Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RDA

Après le Congrès Bahro

Inprecor n° 40, 14 décembre 1978 · p. 21-23 · 2 074 mots

Allemagne Europe de l'Est URSS et Russie Stalinisme

Déclaration finale du Congrès, d'«intrumentaliser» le Congrès

Du 16 au 19 novembre 1978 s'est tenu à Berlin-Ouest le Congrès international pour la libération de Rudolf Bahro et pour la discussion de ses idées. Par l'écho qu'il a éveillé dans le mouvement ouvrier d'Europe occidentale, par la participation massive qu'il a suscitée - environ trois mille participants aux débats quotidiens passionnes - par les possibilités qu'il ouvre pour une action conjointe de toutes les organisations ouvrières européennes pour la libération des prisonniers politiques dans les pays de l'Est (avant tout des prisonniers qui se réclament du socialisme), il s'agit d'un événement très important. Les marxistes révolutionnaires doivent en saisir toutes les dimensions progressistes.

L'organisation, la tenue et la conclusion du Congrès sont le résultat d'un large front unique qui a rassemblé notamment des représentants de l'aile gauche de la social-démocratie alleman-

RDA

Aprés le Congrés Bahro

de (Peter von Oertzen, membre du Comité directeur du SPD; Gerhard Schroeder, président fédéral des Jeunesses socialistes Juso; Klaus Mathiesen, président du groupe social-démocrate à la Diète du Land Schleswig-Holstein), des syndicats allemands (Werner Vitt, vice-président du syndicat allemand de la chimie IG Chemie; Jakob Moneta, ancien rédacteur en chef de l'organe syndicat des métallos Metall), des «dissidents» socialistes et communistes d'Europe orientale (Ludek Kavin pour la Charte 77, Jiri Pelikan pour le groupe Listy; l'exilé soviétique Boris Weil qui s'affirme marxiste), d'importantes organisations ouvrières d'Europe occidentale (le PC italien, le PS italien, le PSOE espagnol), la IVe Internationale, et quelorganisations (le Sozialistische Bureau de la RFA, le PdUP italien).

Il est remarquable que toutes ces organisations ont signé la qui réclame la libération de Rudolf Bahro et s'engage à poursuivre l'action dans ce sens. On avait affirmé que sous la pression politique du SED, les partis dits eurocommunistes boycotteraient le congrés. Cela n'a finalement pas été le cas ni pour le PC italien ni pour le PC belge, dont un membre du Comité central envoya un télégramme de solidarité au Congrès.

Le PCF n'était pas officiellement représenté. Mais son Comité central n'avait pas interdit à Alexandre Adler, un des auteurs du livre L'URSS et nous, d'y assister à titre personnel. Quant à l'absence du PC espagnol, elle est sans doute due à des raisons de désorganisation plus qu'à des causes politiques. En Grande-Bretagne, l'Organisation étudiants communistes, affiliée au PC, participe tres activement à la campagne «pro-Bahro». Son absence au Congrès de Berlin ne peut pas non plus être due à des motifs politiques.

Contrairement à la presse du reste de l'Europe occidentale, la presse quotidienne ouest-allemande, ainsi d'ailleurs que la radio et la télévision, a largement commenté le Congrès (l'importance des commentaires à la télévision de Berlin-Ouest, c'est qu'elle est assidûment suivie en RDA...). Elle a surtout insisté sur le fait que la «gauche extra-parlementaire» n'a pas réussi à rétablir son unité cette occasion; qu'il y eut de nombreuses controverses sur la nature de l'URSS et les origines du stalinisme; qu'il y eut des disputes virulentes sur la prétendue tentative de la social-démocratie allemande

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(le président du SPD, qui avait fait preuve de beaucoup réticences dans cette affaire -question de ne pas décourager le «commerce Est-Ouest», qui importe plus à la bourgeoisie allemande que la défense des «droits de l'homme» dissident communiste! - a finalement quand même envoyé une lettre, qui se avec l'effort international la libération de Rudolf Bahro), etc.

Qu'après des années de différenciation doctrinale politique, parlementaire» ouest-allemande ne retrouve pas, d'un congrès, l'unité - d'ailleurs fort factice - qui avait caractérisé le SDS (1) jusqu'au début de 1968, il n'y a là rien d'étonnant. Que l'attitude à adopter à des organisations masse du mouvement ouvrier organisé - tant d'ailleurs la social-démocratie que les partis dits eurocommunistes - soit un des principaux motifs de cette différenciation, c'est ce que nous retrouvons dans l'extrême-gauche de toute l'Europe. La RFA ne fait pas exception à cette règle. Qu'à cette occasion, il y ait des manifestations extrêmes de sectarisme ou d'opportunisme (2) - quelquefois l'un combiné avec l'autre - on pouvait s'y attendre.

Ce que la presse quotidienne libérale ouest-allemande feint de ne pas remarquer, qu'en dépit de ces différences, il y eut débat franc d'idées, et non échange d'insultes voire de coups. C'est déjà un énorme pas en avant par rapport au climat régnait gauche de Berlin il y a à peine quelques années, sous l'influence conjointe du maoïsme extrémiste, du stalinisme du SEW, et de la politique de répression endossée par les bureaucraties social-démocrate et syndicale.

Ce qu'elle essaie surtout de passer sous silence, c'est le fait qu'en dépit de ces désaccords, il y avait accord sur un objectif précis - l'unité d'action pour arracher la libération de Bahro -entre l'immense majorité des participants.

l'audiomètre salua le passage du discours de notre du au cours d'un solidarise pour se reflète

Déclaration finale.

à l'occasion autour des tâches suivantes :

legard du PS, etc.

Yougoslavie l'extrêmecomme Klebanov).

Il suffisait de mesurer à l'ovation qui camarade Mandel, premier débat public, le soir du 16 novembre, quand le représentant de la IVe Internationale insista sur la nécessité d'obliger la socialdémocratie et les partis eurocommunistes (bien contre leur aussi inclination naturelle !) à mobid'arracher Bahro à sa prison, pour s'apercevoir que tel était bien l'avis du Congrès. Cela d'ailleurs dans la de force qui doivent déterminer notre intervention, après le succès incontestable que constitue le Congrès international Bahro, s'articulent

Utiliser la Déclaration finale du Congrès afin d'amener les grandes organisations se revendiquant du mouvement ouvrier, et qui restèrent absentes du Congrès, à s'engager à leur tour. C'est une tâche qui se pose surtout en

Espagne à l'égard du PC et des deux grandes centrales syndicales; en France à l'égard du PS et des syndicats;

en Grande-Bretagne à l'égard du Labour, des syndicats et du PC; en Suède à l'égard du

PS et du PC; en Autriche à

Amener toutes ces organisations dans leur ensemble exercer une pression sur la

Ligue des communistes de qu'elle défendre s'engage à son tour dans ce aspects de

Lier constamment la cause de Rudolf Bahro à celle de la lutte pour la libération de tous les prisonniers politiques dans les pays de l'Est

(à commencer par ceux qui se réclament du socialisme ou qui sont des prolétaires

Lier cette lutte de la manière la plus vigoureuse à celle contre la répression politique dans les pays capita- Bahro. C'est listes, à commencer par le

Chili, le Brésil, l'Argentine,

Nicaragua, l'Iran, la Palestine, l'Afrique du Sud, le Zimbabwe, mais sans oublier l'Irlande et la RFA elle-même. Insister sur le fait qu'il ne faut pas seulement multiplier les comités Bahro, les congrès Bahro, partout en Europe et de par le monde, les prises de position publiques des organisations de masse, etc., mais qu'il faut passer à des formes plus actives et plus larges de mobilisation. Tout cela reste dans le cadre d'une politique de Front unique qui est réaliste et efficace, comme les résultats du Congrès Bahro viennent d'ailleurs de le confirmer spectaculairement.

Mais en plus de ces tâches générales, les marxistes révolutionnaires ont une tâche propagandiste supplémentaire à remplir, qui n'est pas sans parallèle avec celle qui se pose dans le cadre de la campagne internationale pour la réhabilitation par les PC de Boukharine, de toutes les victimes des procès de Moscou, de Léon Trotsky et de toutes les victimes de la

Dans une action de Front unique, nous ne mettrons jamais notre drapeau en poche. Nous croyons que la possibilité du Front unique se fonde sur la participants sur des points précis de la lutte de classe et de la lutte politique,

Run «pacte de non-agression». Il nous faut donc force tous les notre analyse du stalinisme, tous les aspects de notre critique de l'eurocommunisme, tous les aspects de notre orientation révolutionnaire globale (dont le cours vers la révolution politique dans les de l'Est n'est qu'un pect), toute notre opposition de classe à l'égard de la bourgeoisie impérialiste, à l'occasion de telles campagnes. C'est ce qu'ont fait les représentants de la IVe Internationale au Congrès

Ice qu'il faut faire. au cours de la campagne Bahro, au cours de la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques des pays de l'Est, au cours de la campagne pour la

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cussions de ces campagnes là- avec une dénonciation vigouréhabilitation des vieux bolcheviks par les PC, campagnes qui cesseront de dans les mois à venir.

Nous aborderons ces campagnes avec un double critère politique. Servent-elles la cause de la révolution politique antibureaucratique dans les Etats ouvriers bureaucratisés ? vent-elles la cause anti-capitaliste et anti-impérialiste du prolétariat mondial ? Notre réponse à ces deux questions est «oui», à condition que nous nous tenions à l'orientation que nous venons d'esquisser.

L'objection selon laquelle la réhabilitation des victimes des procès de Moscou, ou la libération de Bahro pression des eurocommunistes», servirait en dernière analyse la bureaucratie, et «réhabiliterait les bourreaux», est trop grotesque pour s'y attarder longtemps. La campagne d'Emile Zola pour la réhabilitation de Dreyfus a-t-elle «réhabilité» ou a-t-elle démasqué les faussaires de l'Etat-major français ? Poser la question, c'est y répondre.

Obliger des PC de masse à reconnaître que les victimes des procès de Moscou étaient innocentes - comme vient de le faire dans L'Humanité du 28 novembre 1978 un membre du CC du PCF, Jean Burles, après des prises de position analogues de dirigeants des PC italien, espagnol, britannique, dais, grec (de l'intérieur) c'est remporter une victoire politique importante le stalinisme. C'est que sur cette question capitale des crimes de contre les vieux bolcheviks, les trotskystes, et parmi les communistes l'époque, avaient raison. C'est amener de plus en plus de membres des PC à se poser la question si, sur les autres différends essentiels entre trotskystes et staliniens, les trotskystes n'avaient pas également raison : sur la dégénérescence bureaucratique de l'URSS; sur nature de la bureaucratie soviétique; sur la nature du PCUS; sur la théorie pratique du «social-fascisme»; sur la théorie et la pratique s'amplifier révolution eux-mêmes : affaires

Tillon, Garaudy dans le PCF.

Quant

Serrope orientale et en en la

«SOUS cratique.

finlancontre qui sont confirmer

Staline eux seuls de pour sa défense.» et la des «fronts populaires»; sur

La l'abandon de l'objectif de la internationale; sur les expulsions bureaucratiques

(les «mini-procès de Moscou»)

au sein des PC occidentaux campagnes.

Marty,

40 ans, aux répercussions de ces réhabilitations en Euils y font l'effet d'une bombe, fût-ce que du fait qu'une fraction majeure des bureaucrates actuellement au pouvoir en URSS a participé activement à la répression sanglante contre les communistes soviétiques et étrangers, et craint de devoir rendre des comptes. Les réperne peuvent pas ne pas repolitisation la différenciation politique, ce qui, à terme, accélère le prorévolution politique anti-bureaucause

LE MESSAGE DU KOR

Varsovie, le 14 octobre

1978. « Aux participants au séminaire «Liberté pour Rudolf Bahro», le KOR, Comité d'autodéfense sociale, exprime sa solidarité avec

Rudolf Bahro et avec ceux poursuivis pour leurs aspirations démocratiques en RDA. Nous souhaitons que les participants à

NOTES ce rassemblement qui est dédié au travail créateur de

Rudolf Bahro puisse faire

2) Le des pas en avant efficaces

Berlin-Ouest, que Bahro

Signé par 31 membres du KOR maoïste tract

Congrès au néreux, que eurent même remarque s'applique à la thèse opposée du prétendu «profit anti-communiste» que la bourgeoisie internationale pourrait tirer de ces

L'histoire, depuis confirme le contraire. Ce dont la bourgeoisie profite, c'est des crimes de la bureaunon de leur dénonciation. Ce que cette dénonciation obtient, aux yeux de couches de plus en plus larges des masses, c'est de détruire l'identification du communisme et du socialisme avec le stalinisme et crimes. Or, cette identification est aujourd'hui une des armes idéologiques essentielles de la bourgeoisie internationale. Si cette dénonciation se combine reuse de la répression sanglante dans de nombreux pays capitalistes, et une lutte intransigeante contre cette répression, elle ne peut que renforcer la du prolétariat et du socialisme international, et non celle de l'impérialisme et de l'anti-communisme.

A nous d'agir de manière à la fois efficace et principielle, pour que tous ces objectifs soient atteints! 1) Organisation socialiste des étudiants ouest-allemands.

SEW, pale filiale du SED à distribua un tract au Congrès où il s'efforça de démontrer n'était pas emprisonné pour ses idées mais pour «divulgation de secrets d'Etat». Un groupe orthodoxe distribua un sous le titre évocateur : «Du Vietnam de février 1968 Congrès Bahro de novembre 1978 : du front unique anti-impérialiste au front unique anti-socialimpérialiste». Disons, pour être géces deux positions peu d'échos parmi les participants au Congrès.

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