Inprecor 1974–2004

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Le troisième tome des œuvres de Trotsky est paru

Inprecor n° 40, 14 décembre 1978 · p. 30-32 · 2 030 mots

Allemagne Belgique

L'Institut Léon Trotsky continue activement les activités dont nous avons rendu compte dans nos numéros 28, 29 et 36. Il vient de publier aux EDI (Editions et Documentation Internationale,

75005 Paris), le tome III des Oeuvres de Trotsky. De ce volume qui couvre la période novembre 1933/avril 1934, nous extrayons les «bonnes feuilles» ci-dessous qui donnent un vaste tableau de la situation du mouvement ouvrier européen au lendemain de la défaite allemande.

Le troisic

rue Descartes,

Je veux énoncer quelques considérations générales sur la situation politique de l'Europe et sur les tâches qui en découlent pour l'avant-garde prolétarienne. Ce qui va être dit concerne également la Belgique dans la mecrise générale du capitalisme, la croissance du fascisme et le danger de guerre impriment leur marque décisive sur la vie intérieure de tous les pays d'Europe.

La victoire du national-socialisme en Allemagne a mené, dans les autres pays européens, au renforcement au sein du prolétariat, non des tendances communistes, mais des tendances démocratiques. Nous le voyons sous une forme particulièrement claire, par exemple en Angleterre et en Norvège. Mais, sans aucun doute, le même processus

Document ime tome de de Trotsky est paru (.)

produit également dans un certain nombre d'autres pays. Il est très probable, en particulier, que la social-démocratie en Belgique passera au cours de la prochaine période par une nouvelle montée politique. Que le réformisme soit le pire frein de l'évolution politique et que la social-démocratie soit vouée l'effondrement, c'est pour nous l'ABC. Mais l'ABC, c'est peu. Il faut savoir discerner les étapes concrètes du processus politique. Dans le historique réformisme comme du capitalisme, il y a des périodes inévimontée temporaire. Une lampe, avant de s'éteindre, se rallume parfois très vivement.

La formule fascisme ou communisme est absolument juste, mais seulement en dernière

• oeuvres analyse. La politique fatale de II. C. soutenue par l'autorité de l'Etat ouvrier a non seulement compromis les méthodes révolutionnaires, mais encore donné à la social-démocratie, souillée de crimes et de trahisons, la possibilité de lever de nouveau au-dessus de la classe ouvrière le drapeau de la démocratie comme celui de son salut.

Des dizaines de millions d'ouvriers sont alarmés jusqu'au tréfonds de leur conscience par le danger fascisme. Hitler leur a montré de nouveau ce que signifiait l'écrasement des organisations ouvrières et des droits démocratiques élémentaires. staliniens affirmaient, au cours des dernières années, qu'entre le fascisme et la démocratie il

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n'y a aucune différence, que le fascisme et la social-démocratie sont des frères jumeaux (2). Les ouvriers du monde entier se sont convaincus, par l'expérience tragique de l'Allemagne, de la criminelle absurdité de tels discours. D'où le déclin prochain des partis staliniens dans des conditions exceptionnellement favorables pour l'aile révolutionnaire. D'où, aussi, les aspirations des ouvriers à se cramponner à leurs organisations de masse et à leurs droits démocratiques. Grâce à dix années de politique criminelle de I'I.C. stalinisée, le problème se pose devant la conscience de millions d'ouvriers, non sous la forme de l'antithèse décisive : dictature du fascisme ou dictature du prolétariat, mais sous la forme de l'altemative beaucoup plus primitive et beaucoup moins nette : fascisme ou démocratie.

Il faut prendre la situation politique, qui constitue notre point de départ, telle qu'elle est, sans se faire aucune illusion. Nous restons évidemment fidèles à nous-mêmes et à notre drapeau : toujours, et dans toutes les conditions, nous disons qui nous sommes, ce que nous voulons, et où nous allons. Mais nous ne pouvons imposer mécaniquement notre programme aux masses. L'expérience des staliniens à ce sujet est suffisamment éloquente. Au lieu d'accrocher leur locomotive au train de la classe ouvrière et d'accélérer son mouvement avant, les staliniens lancent leur locomotive à coups de sifflets stridents à la rencontre du train du prolétariat, entravent mouvement en avant, et parfois se heurtent à lui, et, dans ce cas, il ne reste que des morceaux de la petite locomotive. Le résultat d'une telle politique est

: dans plusieurs prolétariat est devenu la victime sans défense du fascisme, dans d'autres, il est rejeté en arrière sur les positions du réformisme.

Il ne peut évidemment pas être question d'une régénération sérieuse et durable du réformisme. Il s'agit à proprement parler, non pas du réformisme au sens large du mot, mais des aspirations des ouvriers à défendre leurs organisations et leurs «droits». De ces positions purement défensives et conservatrices, la classe ouvrière peut et doit, dans le processus de la lutte, une offensive révolutionnaire toute la ligne. L'offensive doit à son tour rendre les masses prêtes à accepter les grandes tâches révolutionnaires et, par conséquent, notre programme. Mais, pour y arriver, il faut d'abord savoir traverser la période défensive quis'ouvre actuellement, avec les masses, dans leurs premiers rangs, sans se dissoudre en elles, mais aussi sans s'en détacher (3).

Les staliniens - et leurs pitoyables imitateurs, les brandlériens - ont frappé d'interdiction les mots d'ordre démocratiques pour tous les pays du monde, pour l'Inde, qui n'a pas encore accompli sa révolution nationale libératrice, pour l'Espagne, où l'avant-garde prolétarienne a encore à trouver la voie de la transformation de la révolution bourgeoise rampante en révosocialiste, pour l'Allemagne, où le prolétariat, brisé et réduit en poussière, est privé de tout ce qu'il avait pendant le siècle dernier, pour la Belgique, dont le prolétariat ne détourne pas les yeux de la frontière orientale, et, étouffant la profonde défiance qu'il a dans le cœur, soutient le du «pacifisme démocratique» de Vandervelde (4) et

Cette négation pure et simple des mots d'ordre démocratiques, les staliniens la déabstraitement ractéristiques générales de notre époque, qui est celle de l'impéa quotien to man de rialisme et des révolutions socia-

Il n'y a pas un grain de dialectique dans cette façon de poser la question ! Les mots d'ordre et les illusions démocratiques ne se suppriment pas par décret. Il faut que la masse les traverse et les élimine dans l'expérience des combats. La tâche de l'avant-garde est d'attacher sa locomotive au train des masses. Dans la position de défensive actuelle de la classe ouvrière, il faut trouver des éléments dynamiques, faut mettre les masses dans l'obligation de tirer les conclusions de leurs propres principes démocratiques, il faut approfondir et étendre le champ de lutte. C'est dans cette voie également que la quantité se changera en qualité.

Rappelons encore une fois qu'en 1917, alors que les bolcheviks étaient deja incomparablement plus forts qu'aucune section de I'I.C. d'aujourd'hui, ils continuaient d'exiger la convocation le plus vite possible de l'assemblée constituante, l'abaissement de la limite d'âge électoral, les droits électoraux pour les soldats, l'éligibilité des fonctionnaires, etc. Le principal mot d'ordre des bolcheviks, «Tout le pouvoir aux soviets» signifiait d'avril à septembre 1917 «Tout le pouvoir aux social-démocrates social-révolutionnaires)». Quand les réformistes conclurent une coalition gouvernementale avec la bourgeoisie, les bolcheviks lancèrent le mot d'ordre : «A bas les ministres capitalistes !». Cela signifiait encore une fois : «Ouvriers, social-révolutionnaires à prendre entre leurs mains tout le pouvoir» ! L'expérience politique de la seule révolution prolétarienne victorieuse est défigurée et faussée par les staliniens au point d'en être méconnaissable. Ici aussi, notre tâche est de rétablir les faits et de tirer les conclusions indispensables pour aujourd'hui.

Nous, bolcheviks, nous pensons que, pour se sauver réellement du fascisme et de la guerre, il faut la prise révolutionnaire du pouvoir et l'instauration de la dictature prolétarienne. Vous, ouvriers socialistes, vous n'êtes pas d'accord pour vous engager dans cette voie. Vous espérez

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non seulement préserver l'acquis, mais encore progresser par les voies de la démocratie. Bien.

Tant que nous ne vous aurons pas convaincus et amenés vers nous, nous serons prêts à faire avec vous cette route jusqu'au bout. Mais nous exigeons que le lutte pour la démocratie, vous la meniez, non en paroles, mais en actes. Tous reconnaissent - chacun à sa manière -que, dans les conditions actuelles, il faut un pouvoir «fort». Forcez donc votre parti à engager la lutte véritable pour un Etat démocratique fort. Pour cela, il faut avant tout extirper les restes de l'Etat féodal. Il faut donner le droit de vote à tous les hommes et femmes de plus de dix-huit ans, soldats compris. Concentration plète des pouvoirs exécutif et législatif dans une Chambre unique ! Que votre parti lance une sérieuse campagne sur ces mots d'ordre, qu'il dresse sur leurs jambes des millions d'ouvriers, que, par la poussée des masses, il prenne le pouvoir ! Ce serait en tout cas une tentative sérieuse pour lutter contre la guerre et le fascisme. Nous, bolcheviks, nous conserverions le droit d'expliquer aux ouvriers l'insuffisance des mots d'ordre démocratiques, nous ne pourrions prendre sur nous de responsabilité politique pour le gouvernement social-démocrate, mais nous vous aiderions honnêtement dans votre lutte pour un tel gouvernement, et avec vous, nous repousserions toutes les 1) Préface à une brochure de la section belge intitulée « La situation politique après les pleins pouvoirs», publiée dans « La Vérité », du novembre 1933. Nous avons reproduit ce texte, avec l'autorisation des Editions de Minuit, bien qu'il figure dans *Le mouvement communiste en France», actuellement disponible, car il présente l'immense intérêt de proposer une analyse globale du mouvement de la classe ouvrière au lendemain de la défaite allemande, et que l'analyse ici esquissée soustendra l'orientation et même les «tournants» de la période ultérieure. 2) Allusion à la politique de la «troisième période » où les PC quaattaques de la réaction bourgeoise. Plus encore, nous nous engagerions devant vous à ne pas entreprendre d'actions révolutionnaires qui sortiraient des limites de la démocratie (de la véritable démocratie), tant que la majorité des ouvriers ne se serait pas mise consciemment du côté de la dictature révolutionnaire.

Telle doit être au cours de la prochaine période notre attitude vis-à-vis des ouvriers socialistes et sans parti. En occupant avec eux, comme point de départ, la position de défense démocratique, il nous faut, dès le début, donner à cette défense un caractère prolétarien sérieux. Il faut nous dire fermement que nous ne permettrons pas que se répète ce qui s'est passé en Allemagne. Il faut que chaque ouvrier avancé se pénètre totalement de lifiaient la social-démocratie de «soexpliquant dans un processus irréversible de « fascisation ». Staline en théorie selon laquelle « social-démocratie» et « fascisme» étaient non des

«jumeaux». L'une des conséquences d'une telle ligne était évidemment de rendre impossible tout front unique avec les partis social-démocrates. 3) Remarque capitale après la consta-

La restitué aux organisations réformistes peut penser que ce qu'on appelera le «tournant francais» - l'entrée dans cette pensée : ne pas permettre au fascisme de lever la tête. Il faut entourer, pas à pas, et avec persévérance, Peuple, les rédactions et les clubs, de l'anneau de la résisprolétarienne. entourer avec autant de persévérance tous les foyers de fascisme (rédactions de journaux, clubs, casernes fascistes, etc.) de l'anneau du blocus prolétarien. Il faut conclure des accords de combat entre les organisations ouvrières politiques, syndicales, culturelles, sportives et autres, pour des actions communes en vue de la défense de toutes les institutions de la démocratie prolétarienne. Plus ce travail aura un caractère sérieux et réfléchi, et moins il sera criard et vantard, plus il conquerra rapidement la confiance des masses prolétariennes en commençant par la jeunesse, et plus sûrement il conduira à la victoire.

C'est ainsi que nous nous représentons les grandes lignes d'une politique véritablement marxiste dans la prochaîne période. Cette politique revêtira assurément des formes diverses dans les différents pays d'Europe, en fonction des circonstances nationales. Suivre avec attention les modifications de la situation et celles qui se produisent dans la conscience des masses, lancer à chaque nouvelle étape les mots d'ordre qui de l'ensemble de la situation - telle est la tâche de la direction révolutionnaire. les partis social-démocrates - est en germe dans ces analyses. 4) Emile Vandervelde (1866-1938), avocat, président de la Ile Internationale avant 1914, était devenu ministre dans un gouvernement d'union sacrée pendant la guerre. Au lendemain de cette dernière, il avait consacré ses efforts à une réconciliation avec les social-patriotes allemands pour la reconstitution de la Ile Internationale dont il était redevenu président en 1929. Par ailleurs il soutenait une politique de « paix » dont le contenu était évidemment le « statu quo » établi par Versailles.

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