Andrée Michel, Surarmement, pouvoirs et démocratie, L'Harmattan, Paris 1995, 390 pages. Avec son ouvrage paru à l'automne et intitulé Surarmement, Pouvoirs et Démocratie, Andrée Michel se livre à une étude rigoureuse, à la fois précise et touche-à-tout des multiples facettes de « l'économie politique de la bombe » . Andrée Michel est directrice honoraire de recherche au CNRS mais on la connaît surtout pour ses engagements politiques pour les droits des femmes ou pour la paix. Fruit des combats de son auteur, ce livre n'évite aucun des sujets auxquels sont confrontés ceux qui récusent le nouvel ordre militaire mondial, inauguré en 1991 dans les déserts du Golfe par une armada sans précédent. Un livre radical qui remonte jusqu'à la racine de ces phénomènes de militarisation tout azimut. « Pourquoi le surarmement ? Par quelle formation sociale et quels mécanismes se reproduit-il? Quelles sont les catégories sociales et les peuples qui en paient le prix ou 10 Inprecor n° 398 - janvier 1996 au contraire en profitent ? Quels sont les mythes, les idéologies et les institutions qui entretiennent la reproduction de « l'ordre militaire mondial » ? Existe-t-il des forces sociales qui permettent d'espérer en l'avenir d'un monde, débarrassé de sa violence ?», autant de questions auxquelles s'efforce de répondre l'auteur. Autre parti pris salutaire dans le contexte d'aujourd'hui, celui du « devoir de parler », selon la formule d'Antoine Sanguinetti, des chercheurs et autres intellectuels, soumis selon Andrée Michel, à une autocensure générale. La démarche n'est pas si fréquente que l'on puisse se dispenser de la saluer. Quiconque a travaillé sur le sujet et s'est heurté au secret subi et assumé, sans toujours qu'il soit nécessaire aux pouvoirs de l'imposer, appréciera. A retenir encore, la systématisation du Keynésianisme militaire comme concept rendant compte des processus de militarisation et la critique de l'impasse des tenants de l'école de la régulation sur le sujet. Andrée Michel ouvrant sur les racines de l'exclusion souligne notamment à quel point « le surarmement des sociétés contemporaines, érigé en mode de développement par le Keynésianisme militaire, s'est développé en faisant payer un prix très élevé aux éléments les plus vulnérables de la population mondiale, à ceux/celles qui sont invisibles et sans voix ». Un des temps forts du travail d'Andrée Michel bien utile au moment où se rouvre le débat sur le bilan de l'économie du surarmement durant les trente glorieuses et que la France chiraquienne s'enfonce dans une fuite en avant, solitaire et périlleuse, aux conséquences durables en terme de moindre développement et de risque d'effondrement d'une économie, de fait administrée. Dans les divers chapitres consacrés aux femmes, des rapports qu'entretiennent le procès de militarisation et les mythes de féminité et de virilité, aux jeux de rôles dans l'institution militaire elle-même, en passant par l'idéologie nataliste transformée en bombe démographique, Andrée Michel donne à voir le champ immense d'un investissement nécessaire en terme de recherches et de militance. Moment roboratif enfin parce qu'il introduit une note d'optimisme, l'analyse de la « sécurité basée sur l'entretien de la peur et du mensonge » dans l'idéologie libérale. Pareils mécanismes se révèlent toujours plus fragiles à long terme qu'il ne paraît au jour le jour. Alors, oui, le combat n'est pas sans issue, bien au contraire. Ce livre est en tous cas un outil militant de connaissance et de résistance, d'un abord aisé, fourmillant de données (chiffres et citations) indispensables à connaître.
NOTES DE LECTURE
Andrée Michel, Surarmement, pouvoirs et démocratie
Voir la numérisation d'origine (PDF, page 10)