Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Mouvement social et syndicalisme

· Inprecor n° 401, avril 1996 · p. 6-9 · 3 835 mots

France Syndicalisme

« Méfions-nous de l'eau qui dort » écrivions-nous dans un précédent article d'Inprecor (mars

(995) consacré à la crise du mouvement social et du syndicalisme en France. Les mouvements de novembre-décembre 1995 ouvrent une nouvelle donne. Mais ils soulèvent aussi des problèmes inédits sur les rapports entre le social, le syndical, le politique, ou entre courants

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internes et externes aux confédérations. C'EST DANS LE PAYS OU LE TAUX de syndicalisation est le plus faible de l'OCDE, où le nombre des conflits sociaux était descendu extrêmement bas dans les dernières années (la conflictualité en France est une des plus basses en Europe), où la crise organisationnelle et politique du mouvement ouvrier est très forte, que le réveil social de l'automne 1995 a provoqué une peur panique dans l'élite politique bourgeoise française et européenne. Et si ce mouvement inaugurait un nouveau cycle de grèves et de mouvements sociaux originaux, opposant les exigences sociales et démocratiques des populations travailleuses au système maastrichien, à la dictature des critères de convergence ? Ainsi la crise elle-même, au-delà des chiffres bruts, par les nterrogations qu'elle suscite du sommet à la base des orga nisations, par les secousses qu'elle a déjà produites et les expériences nouvelles qu'elle a suscitées (nouvelles organisations syndicales, nouveaux courants publics dans les anciennes) pourraient bien avoir aussi des effets bénéfiques. En tout cas entre le 10 octobre et le 16 décembre 1995, un mouvement social de deux à trois millions de personnes a su se frayer une voie d'expression en contournant et en épousant simultanément les outils syndicaux, en inaugurant aussi des formes horizontales et régionales de liaisons interprofessionnelles directes entre les salariés eux-mêmes. UN SYNDICALISME SANS SYNDIQUÉS Après les grèves, un courant de syndicalisation, pas forcément puissant, va sans doute se produire. Mais en partant de très bas. Dominique Labbé, chercheur à Grenoble, vient de rendre publique une étude, sans doute très complète, sur les effectifs des confédérations svndicales francaises. Le calcul se fait sur la base de neuf cotisations versées par an et

Mouvement

Dominique Mezzi Paris, mars 1996 non douze. Elles ont perdu 50 % de leurs adhérents en vingt ans, la CGT en a perdu les deux tiers. Moins de 10 % des salariés sont syndiqués, (5 % dans le secteur privé) soit deux millions de personnes en tout sur 19,5 millions d'actifs. • En 1993, la CGT aurait compté 630 000 adhérents, dont 160 000 retraités. C'est aussi le chiffre officiel qu'elle annonce dans un souci de transparence, Louis Viannet, secrétaire général réélu au congrès de décembre 1995, reconnaissant publiquement dans un livre avoir « menti » auparavant. • Force ouvrière (issue d'une scission de la CGT en 1947), qu vient d'achever un congrès avec un débat houleux, prétend un million d'adhérents, mais n'en a que 375 000. • La Confédération générale des cadres (CGC) organise 111 000 personnes, la centrale chrétienne (CFTC) 93 000. • Avant la scission de 1992-1993, la Fédération de l'Education nationale (FEN) totalisait 300 000 adhérents, mais c'est la nouvelle Fédération syndicale unitaire (FSU) avec plus de 150 000 adhérents, qui rassemble les forces les plus dynamiques. • Les autres syndicats non confédérés sont regroupés en deux

›ôles : un pôle dynamique avec le Groupe des dix (environ 60

100 adhérents), où se retrouvent notamment SUD (10 000 adhérents) et le Syndicat national unifié des impôts (SNUI, 20 000 adhérents). SUD connaît la progression la plus rapide en adhésions et en audience (deuxième svndicat aux Télécoms). Ce groupe comprend aujourd'hui non plus dix, mais dix-huit syndicats et resserre ses liens organisationnels pour former une Union syndicale fédérative avec des statuts communs testés pendant un an. Les dissidences CFDT récentes, qui ont

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constitué SUD-Rail à la SNCF, le rejoignent et revendiquent 2 000 cartes. Le deuxième pôle non confédéré, l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) partage une conception syndicale proche de celle de la direction CFDT et rassemble essentiellement la FEN et une fédération de fonctionnaires (FGAF). Mais depuis le mouvement de grève de décembre 1995, la FEN est traversée de vifs débats portant notamment sur l'arrêt de la grève. Au total, la palette syndicale française fourmille donc de mille nuances et diversités sur le plan des pratiques et des orientations. Tout le débat d'avenir porte sur l'évaluation des champs de forces essentiels pour une restructuration unitaire et tournée vers l'action. POUR UN SYNDICALISME QUI DÉLIBERE Le mouvement de novembre-décembre 1995 a été possible parce qu'existait une poussée sociale rampante, une révolte sourde contre les dégâts du libéralisme, déjà perceptible lans certaines luttes depuis quelques mois, y compris pen lant la campagne électorale elle-même. Mais aussi parce que le syndicalisme en crise a eu suffisamment de flexibilité, de perméabilité notamment sur le plan local aux attentes démocratiques et unitaires venant de centaines de milliers de perLes grandes confédérations ne parviennent plus à tracer autoritairement le chemin et à contrôler les aspirations sociales. Elles doivent nécessairement, pour leur propre survie, tenir compte des transformations du salariat, des attentes démocratiques très visibles depuis plusieurs années, des capacités d'inventions revendicatives et d'actions collecives. Le niveau de tormation culturel général du salariat s'est élevé. Les femmes attendent des pratiques d'action où elles seront écoutées. Les jeunes refusent d'obéir à des consignes non discutées. Les chômeurs eux-mêmes, en dépit de leur exclusion sociale, voire politique, et souvent en dépit des jugements négatifs qu'ils portent sur les syndicats, sont à la recherche de formes d'entraide, de coopération, et d'une nouvelle éthique collective de la forme associative, avec une grande qualité d'écoute. Leurs actions percutent directement a fonction confédérale des « grandes » organisations Au total, le syndicalisme qui marche est celui qui se retrouve en phase d'abord avec les aspirations unitaires, la combativité sans complaisance avec les élites patronales ou gouvernementales, mais aussi avec l'intelligence collective des salariés. Ce syndicalisme de l'intelligence et de l'auto-activité contrôlée au plus près de la base fait le succès des syndicats ui en ont fait leur fil à plomb. Cela peut être le cas, à de legrés divers, dans tout le champ syndical. C'est ce qui fai le succès de SUD, de la FSU (avec cependant beaucoup de dittérences de rythmes en son sein). Mais c'est aussi ce qui guide la recherche empirique de syndicats CGT, de militants en panne de projets politiques et partois en position de resdémocratique et une approche liée au « terrain » sont très randes. Cela explique que la direction CFDI Notat, qui a ait le choix d'accompagner le capitalisme et la fraction éclai rée du patronat, s'est d'autant plus violemment repliée dans son bunker bureaucratique : elle se sait fragilisée dans un vrai débat syndical parcourant la confédération. Il en est de même évidemment du conglomérat stalinien ou ex-stalinien, très effrité et sans boussole mais encore majoritaire dans la CGT, dont la tradition syndicale monolithique fait appel au sentiment d'isolement et de besoin de protection des travailleurs les plus dominés, peu habitués au débat pluraliste avec son aspect déstabilisant. Là aussi, ouvrir les vannes d'un débat syndical libre, du sommet à la base, équivaut à une forte déstabilisation du noyau bureaucratique. Bien entendu, un syndicalisme proche du contrôle direct des salariés, peut aussi aller de pair avec un syndicalisme très « professionnel », doté d'une efficacité propre et peu dési reux de s'inscrire dans un changement social d'ampleu encore flou. On en trouve des aspects partout, dans la FSU (professeurs du secondaire), dans la CGT, dans le SNUI, ou dans les qualifications téminines nouvelles rendues visible: par des luttes (infirmières)... Cela met aussi en évidence un retard du syndicalisme à réfléchir aux questions protessionnelles en liaison avec la démarche revendicative générale et à intervenir directement sur la critique du travail concret, son mode d'organisation, les satisfactions ou les souffrances qu'il procure aux salariés, etc. Les problèmes protessionnels n sont pas seulement des revendications catégorielles, ils touchent au vécu, ici et maintenant, des situations de travail, des hiérarchies, des techniques, situations que le syndicalisme n'a que fort peu abordées, contrairement au patronat. LE 450 CONGRES CGT Ouvert le 3 décembre 1995, il s'est complètement déroulé dans la phase ascendante de la grève. Deux types de débats l'ont traversé avec passion : un débat sur l'action « à chaud » et un débat sur le projet syndical CGT en direction de tout le syndicalisme. Une probable majorité de congressistes, notamment cheminots, transports, étaient venus directement mandatés par leurs assemblees en greve et attendaient de tortes consignes nationales. Mais le discours inaugural de Louis Viannet fut en complet décalage avec cette demande, réclamant seulement « une table de négociation » et annonçant la prochaine journee unitaire qul creerait une « onde de choc ». Quatre fois au cours de la semaine du congrès, la direction a été interpellée par des dizaines de militants debout et exigeant de prendre la parole pour durcir son attitude, pour appeler a la grève en calt, ce qui ne a mie ceas ine épiente reer des mais bien soumettre au débat des assemblées de travailleurs la perpective d'une grève générale à organiser ensemble, avec des objectifs revendicatifs soigneusement débattus pour atteindre le secteur privé. C'était notamment la question du retour aux 37,5 annuités de cotisation de retraite dans le privé, supprimées sans combat et portées à 40 ans dès le retour de la droite en 1993. Le deuxième debat du congrès devrait porter sur le projet syndical à long terme. La direction Viannet a su naviguer jusqu ici entre les courants les plus sectaires, elle a même varier, même si le texte adopté au congrès exclut explicitement toute conception ancienne d'unité « autour de la CGT ». C'est ainsi que la CGT a activement participé à la manifestation du 25 novembre pour les droits des femmes (40 000 personnes à Paris), avec plus de cent associations et syndicats. Rarement, on avait vu la CGT s'investir autant dans un cadre unitaire dont elle ne maîtrisait pas les leviers : de véritables réunions décentralisées de préparation ont eu lieu dans les syndicats. Localement aussi, une ouverture réelle se manifeste et des collaborations sont possibles entre syndicats, associations, en défense des chômeurs (avec AC !), ou sur des questions antiracistes. En ce qui concerne les démarches unitaires et la nouvelle ligne dú « syndicalisme rassemblé », la CGT s'est efforcée en 1995 d'éviter les cassures, elle s'est entremise pour construire des liens entre les journées de lutte. Par exemple : elle a appelé et soutenu la journée des fonctionnaires du 24 novembre, en lui donnant une dimension interprofessionnelle. Elle a aussitôt après

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TOUS ENSEMBLE soutenu l'initiative auto-proclamée de FO du 28 novembre, gul, sans cela, serait apparue comme très isolée et aurait lonc eu un effet négatif sur la dynamique montante du mouvement. Mais Viannet prend soin aussi de limiter la portee novatrice de cette unité, 1l ne dessine pas de projet d'ensemble, il insiste sur les spécificités propres, à préserver, de chaque confédération sans permettre que des débats transversaux puissent traverser le champ syndical et sans indiquer la possibilité d'un nouveau syndicalisme confédéré unitaire et pluraliste sans exclusive. Il s'est aussi refusé à traduire cette nécessaire ouverture de la pratique syndicale CGT en terme de choix de direction nationale. à la Commission exécutive et au Bureau Confédéral (où certains opposants ont été éliminés). Même si la CGT apparaît maintenant beaucoup plus autonome dans le champ social et politique, notamment vis-à-vis du PCF, sa direction a incontestablement des intérêts propres à faire valoir comme l'interlocuteur redevenu incontournable des grandes négociations nationales et des grands compromis. C est pour cette raison que Viannet ne tenait pas à ce que la grève aille jusqu'à renverser le gouvernement Juppé. Cette situation est néanmoins dangereuse et porteuse de contradictions. La ligne unitaire officielle et codifiée dans des textes souvent corrects se heurte d'ores et déjà aux vieux démons du repli sur les méthodes bureaucratiques traditionnelles ou sans imagination. La CGT engrange nomentanément de bons résultats aux élections protessionelles, ce qui lui permet de reporter les choix et de naviguer à vue. Reste à coordonner publiquement des expériences syndicales porteuses de renouveau, quelles que soient leurs approches parfois fort différentes ou même divergentes, associant tous ceux qui ne se satisfont pas du double langage du sommet. FO ENTRE DEUX ÉPOQUES En 1989, quand Marc Blondel a été élu pour la première fois secrétaire général, le débat opposait ceux qui étaient prêts à envisager de couler FO dans un projet syndical dit de « recomposition » associant la direction CFDT, la FEN et FO. Le but était d'isoler la CGT en la renvovant à son archaïsme « lutte de classe » et en la laissant s'user à petit feu face au déchaînement libéral. Pendant ce temps, un syndicalisme présentant un certain visage uni et cohérent négocierait des compromis, plus ou moins selon le modèle rhénan, idéalisé pour arranger les théoriciens de cette entreprise de destruction syndicale. Pour l'essentiel, ce schéma a fort heureusement échoué.

Mais sa première phase s'est accomplie et s'est retournée contre ses auteurs comme un boomerang. En effet le projet comportait au passage l'exclusion violente d'une bonne partie de la FEN, considérée comme trop liée au syndicalisme de lutte (le SNES, Syndicat national de l'enseignement secondaire, animé par la tendance Unité et Action, « communiste » par son histoire, mais traversée de beaucoup d'interrogations nouvelles). On sait ce qu'il en advint : la résistance des équipes syndicales militantes et politisées, y compris dans l'enseignement primaire, la naissance de la FSU qui s'est affirmée depuis deux ans comme la principale organisation syndicale active et unitaire dans l'Education nationale. Dans les manifestations de décembre 1995, le SNES s'est parfois cait pes puteune plus alay, eals les manifestations Su furent grandioses et très dynamiques. A l'échelle nationale et encore plus à l'échelle locale, avec cependant le handicap de son implantation sectorielle, la FSU est en position charnière pour prendre des initiatives rassembleuses, si elle sait tenir compte de toutes les données contradictoires de la mosaïque syndicale. Dans FO l'élection de Blondel en 1989, soutenue vivement par le courant « trotskyste-lambertiste », a également coupé court à une dérive droitière. Mais FO se retrouve coincée entre deux logiques syndicales, toutes les deux fortement déstabilisatrices d'une culture syndicale très ancrée sur des schémas idéologiques identificateurs, alors que la contédération se veut « apolitique » ou indépendante : refus de la CGT « communiste », de la CFDT pro-ministérielle ou « pro-Vatican », refus de toute expérimentation syndicale nouvelle sur le terrain des chômeurs, refus de toute logique unitaire permanente, refus de défendre l'« intérêt général » au nom du fait qu'un syndicat défend l'intérêt des « salariés ». La place de FO s'est donc considérablement rétrécie et s'arc-boute sur des positions institutionnelles (gestion des caisses de Sécurité sociale) qui ne peuvent renouveler son espace social. FO garde une capacité de résistance face aux mauvais coups du gouvernement bourgeois. Sa participation à la grève a contribué à la dynamique de grève générale, mais FO a coupé court brutalement à toute idée de rapprochements syndicaux structurels. « Je n'y aurais aucune place » a reconnu franchement Blondel, dans un scénario de fusion CGT-FO. Un tel scénario, qui a des oreilles attentives dans certains secteurs CGT sectaires, a commencé à être discuté par le lancement au printemps 1995 d'un appel dit de 500 syndicalistes (250 FO, 250 CGT) affirmant que FO et CGT sont « les deux rameaux issus d'un tronc commun ». Cette initiative est très soutenue par Informations ouvrières, journal du Parti des travailleurs (PT), qui a même constitué un « mouvement politique pour

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le manifeste des 500 ». Cependant IO s'empresse d'ajouter qu'une telle fusion n'est pas du tout à l'ordre du jour, et dans le dernier congrès FO, cette affaire fut complètement passée sous silence par les militants trosko-lambertistes qui visiblement n'avaient pas grand-chose à dire d'autre que la direction en place, qu'ils qualifient pourtant de « réformiste ». a place très importante des lambertistes dans l'appareil de O a quand même déclenché la base argumentaire de dépar d'une opposition a la direction blondel apparue ces derniers mois, mais qui n'a recueilli que 20 % des voix au congrès contre son bilan. Dirigée surtout par des militants de sensibilité socialiste, elle avance des axes corrects sur la réduction du temps de travail, sur la menace raciste et tasciste. Mais son anti-communisme primaire, sa critique de la poignée de main de Blondel avec le secrétaire de la CGT le 28 novembre, paralysent son développement, même s'ils entraînent de vrais syndicalistes. NICOLE NOTAT A-T-ELLE UN AVENIR ? Le congrès de Montpellier de la CFDT, au printemps 1995, avait montré que la direction confédérale tenait bien en main son appareil et n'était pas confrontée à une opposition capable de proposer une alternative de direction. Mais elle avait montré aussi que la base svndicale rejetait, par toute l'expérience passée, le type de syndicalisme du compromis sur les bases du patronat incarné par Notat. Celle-ci a d'ailleurs dû prendre et conserver le pouvoir par un coup de force et ce genre de méthode laisse toujours des traces. Par la suite, la confédération, sans rien changer sur le fond de son orientation, a lâché du lest sur l'action et un peu sur l'unité. La journée avec la CGT du 14 juin 1995 avait pour la première tois pour thème la réduction du temps de travail. A l'automne 1995, la CFDT participe à la journée test du 1( octobre qui par sa massivité et son aspect rassembleur large ouvrait la possibilité d'un élargissement des luttes. Elle accepte également de signer le 30 octobre une plate-forme commune permettant à un front uni syndical de démarrer en défense de la Sécurité sociale, tout en ouvrant un débat possible. Le changement à 180° s'est fait le 15 novembre, quand Notat a utilisé une émission grand public, aux côtés de Viannet et Blondel, pour appuyer totalement le plan Juppé. Il est clair que si tel n'avait pas été son choix politique, Juppé aurait été paralysé sur le champ. L'immense majorité des syndiqués honnêtes de la CFDT, y compris non organisés dans l'opposition traditionnelle, ont découvert que leur secrétaire générale était prête à soutenir un gouvernement de droite contre les travailleurs, contre une grève qui démarrait à la SNCF. Elle a même mis en place un « Comité de vigilance » pour que Juppé ne cède pas aux lobbies de tous ordres. Elle est largement liée à la réussite du 1er Ministre, lequel est de plus en plus menacé dans son propre camp qui lui reproche de gouverner en mettant le feu aux poudres dans Aussitôt l'opposition CFDT, qui diffusait depuis huit ans un bulletin Les Cahiers à environ mille exemplaires, et qui repré sentait environ 35 % des mandats au congrès de Montpellier, s'organise. Elle commence à défiler dans les manifestations des derniers jours de décembre avec le logo « CFDT en lutte ». Un appel est rendu public le 7 décembre 1995 (Le Monde) : « La CFDT dans l'unité et dans l'action », signé par six cents responsables. Une réunion nationale de syndicats opposés à la ligne Notat se tient à Paris début janvier. Une pétition est lancée dans la confédération pour demander un congrès extraordinaire après ce qui est considéré comme une trahison du mandat de Montpellier. Environ 600 svndicats l'ont signée à ce jour. Même si la proposition n'a recueilli que 17 % des voix au Conseil national confédéral (CNC). l'examen des interventions orales au CNC montre une quantité de régions et fédérations qui, tout en acceptant la légitimité de la direction actuelle, font état d'un très grand malaise des syndicats de base. Les voyages de Notat ou des membres de la Commission exécutive dans certains syndicats, en principe acquis à la majorité confédérale, montrent également qu'une faille très profonde s'est ouverte et que la confiance a disparu. Pendant ce temps, la direction Notat menace d'isoler les opposants par une tactique habile : par son mepris violent des structures en lutte, elle crée un sentiment d'exaspération qui facilite les démissions individuelles et collectives. Plusieurs syndicats sont mis sous tutelle ou menacés de radiation. L'opposition s'est structurée autour d'un journal de masse mensuel dont deux numéros sont sortis à cent mille exemplaires et reçoivent un écho très favorable Comme si la véritable tradition CFDT, qui a fait sa force dans les années 70, se remettait en marche pour reconstruire la CFDT d'aujourd'hui. Nous entrons donc dans une période de turbulences pour le syndicalisme. Plusieurs voies sont possibles. La première consiste à accompagner la colère légitime des syndiqués, qui estiment que Notat brise la maison commune. C'est la décision de sortir du cadre confédéral pour reconstituer peu à peu un tissu de liens interprofessionnels à partir des syndicats déjà organisés dans le Groupe des dix Cette tactique est destinée à peser ultérieurement, par l'exté rieur essentiellement, sur les confédérations et notamment la CGT. C'est la voix qu'ont choisie les camarades autour de SUD-Rail à la SNCF, mais d'autres également sont tentes par la démarche. Il est certain que bien des svndicalistes de base ne peuvent supporter longtemps d'avoir à se battre à la fois contre leur secrétaire général et contre leur patron. L'autre voie cherche jusqu'au bout à organiser un courant public pour le débat et l'action, à représenter un pôle de regroupement pour les multiples différenciations qui vont se développer dans la CFDT et notamment dans le secteur privé avec des rythmes décalés. C'est la voie qui perme d'organiser l'opposition la plus massive, à condition qu'elle soit aussi active vers l'extérieur, pour attirer les travailleurs pour dessiner une projet syndical d'unité avec tous, que pré cise et formatrice vers l'intérieur pour convaincre ceux qui hésitent. Mais les moments de grande confrontation sont aussi les moments de prise de conscience bougent vite. Notat ne restera pas inactive. Elle ne peut guère tolérer un vrai débat démocratique prolongé Les attentes nouvelles du salariat, les espoirs mis dans un syndicalisme qui se renouvelle, qui écouté, qui permette aux travailleurs de débattre et trancher les questions, doivent conduire à mettre en relation, localement et nationalement, les structures syndicales les plus avancées. L'idéal serait que les cégétistes unitaires et actits assimilent et comprennent les problèmes de la CFDT, que les militants de SUD raisonnen comme s'ils étaient le courant d'une fédération unitaire, que les cédétistes parviennent à limiter les impatiences légitimes, que les unitaires de la FSU jouent un rôle clef de rassemblement de tous. Un véritable Front commun svndical des forces qui ont agi ensemble en novembre-décembre 1995 ne eut se constituer que si plusieurs secteurs militants pous sent dans la même direction En Italie, les confédérations syndicales agitent le projet d'une contédération unique pour isoler les secteurs radicaux. En France, le projet d'une recomposition de droite avec une aura unitaire a du plomb dans l'aile. Mais il y a au contraire la possibilité de faire vivre le projet d'une confédération uni aire, qui n'exclue personne à priori, et qui rassemble, ave une large liberté de parole et d'action la très grande majorit des syndicats tournés vers l'action. Pour préparer une nouvelle grève de masse, ce serait mieux.

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