprimée au cours d'une série de conflits locaux et sectoriels et le maillon très important que représente le système des délégués d'atelier demeure intact dans l'entreprise, malgré la capacité dont la bureaucratie a fait preuve de gagner certains délégués d'atelier à ses projets de collaboration de classe. Cela est tout à fait évident à British Leyland où justement des délégués repré-

Pou Au 40e anniversaire du

Congrès de fondation de la

IVe Internationale de 1938, que connait-on de l'histoire de ce mouvement ? Une contribution essentielle à une vision plus claire de cette histoire est apportée par ce livre qui met à la disposition de tous les documents adoptés par les conférences de l'Opposition de gauche internationale, puis de la IVe Internationale.

Dans ce volume, le premier d'une collection qui englobera tous les congrès mondiaux de la IVe Internationale, se trouvent rassemblés tous les textes compte-rendus des conférences qui se sont tenues de

1930 à 1940, du vivant de

Trotsky. Ces écrits sont, en général, devenus introuvables, pour des chercheurs, quand ils ne sont pas inédits en français.

La première rencontre internationale, assez modeste, eut lieu en avril 1930. Elle a donné naissance à un premier

Secrétariat international. C'est quelques jours après l'arrivée de Hitler au pouvoir, que se tient, en février 1933, la première véritable conférence in.

sentatifs sont rentrés dans le jeu de la participation proposée par les bureaucrates, mais où, cependant, il a été impossible de pénaliser, de réprimer ceux des militants et des délégués qui continuent à résister.

L'exemple le plus significatif a vu la bureaucratie du principal syndicat de la mécanique (AUEW) forcée de s'incliner devant les ouvriers de l'outillage en grève à SU Carburettor. Là, les ouvriers de l'outillage sont passés à l'action pour l'égalité des salaires avec les autres usines, et le syndicat les a menacés d'expulsion s'ils ne reprenaient pas le travail. Les our le 40e annivers cernationale qui votera la plate-forme de l'Opposition internationale : les Konze points», et lancera un appel au prolétariat allemand l'invitant à résister à Hitler, à engager le combat dans l'unité d'action.

Men souscription 1 MARSANON PAS les congrès de la quatrième internationale editions la brèche

Un volume, format 13,5 x 21 cm, de 420 pages, avec une introduction pour chaque conférence ou congrès, des notices historiques et les biographies de personnalités et militants cités.

35 F au lieu de 58 F éditions la brèche La faillite du PC allemand qui est, évidemment, celle de mettre fin, en août 1933, à vement communiste et à œuvrer désormais à la création de nouveaux partis révolutionnaires et d'une nouvelle Intervriers refusèrent et la révulsion de la base face à un cassage de lutte aussi flagrant fut tel que la bureaucratie ne put que reculer. Le syndicat en question avait vu récemment une victoire décisive de son aile droite, ayant pris le contrôle de l'exécutif lors des dernières élections. Et malgré ces succès des partisans Callaghan, le rapport de forces au sein des syndicats n'avait pu être totalement renversé au détriment de la base.

Parfaitement au courant de cette situation et de l'hostilité croissante des ouvriers à l'égard de la politique des revenus, le TUC ne put se permettre de permettre de aire nationale. Après un essai infructueux de regroupement de diverses forces, ce sera, fin 1934, l'expérience d'un travail de masse au travers de l'entrée dans les partis socialistes. Expérience de courte durée, abrégée par les exclusion bureaucratiques, le potentiel militant accru et la remontée ouvrière semblent propices au développement d'un parti indépendant.

Les grandes conférences de 1936 et 1938 produisent d'importantes analyses des problèmes mondiaux et des documents programmatiques fondamentaux. Enfin, une conférence extraordinaire est convoquée d'urgence à New York, en mai 1940, dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale, rendue nécessaire par la grave crise qui vient d'affecter la section américaine. Les textes de cette assemblée sont inédits en français.

Ce livre reproduit intégralement les textes de références qui définissent les orientations mouvement trotskyste d'avant la guerre. Il sortira aux éditions La Brèche dans les derniers jours de décembre 1978.

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PIC, conduit l'Opposition à

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cautionner ouvertement le quatrième round de la politique des revenus. Et cela, tout particulièrement parce que Callaghan n'a laissé aucune marge de mancuvre aux bureaucrates: il avait annoncé la clause des 5% maximum sans les consulter et en faisant aucune concession que la bureaucratie aurait pu marchander avec la base. A peine le TUC avait-il rejeté la clause des 5% qu il partait en campagne pour convaincre le gouvernement de se montrer plus flexible. Moss Evans, le dirigeant du Syndicat général des transports (2 millions de syndiqués), que Callaghan devait faire confiance à « la responsabilité » des syndicats pour négocier des revendications compatibles avec les profits des entreprises. Alan Fisher, dirigeant des travailleurs - mal payés - du secteur public, avertit Callaghan qu'il pourrait devoir affronter un « hiver de mécontentement». Tous ces bureaucrates disent à Callaghan : « Pour que nous collaborions avec vous, vous devez collaborer avec LA GREVE FORD

Puis ce fut la grève Ford. Les ouvriers de Ford avaient demandé une augmentation de 20%, une reduction de la semalne de travail de 5 heures, et 80% du salaire pour les travailleurs mis à pied. En réponse à une offre de 5%, plus une prime de productivité (permise par le gouvernement sur une base d'« autofinancement»), la base entra en action. La direcsyndicat donna un sceau officiel à la grève afin d'en conserver le contrôle autant qu'il était possible. Avant longtemps, Ford devait accepter de négocier au-dessus de la barre des 5% maximum. Il ne faut pas sous-estimer la grève de Ford. En premier lieu, elle eut surtout le mérite de rendre impossible toute nouvelle tentative de la bureaucratie de cautionner la clause des 5%. Les votes émis par les syndicats à la conférence du Parti travailliste ne concernaient pas seulement la politique des revenus, mais impliquaient également que les membres de l'exécutif du Labour devaient faire campagne contre la clause des 5%.

Les travailleurs de Ford ont augmentation 12 % malgré la barre gouvernementale de 10%. 17 millions de travailleurs du secteur privé ont acquis jusqu'à 16% d'augmentation en moyenne. Mais les 10% gagnés par les 7 millions de salariés du secteur public ont fait que la hausse moyenne des salaires aura été finalement de 14,2%. Ces données-là, ajoutées à la revendication avancée par plus de un million de travailleurs manuels du secteur public, d'un salaire minimal de 60 livres par semaine et de la semaine de 35 heures, vont imposer à Callaghan de réaffirmer sérieusement son autorité.

Mais nous ne devons pas non plus surestimer la grève de Ford. Car l'offensive politique de Callaghan, avec laquelle les bureaucrates syndicaux pretendent transiger, demeure le plus gros obstacle à une offensive généralisée de la classe ouvrière dans le but de défendre le niveau de vie. Tandis que le changement visible depuis trois ans, est constitué par l'attitude des directions syndicales peuvent plus cautionner tement la politique salariale du

Labour, et qui au lieu de briser les grèves, en sont à approuver les revendications ouvrières et les luttes afin d'en garder le contrôle, pour autant nous n'assistons pas à un retour de la période 1972-1974 durant laquelle une vague montante de luttes ouvrières chassa le gouvernement Tory.

Callaghan a lancé aux syndicats un défi politique : « donnez-moi une autre façon de maîtriser l'inflation. Face à moi, quelle alternative autre que les Tories avez-vous ?» Aucune réponse à ce défi n'est venue de la part des directions syndicales, sinon des déclarations selon lesquelles, en dépit de la ligne du TUC, hostile à la ligne des 5%, leur préoccupation la plus im-

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portante, et de loin, était de voir une nouvelle victoire électorale du Labour Party. Même au beau milieu de la grève des Ford, elles reprirent les discussions avec le gouvernement pour tenter de « surmonter notre présente impasse» et Len Murray annonça qu'en dépit de la décision de la Conférence du Parti travailliste selon laquelle l'exécutif du Labour devait faire campagne contre les 5% maximum, lui-même et le Conseil général du TUC étaient manda-

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tés par la résolution du TUC qui ne mentionnait rien de tel.

Les éléments «gauche» de la bureaucratie se sont comportés de façon à peu près semblable. Pas un mot pour s'opposer aux discours favorables à un cours collaborationniste, pas un geste pour élargir la brèche ouverte par les travailleurs de Ford. Or, c'est sur l'ensemble de ces attitudes pratiquées par les directions syndicales - compréhension de la nécessité de lutter prioritairement contre l'inflation; acceptation de négocier pendant et contre les luttes; comportement « responsable » en général; acceptation de licenciements ça et là; désolidarisation d'avec ceux combattent les 5%; non alignement des revendications secteur public sur celles du privé - que repose la possibilité du gouvernement Callaghan de survivre, même si, à court terme, on verra probablement le Premier ministre obligé de payer plus de 5%. VERS UNE ALTERNATIVE SOCIALISTE

Il y a, bien sûr, une altertive socialiste à la politique de Callaghan. Lorsque les leurs de Leyland se voient répondre que leurs revendications ne peuvent être satisfaites sous peine de réduction d'emplois, ils ont en main la meilleure raison d'en finir avec l'anarchie capitaliste. Pour assurer l'emploi, les salaires et une production planifiée, il faut nationaliser l'industrie sous contrôle ouvrier.

La seule voie pour les travailleurs du secteur public, c'est d'aligner leurs revendications sur celles du privé en entrant en lutte aux côtés des ouvriers de Ford pour obtenir l'échelle mobile des salaires comme arme anti-inflation.

Il s'agit désormais de rompre les négociations et de préparer un combat unifié de tous les travailleurs. Lorsque Callaghan menace les ouvriers de l'alternative : sa politique ou l'arrivée au gouvernement de

Madame Thatcher, cela ne constitue nullement une raison valable pour poursuivre des discussions, c'est un argument pour balayer Callaghan, Murray, et autres partisans des 5% de la direction du Labour et pour les remplacer par ceux qui se battent pour les intérêts des travailleurs.

L'obstacle principal . une offensive ouvrière généralisée n'est pas organisationnel; c'est l'absence d'une alternative politique crédible, comme on l'a vu encore une fois à British Leyland ou, malgré une direction de délégués d'atelier, réussissant. à organiser une grève quasi totale, la direction et les campagnes de presse, agitant la menace de licenciements, aboutirent à emporter un vote massif en faveur de la reprise du travail.

v'est pour ces raison que la tâche essentielle des militants socialistes dans les syndicats, c'est de reconstruire la gauche. La capitulation de la bureaucratie de gauche devant le gouvernement travailliste a paralysé la direction gauche traditionnelle au sein des syndicats, animée par le Parti communiste. Ligoté par son allian- prend de a ce stratégique avec la bureaucratie de gauche, le PC a été incapable de prendre quelque initiative active que ce soit durant les trois dernières années. Il s'est contenté d'animer le « Comité de liaison pour la défense des syndicats». Mais de façon plus générale, on assiste à un échec marqué des regroupements de «gauche large » au sein des syndicats, comme en témoigne la victoire de l'aile droite lors des élections de l'AUEW.

Pour un nombre croissant de travailleurs combatifs, soucieux de développer la lutte de masse et confrontés à des problemes politiques, la nécessité de solutions politiques devient impérieuse. L'expression de cela a été le développement de « plans ouvriers » pour combattre les licenciements et les fermetures. Le plus connu est le plan de l'usine Lucas aero space pour maintenir les emplois et la production en définissant une production différente de biens socialement utiles tels que des appareils à dyalise rénale. Ces plans, avancés avec revendication de nationaliser la firme en question sous contrôle ouvrier et soutenus par des manifestations de masse, des grèves et des occupations, représentent un pas en avant. réel vers une alternative politique.

C'est pour cette raison que l'hebdomadaire Socialist Challenge organise une conférence pour les militants syndicaux avec un orateur de Lucas sur « contrôle ouvrier et plans ouvriers » et organise ses sympathisants au sein des syndicats pour combattre à l'intérieur de la «gauche large » et des regroupements de base, pour une aile gauche unifiée et démocratique, politiquement indépendante de la bureaucratie, luttant pour une alternative politique à Callaghan.

Il est extrêmement difficile de prévoir l'issue des batailles sur les 5%. La tâche de l'heure demeure l'exigence de rompre les discussions et la mise sur pied d'actions de solidarité avec les boulangers et les travailleurs de Ford. Si Callaghan gagne les prochaines élections, comme les sondages d'opinion laissent présager, ce sera grâce aux divisions des Tories, pas du fait de l'enthousiasme suscité chez les ouvriers par le Premier ministre. S'il perd, ce sera du fait de la démoralisation engendrée dans l'électorat ouvrier par sa politique pro-capitaliste. Si un gouvernement Tory sort des urnes, ce sera la faute de Callaghan et de ses alliés au sein du mouvement ouvrier. Dans cette éventualité, il serait évidemment préférable mouvement ouvrier se prépare à la confrontation inévitable avec l'ennemi de classe, rendu confiant par remportés dans lutte contre la clause des 5 %. NOTE 1) Voir Inprecor no 36 (19 octobre) : «Callaghan et Ford contre la classe ouvrière».

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