L'extrême gauche crệe en nouveau parti : L'ODP
Le processus de recomposition de l'extrême gauche turque a débouché sur la fondation d'un nouveau parti, le Parti de la liberté et de la solidarité (ODP), produit de la fusion du Parti de l'unité socialiste (BSP, issu lui-même d'un regroupement de djerents groupes a extrême gauche, dont nos camarades de Yeniyol) et de l'Initiative commune pour former l'aveni (GBKP), qui est également un regroupement réunissant les anciens de Dev-Yol (Voie révolutionnaire, légendaire organisation des années 70) et d'autres groupes de gauche. Des intellectuels marxistes independants, ainst que des cercles Jeministes ecologistes, jeunes, unversitaires et pacifistes ont rejoints cette nouvelle organisations, dans laquelle se retrouvent trois générations de militants de la gauche radicale, eparpilles jusqu alors dans des courants rivaux. L'ODP se définit comme le parti de toutes les forces a opposition sociale au regime existant Plus de 15 000 personnes ont assiste a Ankara, le 22 janvier 1996, a la soirée de fondation du parti, qui rassemble d ores et deja plus de 10 000 miltants et qui compte doubler ses effectits a ici son 1er congrès prévu pour le mois de juillet 1996. Compte tenu des traditions tres sectaires de la gauche revolutionnare turque, cette convergence dans un projet et un cadre organisationnel commun a une tres grande partie des groupes militants rescapes de la dictature militatre de 1980, constitue un événement sans précédent. Nos camarades de Yeniyol, la section turque de la Quatrieme internationale, participent activement, a tous les niveaux, a la construction de [ODP. Yeniyol était deja partie prenante du premier regroupement de l'extrême gauche au sein du BSP, dont plusieurs de nos camarades avaient été élus aux instances dirigeantes, locales et nationales. Notre camarade Masis Kürkçügil, l'un des fondateurs et principal dirigeant de Yeniyol, avait été élu vice-président du BSP et avait occupé durant ces derniers mots lo fonction de coordonnateur général de cette organisation. A la suite de la fusion du BSP avec le GBKP, il a été élu au Comité central (24 membres) et nommé responsable des relations de 100 membres). Par Masis Kürkçügil Istanbul, le 5 février 1996.
Turquie
AU MOMENT DE SA FONDATION, il y a deux ans, le BSP s'était défini comme un projet inachevée de fusion des forces marxistes et socialistes et avait souligné que d'autres étapes devaient encore être franchies pour réaliser une véritable union de l'ensemble des forces militants socialistes. Ce dont il était déjà question, c'était la perspective de rapprochement avec les camarades du GBKP. Il faut aussi savoir que le BSP n'a pas été en mesure de rassembler (ou de mobiliser) suffisamment de forces pour réaliser à lui tout seul son projet de créer un parti socialiste de masse. De même, le GBKP n'a pas non plus été en mesure de réaliser son propre projet. Ayant aussi rassemblé certains secteurs qui se sont détachés de la social-démocratie après les élections municipales de 1994, il avait refusé jusqu'à maintenant de se doter d'une définition programmatique socialiste aussi nette que celle du BSP. Tout en voulant réunir tous les secteurs qui luttent pour une démocratie au service des « forces du travail », le GBKP a toujours évité de se définir comme un parti de classe et a préféré un projet manquant de netteté se limitant à un programme d'action. Malgré tout, ces deux regroupements avaient toujours été considérés comme deux organisations semblables de la gauche socialistes. Dès lors, le maintien de deux cadres organisationnels distincts pouvait difficilement se justifier. Ni le BSP ni le GBKP ne pouvaient rendre crédible leurs propres projets. La fusion des deux organisations est donc surtout un mariage de raison, sans pour autant qu'un projet commun clair et net ait été réellement établi. On peut dire que l'on s'oriente vers un nouveau projet, qui n'est pas encore achevé et qui serait une sorte de synthèse des deux. Pour le moment, chacun met évi-
* TURQUIE demment l'accent sur le sien, mais au fur et à mesure que le nouveau parti développera sa propre activité et sa propre réflexion commune, les choses vont s'éclaircir. On peut certes considérer qu'un parti hétéroclite rassemblant à la fois différentes forces socialistes qui restent fermement attachées à leur ancienne identité de groupe et des gens qui ne se définissent pas comme socialistes, aboutissant sur cette recomposition du mouvement socialiste, n'a pas beaucoup de sens. En revanche, toute tentative d'organisation qui ne prendrait pas la forme d'un parti unifié, n'aurait pas non plus beaucoup de sens pour les travailleurs et serait condamnée à rester marginale par rapport aux enjeux de la lutte sociale et politique. Dans ces conditions, la seule solution c'était d'avancer vers un parti commun ayant un programme d'action qui définira une identité commune en fonction de ces actions et des débats qu'elles susciteront. Ajoutons aussi que, quoi qu'en disent certains fondateurs et participants, ODP est bel et bien perçu, dans la presse comme dans l'opinion, comme un parti socialiste unifié. MAIS IL N'A PAS ÉTÉ FACILE D'ABOUTIR à ce résultat et le processus est passé par plusieurs étapes difficiles. En 1995, le GBKP a organisé une série de discussions politiques auxquelles nous étions conviés, non pas en tant que BSP, mais à titre individuel. A partir de l'été, nous avons formé une commission de contact informel entre les deux partis. En septembre, nous leur avons proposé d'organiser en commun notre fête de la paix (centrée essentiellement sur la question kurde), proposition qui a été acceptée et mise en œuvre avec succès à Istanbul et dans d'autres villes du pays. Entre temps, lors de notre congrès de juin 1995, nous avions adopté une résolution très claire en faveur de l'unité avec le GBKP. Au mois d'octobre, nous avons réalisé une série de réunions communes avec 200 cadres des deux partis. La première portait sur la situation politique en Turquie et dans le monde, la deuxième sur le modèle de parti et la façon de faire de la politique. En fait, tant qu'on se contentait d'élaborer ce qu'il fallait faire, on constatait qu'il n'y avait aucune divergence, en revanche, dès qu'on tentait de définir cela par des formules et de mots, le flou le plus total s'installait. Finalement, il a été décidé de poursuivre par des déclarations de représentants des deux groupes. Il ne restait plus qu'à régler des questions formelles. Pour nous, la fusion était une réalité incontournable, à tel point que lorsque le HADEP (parti nationaliste kurde successeur du DEP) nous a proposé une alliance électorale pour les législatives de décembre, nous avons retardé notre réponse pour consulter au préalable nos camarades du GBKP. Il n'y a pas eu malheureusement d'accord central sur cette question, mais certains secteurs ou branches locales du GBKP ont néanmoins participé à notre campagne électorale. Le 26 novembre 1995, nous avons de nouveau organisé une assemblée commune et publique à laquelle ont participé plus de 1 500 militants des deux groupes. Tout le monde s'était prononcé en faveur de l'unité et il n'y avait plus aucune possibilité de faire marche arrière. En fait, la fusion s'est réalisée dans les faits, sous la pression de la base, avant tout accord formel au sommet. La formation de l'ÖDP s'est concrétisée par une fête à Ankara, à laquelle ont participé 15 000 personnes, avec un très fort écho dans les médias bourgeois, qui ont salué sa formation avec un brin de condescendance, séduits par son nom d'adoption : le « Parti de l'amour et de la révolution ». Il faut souligner que l'ODP accueille une participation (surtout de jeunes) qui va bien au-delà du total des forces numériques des BSP et GBKP : le parti a déjà 10 000 membres, alors que le BSP n'en comptait que 3 000 (et le GBKP un peu plus). Il semblerait qu'il va atteindre les 20 000 membres d'ici son premier congrès, dans six mois. Mais une progression numérique si rapide n'est pas exempte de risques pour l'identité socialiste du parti. En effet, nous ne sommes pas dans une période de montée des luttes et la construction de l'ODP se fait plutôt à contre-courant par rapport à ses objectifs politiques. LORS DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES, les fascistes et les intégristes ont obtenu plus d'un tiers des voix. En revanche ceux qui ont voté pour le HADEP ne représentent que 4,2 % et la gauche radicale ne rassemble qu'une très faible partie de cet électorat protestataire. Par ailleurs, depuis la dictature militaire, la société a été secouée par de profondes lames de fond, le glissement à droite est très net. Après 4 années de gouvernement de collaboration entre la social-démocratie et la droite au sein du gouvernement DYP/CHP, les illusions se sont envolées, détruisant ainsi toute crédibilité à la social-démocratie. Celle-ci a glissé encore plus à droite, laissant un vide politique dans les masses, à la fois à la ville et à la campagne (vide comblé pour le moment par les fascistes et les intégristes). Un mouvement socialiste unifié peut servir de levier pour remplir autrement cet espace politique et l'ODP représente cet espoir et répond à ce besoin. Toutefois, l'élargissement du parti se fait inévitablement par l'arrivée de nouveaux venus (il s'agit surtout des secteur issus de la gauche social-démocrate, déçus du leadership actuel) qui se situent politiquement plus à droite par rapport aux organisations qui ont fondé le parti (et qui regroupent l'essentiel des cadres et militants d'extrême-gauche du pays). Le noyau socialiste révolutionnaire du parti peut donc se retrouver « dilué » parmi ces nouveaux arrivants, marqués par l'idéologie traditionnelle kémaliste de la social-démocratie turque qui est plus que réformiste. C'est sans doute un mal nécessaire, mais les petites organisations comme la nôtre, qui sont situées bien plus à gauche, risquent de voir leurs poids et leur représentation réduite lors du prochain congrès. Il nous faudra sans doute développer de nouvelles stratégies d'alliance et d'action dans l'ÖDP. CECI ÉTANT, À NOTRE AVIS, il ne faut pas trop accorder d'importance aux définitions et aux formules politiques concernant l'ODP. Si l'on arrive à en faire d'ici un ou deux ans, un véritable instrument de luttes, sur la base des thèmes fondamentaux de son programme politique, les débats actuels sur les formulations vont vite être caducs. L'essentiel, c'est à la fois de mener ces luttes et d'élargir parallèlement la démocratie interne au sein du parti, ou plus exactement, il s'agit de trouver un style qui permette à ces deux aspects de se renforcer mutuellement. Nous savons que la période n'est pas très propice aux révolutionnaires et nous n'abandonnons ni notre « pessimisme révolutionnaire » ni notre « optimisme de la volonté ». Pour nous, notre fonction au sein de l'ÖDP n'est guère différente de celle que nous avions au sein du BSP, autrement dit, nous œuvrons à faire de l'ODP un instrument efficace pour définir une politique indépendante de classe.