Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ALLEMAGNE

L'affaire Günther Dahlhoff

Inprecor n° 400, mars 1996 · p. 36 · 498 mots

Allemagne

La mort dans l'âme, le ministre allemand des Affaires étrangères, Klaus Kinkel, a révoqué l'ambassadeur à Port-au-Prince, Günther Dahlhoff, afin d'éviter un scandale. Lors de leur visite en Haïti, au mois de novembre 1995, l'attitude de Dalhoff avait écœuré plusieurs membres d'une délégation de la commission de coopération économique du Bundestag (parlement allemand).

Cette délégation s'est également rendue en République dominicaine et au Mexique. De retour en Allemagne, Winfried Wolf, l'un de ses membres, fit part de ses expériences. Il écrivit un article sur la visite en Haïti, qui parut au mois de janvier dans des publications de la gauche socialiste et radicale : le bimensuel SOZ (dont Wolf est l'un des rédacteurs), le mensuel Konkret, et le quotidien Junge Welt. Winfried Wolf est membre de l'organisation d'extrême-gauche VSP (Association pour une politique socialiste) et a été élu député sur la liste du PDS (Parti pour un socialisme démocratique). Une traduction de l'article fut envoyée au gouvernement haitien. Wolf y décrit notamment l'arrogance envers les Haïtiens dont avait fait preuve Dahlhoff en présence des députés allemands. Ce dernier leur avait expliqué la pauvreté du pays par sa « surpopulation », et cette surpopulation par le fait que « la femme haïtienne veut toujours et que l'homme haïtien peut toujours ». Les députés rencontrèrent le président Aristide alors qu'Haïti était en plein débat sur les privatisations et subissait d'énormes pressions de la part de Washington à ce sujet. En outre, la semaine précédente, un député, par ailleurs cousin du président Aristide, avait été assassiné. L'ambassade des Etats-Unis avait caché aux aute rités haïtiennes qu'elle était au courant de l'existence d'un complot visant des hommes politiques Et lors des funérailles de son cousin, le président rappela avec force devant les diplomates présents que lui seul était chef de l'Etat haitien. C'est dans ce contexte délicat qu'au cours de sa rencontre avec les parlementaires allemands, le président Aristide parla de la misère et des souffrances de son peuple. Dahlhoff eut alors le culot de lui demander quel était son avis sur les privatisations. Pendant son entrevue avec le ministre de l'Economie, il se montra encore plus insistant, obligeant Winfried Wolf à avouer sa honte et à déclarer que la délégation n'était pas venue en Haiti pour réclamer des privatisations.

Le 19 janvier, le PDS posa une question au sujet de Dahlhoff au Bundestag. Lorsque la grande presse, qu'était concentrée presqu'uniquement sur les propos sexistes de Dahloff, se mit à parler de plus en plus de cette affaire, Klaus Kinkel convoqua l'ambassadeur, et le révoqua pour

« propos racistes et sexistes ». Cette affaire connaît maintenant de nouveaux rebondissements. Le 31 janvier, dans une commission du Bundestag, Kinkel, qui fut autrefois le patron du service de renseignements allemand BND, tint à l'égard de Wolf des propos très violents. Trois membres de la commission les ont qualifiés de « menaces sans équivoque ». Plusieurs journaux s'en sont fait l'écho.

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