Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIVRES DU MOIS

Femmes et partage du travail, sous la direction de Helena Hirata et Danièle Sénotier

· Inprecor n° 400, mars 1996 · p. 35 · 405 mots

Femmes

Femmes et partage du travail, sous la direction de Helena Hirata et Danièle Sénotier, Editions Syros, collection Alternatives sociologiques, Paris 1996. Ce livre est issu d'un colloque qui portait à peu près le même titre, mais avec des guillemets au mot partage, car cette notion est associée en France à une idée de partage du chômage plus qu'autre chose. Quoi qu'il en soit, le projet du livre est autrement radical. Il consiste, comme l'explique Helena Hirata, à combler une importante lacune du débat social, qui consiste à oublier « le point de vue du travail des femmes » chaque fois que l'on traite de la question du temps de travail, ou plus généralement des formes d'emploi, et contenu du travail lui-même. Or, il s'agit de toute autre chose que d'un simple « point de vue », dans la mesure où cette différenciation est constitutive de la réduction du travail réellement existante, à travers la montée du temps partiel des femmes. Les seize contributions (dont un tiers sont dus à des hommes) s'attachent à réparer cet oubli, en multipliant les angles d'attaque. On peut signaler, un peu arbitrairement, l'intérêt particulier des comparaisons internationales, avec le Japon, les Etats-Unis, voire le Tiers Monde. Des éclairages précieux sont donnés à la fois par une mise en perspective de l'histoire des débats sur la réduction du temps de travail, par des études de terrain sur les accords d'entreprise, et enfin, par l'irruption dans le débat du travail domestique. Les apports peut-être les plus stimulants sont en effet ceux qui articulent le partage des tâches domestiques, la montée des services et la division sexuée du travail. Les notions de « servitude » avancée par Dominique Fougeyrollas-Schwebel, ou celle de « corvéabilité » proposée par Béatrice Appay, rendent bien compte de cette convergence des problématiques. Même les articles écrits par des hommes (notamment ceux de Lipietz et de Zarifian) commencent à intégrer cet apport du questionnement féministe qui conduit à examiner le rapport au travail, non seulement dans le cadre du strict rapport salarial, mais en embrassant l'ensemble des rapports sociaux. C'est la bonne méthode pour que la réduction du temps de travail n'apparaisse pas seulement comme un moyen de créer des emplois mais aussi, de manière indissociable, comme un levier vers l'émancipation du travail. Cet ouvrage est donc une lecture utile et recommandée à toutes celles et ceux qui rêvent encore de changer la vie.

Maxime Durand

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