Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MEXIQUE

« Nous sommes le défi majeur au néolibéralisme »

· Inprecor n° 402, mai 1996 · p. 33-34 · 1 470 mots

Mexique

« Le neolibéralisme, cette forme actuelle de l'oppression et de l'injustice, se nourrit de la destruction des souverainetés nationales, de la détérioration constante des conditions de vie des masses, de la concentration croissante du pouvoir et de la propriété, de l'exclusion sociale de groupes toujours plus nombreux, d'un autoritarisme et d'une militarisation accrus, du mépris du droit des peuples et des migrants, de la destruction des identités par l'unification arbitraire des modes de vie sous le diktat du marché. » . C'est à ces conclusions que sont arrivés les 300 et quelques participants de la Rencontre continentale américaine contre le néolibéralisme et pour l'humanité, qui s'est déroulée du 3 au 8 avril dans le village chiapanèque de La Realidad.

Par Ulises Martinez Flores Mexico, 22 avril 1996 CONVOQUÉS PAR L'ARMÉE ZAPATISTE de libération nationale (EZLN) dans le cadre des rencontres continentales qui doivent préparer la Première Rencontre intercontinentale qui aura lieu du 27 juillet au 3 août, des représentants d'organisations politiques, sociales et de citoyens, ainsi que des participants à titre individuel, se sont donnés rendez-vous dans la forêt lacandonne. Cette initiative très réussie a dépassé toutes les espérances car cette rencontre préparatoire s'est transformée de fait en début de discussion à l'échelle du continent sur les actions conjointes qui permettraient d'en finir avec les différentes expressions du néolibéralisme depuis le Canada jusqu'à la Terre de Feu. Le 4 avril, les participants — venus du Canada, des EtatsUnis, du Mexique, du Guatemala, du Costa Rica, du Venezuela, de Porto Rico, d'Equateur, du Brésil, du Pérou, du Chili, d'Uruguay et d'Argentine et, à titre d'observateurs, de

Sous-commandant Marcos

France, d'Allemagne, d'Espagne et de Norvège - ont été accueillis par un discours d'ouverture prononcé par le sous- commandant Marcos, où il a évoqué les luttes quotidiennes des ouvriers, des paysans et des pauvres des villes de notre

Amérique contre les politiques gouvernementales, pour rappeler la nécessité un regroupement de toutes ce s formes d résistance à l'échelle continentale,

¡voire intercontinentale.

Marcos a égaledénoncé ment l'appui militaire apporté par différents gouvernements américains au gouvernement mexicain pour mener la guerre contre les zapatistes, et a cité « les chasseurs-bombardiers, les hélicoptères de combat, les tanks, les satellites espions, les conseillers militaires et les agents des succursales d'espionnage de différents pays », ce qui confirme que pour ces gouvernements « le défi zapatiste est un

Ensuite des discussions furent organisées au sein de cinq commissions consacrées respectivement aux thèmes économiques, politiques, sociaux, culturels et indigènes. Pour résumer ses débats, chaque commission a élaboré un document comportant des diagnostics et des propositions, premiers pas vers des programmes communs d'action continentale.

Parmi une longue liste de propositions d'action, la commission économique a surtout insisté sur la création d'instances d'organisation de la société civile sous forme de comités de

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Mexique au néolibéralisme» défi mondial ».

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* MEXIQUE dialogue pour l'analyse et la solution des problèmes communs ; sur la mise en place de réseaux de marché et de de production coopératifs entre les campagnes et les villes et à l'échelle internationale ; sur la création de banques « populaires » administrées de manière différente des normes actuellement en vigueur. Elle a également souligné que dans plusieurs communautés indigènes existe une tradition de propriété communautaire qui résiste depuis des siècles à la propriété privée ; afin de développer cette notion de collectivité en opposition au règne de l'individualisme que le néolibéralisme prétend imposer, il a été proposé de renforcer le syndicalisme à l'échelle internationale, tout particulièrement à travers l'établissement de contacts entre les travailleurs des mêmes multinationales.

LA COMMISSION CONSACRÉE AUX ASPECTS politiques a mis l'accent sur la nécessité de reconnaître la crise des organisations et des partis gauche et d'en débattre. Elle a tait apparaître le besoin de

Extraits de la Déclaration finale de la construire un nouveau schéma

Rencontre continentale américiane politique qui tienne compte des nouvelles formes d'organisation et envisage le pouvoir comme «

« Nous, les hommes et les femmes réunis à La Realidad une capacité d'agir » à partir de

(Chiapas) — lieu où se côtoient la rébellion et l'espérance — valeurs alternatives à l'indivivenus de tous les coins de notre Amérique à l'appel de l'autodualisme et à l'utilitarisme. Il en a été conclu qu'il faudrait porter

(EZLN) et de son exemple de dignité, nous soutenons par cette discussion dans les diffénotre participation à cette Rencontre l'apparition d'une nourents lieux d'action du continent, velle dimension de la résistance et de la solidarité internatiotout en donnant de nouveaux nale face à la tourmente néolibérale qui frappe le monde contenus aux anciens mots :

entier. (...)

démocratie comprise dans la perspective du « diriger en obéissant » zapatiste, en tant que synonyme du plein exercice de la souveraineté populaire à tous domaines économiques, sociaux, politiques et culturels. » les niveaux, publics comme privés, sous forme d'une véritable démocratie directe ; liberté comprise comme l'action responsable tace a la société et a la nature; et justice comme tout ce qul profite aux masses, à l'image du « tout pour tous, rien pour nous » des zapatistes.

Les participants de la commission sur les questions sociales ont conclu par une longue liste de propositions générales et également de propositions concrètes d'action continentale en appelant tous les peuples du continent américain à lutter pour la paix, l'emploi et la démocratie lors d'une Journée

Continental le un devrait in deroulen de revendication a mai prochain, avec comme revendications la réduction de la journée de travail, le départ de l'armée mexicaine du Chiapas, la démilitarisation du continent, la liberté pour les prisonniers politiques, la présentation des disparus, la liberté, la justice et la démocratie.

La commission sur les aspects culturels a conclu que la culture induite par le néolibéralisme fonctionne en termes de dominants et de dominés, efface la mémoire historique des peuples, prétend être l'unique et vraie vision du monde, orise les liens de solidarité entre les individus et les isole

Parmi diverses propositions, il a été insisté sur la nécessité de démocratiser les moyens de communication afin de les transformer en moyens d'expression multi-ethnique et pluriculturelle de nos nations. Il a été également affirmé que la politique éducative devait rester aux mains des communautés et faire partie du droit à l'autodétermination de chaque peuple. Enfin dans la commission sur les questions indigènes, des représentants d'ethnies à la fois si différentes et si proches que celles d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et d'Amérique andine ont échangé des expériences de lutte et de vision du monde et dénoncé le fait que le néolibéralisme oblige les indigènes à émigrer et à vendre leur culture tandis que les gouvernements s'approprient le travail collectif des communautés tout en faisant mine de les soutenir. Ils ont également dénoncé le fait que de nombreuses organisations financières basées aux Etats-Unis déguisées en sectes profitent de la pauvreté et de la misère, attentent à la vie des peuples et font voler en éclats les structures communautaires traditionnelles. Tout ceci les a conduit à exiger le droit des peuples indiens à décider de l'utilisation de leurs ressources naturelles ; la fin du silence imposé depuis 503 ans par l'attribution aux Indiens d'espaces dans les médias de masse ; la reconnaissance des indigènes comme des peuples en tant que tels et leur participarité morale de l'Armée zapatiste de libération nationale tion pleine et entière à tous les niveaux de décision nationaux dans les domaines politiques, économiques, sociaux et culturels. Apres trois jours de travaux qui « Oui, une autre voie existe. Une voie qui ne soit pas déter- se sont déroulés, comme l' minée par le pouvoir de l'argent mais par la satisfaction des déclaré le sous-commandant besoins de nos peuples. La lutte contre le néolibéralisme porte Marcos dans son discours de en soi la construction d'un projet alternatif dans les clôture de la Rencontre, « sur des bancs de bois, tour à tour baignés de sueur et de pluie, sous la menace vigilante d'un avion militaire, face à l'impertinence des véhicules militaires, des autorités migratoires et du scorpion qui menace notre sommeil », les participants à cette expérience unitaire sont repartis chez eux pour continuer les préparatifs de la Rencontre intercontinentale de juillet prochain, effort qui devra s unir à ceux réalisés par des centaines de camarades en Europe, en Asie et en Océanie en ce moment. Pour l'instant, le village de La Realidad a repris son rythme d'activités normal après avoir diffusé l'écho des voix de la forêt à travers toute la planète. Maintenant il va talloir répercuter cet écho à Berlin le 30 mai et dans les semaines suivantes à Tokyo et à Sydney afin qu'il, revienne en juillet vers cette expérience de résistance et de lutte internationaliste que représentent aujourd'hui les canyons zapatistes du sud-est du Mexique.

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