Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOSNIE-HERZEGOVINE

Sous Pax-americana

· Inprecor n° 400, mars 1996 · p. 3-6 · 3 312 mots

Ex-Yougoslavie États-Unis Paix et armements Europe de l'Est

Vous publions ci-dessous la resolution adoptee par le comite executi international de la Quatrième internationale en fevrier 1996.

Un cessez-le-feu - sur des bases réactionnaires et contradictoires Mais un cessez-le-feu dont il faut s'emparer pour élargir les marges de résistances aux politiques réactionnaires I - UN CESSEZ LE FEU SUR DES BASES RÉACTIONNAIRES ET CONTRADICTOIRES 1 -Sur le plan international : Une Pax Americana et le redéploiement de l'OTAN Les accords de Dayton-Paris entérinent le double échec de l'ONU et de l'Union européenne dans la « gestion » de la première grande crise de « l'après communisme » : c'est l'OTAN, au travers de l'IFOR (Implementation Force) qui prend le relais d'une FORPRONU largement déconsidérée. Et c'est ce faisant le leadership américain qui s'impose spectaculairement — en dépit d'un partage des aires d'opérations sur le terrain entre les trois commandements, américain, britannique et français. Bien que le plan américain signé à Paris reprenne la philosophie de base des négociateurs européens — un découpage de la Bosnie sur des bases ethniques —, il s'appuie sur un rééquilibrage des rapports de forces politico-militaires sur le terrain. La consolidation de l'armée croate assurant ses offensives depuis l'été 1995 contre les sécessionnistes serbes et en Bosnie, d'une part, celle de Milosevic au détriment des dirigeants bosno-serbes de Pale, d'autre part, enfin la dépendance du gouvernement de Sarajevo à l'égard de ses « alliés » croates et américains ont été les pré-conditions de ces accords. Il ne s'agit nullement d'un engagement des États-Unis dans une guerre en défense de la « cause bosniaque » mais d'une « realpolitk » visant à « contenir » la guerre. En effet, il ne s'agit toujours pas pour Clinton impliquer les Etats-Unis dans une guerre en Bosnie — car l'impérialisme américain n'y a pas d'intérêts directs suffisant à défendre pour risquer d'y perdre des boys et s'engager devant son opinion publique. Si pendant tout un temps, cela a justifié une extériorité des États-Unis par rapport à la crise yougoslave puis bosniaque, cela s'est traduit dans un deuxième temps par une dénonciation « morale » des négociateurs européens entérinant les nettoyages ethniques et par le projet de levee de lembargo sur les armes en taveur de 'armée bosniaque — une façon de se faire bien voir du côté du monde musulman et d'une partie de l'opinion révulsée par les images de la guerre, sans s'impliquer dans celle-ci. Mais, alors que l'opposition républicaine reprenait à son compte le projet de levée de l'embargo sur les armes en faveur des forces bosniaques, la crise interne aux États-Unis et les enjeux internationaux — rapports avec la Russie, pressions européennes contre l'isolationnisme américain — ont poussé Clinton vers une autre politique accentuée au cours de l'été 1995. Désormais, l'enjeu pour Clinton était d'obtenir à tout prix et rapidement un succès diplomatique consolidant son pouvoir intérieur et le leadership international des États-Unis via le redéploiement de l'OTAN. Il reste confronté à une majorité républicaine qui ne soutient la présence de troupes américaines en Bosnie qu'en fonction de la crédibilité des accords de « paix » et il demeure soumis à une opinion publique volatile, fière « du rôle international des États-Unis » s'il apporte la paix, mais marquée par le syndrome somalien. Les accords prévoient une levée progressive de l'embargo sur les armes : l'objectif des Etats-Unis est de se donner les moyens d'un retrait de leurs troupes d'ici environ un an. Après (et face à) la consolidation de l'armée croate, il est question d'une aide à l'armée bosniaque, dans le but d'un certain équilibre des forces armées sur le terrain. Les désaccords restent importants sur ce plan avec les « partenaires » européens — et russe. Derrière la mise en place de l'IFOR, les conflits d'influence et les résistances à l'hégémonisme américain continueront à se manifester — notamment dans la volonté d'affirmer un pôle européen qui a autant de mal à unifier sa politique extérieure que sa monnaie. En attendant, l'application des accords s'appuie sur un déploiement massif de l'OTAN légitimée dans son nouveau rôle de « force de pacification », sous commandement direct américain — tout en entamant un processus de redéfinition des rapports de « partenariat » avec la Russie et les pays de l'Europe de l'Est et d'articulation avec l'ébauche de forces armées européennes. La réintégration de la France dans les institutions de l'OTAN se fait dans cette optique — sans aucun débat public. Il revient à la gauche internationale de dénoncer les nouvelles formes que prennent les diktats américains et le redéploiement du militarisme et de l'OTAN - alors qu'a été démantelé le Pacte de Varsovie. Le bilan de faillite de l'ONU — qui doit être tiré — se traduit par une nouvelle concentration de pouvoirs impérialistes. Ils marquent les conditions

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* BOSNIE-HERZEGOVINE d'ensemble réactionnaires de conclusion des accords de Dayton — et donc la fragilité de la paix. Cette dénonciation générale doit s'accompagner de vigilance et transparence sur les effets d'une présence impérialiste durable et massive sur le terrain — susceptible de se traduire par une campagne pour le retrait de ces troupes. Pourtant il faut aussi s'emparer d'un tel accord de cessez-le-feu et des dynamiques contradictoires qu'il exprime pour élargir les marges de résistance aux politiques réactionnaires domi2 Sur le plan intérieur 2.1 - Des alliances réactionnaires L'accord se conclut sans qu'il y ait eu défaite des politiques nationalistes exclusives. Au contraire, le plan s'appuie sur un « équilibre » de pouvoirs et d'alliances réactionnaires : • une alliance croato-musulmane anti-serbe ; • une alliance serbo-croate anti-musulmane ; • la consolidation d'une politique et d'une armée grand'croate ; • l'affirmation d'un pouvoir fort de Milosevic au détriment de ses anciens alliés d'extrême-droite et sur le dos de populations qui ont cru à la Grande Serbie ; • un gouvernement bosniaque dépendant des États-Unis et de l'OTAN pour maintenir les frontières de la Bosnie-Herzégovine. Le double langage et la double politique de Tudjman (reconnaissance de la Bosnie et alliance serbo-croate pour son dépeçage) depuis le début de la guerre ont permis cette configuration particulière dont il est le grand bénéficiaire. Le mépris profond envers ses pseudo-alliés Musulmans (que Tudjman dit vouloir « civiliser ») est le produit d'un nationalisme étroit, notoirement antisémite et anti-serbe. Il est conflictuel en Croatie même avec un pluralisme culturel et politique et notamment avec tous les régionalismes dalmates et istriens. Le renforcement de son armée soutenu notamment par l'Allemagne et les Etats-Unis a été l'élément pivot du nouveau rapport de forces. Le Ministre de la défense, Gojko Susak — un « herzégovinien », émigré incarnant l'aile d'extrême-droite du parti de Tudjman (HDZ) — est directement responsable du dépeçage ethnique de la Bosnie depuis 1992 et de l'offensive militaire de « nettoyage ethnique » de la Krajina contrôlée par les sécessionnistes serbes, cet été. L'absence de dénonciation de cette politique a donné à Tudjman toutes les audaces : celle de supprimer les mesures constitutionnelles favorables aux Serbes introduites en 1991 sous pression internationale ; celle d'assurer un vote et une représentation aux Croates vivant hors de Croatie ; celle enfin de promouvoir dans l'armée de Zagreb Tihomir Blaskic, (chef des milices du HVO croate qui ont « nettoyé ethniquement » I'Herceg-Bosna et détruit la partie musulmane de Mostar) juste après qu'il ait été accusé de crimes de guerre avec cinq autres comparses par le Tribunal de la Haye... Dès lors, loin d'avoir été une alliance « antifasciste », l'alliance croato-bosniaque a été principalement militaire et anti-serbe, fragilisant la Fédération et renforçant le nationalisme populaire serbe et ses peurs.

Milosevic, sort lui aussi gagnant d'une guerre qu'il a encouragée pour consolider son pouvoir et arrêtée pour les mêmes raisons. Après avoir bénéficié des sanctions (qui ont été perçues comme responsables du désastre économique), il bénéficiera de leur levée. Désireux de trouver une reconnaissance politique internationale et une place essentielle dans les jeux diplomatiques balkaniques, il va aussi infléchir sa politique économique jusqu'alors hostile aux recettes libérales — ce qui ne manquera pas d'accentuer les polarisations sociales, comme dans toutes les sociétés soumises au processus de restauration capitaliste. Mais Milosevic va se confronter aussi à la difficulté de contrôler ses anciens alliés d'extrême-droite — tant sur le « règlement » de la question serbe en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, que sur la question en suspens du Kosovo qui ne manquera pas de resurgir. Milosevic trouve pour l'instant sa base sociale dans les populations de Serbie même, lasses de la guerre et peu motivées par la poursuite des objectifs de Grande Serbie — mais cette base risque de s'éroder dès que les questions socio-économiques reprendront le dessus, dissociées des sanctions. Karadzic et Mladic jouent, quant à eux, leurs pouvoirs, leurs privilèges, et peut-être leur peau. Ils trouveront une base populaire dans la grande misère des réfugiés serbes perdants de la politique de Grande Serbie en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Leur mise à l'écart implique des dirigeants alternatifs et investis d'une confiance suffisante auprès des populations concernées : Milosevic n'a qu'un pouvoir limité pour résoudre cette question majeure-là Et la stabilisation réelle dépend aussi des orientations politiques capables ou pas de rétablir la confiance. Les aspects contradictoires du plan, la menace grand croate, la reconnaissance d'une Republika Srpska en dépit de l'affaiblissement relatif du pouvoir de Karadzic, vont accentuer les polarisations politiques et ethnico-nationales dans la Fédération croato-musulmane et dans le parti du président IzetbegoGlobalement, les nationalistes extrémistes de tous bords jouent, désormais, sur la dynamique « naturelle » des « nettoyages ethniques » dont le but était la construction de territoires homogènes : la violence a eu pour fonction de propager la haine et la peur, donc de s'assurer de situations de non retour et de départs « spontanés ». Les anciennes cohabitations et relations de voisinage entre communautés ont été détruites par de massifs déplacements de populations qui modifient la composition ethnique et le climat politique des villes : il en est largement ainsi des quartiers dits « serbes » de Sarajevo dont les habitants sont souvent eux-mêmes des déracinés occupant des appartements qui ne sont pas les leurs ; mais les Sarajeviens se plaignent en général depuis le début de la guerre de la venue massive de Musulmans du Sandiak (région rurale entre le Monténégro et la Serbie) qui ont en partie changé le climat de la ville ; la tradition multiculturelle et le climat politique de Tuzla sont de plus en plus menacés par les réfugiés venus des campagnes, de même que les réfugiés serbes sont une masse de pression pour faire fuir Croates et Hongrois de Voïvodine. Seule la province massivement albanaise du Kosovo, bien que soumise au contrôle des pouvoirs serbes, semble avoir résisté à leur objectif de « serbisation » — par le refus des réfugiés serbes de venir y vivre. 2.2 -Des signatures et lectures contradictoires de l'accord : •Il y a l'affirmation de la souveraineté bosniaque, d'un côté — mais tout ce qui va dans ce sens-là est pour l'instant inexistant : il n'y a ni monnaie commune (sauf le Mark reconnu comme monnaie officielle sur tout le territoire), ni armée unifiée, ni politique extérieure commune ;

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D au contraire, la division du pays sur des bases ethniques est consolidée par des points importants de l'accord : la reconnaissance de la Republika Srpska, les rapports aux États voisins qui sont davantage du ressort des « entités » séparées que de l'Etat unifié, les questions conflictuelles de « corridors » (celui de la Posavina au nord qui relie les deux blocs « serbes » entre eux ; celui qui doit relier Gorazde à Sarajevo) : quels sens ont ces débats dans un pays réunifié? Pourtant, la réalité multi-ethnique de la Fédération (plus de 150 000 Serbes y vivent) en ont fait le terrain de résistance anti-nationaliste — avec notamment les « conseils civiques » serbes qui s'opposent à la fois à la politique de Grande Serbie et au traitement discriminatoire des Serbes dans la Fédération. En dépit des tendances autoritaires du SDA (parti d'Izetbegovic), similaires à celles des autres partis nationalistes, il demeure également une dynamique totalement différente des projets nationalistes grand serbe et grand croate et de la « question musulmane » bosniaque. Tuzla et Sarajevo - à « dominante musulmane », restent des lieux de rencontres internationales, pluralistes et multiethniques, pour l'instant inimaginables dans l'Herceg-Bosna croate et Mostar où règne un terrible apartheid — ou dans la Republika Srpska. Les conflits Milosevic/Karadzic permettront l'élargissement de premiers liens avec une fragile opposition serbe dans la république de Karadzic et indiquent une autre dynamique possible. Toutes les organisations non nationalistes de la Fédération se sont regroupées en septembre autour d'une déclaration commune : « principes pour l'établissement d'une paix durable en Bosnie-Herzégovine ». Elle définit les conditions d'un Etat « laïque, multiculturel, multiconfessionnel et multiethnique » doté d'unités fédérales décentralisées sans composantes « mono-nationales ». Le renforcement de l'alliance des forces anti-nationalistes de Bosnie-Herzégovine, Croatie et Serbie peut seul infléchir positivement les accords, au moins dans le sens d'une défense du pluralisme politique, du droit des minorités — et donc du droit au retour des réfugiés.

II ELARGIR LES MARGES DE RÉSISTANCES AUX POLITIQUES RÉACTIONNAIRES 1) En s'emparant des aspects contradictoires des accords Il est possible de le faire avec une double tâche : rendre transparentes les modalités d'application des accords, d'une part (avec une logique de dénonciation des intérêts impérialistes et des politiques réactionnaires des pouvoirs en place) ; et d'autre part élargir les possibilités d'expression et d'organisation pluraliste — pré-condition à l'émergence de politiques progressistes alternatives. 1.1 L'organisation d'élections est prévue à très court terme — 6 à 9 mois. Il s'agit d'un délai qui est davantage marqué par des préoccupations de politique intérieure américaine que par la volonté de se donner les moyens d'inverser la logique créée par la guerre. S'il n'y a pas circulation des gens et de projets alternatifs sur tout le territoire, de telles élections ne feront qu'entériner les peurs et le revanchisme, favorables aux partis nationalistes les plus extrémistes, au lieu d'être un facteur de cohésion. Le soutien au déploiement de médias pluralistes et indépendant des pouvoirs, s'exprimant sur tout le territoire, la circulation des projets constitutionnels alternatifs sont des enjeux majeurs. Il faut sur ce plan se tenir prêt à soutenir toute demande émanant des oppositions démocratiques, pour un report des élections, tant que ces pré-conditions ne sont pas réalisées — alors que les accords de Dayton sont censés les garantir. Il faudra s emparer de tous les cas où se révélera le rôle de I'IFOR - imposer le partage ethnique du pays et non pas aider à sa réunification —, pour développer une campagne pour le retrait de ces troupes 1.2 L'aide à la reconstruction des tissus et liens socio-économiques.

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* BOSNIE-HERZEGOVINE La paix exige aussi un plan de reconstruction qui pousse à l'association, à la solidarité des communautés (à l'échelle balla guerre. Les liens d'ores et déjà établis dans le cadre de jumelages entre communes, les actions en direction du Parlement européen et des divers gouvernements peuvent s'élargir avec des campagnes pour une « discrimination positive » dans l'attribution de l'aide : qu'elle se fasse en faveur de projets gérés en commun par les différentes « entités », qu'elle soutienne les communes qui organisent pratiquement le retour des réfugiés. Il faudra déployer aussi vigilance et transparence envers les orientations préconisées par le FMI — qui a droit de nommer le gouverneur de la Banque centrale de Bosnie-Herzégovine, selon les accords... 1.3 La question du droit au retour des réfugiés : elle ne peut être traitée de façon crédible que globalement (à l'échelle notamment de l'ensemble de l'ex-Yougoslavie) et systématiquement — avec des garanties collectives. C'est dire qu'elle est pour l'instant totalement formelle : exprimée comme droit individuel dans le climat actuel, elle est évidemment de la poudre aux yeux. Et la domination de pouvoirs réactionnaires dans les Etats concernés — qui ont un intérêt convergent à gérer la question des réfugiés dans le sens de la consolidation « ethnique » de leur État — rend largement utopique l'espoir d'un « choix » de retour. Pourtant cette préférence au retour s'exprime encore massivement — d'autant que les réfugiés ne se sentent à l'aise et bienvenus nulle part : ils sont des « immigrés », ou des cousins pauvres et mal aimés même dans leur communauté ethnico-nationale. Le droit au retour demeure un axe de résistance essentiel car il est organiquement liée aux droits des communautés minoritaires dans chaque Etat — ou entité territoriale — et conditionné en pratique à la mise à l'écart des dirigeants nationalistes extrémistes et de leurs bandes armées. Dans ce cadre, nous devrons dénoncer toute politique des gouvernements qui chercherait à paralyser l'activité du Tribunal de la Have contre les criminels de guerLa défense du droit au retour des réfugiés doit s'accompagner d'une vigilance contre tout retour forcé et contre tout traitement discriminatoire et indigne, où qu'ils se trouvent : en particulier, les gouvernements de l'Union européenne vont s'emparer des accords de Dayton — dits de paix — et des perspectives d'organiser la participation des réfugiés aux futures élections pour expulser les réfugiés (puisqu'il y a la paix...). L'axe doit être sur ce plan le contrôle des conditions d'application d'un droit au retour — ou d'un droit à l'indemnisation et à une vie décente — dans le cadre d'un choix qui incombe aux intéressés. Il existe et il peut se multiplier des associations de type « SOS réfugiés », dans et hors la Bosnie, qui recensent les demandes des réfugiés et les informent de leurs droits. Cette activité peut se combiner aux précédentes - organisation des élections qui permette aux réfugiés de reprendre contact avec leur commune d'origine et gestion de l'aide. Il faut donc développer une logique de contrôle interne/externe de l'application des accords sur ces quatre plans - élections, fonctionnement du Tribunal international, aide à la reconstruction du pays, droits des réfugiés — avec les organisations luttant pour une Bosnie-Herzégovine multiculturelle et multiethnique. Des liens intersyndicaux, ceux entre organismes de défense des droits individuels et collectifs peuvent constituer la base d'organismes ad hoc de contrôle « par en bas » des accords noués au sommet — dans une logique de dénonciation des politiques impérialistes. Le contrôle et la publicité faite, dans chaque pays impliqué dans l'IFOR, sur le comportement de ses troupes, fait partie d'une telle logique. Parce que Tuzla reste le lieu privilégié de rencontres internationalistes soutenant la résistance aux politiques réactionnaires, International Workers Aid pourrait trouver toute sa place dans ce nouveau contexte, en redéfinissant ses modalités d'intervention. 2 - Au-delà des accords de Dayton: les accords de cessez-le-feu ne signifient pas la paix. • Les questions nationales imbriquées des Balkans restent entières — notamment au Kosovo et en Macédoine ; il ne peut y avoir de paix sans traitement systématique et égalitaire de toutes les questions nationales à l'échelle et dans un cadre balkanique, s'opposant à la construction d'Etats-nations sur des bases exclusives. Cela implique, en Bosnie-Herzégovine comme dans tout l'espace balkanique, la reconnaissance de toutes les identités nationales, la défense des droits collectifs de toutes les communautés — sous des formes diverses qui excluent les nettoyages ethniques - dans le cadre d'Etats basés sur la citoyenneté et le respect de tous les droits démocratiques. • Les choix socio-économiques et les enjeux majeurs d'une démocratie qui respecte les droits individuels et collectifs vont reprendre le devant de la scène. La paix ne se construira pas sur la base d'une course aux privatisations, du creusement les écarts entre régions et de la pauvreté. Dans ce contexte nous devrons notamment multiplier les liens intersyndicaux internationaux, noués dans le cadre d'actions de solidarité soit contre la guerre et les politiques de nettoyages ethniques, soit en défense des droits des travailleurs et en résistance aux politiques de privatisation. Ce sont là des enjeux européens, ceux d'une autre Europe des peuples et des travailleurs.

* usant et

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