Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Où va le PT ?

Inprecor n° 400, mars 1996 · p. 29-31 · 2 963 mots

Brésil Syndicalisme Économie mondiale

Où va le P7 ?

nique au Brésil depuis l'application du plan Real tions impulsées par les syndicats pour revendiquer des aug

Inprecor : Peux-tu nous décrire la situation écono-

(note) et l'arrivée au pouvoir du nouveau président

Fernando Henrique Cardoso ? João Machado : Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle monnaie, le Real, en juillet 1994, le Brésil a connu deux phases Initialement à partir de juillet et jusqu'aux premiers mois de 1995, la réforme qui bénéficiait du soutien de la population, a permis une croissance économique ainsi qu'une certaine récuDération du pouvoir d'achat surtout pour les salaires les plus La grande ouverture du pays aux importations, stipulée par la réforme, a entraîné une chute des exportations. Le plan Real comptait financer le déficit de la balance commerciale par le biais de nouveaux capitaux étrangers, à l'instar du Mexique de l'Argentine et d'autres pays d'Amérique latine. Toutefois la crise financière mexicaine a limité l'afflux de ces capitaux ce qui a poussé le gouvernement à adopter des mesures pour ralentir la croissance. Ainsi, le taux de change a été très peu modifié et la monnaie nationale. le Real est restée sur-valorisée. Cette option a conduit à la deuxième phase : une récession très forte à partir du deuxième trimestre de 1995 accompagnée d'une perte du pouvoir d'achat. Au moment où, justement, l'économie est entrée en récession, le gouvernement a annulé toute garantie de salaire, introduisant ainsi, d'une manière cynique, la libre négociation. Dans un contexte de récession, de perte de pouvoir d'achat et de croissance du chômage, les travailleurs n'ont guère les moyens d'y faire face. Signalons par ailleurs, que la réforme dans sa première phase, a encouragé les crédits, c'est pourquoi la population et les entreprises qui se sont endettés se trouvent aujourd'hui obligés de rembourser leurs dettes avec des taux d'intérêts très élevés. Par conséquent la faillite guette aujourd'hui plusieurs de ces entreprises. Tous ces problèmes ressentis par la population ne remettent pas en cause son adhésion et son soutien à la politique du gouvernement, ce dernier présentant la récession comme un mal nécessaire pour en finir avec l'inflation.

• Certains journaux occidentaux ont présenté la fin du conflit des travailleurs du secteur du pétrole de juin 1995 au Brésil comme une défaite historique du mouvement ouvrier comparable à celle infligée par

Thatcher aux mineurs en Grande Bretagne en 1986.

Qu'en penses-tu et quelle est aujourd'hui la situation du mouvement ouvrier et du mouvement social en général ?

Brésil

Entretien avec João Machado Propos recueillis par Sonia Leith Dans les derniers mois de 1994, il y a eu plusieurs mobilisamentations de salaires et la récupération du pouvoir d'acha Ces mobilisations ont eu en général un succès réel, dans la mesure où les entreprises ont préféré, dans un contexte de roissance économique, éviter les grèves et satistaire les reven dications. A partir du deuxième trimestre de 1995 la situatior s'est complètement inversée. Les succès des mobilisations des salariés urbains sont devenus plus difficiles et de ce fait le mouvement ouvrier s'est trouvé dans une situation très défensive. Une des illustrations les plus importantes fut, justement, la grève des travailleurs du secteur du pétrole pour exiger le respect d'un accord signé par l'ex-président à la fin de l'année 1994. Cette grève a essuyé une défaite majeure mais sans commune mesure avec celle des mineurs britanniques. Cela s'explique par deux raisons : d'abord, cette défaite ne fut pas complète en ce sens que les travailleurs ont réussi à arracher quelques compensations même si elles n'ont pas été accordées de demoratidatant dans le syndicat pour dans le sea purs la au moment de l'arrêt de la deuxième raison qui est beaucoup plus opérante, réside dans le fait que le secteur du pétrole au Brésil n'a pas du tout l'importance du secteur des mines en Grande Bretagne. Er effet les travailleurs du secteur pétrolier ne constituent pas la colonne vertébrale de la classe ouvrière au Brésil Toutefois, cette grève sans être comparable à la défaite historique des travailleurs britanniques, reflète bien la situation défensive du mouvement ouvrier. Le seul mouvement populaire qui depuis quelques mois prend l'offensive est celui des paysans sans terre. Force est de constater que le chômage rend plus difficile les luttes urbaines des salariés et en revanche plus facile la lutte pour l'occupation des terres. Pour beaucoup de travailleurs en chômage, obligés de chercher des alternatives en dehors des villes, la terre demeure ce qui est le plus accesLes victoires enregistrées par ce mouvement, très organisé, mobilisant des gens très pauvres et bénéficiant du soutien de toute la population, ont eu un effet d'entraînement. Contrairement à l'affirmation selon laquelle le morcellement de la terre entraîne une chute de la production agricole, la production des grandes fermes récupérées par le mouvement des paysans sans terre a enregistré une nette augmentation en raison de leur précédente sous-exploitation par les anciens pro-

• Quel est le rôle joué par le PT dans ce mouvement? La plupart des animateurs et des dirigeants de ce mouvement sont des militants du PT. Cela ne veut pas dire que le PT en

Page 30

* BRESIL tant que parti est à la direction du mouvement. Le PT n'est, certes, pas derrière les initiatives prises par ce dernier mais il se mobilise d'une façon effective pour soutenir les occupations de terres. Les députés du PT ont souvent joué le rôle de médiateur avec les gouvernements fédéraux en essayant d'augmenter la pression sur eux.

• Dans quelle situation se trouve aujourd'hui le PT après la défaite de Lula et la tenue de sa 10€ conférence (congrès) ? Il faut saisir la signification de la candidature de Lula pour tous les militants du PT. Depuis 1989, cette candidature repré sentait un resumé des stratégies des dittérents courants du parti. Tout le monde considérait que Lula avait une chance ettective d'être élu. Les plus modérés pensaient qu'un gouvernement Lula opérerait des changements limités mais réels en faveur du peuple. D'autres, plus à gauche, pensaient qu'une victoire de Lula ouvrirait la porte à un processus de mobilisations et de luttes populaires en opposition à la bourgeoisie et aux classes possédantes en général. Ainsi, tout en ayant des perspectives différentes, tout le monde comptait sur la victoire de Lula comme une donnée centrale dans le processus de transformation sociale au Brésil. Aujourd'hui la révision de cette démarche s'impose. Cela ne veut pas dire que l'élection de Lula est devenue impossible mais les dernières élections de 1994 ont montré très concrètement les ressources dont dispose la bourgeoisie, sa capacité à conquérir le soutien de larges couches moyennes et à s'appuyer très intelligemment sur les ressources de l'appareil Il est clair qu'une victoire de Lula (ou d'un autre candidat du PT) ne sera pas facile, elle exigera une mobilisation populaire et sociale très large, dépassant même ce qu'on avait connu en 1989. Par conséquent, il faut aujourd'hui penser à nos tâches sans trop compter sur une éventuelle victoire de Lula. Tout cela signifie que d'une certaine façon il existe aujourd'hui un vide stratégique au sein du PT et qu'il faut rediscuter des perspectives. Malheureusement, la discussion lors de la 10e rencontre nationale tenue en 1995, n'a pas porté sur des questions strategiques. Un a discute du caractére du gouvernement Fernando Henrique Cardoso, de la tactique du parti dans la nouvelle conjoncture et des questions d'organisation du parti. La discussion sur le caractère du gouvernement et la tactique a été sans grande surprise, la position qui s'est dégagée considère que le gouvernement Fernando Henrique Cardoso est un gouvernement foncierement néolibéral. Soulinons que certains secteurs du PI ont cru que Cardoso, épau é par son parti, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), allait entreprendre une politique sociale. Le bilan d'une année de pouvoir a complètement démenti cette analyCela a rendu plus facile un accord général sur cette question-clé et a facilité la définition de la position du parti, à savoir une opposition très ferme et intransigeante vis-à-vis du gouvernement et de ses propositions de réforme. Par contre la discussion sur le caractère du parti et les mesures à adopter pour renforcer son organisation et son poids social et électoral a suscité beaucoup de polémiques. Le débat sousjacent sur cette série de questions était en effet d'ordre stratégique. La majorité s'est accordée sur la nécessité de maintenir une opposition très ferme vis-à-vis du gouvernement, d'essayer de proposer une alternative stratégique sur toutes es questions-clés et de continuer à penser le parti surtou omme un instrument électoral et institutionnel. Il est vrai au l'engagement du PT dans le mouvement social ne suscite

EM TEMPOR aucune opposi-

PUBLICAÇÃO DA TENDÊNCIA DEMOCRACIA SOCIALIST tâche principale demeure la préparation des prodernier

Le congrès a connu changement un de majorité suite ralliement au d'une partie de l'ancienne majorité de gauche au courant de centre- droit.

Ainsi, il existe un nouveau bloc majoritaire à direction.

la

Quant à la nouvelle minorité, elle est composée des courants qui ont eu une position

ESQUERDA plus à gauche lors du dernier congrès, surtout à

Em Tempo, organe de Démocratie socialiste (Section brésilienne travers les débats de la Quatrieme internationale.

sur les priorités de construction du parti.

• Où se situe la Confédération unitaire des travailleurs (CUT) dans tous ces débats ?

La CUT est une centrale syndicale dont 90 % de sa direction est composée de militants du PT, le reste est constitué de militants proches du Parti communiste du Brésil (PC do B, ex- albanais) et du Parti socialiste des travailleurs unifiés (PSTU, courant moréniste) qui a quitté le PI en 1982. La CUT subit de plein fouet la situation défensive dans laquelle se trouve le mouvement des salariés urbains. Cela favorise l'adoption de quelques initiatives maladroites. Deux exemples typiques illustrent ce que je viens de dire

Le premier : en partant du souci légitime de vouloir se présenter comme une centrale syndicale « constructive » ne se contentant pas de rejeter les propositions de l'État, la direction de la CUT est allée trop loin en acceptant de présenter un projet commun avec la Fédération des patrons de l'État de Sao

Paolo (FIST) sur la réforme des retraites. Cette position, concue surtout comme une opération médiatique, n'a pas sus cité l'intérêt de la base de la CUT mais en revanche a créé une certaine confusion en son sein.

L'autre exemple concerne la discussion sur la réforme de la

Sécurité sociale. Le gouvernement a pris l'initiative de présenter une proposition de réforme qui, sans éliminer la sécurité sociale comme se fut le cas au Chili, prônait la diminution des dépenses publiques et le durcissement des exigences pour la retraite, etc. La proposition initiale du gouvernement avait été très mal perçue par la société, par la presse et même par la majorité des députés favorables au gouvernement. C'est pourquoi ce dernier a fait machine arrière en cherchant à négocier. La CUT a accepté de participer à une discussion avec d'autres centrales svndicales de droite qui n'ont aucune implantation sociale significative. Au cours de la négociation, la CUT a insisté, dans un premier temps, sur les thèses avancées par le mouvement syndical et les députés de gauche.

Mais, compte tenu du recul du gouvernement le président de la CUT a cru bon défendre l'idée d'un accord qui permettrait,

Page 31

encore une fois, de consacrer l'image « constructive » de la CUT. Au cours de ces négociations, le président de la CUT, Vicentinho, soutenu par la majorité de la direction, a eu beaucoup d'illusions quant à la possibilité de trouver un accord acceptable conciliant les intérêts populaires et les propositions gouvernementales. De plus 1l a démontré une tendance très langereuse à sacritier les intérêts de l'ensemble des tra vailleurs et surtout ceux du secteur « informel » au bénifice du secteur « formel » qui constitue la base de la CUT et du PT C'est le sens de l'acceptation de ne plus chiffrer la retraite à partir du temps de travail, mais à partir du temps de contribution à la Sécurité sociale. Sur cette question, il faut dire que la majorité de la direction du PT, y compris presque tous ses députés, a eu une position correcte. Malgré ces initiatives maladroites la CUT reste un svndicat combatif qui continue à détendre les interets essentiels de la classe.

• Quelles sont les répercussions de cette situation sur notre courant Démocratie socialiste (section brésilienne de la Quatrième internationale) ? Démocratie socialiste est un courant qui, depuis le début de la formation du PT, a considéré que la consolidation d'un part des travailleurs dans une perspective d'indépendance de classe et de construction d'un parti révolutionnaire est la tâche centrale des marxistes et des révolutionnaires au Brésil. Entre 1993 et 1995, quand la gauche était majoritaire à la direction du PT, notre courant en faisait partie. Aujourd'hui et depuis le dernier congrès, Démocratie socialiste fait partie d'un bloc de plusieurs courants de gauche qui se présente comme alterna ive à l'actuelle direction Le renforcement du caractère institutionnel et électoral du PT a poussé notre courant à rediscuter de la validité de notre lémarche précédente quant à la nature de ce parti et à sor rôle clé dans la perspective de construction d'un parti révolutionnaire. Lors de notre conférence fin 1995, nous sommes arrivés d'une façon assez consensuelle à revigorer la démarche que nous avions eue vis-à-vis du PT jusqu'à maintenant. Il est vrai que le chemin vers un parti révolutionnaire paraît aujourd'hui plus long et qu'il existe également des pressions dans le sens d'une adaptation à la logique électorale et institutionnelle au sein du PT, néanmoins ce parti reste toujours le cadre qui représente les intérêts essentiels de la classe ouvrière et des couches populaires au Brésil. Le PT à plusieurs reprises a soutenu des mouvements et des mobilisations sans en être l'initiateur. Cela ne l'a pas empêché d'organiser quelques campagnes importantes au niveau national. Le dernier congrès du PT a décidé d'organiser une campagne contre le chômage et une campagne pour la récupération des salaires (surtout le salaire minimum garanti qui est maintenant de 100 dollars). Le congrès a également défin comme priorité le soutien au mouvement des travailleur sans terre. Toujours est-il que le PT ne s'est pas donné jusqu'à maintenant les movens de mener à bien ces différentes campagnes. Cela s'explique entre autres par la situation générale du mouvement ouvrier et de la CUT. Assurément, le PT ne constitue pas le meilleur instrument que les travailleurs brésiliens pourraient se donner, mais en revanche il est impossible aujourd'hui de se doter d'un instrument plus utile que lui. L'expérience du courant moréniste qui a quitté le PT en 1992 confirme l'existence d'un certain espace dans le sens où ce courant se maintient toujours même s'il s'est affaibli. L'espace pour la construction d'un parti révolutionnaire à l'extérieur du PT existe mais il est beaucoup plus étroit que celui offert en son sein. Il y a des secteurs de l'avant-

BRESIL * dirigeants du mouvement des travailleurs sans terre que de la grève du secteur du pétrole sont-ils des militants du PT. Notre courant pense qu'il est nécessaire de continuer à construire le PT, tout en essayant de mener des débats stratégiques et d'exprimer des positions propres à notre courant. I faut renforcer la gauche en essayant de maintenir son unité dans la perspective de développer le côté militant actif et la position du PT comme opposition ferme et une alternative stratégique au gouvernement. La nouvelle majorité du PT est assez termement opposée au gouvernement, néanmoins elle est assez hétérogène : Démocratie radical, son courant le plus modéré, avait auparavant cherché à collaborer avec le gouvernement en arguant que le parti de Fernando Henrique Cardoso est un allié stratégique du PT pour la formation d'un bloc de centre gauche, Démocratie radical a choisi lors du dernier congrès de se taire sur cette question.

• Quelles sont les propositions concrètes avancées par notre courant pour faire face à la dérive institutionnelle du PT? Il faut, comme je viens de le dire, renforcer la dimension militante du parti et nous ne sommes pas les seuls à le penser, ce souci est partagé par d'autres secteurs de la majorité. Nous ne croyons pas que la solution réside dans une réduction de la participation électorale du PT, cela n'a aucun sens au Brésil. Je pense que, lors des prochaines élections municipales de 1996, le PT sera en mesure d'adopter une plate-forme combative et claire, néanmoins le seul probleme qul risque de se poser sera la question des alliances. En effet, certains secteurs de la majorité du PT cherchent à conclure des alliances nor seulement avec la gauche et le Parti démocratique travaillist le Lionel Brizola (PDT, centre gauche populiste), mais égale ment avec le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, parti issu du MDB qui représentait l'opposition légale pendant la dictature militaire) et certains secteurs du PSDE de Fernando Henrique Cardoso. Nous croyons pour notre part quelept dins cet à face de alle De de eliauche et

Il ne s'agit pas pour nous aujourd hui de réduire notre participation électorale mais de renforcer l'organisation et la combativité de notre parti. Cela est possible, comme le prouve bier l'expérience du parti dans l'Etat de Rio Grande do Sul. C'est l'un des États ou le PT a réalisé les meilleurs scores lors des dernières élections et où Lula a devancé Fernando Henrique Cardoso. C'est également l'Etat où le PT est le mieux organisé et le plus combatif, où la gauche a la majorité et où notre cou rant a toujours bénéficié d'une force assez considérable. C'es enfin l'État où le mouvement des paysans sans terre est le plus fort. Rio Grande do Sul montre qu'il n'y a aucune contradiction entre la participation électorale et l'effort pour construire un partí plus actif, plus militant et plus organisé

----- photo credits and running heads -----

1D0U

Une erreur sur cette page ?