Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Lettre au ministère de l'Intérieur

· Inprecor n° 40, 14 décembre 1978 · p. 19-21 · 1 584 mots

Document contre des militants marxiste-révolutionnaires. nationale assez puissante pour et ses compagnons de combat, des bureaucrates-flics de Prague. •» Par la présente lettre, je porte plainte contre les organes du ministère fédéral de l'Intérieur qui, en persécutant ma famille et moi-même de la manière décrite ci-dessous, violent la Constitution et n'hésitent pas à commettre des actes à caractère purement criminel.

»Je suis signataire de la Charte 77, militant pour la défense des droits de homme et pour le respect de la légalité, membre du Comité de defense des personnes persécutées. Depuis janvier 1977 je suis victime de persécutions incessantes : j'ai été exclu des syndicats (ROH), dégradé militairement, licencié janvier 1978 de l'entreprise où je travaillais en qualité d'ingénieur-mécanicien. Le tribunal a rejete la plainte par laquelle je réclamais l'annulation de ce licenciement. Tous ces

Tchécoslovaquie

Petr Uhl : le ministere d

Nous avons publié dans notre dernier numéro un exemple frappant - grotesque et terrifiant à la fois - de la littérature policière produite par des services du régime tchécoslovaque contre les partisans convaincus du socialisme non « normalisé»,

C'est à la cible principale de ce rapport infâme, Pietr Uhl, que nous donnons aujourd'hui la parole. Son témoignage est assez parlant pour que nul ne sous-estime ni la gravité des menaces qui pèsent sur lui ni la nécessité d'une campagne interle protéger, ainsi que sa famille contre les attaques criminelles actes ont été ouvertement justifiés par le fait que je suis signataire de la Charte 77.

» Par la suite, mon téléphone a été coupé, et mon permis de conduire retiré. Depuis septembre 1977, mon appartement est surveillé en permanence par des agents de la VB

(Sécurité publique) qui non seulement contrôlent l'identité toute personne dans mon appartement, mais encore empêchent parfois des visiteurs d'entrer, ou bien les arrêtent lorsqu'ils sortent chez moi. C'est ainsi qu'à la fin de l'année dernière la libertchécoslovaques a été entravée; ces derniers temps, ce fut entre autres, secrétaire du Conseil

Ruegg, de la Paix suisse (Cartenhofttre au e l'Intérieur strasse 7, Zurich); Michael Shaskevich d'Amnesty International (9056 South Pleasant Avenue, Chicago, III.); Jaroslau Sabata, porte-parole de la Charte 77 (le 11 août 1978, celui-ci a été obligé sous les menaces, de quitter Prague où il était venu s'occuper des enfants de sa sœur malade); Frantisek et Marie Master de la ville d'Ostrou nad Ohri, signataires de la Charte 77, Monsieur Blum de la Radio norvégienne, deux journalistes de Rote Fahne de la RFA; et dernièrement le docteur Hybler et sa femme Ivana (qui fut soumise, dans un état de grossesse avancée, à un interrogatoire nocturne en présence de sa fille de 18 mois, le 20 septembre 1978).

» En me rendant au travail ou au parc avec les enfants, au cinéma, devant chez mes amis, je suis constamment suivi par hommes Sécurité d'Etat, conduisant une Tatra 603 et se garant toujours à proximité des endroits où je m'arrête.

» Ces hommes contrôlent les papiers des personnes avec lesquelles je parle dans la rue; si je vais au café, ils envoient des agents de la VB en uniforme pour contrôler les personnes avec lesquelles je me trouve. Les amis qui viennent me rendre visite sont soumis à des interrogatoires et les agents de la

Page 20

StB (la Sécurité) leur recommandent de ne plus me rendre visite à mon domicile. Ces derniers mois, la StB tente de leur faire croire que je suis suspect de préparation d'actions roristes. Ils le disent à tous (je exemples), sauf à moi.

» Le 13 août 1978, j'ai degénéral Fejes d'examiner ma situation, mais il n'a pas mis fin à toutes les attaques contre mon honneur et ma réputation. Par contre, fin août 1978, la revue publiait un article décrivant mon nom de famille) comme aventurier politique et terroriste. Mes plaintes restent sans

»Si j'envoie une lettre à l'étranger décrivant ces violations de la Constitution, la lettre ne parvient pas au destina-

You bien celui-ci reçoit dans l'enveloppe de ma lettre le texte de la Charte 77, comme cela est arrivé à Madame de Nicolay (33, rue des Lions, Paris 4e).

conflits permanents qui se déroulent à la porte de notre appartement ont des conséquences très graves sur l'état psychique de nos enfants (de trois ans et un an et demi).

» Pourtant il n'existe aucune décision officielle donnant le droit aux organes de la VB et de la StB de surveiller notre appartement, de me suivre en auxquels nous sommes exposés. C'est le sous-colonel Paulousky de la StB qui a décidé de lui-même (d'après ses propres paroles) ce type d'agissements. Je rappelle qu'il n'exispas de loi permettant de telles intrusions dans la vie privée; la loi sur l'assignation à résidence, permettant bunal de limiter le droit de circulation du prisonnier relâché durant une période bien déterminée, en général une intensité moindre que ces entraves auxquelles je suis sou-

» Mais nul tribunal n'a ordonné une telle surveillance Nulle poursuite judiciaire n'a été attentée pour ces raisons ces interventions dans ma vie privée sont qualifiables d'illégales. Ces interventions illégales dans ma vie privée et dans ma correspondance constituent violation flagrante des articles 30 et 31 de la Constitution ainsi que de l'article 17 du droits politiques et civiques (d'autres citoyens, eux aussi, persécutions similaires, même si c'est dans une moindre mesure, notamment dans ces derniers mois, deux porte-parole de la Charte 77 : Ladislav Hedjanek, philosophe, et Jaroslau Sabata, psychologue).

» Un fait encore plus grave : de temps à autre, je suis privé de ma liberté de mouvement : en mars 1977, au moment de l'enterrement du porte-parole de la Charte 77 Jan Patocka, après lequel j'ai été emprisonné (avec d'autres personnes); les 27 et 28 septembre 1977, jours du procès d'Ales Macha-

VI. Lastrucka; le 6 janvier 1978, où j'ai été retenu pendant six heures au commissariat de la VB de Prague 2, namesti Miru, sans motifs légaux; du 29 mai au 6 Juin 1978 ou jai eté, comme de nombreux chartistes, détenu pendant la visite officielle de Brejneu; et les 21 et 22 septembre 1978. Cela fait dix jours au total; en plus de cela, le 27 juillet, j'ai été soumis à une fouille personnelle illégale (ainsi que d'autres personnes) dans les locaux du commissariat de la VB Prague 6, après avoir rendu visite à mon écrivain Vaclav Havel, et avoir été arrêté dans son ap partement. Toutes ces privations de liberté (sauf le 6 janvier et le 27 juin 1978) ont été justifiées par la loi sur les SNB, article 23, d'après laquelle il est possible d'arrêter pour 48 heures au maximum, celui qui, par son comportement, trouble l'ordre public; le but de l'arrestation est de procéder à des enquêtes. Mais, sauf dans le dernier des cas, j'ai toujours été arrêté dans mon appartement, et il n'a été procédé à aucune enquête.

» La dernière en date de cette série de violations de la légalité me privant de ma liberté personnelle est la suivante: ma femme et moi-même sommes montés (suivis par les agents de la StB) dans le train express no 632 à la gare principale de Prague (départ régulier à 23h.58). Nous avions l'intention de quitter Prague pour un séjour de quelques jours à la montagne de Ceskomorauska vysocina. C'était, sieurs années, notre première accasion de partir pour quelques jours sans nos enfants, qui devaient être gardés pendant ce séjour par mon beau-père Jaroslav Sabata (à Brno où il vit, il avait été empêché par les organes de la StB de se rendre à Prague, et il n'est ve nu que le lendemain de la date prévue). Je travaille comme ouvrier en travail posté, et mon emploi du temps ne me permettait que ces quelques jours de vacances. Juste avant le dé part de l'express, deux agents de l'OSOZ ont pénétré dans notre compartiment et après d'identité, ils m'ont invité à les suivre. Comme je refusais, ils ont appelé un agent de la VB qui est venu avec son chien, et ensemble avec les agent de l'OSOZ ils nous ont violemment poussés en dehors du train. Après quoi nous avons été battus pendant environ 10 minutes (moi-même à coups de pied). En conséquence, l'express a eu 15 minutes de retard. Lorsque nous avons été emmenés, le colonel Moimir Kasik et l'un de ses collègues sont venus et ont ordonné de nous conduire à la prison de la rue Konviktska où nous avons été (sans résultats) soumis à une fouille personnelle. Ma femme a été relâchée aussitôt après; quant à moi, j'ai été détenu 36 heures dans la cellule de garde à vue - toujours sous le pretexte de l'article 23 de la loi sur les SNB. J'ai refusé

Page 21

de me laisser photographier et de me faire relever les empreintes digitales, mais j'ai été soumis à une fouille corporelle méticuleusement exécutée par un médecin. Finalement, j'ai été relâché avec des excuses, néanmoins accompagnées de nouvelles menaces. Toute la procédure consistait en une négation cynique de toute légalité garantissant la liberté de circulation et le respect de l'individu.

»Je vous demande d'examiner mon cas et de faire tout le nécessaire pour faire cesser ces actions. Suite à la longue période durant laquelle je suis trouvé sans moyen de défense alors que les attaques contre ma personne s'aggranvent et se multiplient, et vu que les plaintes déposées (les miennes et celles de mes amis) sont restées lettre morte jusqu'à l'heure actuelle, je me sens obligé de m'adresser à l'opinion internationale en demandant des actions efficaces de solidarité.

Anglicka 8, Praha 2

Une erreur sur cette page ?