L'extrême droite contre les femmes, coordonné par Jo De Leeuw et Hedwige PeemansPoulet, Editions Luc Pire, Bruxelles 1995. « Après les singes et juste avant les nègres, nous aurons émancipé les femmes ». Cette insanité, proférée par un élu du parlement belge, résume à elle seule tout ce que les femmes peuvent redouter de la montée de l'extrême-droite en Europe. Le livre, publié par la Charte 91 et l'Université des Femmes, reprend les actes d'un colloque qui s'est tenu il y a quelques mois à Bruxelles et qui examine les divers aspects de cette question, et d'abord de l'intérieur. L'étude d'Ann Carton sur l'électorat du Vlamms Blok et celle de Fiammetta Venner sur les militantes d'extrême droite en France ont en commun de porter un regard perplexe mais riche d'enseignement sur une situation a priori paradoxale, quand on la rapproche de la prose de l'extrême droite sur les femmes, passée au crible par Hugo Gijsels. Comment rendre compte de ces positions irrationnelles ? Plusieurs pistes nous sont offertes, qui contribuent à montrer la complexité de la situation. Jo De Leeuw revient aux sources, en détaillant les ressorts de l'idéologie fasciste. Colette Guillaumin traque les méfaits du naturalisme, « religion ordinaire » d'une gauche ignorant le point de vue des femmes, tandis que Magda Michielsens cherche à montrer qu'un différentialisme, fondée au contraire sur une approche culturaliste, peut s'opposer à l'idéologie traditionaliste de l'extrême droite. Les autres déterminations, sans doute mieux connues, peuvent prendre leur place dans le diagnostic. Bérengère Marques-Pereira montre le glissement constant qui mène du nationalisme à l'anti-féminisme, Michel Husson dresse le décor de crise économique et sociale. Enfin Hedwige Peemans-Poullet examine en détail les réformes fiscales et sociales qui, en Belgique, ont contribué, sur fond de crise, à cultiver l'idéologie familialiste qui cherche à convaincre les femmes de rester au foyer. L'ensemble manque peut-être d'une articulation plus cohérente mais à cependant le grand avantage de décliner de manière à peu près exhaustive les différentes facettes d'un problème que le mouvement social contribuera sans doute à éclairer, tout en marquant un point d'arrêt salubre à la progression des idéologies réactionnaires en Europe.
M.D.