Le récent accord militaire entre la Turquie et Israël risque de changer considérablement les équilibres au Moyen-Orient. Deux axes réactionnaires se sont ainsi constitués dans la région : laxe turco-israelien, deux regimes pro-impérialistes (se dotant de façades démocratiques) et l'axe iranosyrien, deux régimes en froid avec l'impérialisme (mais dépourvus de la moindre façade démocratique). La confrontation entre ces deux axes se fait au détriment des peuples de la région et essentiellement des Kurdes et des Palestiniens, pris en otages par les uns et les autres.
CERTES, LE RAPPROCHEMENT TURCO-ISRAÉLIEN ne date pas d'hier et les deux pays ont toujours entretenu de bons rapports, qui avaient dû néanmoins rester discrets, car la Turquie (pays musulman) ne voulait pas se mettre à dos le monde arabe en se désolidarisant publiquement de la cause palestinienne. Mais après les accord entre Israël et
LOLP, le régime turc a jeté tout cache-sexe : les dirigeants turcs se sont précipités les uns après les autres en Israël, pour conclure une série d'accords économiques, politiques et enfin militaires, à la grande satisfaction des États-Unis qui avaient toujours rêvé de la concrétisation de cette alliance. Inutile de préciser qu'en revanche, ni Damas, ni
Téhéran (les premiers visés) n ont apprécié d'être pris ainsi en tenailles.
Même l'Egypte (pourtant compromise jusqu'à la moelle dans la collaboration avec Israël) a fait connaître son mécontentement. Les accords turco-israéliens constituent donc un changement important de la politique de la Tur quie au Moyen-Orient (dont elle pré férait jusqu'à maintenant se tenir à l'écart).
La première concrétisation de ces accords a été l'atterrissage d'une dizaine de chasseurs israéliens sur une base aérienne turque, située au Sud-Est, afin d'effectuer « un programme de vols d'entraînement et de formation » iuste au moment où l'aviation israélienne bombardait les
Contrairement allanet les poulatie na desileurs pas positions du Hezbollah et les condamné les raids israéliens, se contentant de regretter les pertes civiles, tout en réaffirmant le droit de « tout État à se détendre par tous les moyens contre le terrorisme, y compris au-delà de ses frontières ». Il est vrai que les autorités militaires turques avaient pris l'habitude, depuis une dizaine d'années, de faire des incursions en Irak du nord, contre les positions du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, organisation nationaliste qui mène une lutte de guérilla contre la
Turquie). Il est clair, en effet, que ce rapprochement avec
Israël (au détriment de la Syrie) est en partie lié à la lutte contre le PKK : son leader, Abdullah Ocalan (dit Apo), et son
Turquie
Par Erdal Tan
Istanbul, 17 avril 1996.
Tansu Ciller et Jacques Chirac deux pays.
état-major sont en effet installés à Damas et l'organisation dispose de camps dans la plaine de la Bekaa, sous contrôle syrien. Cette situation irrite au plus haut point l'Etat turc, qui a déjà fait de nombreuses démarches infructueuses auprès de
Damas, pour qu'il cesse son soutien au PKK. A chaque fois, les dirigeants syriens se sont contentés de nier purement et simplement la présence du PKK sur leur territoire, avant de rappeler candidement à leurs interlocuteurs turcs qu'ils réclament de leur côté (en vain également) la conclusion d'un accord officiel sur le partage des eaux de l'Euphrate (Damas proteste contre la construction de barrages sur ce fleuve, du côté turc). Il semble qu'à Ankara, l'idée de « donner une bonne leçon à la Syrie » a fini par faire son chemin, surtout depuis que
Damas a mobilisé la Ligue arabe contre la Turquie et son Projet du Sud-Est anatolien (le « projet GÁP », complexe de barrages géants sur l'Euphrate, de centrales hydroélectrique ainsi que de canaux d'irrigation qui devraient quarupler la production agricole dans la vallée d'Urfa). C'est donc dans ce cadre
(entre autres) que s'inscrit l'accord avec
Israël qui est « l'ennemi juré des
Syriens ». Selon la presse turque, un ultimatum aurait récemment été adressé à la Syrie, la menaçant d'opérations militaires sur son territoire, si elle ne mettait pas fin immédiatement à tout soutien au
PKK. Il semble qu'une aile aventuriste dans l'appareil d'Etat turc (en particulier chez les militaires) soit prête à aller très loin dans ce domaine, au risque de déclencher une guerre entre les
La question kurde constitue depuis plus d'une décennie l'une des principales préoccupations du régime turc. Cette déja fait près de 20 000 morts en 12 ans (selon les chiffres officiels : 11 000 militants du PKK, 3 000 soldats et 4 000 civils).
Elle coûte aussi chaque année 7 milliards de dollars à l'économie turque, sans compter les conséquences sociales et économiques (effondrement de l'économie traditionnelle dans la égion kurde — notamment de l'élevage — exode des populaions kurdes vers l'Ouest du pavs, entassement dans les ban lieues pauvres des grandes villes, chômage, etc.), ainsi que la
déstabilisation politique et le pourrissement moral de la société (montée du racisme et du nationalisme, prolifération des escadrons de la mort et de la mafia) que tout cela engendre. Les violations systématiques des droits de l'homme (avec leur lot de tortures, d'assassinats, de censure sur la presse, de répression généralisée dans les villages kurdes, etc.) nuisent à « l'image du pays » et retardent son intégration à l'Europe. Les militaires ne sont pas épargnés par ces effets pervers : l'entretien d'une coûteuse et lourde armée de 250 000 hommes sur le terrain (!) entrave les projets de modernisation de cette armée, en assénant les fonds qui auraient dû servir à acheter des armes sophistiquées et à créer une armée de métier. De plus, la question kurde est devenue un atout aux mains de tous les voisins de la Turquie (chacun l'utilisant à sa façon), qui ont des conflits à regler avec elle, comme par exemple la question de la suprématie en mer Egée et à Chypre (la Grèce), celle du partage des eaux de l'Euphrate (la Syrie), la présence en Asie centrale et au Caucase (l'Iran et la Russie), etc. La non-solution de ce problème menace donc directement la stabilité du régime et de l'Etat. D'ailleurs, un clivage de plus en plus net se fait jour au sein du régime, entre les partisans de la poursuite de la « manière forte » et ceux qui espèrent endiguer le problème par des rétormes à la fois dans le domaine culturel, démocratique et économique, mais aussi administratif (décentralisaCES DÉBATS ONT RÉAPPARU À L'OCCASION de la récente opération de l'armée dans la région de Diyarbakir/ Bingöl, le 9 avril, qui a fait (selon les chiffres officiels) plus de 160 morts au total du côté du PKK et 40 du côté de l'armée. Il s'agit de l'accrochage le plus meurtrier depuis un an. L'opinion publique a donc été sérieusement ébranlée, d'autant que le PKK avait décrété un cessez-le-feu unilatéral, en décembre dernier, et que le nouveau gouvernement avait annoncé de son côté une série de « réformes » : le premier ministre Mesut Yilmaz en annoncant la suppression (d'ici 3 mois) de la « loi d'urgence » dans la région kurde, ainsı que la « libéralisation » de certaines lois répressives sur la liberté d'expression (il a par exemple « embrassé » publiquement Yasar Kemal, afin de demander « pardon » à ce grand auteur qui venait d'être condamné pour « délit d'opinion »). Le ministre de l'intérieur, de son côté, a promis d'autoriser l'enseignement en kurde (mais uniquement dans les écoles privées) et a même souhaité que la chaîne de télévision publique TRI-GAP puisse diffuser des émissions en kurde bien entendu sous forme de propagande gouvernementale dans cette langue !). Tout portait donc à croire que l'on s'acheminait vers une période d'accalmie, en attendant le resultat de negociations en coulisse (Apo a parlé d'une lettre qu'il aurait récemment envoyé à Yilmaz, lui proposant un arrangement pacifique dans le cadre du respect de « l'unité et de l'intégrité de l'Etat turc »). L'opération de l'armée a donc surpris tout le monde et soulevé de nombreuses critiques dans la presse bourgeoise qui — après quelques larmes de crocodile sur les « soldats martyrs, morts pour la patrie » - s'est déchaînée de façon inédite contre l'Etat-major. Certains grands quotidiens (comme Hürriyetet Milliyet) se sont interrogés sur l'opportunité du « timing » de l'opération et ont rappelé le nombre élevé de soldats tues, se demandant s'il n'y a pas eu une erreur de commandement. Plusieurs éditorialistes ont soulevé sans détours la question politique : « depuis des années, à chaque printemps, les chefs d'Etat-major successifs nous affirment que le PKK est sur le point d'être complètement liquidé. Mais nous constatons à chaque fois qu'il n'en est rien. Cela ne prouve-t-il pas que les seules méthodes militaires ne suffisent pas à résoudre la question kurde ? ». Un éditorial du plus grand quotidien, Sabah, est même allé beaucoup plus loin : « l'option militaire ne résout rien (...) l'état-major devrait aussi rendre des comptes sur ses actes (...) Valait-il la peine de sacrifier autant de soldats pour tuer une centaine de
TURQUIE* militants du PKK ? Certainement pas (...) Le terrorisme de ceux qui veulent s'arroger le monopole du patriotisme s'avère finalement aussi nuisible que celui du PKK …». C'était la première fois que l'efficacité de l'armée et la ligne politique suivie jusqu'alors par l'Etat étaient mises en cause si clairement. Cela reflète sans aucun doute la lassitude de l'opinion publique face à cette guerre sanglante interminable et surtout le ras-le-bol de la bourgeoisie qui veut se retirer coûte que coûte du « bourbier kurde » et de ses « coûts » L'armée va donc être obligée d'accepter certaines réformes, par exemple que le général Gures lui même, précéden chef d'État-major (devenu depuis député du Parti de Çiller et qui a été l'artisan des pires répressions de 1992-1994, a reconnu dans une interview à Sabah qu'il était temps de faire des réformes. Cela a fait dire ironiquement à un éditorialiste de Derrokrasi (le quotidien nationaliste kurde) que l'on pouvait espérer que « La paix sera pour bientôt, puisque même le général en reconnaît finalement la nécessité ». Toutefois, pour l'armée, « la question kurde est une chose et le PKK en est une autre » et les réformes inévitables du système ne déboucheront pas forcément sur l'arrêt total de la répression. Les généraux pourraient donc être tentés de taire une « action d'éclat » pour redorer leur blason, en allant par exemple bombarder les positions du PKK dans la Bekaa ou tenter d'assassiner Apo à Damas. LA VOLONTÉ DE JUSTIFIER D'AVANCE ce genre d'action pourrait être l'une des raisons du flirt avec Israël et du soutien de son action au Liban. Mais l'autre motivation de la nouvelle politique moyen-orientale de la Turquie est son conflit avec l'Iran. L'influence que gagne en effet Téhéran en Irak du nord, auprès des leaders kurdes irakiens, ainsi que la présence de camps du PKK en Iran, irritent aussi Ankara. En réalité, c'est toute la politique américaine en Irak, lepuis la guerre du Golfe, qui indispose Ankara, puisqu 'existence d'une entité autonome kurde en Irak du nord échappent à tout contrôle de Bagdad, créé de facto les conditions de la création d'un Etat kurde indépendant dont la Turquie ne veut à aucun prix. Pourtant, la Turquie s'est alliée dans cette affaire aux Etats-Unis et n'arrive pas à faire fléchir les Américains sur la levée de l'embargo contre le régime de Saddam. Ankara autorise par ailleurs le déploiement sur son territoire de la Force multinationale (l'« Opération Provide Comtort »), force militaire symbolique qui menace Bagdad et « protège » les Kurdes. Jusqu'à maintenant, la Turquie a entretenu des relations complexes et contradictoires avec les leaders Kurdes irakiens, Talabari et Bazari, alliant la politique de la carotte et du bâton. Mais l'influence et la présence du PKK en Irak du nord ne cesse de s'accroître et les Kurdes irakiens n'ont ni les moyens ni vraiment la volonté d'y mettre fin (c'est pour cela que l'armée turque effectue régulièrement des incursions en Irak du nord, pour détruire les camps du PKK qui sont près de sa frontière). Il semblerait que là aussi la Turquie souhaite un changement de politique, qui se heurte néanmoins à l'intran sigeance. Mais l'entrée d'un nouvel acteur dans la zone l'Iran en l'occurrence (et le Hezbollah kurde qui lui est inféodé), ainsi que l'établissement de plus en plus clair d'un axe Damas/Téhéran, pourraient faire évoluer les choses. Les relations entre l'Iran et la Turquie ne cessent donc de se détériorer. Le mois dernier (juste au moment du « sommet international contre le terrorisme » qui se déroulait en Egypte), la police turque a arrêté des militants intégristes, accusés d'avoir assassiné des journalistes laïcs en 19990 et qui étaient recherchés depuis. Ces militants ont avoué avoir été formés
* TURQUIE en Iran et avoir agi sous les ordres et avec la complicité de diplomates iraniens en poste en Turquie. La Turquie a donc demandé le départ des 4 diplomates iraniens impliqués dans cette affaire. Certes, l'existence de réseaux terroristes liés à Téhéran ne fait de doutes pour personne, mais le «timing » des révélations était on ne peut plus suspect! POUR NE PAS ETRE EN RESTE, Téhéran a tout d'un coup découvert de son côté l'existence d'un « réseau d'espionnage turc » et a demandé le départ de 4 diplomates turcs en poste en Iran. Cette escalade diplomatique pourrait S'en tenir la, si les deux capitales arrivaient à se mettre d'accord sur un modus vivendi à l'occasion de la visite en Turquie du ministre iranien des affaires étrangères, Velayati, au cours de laquelle la question des camps du PKK en Iran et de l'Irak du nord, ainsi que l'accord turco-israélien vont certainement être âprement débattus. Mais un dérapage et une poursuite de l'escalade n'est pas exclue, auquel cas il faudrait s'attendre à quelques graves attentats (attribués au Hezbollah ou au PKK) à Istanbul ou dans les zones touristiques de la côte méditerranéenne turque, suivies de représailles turques à la frontière iranienne ou en Irak du nord, ainsi qu'à un approfondissement de la coopération Toutefois, cette attitude belliqueuse à l'Est s'est accompagnée d'une ouverture plus pacifiste à l'Ouest, sous forme d'une proposition de dialogue adressée au gouvernement rec. Le but de cette manœuvre liée également aux projets d'intégration européens) est en fait de réduire les foyers de sions sur toutes ses frontieres a la fois. En revanche, une conflits, la Turquie ne pouvant se autre particularité de cette nouvelle politique turque au Moyen-Orient est qu'elle semble ne plus tenir compte (comme par le passé) des réactions du monde arabe. Cette politique semble avoir pour but d'en « découdre » avec le monde arabo-musulman et d'ériger des barrières idéologico-politiques entre les « intérêts supérieurs de la nation » et les solidarités politiques internationales des islamistes. Plusieurs signes (comme la ridicule interdiction par le ministre du tourisme de la « danse du ventre sur des rythmes arabisants » qui serait considéré comme « contraire à l'identité nationale turque » !) attestent d'ailleurs de la renaissance d'un « racisme d'État » anti-arabe. Ce sont les militaires qui sont les artisans de cette nouvelle politique (plutôt que les diplomates, d'habitude plus prulents, ou les politiques). Ils ont en effet pu imposer leur ligne, en profitant de la faiblesse du pouvoir civil : le pays ayant en effet traversé une période de plusieurs mois de crise gouvernementale (depuis la chute du gouvernement Çiller en septembre 1995 jusqu'à la formation du gouvernenent Yilmaz/Çiller en mars dernier, plus de 3 mois après es élections législatives de décembre). L'armée a en effet éte lus que secouée par le score des islamistes aux élections législatives de décembre 1995. Les généraux ont exprimé à lusieurs reprises leur volonté de « protéger la Révubliau émaliste laïque et moderniste contre les agissements obscuran tistes moyenâgeuses d'une poignée d intégristes ». Ils semblent déterminés à briser coûte que coûte la puissance politique des islamistes et ne manquent pas une occasion de les altaquer. Dans ce cadre, une crise ouverte avec le monde arabomusulamn mettrait le Parti de la Prosperité (RP, islamistes)
dans une situation délicate : soit adopter un profit bas et perdre du terrain politique, soit s'opposer de front à la politique « nationale », au risque de passer pour « traître à la patrie et aux intérêts nationaux » et il est clair que dans ce cas, les militaires n'hésiteraient pas à faire déclarer le RP « hors-la-loi », comme ils l'avaient fait pour les nationalistes kurdes il y a deux ans (mais vu la taille du RP, cela ne serait pas aussi simple !). Ainsi, c'est encore l'armée qui a fait échouer (par des pressions en coulisses, à peine discrètes !) la tentative de formation d'un gouvernement de coalition entre les islamistes du RP et l'ANAP (Partie de la mère-patrie), forcant ainsi le parti de Mesut Yilmaz à s'allier au DÝP (Parti de la juste voie) de Mme Çiller. Toutefois, le nouveau gouvernement de coalition entre les deux frères ennemis de la droite n'est qu'un gouvernement minoritaire et devra être soutenu de l'extérieur par le DSP (Parti de la gauche démocratique d Ecevit, de tendance nationaliste-populiste), qui a les faveurs des militaires. En fait, les élections législatives du 24 décembre 1995 ont bouti à un tableau d'instabilité politique profonde, avec un ourte victoire du RP, le parti islamiste, qui a obtenu 21,4 % des suffrages (et 158 députés sur 550). L'ANP de Mesust Yilmaz et le DYP de Tansu Çiller sont presque à égalité, avec respectivement 19,6 % et 19,2 % des suffrages (125 députés pour l'ANP et 135 pour le DYP). Viennent ensuite les deux partis sociaux-démocrates, le DSP d'Eevit (14,6 % et 76 députés) et le CHP (Parti républicain du peuple, membre de l'IS) de Baycal (10,7 % et 49 députés). En raison du barrage national de 10 %, les fascistes du MHP restent écartés du Parlement malgré leur score de 8,2 % (alors que leurs trères ennemis du BBP ont 7 députés élus sur les listes de l'ANAP). Il en va de même pour le Parti de la démocratie du peuple (HADEP, nationaliste kurde), qui n'a obtenu que 4,2 % à l'échelle nationale (malgré d'excellents scores allant jusqu'à 40 ou 50 % dans certaines villes kurdes et une movenne de 16 % sur l'ensemble de la région kurde). Quant à l'extrême gauche (et notamment nos camarades du BSP), elle a soutenu le HADEP en présentant des candidats sur ses listes. CE MORCELLEMENT EXTREME AFFAIBLIT donc l'ensemble des forces politiques. Certes, le RP est arrivé en tête son score n'est pas à la hauteur des espoirs des dirigeants islamistes, qui tablaient sur une victoire écrasante, dont débaucher quelques sous-marins islamistes dans les partis traditionnels. Ce résultat est donc loin d'être satisfaisant pour eux. Quant à la lutte pour le leadership de la droite entre Çiller et Yilmaz (ce qui était le véritable enjeu de ces élections), il s'est terminé par un match nul lamentable, car ils ont non seulement reculé tous les deux, mais obtiennent pratiquement le même score, sans donc être capables de se départager. Leur alliance forcé au sein d'un gouvernement faible et instable, qui leur a été dictée par les militaires, ne les empêche d'ailleurs pas de continuer à se battre. Ainsi, la coalition pourrait rapidement éclater en raison de ces tiraillements internes (notamment à l'occasion des affaires de malversation qui éclaboussent Ciller), et l'on risque de retourner très vite à la case départ, avec des élections anticipées avant la fin de l'année, à moins d'un nouveau coup de gueule des En fait, la faiblesse et les divisions des partis bourgeois traditionnels menacent les équilibres internes et la stabilité du régime : la droite traditionnelle a ainsi perdu un million d'électeurs au détriment de l'extrême droite, depuis les municipales de mars 1994.